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Les
textes
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| Râmâyana,
c.-à-d. en sanscrit Histoire de Râma, l'une des deux
grandes épopées indiennes. Râma Issu de l'antique lignage d'Ixwâku,
fils de Manu, Dacaratha régnait dans la Ville d'Ayôdhyâ,
et tous ses sujets étaient heureux; les religions étaient
respectées, les brahmanes honorés par les trois autres castes.
II avait trois femmes légitimes qui lui avaient donné des
fils, dont l'aîné était Râma, fils de la première
reine Causalyâ. Le roi désira l'associer à l'empire.
Mais la seconde épouse Caikêyî, femme jalouse et violente,
réclama l'accomplissement d'une promesse que le roi lui avait faite;
elle demanda l'exil de Râma, et la consécration royale pour
son propre fils Bharata. Fidèle à sa parole, le roi exile
son fils aîné, qui partit, accompagné de son jeune
frère Laxmana et de sa femme, la belle et vertueuse Sitâ.
Tous trois franchirent à pied des forêts Bien des événements s'accomplissent
avant que Râma ait pu découvrir la lieu où était
retenue sa femme; et, de plus, il lui fallait des alliés. D'après
l'avis donné par le corps glorieux de Kabandha, tué et brûlé
par Râma, celui-ci se rendit auprès d'une sainte femme, çavari;
sur la rive de la Pampâ, il rencontra le singe Hanumat, et par son
conseil fit la connaissance de Sugrîva, roi des singes. Sugriva va
lui raconta son inimitié avec Bâli, autre prince, fit l'épreuve
de la force et de l'adresse de Râma, et contracta avec lui une alliance
solide. Ils partirent ensemble pour la caverne où se tenait Bâli;
Râma le tua dans la bataille, et établit à sa place
Sugrîva. Après les quatre mois de la saison Tels sont les événements
qui, se déroulent dans le Ramayana Ce poème est l'oeuvre
d'un seul homme, Valmîki, dont la personnalité
n'a été contestée ni chez les Indiens, ni par la critique
européenne; il y a unité dans le sujet et la suite des événements,
égalité dans la poésie, unité de style et de
langage, accord dans les traditions, symétrie dans la composition
et dans la disposition des parties. On constate dans le Râmâyana
un art inconnu aux auteurs du Mahâbhârata Plusieurs caractères distinguent
éminemment le Râmâyana. D'abord les descriptions
des lieux et des grands phénomènes de la nature y offrent
une ampleur et un éclat incomparables; il n'existe rien de semblable
dans toute la poésie grecque; telle est, par exemple, la descente
du Gange, au premier livre. Ensuite les scènes touchantes, les sentiments
tendres du coeur humain sont rendus avec un naturel et une expression pénétrante
que les modernes n'ont point dépassés, ni peut-être
atteints : la scène entre Râma et Sîtâ, lorsqu'ils
vont partir pour l'exil, nous semble laisser derrière elle, par
le sentiment et l'élévation morale,
les adieux d'Hector Une valeur symbolique paraît avoir
été donnée par l'auteur aux personnages et aux événements
de sa poésie. Sans compter, en effet, les récits de faits
purement mythologiques, l'apparition d'êtres divins et la production
de phénomènes surnaturels dont le poème est comme
parsemé, le héros principal, Râma, est lui-même
une incarnation de Vishnu Il serait possible enfin d'identifier,
malgré la tradition, Râma, fils de Daçaratha, avec
Bala-Râma, le porte-charrue, et de ne voir dans tout le poème
qu'un récit d'événements symboliques où serait
repré sentée la propagation de la culture aryenne vers le
Sud de l'Hindoustan. Telle était la tendance de l'école orientaliste
allemande au XIXe siècle. Nous ne
nions pas que cette interprétation ait quelque vraisemblance; mais
nous croyons que le poème de Vâlmîki a une tout autre
portée, et que, si la culture de la terre est pour quelque chose
dans sa valeur symbolique, il renferme aussi le souvenir d'un des grands
événements de l'histoire d'Orient, l'extension de la puissance
aryenne jusqu'à Ceylan, la mer franchie, la religion védique
portée chez des peuples qui, par elle, furent en partie transformés;
de sorte que Râma, à l'arc divin, n'est pas seulement un agriculteur,
mais un des grands propagateurs de la civilisation. Par le fait nous voyons,
dans la suite de la littérature sanscrite, les Aryas établis
jusqu'au bas du Gange, aussi bien que sur les rivages et dans les îles,
leur langue se propager dans les diverses contrées du sud, et, bientôt,
les populations prêtes à recevoir et à comprendre l'enseignement
des missionnaires bouddhiques. Quant au rôle supérieur de
Râma, comme incarnation de Vishnu, nous ne pensons pas qu'il soit
nécessaire d'y voir une influence postérieure et de regarder
comme des interpolations tous les vers ou fragments de vers qui le désignent
de la sorte : car, dès les temps du Vêda, Vishnu tend
à devenir la personne divine qui se manifeste dans les intelligences
supérieures, primitivement issues d'Agni Le caractère moral des personnages est ici fortement accusé. Envisagés simplement comme des êtres humains, Râma, Sîtâ, Laxmana, Bharata, ont leur nature propre et celle qui convient expressément à leur rôle. La vertu sublime et inspirée; cette force d'âme qui rendra l'homme juste, véridique, fidèle, constant, pur dans ses moeurs, attentif au bien de tous; ce sentiment réfléchi du devoir qui fait une âme courageuse et sereine, grande et douce à la fois; voilà, avec la beauté physique qui en est le reflet, ce qui met Râma au-dessus de tous les hommes et l'égale aux dieux. Sîtâ ne lui est point inférieure : la piété pour les dieux, l'admiration soumise pour son époux, le dévouement sans bornes, cette entière abnégation qui rend courageuse et dure pour elle-même une jeune femme accoutumée au luxe de la cour, un amour passionné et une pureté inviolable, voilà la belle et douce Sîtâ. Laxmana et Bharata ont aussi le caractère de leur rôle : l'un, fort, mais soumis, comme un jeune frère à son aîné, dévoué à Râma et à sa belle-soeur, les servant dans leur exil et dans les batailles; l'autre, sachant son devoir et la limite de ses droits, cédant avec plaisir un pouvoir dont il s'est chargé sans le désirer, parce que ce pouvoir ne lui appartient pas et qu'il n'en a que le dépôt. A ces caractères si grands et si touchants, le poète oppose, dans l'action, Râvana, l'ennemi du héros et en qui sont réunis les vices opposés à ses vertus, les rivalités et les trahisons de Vibhîshana et des autres Râxasas, et, dans un monde intermédiaire, l'agilité, la force et la ruse, tantôt violentes, tantôt bienfaisantes, de Sugriva, de Hanumat et des singes, leurs sujets. Les Indiens ont rangé le Râmâyana dans Ie genre littéraire qu'ils nomment kâvyas, c.-à-d. poèmes épiques, entendant par ce mot que chacun de ces poèmes forme une unité et est l'ouvrage d'un seul homme. Les épopées de cette espèce étaient assez nombreuses : parmi celles qui nous restent, outre le Râmâyana, il faut compter le Baghuvança ou histoire de la descendance de Baghu et particulièrement de Râma, et le Kumârasambhava, qui portent tous deux le nom de Kâlidâsa. Si ces deux poèmes sont bien réellement de cet auteur, et si Kâlidâsa vivait à l'époque de Vikramâditya ou de l'empereur Auguste, ils sont notablement postérieurs au Râmâyana : c'est, du reste, ce qui est indiqué par la composition très savante et par la langue très étudiée de ces deux kâvyas. La langue de Vâlmîki, au contraire, bien que précise et élégante, est simple et dépourvue de subtilité et de recherche. Les formes grammaticales des mots et les tournures des phrases sont également, dans notre épopée, d'une époque évidemment plus ancienne. Les poètes indiens des temps postérieurs ont professé pour le style, l'art et l'influence morale de l'oeuvre de Vâlmîki une admiration presque sans bornes. Le Râmâyana a été regardé par eux et a été, en effet, la souche d'où sont sorties un grand nombre de compositions poétiques de toute longueur et de tout genre. On doit opposer, comme l'ont fait les critiques
indiens, le Râmâyana au Mahâbhârata
d'un côté, et, de l'autre, à la classe de poèmes
nommés Purânas. Le Mahâbhârata est
un ensemble de morceaux épiques plus ou, moins anciens, ajoutés,
à diverses époques, à un fond primitif : ce fond et
la plupart de ces morceaux étaient connus sous le nom d'Itihâsas
(= légendes). Leur réunion fut l'oeuvre de Vyàsa,
selon la tradition; mais, outre que l'on cite plusieurs Vyàsa, ce
nom ne signifie pas autre chose ici que compilateur. Si l'on rend, autant
que possible, à chaque époque historique les morceaux qui
lui reviennent, on trouve un poème initial d'environ 12 ou 15 000
distiques, ne renfermant que des récits de batailles dans un style
fort antique, et qui se rapportent à la grande guerre des Kurus
à Hastinâpura (Delhi). C'est à la période, probablement
assez longue comprise entre la fin des hymnes védiques et l'époque
des Kâvyas que se rapporterait la composition des Itihâsas.
Vinrent ensuite les Kâvyas, qui sont aussi des épopées,
mais d'une nature toute différente, puisqu'ils sont l'oeuvre d'un
seul homme, n'ont reçu dans la suite que de petites interpolations
le plus souvent aisées à reconnaître, et se distinguent
par l'unité de l'action, la vérité et la suite dans
le développement des caractères, et un art de composer et
d'écrire porté à une haute perfection. Jusqu'où
s'étend cette période des poèmes épiques? C'est
ce qu'il est difficile d'apprécier, puisque nous voyons le Raghuvança
et
le Kumârasambhava
indiqués comme appartenant au commencement
de l'ère chrétienne et se rapprochant peut-être même
plus encore de nos jours. Quoi qu'il en soit, la période moderne
des compositions épiques est caractérisée par les
Puranas,
ouvrages où sont réunis, comme dans le Mahâbhârata,
des traditions et des morceaux empruntés aux siècles antérieurs
et même aux Vêdas, mais qui sont presque entièrement
théologiques. Quoique attribués à des auteurs particuliers,
et dont la réalité n'est pas plus douteuse que celle de Vâlmîki,
ils n'offrent aucune unité d'action, ne répondent à
aucune époque historique déterminée, mêlent
les faits, les hommes, les doctrines, les langages, et ne semblent permettre
au critique de laisser à leurs auteurs qu'une très petite
portion de leur immense étendue. Ces répertoires archéologiques
sont d'un âge évidemment mo derne, et ne remontent pas aux
temps où les vraies compositions littéraires se sont produites
dans l'Inde. De plus, les auteurs des purânas et ceux des kâvyas
n'appartiennent pas à la même caste. Les premiers sont des
Sûtas
(écuyers), hommes qui ne faisaient qu'à moitié partie
de la caste brahmanique, et qui étaient au service des Xattriyas
ou seigneurs. Ils ne possédaient donc qu'une portion de la science
sacrée, et n'avaient pas sur elle un droit complet d'interprétation
ni même d'exposition; leur rôle était surtout de recueillir
les traditions et d'en former des volumes pour l'instruction des jeunes
princes et des femmes. Le Râmâyana est, au contraire,
l'oeuvre d'un pur brahmane, que la tradition nous représente comme
un saint pénitent, vivant au désert, et ayant des relations
directes avec Brahmâ lui-même, qui lui apparut et lui fit connaître
Râma. II en résulte que son poème peut développer
avec une entière liberté d'esprit non seulement les doctrines
religieuses et leur fond métaphysique, mais encore les lois, les
devoirs des hommes, des castes, des rois même, et donner à
chacun des leçons pleines d'autorité pour la conduite de
la vie. La tradition non plus n'enchaîne pas l'auteur; ne voyant
dans plusieurs personnages de l'antiquité indienne que des figures
symboliques propres à représenter les idées et les
événements qui se développaient de leur temps, il
les rapproche sans scrupule. Ainsi, il est hors de doute que les deux Râma
ont vécu à deux époques fort éloignées
l'une de l'autre, puisque celui de Vâlmîki régnait sur
la Sarayû et le Gange; que l'autre est d'un temps où les Aryas
dépassaient à peine la Saraswati vers l'Orient, et qu'enfin
toute la période des événements racontés dans
le Mahâbhârata les sépare. Cependant le poète
fait converser ensemble les deux Râma. Ce merveilleux poétique,
que les Indiens emploient plus encore que les Grecs, autorisait Vâlmîki
à dépasser même cette limite car il fait paraître
et agir dans son poème, à côté de Râma
et avec, lui, des personnages qui appartiennent au Véda lui-même,
qui ont écrit des hymnes védiques dont l'authenticité
n'est point, douteuse, et qui sont antérieurs à l'antique
Paraçu-Râma.
Tels sont Viçwâmitra, Vasishtha, Bharadwâja, et Atri.
Cette liberté extrême prise par le poète de rapprocher,
ainsi sur une même scène des personnages d'époques
si différentes prouve deux choses : c'est que Vâlmîki
ne vivait pas au temps de Râma, mais beaucoup après; de sorte
que Vâlmîki n'a pas lu son poème en présence
du héros, comme le disent les brâhmanes; et, secondement,
que les temps des poètes védiques ci-dessus nommés
étaient passés depuis assez longtemps pour que leurs figures
fussent devenues en quelque sorte idéales, et pareilles à
celles des dieux qui échappent au temps. Or, si l'on ne peut guère
fixer la limite de la période védique plus près de
nous que l'année 1500 ou 1600 av. J.- C., on ne peut pas non plus
la reculer indéfiniment dans le passé. Si la période
comprise entre les deux Râma comprend plusieurs siècles, et
qu'un assez longtemps se soit encore écoulé entre notre Râma
et son chantre Vâlmîki, on voit que l'époque de ce dernier
ne saurait guère être antérieure à colle d'Homère.
D'un autre côté, l'on ne peut guère admettre que le
Râmâyana
soit postérieur à l'apparition du bouddhisme. La période
des Kâvyas, ou du Râmâyana, serait ainsi comprise entre
le milieu du VIIe siècle et le commencement
du IXe. Les Itihâsas ont certainement précédé
les Kâvyas; le Mahâbhârata primitif se trouve ainsi placé
entre le Râmâyana et la guerre des Kurus, qui elle-même
a suivi l'établissement des Aryas védiques dans les hautes
vallées du Gange et de la Yamunâ. Cette guerre serait ainsi
reportée à une date un peu antérieure à la
guerre de Troie D'après la tradition exprimée
en tête du poème, le Râmâyana a d'abord
été composé et enseigné verbalement par Vâlmîki
à ses disciples. Malgré ce que cette tradition peut avoir
de surprenant pour un poème d'une telle étendue, elle semble
confirmée par ce fait qu'il existe dans l'Inde plusieurs recensions
du Râmayâna. Ces recensions, faites en divers lieux
et indépendamment les unes des autres, s'accordent entre elles quant
aux événements, aux rôles et aux caractères
des personnages. Mais elles suivent un arrangement différent; elles
présentent, de plus, des divergences considérables dans les
expressions. On en pourrait donc conclure avec vraisemblance qu'en effet
le poème n'a été fixé par l'écriture
qu'un temps plus ou moins long après sa composition, et qu'il avait
auparavant circulé de bouche en bouche dans une grande partie de
l'Inde. On sera moins surpris de ces faits si I'on observe que l'enseignement
oral et la récitation étaient le principal exercice des Brahmanes Le nom de kâvya, donné dans l'Inde à ce genre de poèmes épiques dérive du mot kavi, qui veut dire poète, et qui désigne toujours une personne réelle et non un être collectif tel que Vyàsa. Lorsque la littérature des kâvyas florissait, elle fut transportée par l'émigration indienne dans l'île de Bali, voisine de Java, et traduite en une langue qui porte le nom de kavi. Nous trouvons aujourd'hui dans ce pays des oeuvres indiennes considérables, traduites du sanscrit en cette langue : tels sont le Raghuvança et le Kumâra-Sambhava, ainsi qu'une partie du Mahâbhârata lui-même. C'est un pays et une mine qui n'ont pas encore été suffisamment explorés. Le Râmâyana tient dans la littérature indienne une place très considérable; il est estimé presque à l'égal des livres saints, à cause des doctrines et des exemples qu'il propose; il est un objet d'études spéciales pour ceux qui apprennent la langue, la prosodie, l'art de la composition littéraire. Pour nous aussi, il est un des monuments les plus importants de la langue sanscrite. (Emile Burnouf, 1877). Attention : ce texte n'a pas été actualisé.
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.