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Les
textes
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| Védas.
- Ce mot, qui signifie science, désigne un ensemble d'oeuvres poétiques
formant la sainte Écriture des Indiens. Si, à ces compositions
primitives, on ajoute les développements qu'elles ont reçus
sous le nom de brâhmanas et de sûtras, on a le corps entier
de ces livres sacrés. Dans leur état actuel, les Védas
sont au nombre de quatre, le Rig, le Sâma, le Yajur
et
l'Atharva. De ces quatre recueils, les trois premiers sont reconnus,
non seulement comme authentiques, mais comme canoniques, par tous les savants
de l'Inde; l'Atharva-véda jouit d'une moindre autorité,
étant sans doute d'une époque postérieure aux autres.
Le Rig-véda, qui est souvent désigné par le
simple nom de Véda, est à la fois le plus ancien et
le plus vénéré de tous ces livres : comme le Sâma,
il ne renferme que des vers (rik); mais ce dernier recueil, qui
forme en quelque sorte le rituel des cérémonies sacrées,
se compose de vers empruntés au Rig-véda, et arrangés
suivant les besoins du culte, de sorte qu'il n'est guère qu'une
reproduction de celui-ci avec des variantes plus ou moins importantes.
Le Yajur-véda contient des vers et de la prose : les vers
appartiennent généralement au Rig-véda; la
partie de prose consiste en formules appartenant à des écoles
diverses et signalant une époque plus avancée de la théologie
indienne. II forme deux recueils (sanhitâ) connus sous les
noms de Yajus blanc et de Yajus noir, dont les sujets sont
identiques, mais qui ne présentent pas le même arrangement
: dans le premier on ne trouve que les formules du sacrifice, les explications
et les développements étant rejetés dans le brahmana;
dans la noir, au contraire, les formules sont ordinairement suivies des
explications dogmatiques et de teint ce qui concerne le cérémonial.
Quant à l'Atharva-véda, il est composé exclusivement
d'hymnes en vers, ainsi que le Rig-véda; il en renferme plus
de sept cents : mais ces chants ont surtout pour objet les puissances malfaisantes
de la nature, les animaux nuisibles, les maladies, les ennemis publics
et surtout privés; et ils marquent une époque où les
doctrines cosmologiques des temps antérieurs avaient déjà
engendré de grossières superstitions L'examen du contenu et de la forme même
des quatre Védas prouve qu'ils sont d'époques assez
différentes et même de pays assez éloignés les
uns des autres. Il est probable, en effet, sinon tout à fait certain,
que l'Atharva-véda, qui est le dernier en date, a été
composé dans l'Inde orientale, c.-à-d. dans les vallées
gangétiques; le Yajus paraît se rapporter à
l'Inde moyenne, à l'orient de la Saraswati; le Sâma, comme
composé de vers extraits du Rig, lui est nécessairement
postérieur, malgré la forme archaïque de beaucoup d'expressions.
Or, il est certain que l'organisation définitive des cérémonies
du culte a eu lieu sous le régime de l'institution brâhmanique,
dans un temps où les Aryas s'étaient avancés de l'O.,
à l'E. jusque sur les affluents supérieurs du Gange Le Rig-véda n'est pas l'oeuvre
d'un seul homme : Vyâsa est le nom générique donné
en sanscrit à tous les compilateurs indiens; les noms qui, dans
le recueil, accompagnent chaque hymne, et dont beaucoup sont certainement
authentiques, sont au nombre de plus de trois cents; ils appartiennent
à des familles, à des époques et à des parties
du Saptasindhu très différentes les unes des autres; de sorte
qu'on estime à trois siècles environ la durée de la
période des hymnes. A quel temps faut-il rapporter les hymnes du
Rig-véda?
On ne saurait le dire d'une façon précise. Mais il est fort
ancien : car le Bouddha Comme oeuvres littéraires, les hymnes
sont l'unique monument de ce genre dans une langue indo-européenne,
puisque les hymnes antiques de la Grèce sont perdus sans exception.
Ceux du Rig-véda sont classiques, dans leur fond et dans
leur forme : la poésie est toute empruntée à la nature
extérieure ou à la vie ordinaire des populations aryennes.
Les phénomènes du jour L'état de la société où furent composés les hymnes est fortement retracé dans tout le recueil du Rig-véda. Les familles se rattachent étroitement par leur origine à des ancêtres presque divins et qui sont déclarés être eux-mêmes les auteurs des dieux, c'est-à-dire des symboles. Comme, dans la doctrine mystique de ces temps, un même principe igné et intelligent anime tous les êtres vivants, se transmet à travers les générations et se manifeste sur l'autel où brûle le feu, les pères sont pour les fils non seulement les auteurs de leurs formes corporelles, mais encore le principe même d'où la vie leur a été transmise. Si le principe de vie, ne pouvant périr, unit les générations les unes aux autres et devient le fondement de la famille. L'état primitif de la famille est indiqué par les noms de parenté, dont la langue védique donne la signification première. Les fonctions et les rapports de ses membres entre eux sont par là clairement aperçus. Le père est le chef, la mère est la maîtresse de maison, la fille est celle qui trait les vaches, et le fils est le défenseur; à un autre point de vue, le père est le nourricier de la famille, et la mère est la dispensatrice. Les mots védiques qui expriment ces relations sont les mêmes qu'en latin, en grec, en allemand, etc., mais n'ont de signification saisissable que dans la langue des hymnes. On doit dire toutefois que les rôles qu'ils expriment étaient déjà fort altérés au temps du Véda. Un hymne nuptial nous permet de suivre dans ses détails la cérémonie religieuse du mariage, et nous montre qu'une métaphysique sérieuse y présidait dès cette époque : la liberté de la femme est complète jusqu'au dernier moment; son autonomie ne fut point détruite par l'usage royal de la polygamie; il n'y eut jamais de marché toléré par la loi en pareil cas. La division en castes de la société indienne n'existe pas encore au temps du Rig-véda; elle existe à l'époque de l'Atharva-véda; et il semble qu'elle existe même déjà au temps du Yajus. II y a, dans le Rig, des brahmanes, des rajas et le peuple, désigné sous le nom de viç : mais on peut être raja et brahmane à la fois, comme le prouvent de nombreux exemples : il n'y a pas d'hérédité absolument établie dans les fonctions; on voit aussi des brahmanes accomplir les actes qui plus tard furent réservés aux gens du peuple et même aux çûdras. Ce dernier mot ne se rencontre même que dans un hymne, reconnu pour appartenir aux temps postérieurs. Le brahmane du Rig-véda est le père de famille dans l'exercice des fonctions sacrées; le roi est le père de famille commandant à l'armée et gouvernant son territoire en temps de paix; la viç, c'est le peuple des Aryas tout entier. Mais, à mesure que l'établissement des Aryas dans l'Inde fut plus ancien et plus solide, il se forma des familles sacerdotales conservant le dépôt de l'hymne et de l'enseignement sacré, et des familles féodales dont l'autorité, fondée d'abord sur la richesse, fut rehaussée par la cérémonie da sacre. Enfin il vint un temps où la richesse et le pouvoir d'action des seigneurs tinrent dans une sorte d'infériorité la classe sacerdotale, qui avait pour elle le pouvoir spirituel, fondé sur la tradition et la science : la hiérarchie des castes fut définitivement constituée lorsque les deux pouvoirs se trouvèrent, réunis entre les mains d'une même famille, celle du grand poète védique Viçwamitra. Cette révolution s'accomplit entre la période du Rig et celle du Yajus : elle marque le commencement de la société brahmanique dans l'Inde; mais ces faits se passaient encore dans les vallées du Saptasindhu et non dans les contrées du Gange. Quant au culte, les Védas
nous fournissent les détails les plus circonstanciés sur
ses cérémonies. Toutefois, pour les rétablir sous
leur forma la plus ancienne, il faut surtout les chercher dans le Rig,
et constater ensuite leurs développements dans les autres recueils,
ainsi que dans les Brahmanas et les Sûtras. Ce culte
est fort simple : point de temple; un autel de terre est dressé
dans un lieu découvert; il y aune enceinte sacrée où
les prêtres, au nombre de quatre, puis de sept, viennent se placer;
chacun d'eux a son rôle. On allume le feu sacré par le frottement
de deux pièces de bois l'une contre l'autre; la première
étincelle est alimentée avec le beurre clarifié; le
bûcher s'enflamme; les prêtres y portent l'offrande solide
des gâteaux et la liqueur fermentée et alcoolique du sôma,
qui, par l'intermédiaire du feu, est offerte aux dieux. Ceux-ci
sont présents à la cérémonie; ils sont assis
sur le gazon sacré répandu autour de l'autel. Pendant ce
temps, les prêtres chantent l'hymne en l'honneur des dieux. Tel est
l'ensemble d'une cérémonie védique : on la répétait
trois fois par jour, au lever de l'aurore, à midi, et au coucher
du soleil. Dans des circonstances rares, on offrait aussi des sacrifices
sanglants : on immolait un cheval Tous les détails du culte védique
étaient étroitement liés avec une métaphysique
déjà profonde, partout exposée dans les Védas
et
dont voici les principaux traits. Le fond de cette doctrine consiste dans
la théorie des Asuras ou principes de vie (asu). Plus tard,
une révolution lente ayant substitué à ces premières
conceptions un peu vagues des personnes divines mieux définies,
on donna à celles-ci le nom de dêvas ou dieux, et le mot asura
désigna uniquement cette antique génération divine,
analogue aux Titans et composée des ennemis des dieux. Mais ce progrès
des idées était loin d'être accompli au temps du
Rig-véda. Les principaux Asuras sont : Agni Ce père universel des vivants réside
donc en toutes choses : tel est l'Agni du Rig-véda. Les Asuras
du ciel lui sont étroitement unis : les uns représentent
les diverses énergies célestes du jour et de la nuit, sous
les noms de Mitra, Varuna Tous les détails de la mythologie
védique se groupent autour de ces deux conceptions, le feu Agni
et le Soleil. Or il arriva, du temps même des hymnes du Rig, que
les prêtres aryens saisirent une étroite relation entre le
feu terrestre, le feu de l'éclair et le feu solaire, et ne tardèrent
pas à les identifier : car l'ancienne société indienne
a toujours eu une tendance polythéiste On se demande comment, aussi divisée qu'elle l'était, la société âryenne de l'Inde a pu parvenir à l'unité de croyance partout attestée par le Véda : le Véda lui-même l'explique. En effet, il est incontestable que, si le culte a commencé par être privé, il est de bonne heure devenu public : la création des symboles, et ensuite leur interprétation, distingua les prêtres de la foule du peuple; et la nécessité de pourvoir aux autres besoins de la vie retenant les hommes ailleurs, il se forma des familles sacerdotales, attachées au culte et officiant pour tout le monde : il y en a un assez grand nombre de citées dans le Véda; et ce furent celles qui continuèrent d'être à la tête de la société brahmanique. La perpétuation des cultes primitifs s'opérait dans ces familles par l'enseignement paternel, et, dans le peuple, par la répétition journalière des mêmes cérémonies; c'est ce qu'atteste mainte fois le Rig-véda. La présence de sept prêtres autour de l'autel, l'existence de nombreux aumoniers à la cour des rois féodaux, l'enceinte fermée au vulgaire, et enfin le petit nombre relatif des familles sacerdotales, montrent que le culte était public. Le roi en faisait le plus souvent les frais. Du reste, dans toute la période du Véda, il n'y a pas de clergé; le sacerdoce n'a point de hiérarchie; les brahmanes sont égaux entre eux et indépendants les uns des autres. Si donc il s'établit une unité de doctrine, ce ne fut pas seulement la force des anciennes traditions qui en fut la cause, puisque les opinions particulières des prêtres étaient entièrement libres; cette unité fut le résultat d'un accord entre les prêtres eux-mêmes. C'est ce que montrent plusieurs hymnes : le petit nombre des brahmanes dans chaque village les rapprochait naturellement les uns des autres; leur réunion à la cour des seigneurs féodaux et dans les cérémonies solennelles était pour eux une occasion de discuter et de s'entendre sur les matières religieuses; enfin les voyages, même lointains, aux lacs sacrés et aux confluents, étaient déjà en usage au temps des hymnes du Rig, et, s'accomplissant chaque année aux mêmes époques, donnaient lieu à de grandes conférences métaphysiques, dont l'usage se perpétua dans les siècles suivants. Il se forme ainsi des écoles philosophiques et des systèmes, dont les premières bases furent posées dès le temps des hymnes, et qui avaient déjà reçu un grand développement à l'époque du Yajur-véda. Il est aisé de comprendre comment ces chants si antiques se sont conservés jusqu'à nos jours. II est probable en effet que la dernière recension des recueils védiques n'a eu lieu que quelques siècles avant J.-C., et que la première ne remonte pas très haut dans l'histoire. Mais l'hymne contient le dépôt de la foi antique et de la science traditionnelle; il est le fondement de la religion, de la loi et de la morale publique; toute la société repose sur le Véda. La conservation des cultes de famille étant la sauvegarde de la famille même, on avait un intérêt majeur à ne pas laisser périr les hymnes où les symboles de foi étaient contenus. On voit que les enfants les apprenaient de bonne heure en les entendant chanter pur les pères autour de l'autel, et en les étudiant plus tard sous l'autorité paternelle. C'est ainsi que les hymnes se saut transmis pendant plusieurs siècles : de sorte que le jour où l'on a éprouvé le besoin de les recueillir et de les écrire, on n'a eu qu'à les demander aux descendants des anciens prêtres, qui les avaient conservés et qui les chantaient chaque jour à l'autel. II n'y a donc pas lien de douter de leur authenticité, attestée d'ailleurs par toute la littérature sanscrite des temps postérieurs jusqu'à nos jours. Dans l'Inde, le Véda est
le fondement de toute la constitution religieuse, comme l'Evangile A un autre point de vue, le Véda,
quoique appartenant aux Aryas de l'Indus, jette les plus vives lumières
sur les temps primitifs et sur les anciennes croyances et institutions
des autres peuples aryens. Les plus voisins de l'Inde étaient ceux
de l'Iran moderne comprenant surtout les Mèdes et les Perses. Les
peuples anciens de ces contrées nous ont laissé un livre
sacré, l'Avesta
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.