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Les
textes
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| Mahâbhârata,
c.-à.-d. le Grand bardit (ce mot moderne traduit assez exactement
le mot sanscrit, et le nom de bhârata était donné,
dès les temps les plus anciens de l'Inde, aux poètes qui
composaient des vers et des récits héroïques, aux bardes),
poème épique des Indiens, qui n'est connu dans son entier
en Europe que depuis 1839, par l'édition qui en fut alors publiée
à Calcutta Le sujet fondamental du poème est
la guerre des Courous et des Pândous en Pantchâlas au sujet
de la suprématie royale de l'Inde. Les adversaires sont les fils
de deux frères, Pândou et Dhritarâshtra, descendants
du dieu de la Lune Le premier chant raconte l'origine, la naissance, l'éducation et les premières aventures des fils de Pândou, l'inimitié naissante de leurs cousins, et les complots de ceux-ci contre la vie des cinq frères; l'incendie du palais où ils demeuraient avec leur mère; leur fuite, et le bruit répandu qu'ils avaient péri; leur vie au désert; leur retour à l'occasion du mariage de Draupadî, qui devint leur épouse. Au deuxième chant, Dhritarâshtra
partage la souveraineté entre ses fils et ses neveux qui représentaient
les droits légitimes d'une branche aînée. Yudhisthira
et ses frères sont établis à Indraprastha, et gouvernent
la vallée de la Yamunâ (Jumna); Duryôdhana, avec ses
frères, règne à Hastinâpura sur le Gange Pendant les fêtes du Râjasûya,
les cousins jaloux entraînent Yadhishthira dans une partie de dés,
où il perd contre Duryôdhana son palais, sa fortune, son royaume,
sa femme, ses frères, et lui-même; ainsi dépouillé,
il est réintégré par son vieil oncle; mais, tenté
de nouveau, il convient que, s'il perd, il passera douze ans au désert
avec ses frères, qu'il demeurera inconnu la 13e année, et
que, s'il reparaît, il recommencera son exil. Battu, il part pour
la forêt Au quatrième, les cinq frères
ont fini leur exil, et entrent, inconnus, au service du roi Virâta,
qui, à la fin de la treizième année, les reconnaît,
et leur promet son alliance. Préparatifs de la guerre; énumération
des chefs qui se rangent à l'un ou à l'autre parti; alternative
proposée par Krishna Les armées des Courous sont commandées tour à tour par Bhîshma, grand-oncle de Duryôdhana, par Drôna, son précepteur, par Karna, roi des Angas, par Salya, roi de Madra; les exploits guerriers de chacun de ces chefs font la matière d'autant de chants, dans lesquels les dieux jouent un rôle important. Chacun des chefs ayant été tué, Duryôdhana lui-même est tué par Bhîma dans un combat singulier. Le dixième chant renferme le récit d'une attaque nocturne dirigée par les chefs qui survivent contre le camp des fils de Pândou; cette attaque est repoussée, grâce à l'intervention de Krishna. Les lamentations des femmes qui viennent sur le champ de bataille retrouver les cadavres des leurs, le désespoir du vieux Dhritarâshtra, les regrets de Yudhisthira lui-même, forment la matière du onzième chant. Le douzième est une exposition brahmanique des devoirs de la royauté, des avantages de la générosité, et des moyens de parvenir à la délivrance finale. Le treizième traite des devoirs de société exposés à Yudhishthira par Bhishma mourant. Le quatorzième donne la description de l'antique sacrifice du cheval, célébré par le vainqueur, en témoignage de sa suzeraineté. Le quinzième raconte la retraite de Dhritarâshtra au désert, où il obtient la délivrance finale; le seizième, la destruction des Yâdavas, dont Krishna lui-même faisait partie, et la submersion de la ville de Dwâraka, sa capitale. Le dix-septième est le récit du Grand départ, c. -à-d. de l'abdication de Yudhishthira, et de son départ pour l'Himalaya et la montagne sainte, le Mêrou. Dans ce voyage, le héros perd tour à tour sa femme et ses frères; demeuré seul avec son chien, il refuse d'entrer sans lui au ciel d'Indra; Indra cède sur ce point. Au chant dix-huitième, le héros entre au ciel, où il trouve heureux ses ennemis, et cherche en vain sa femme, ses amis et ses frères. Un messager divin les lui fait voir dans les tourments. La grandeur d'âme du héros éclate à ce dernier moment; les dieux arrivent, et le spectacle disparaît. Yudhisthira, transfiguré, reprend sa place avec ses frères au milieu des divinités dont la personne s'était incarnée en eux pour combattre le mal personnifié dans leurs ennemis. Dans ce vaste développement d'idées et de faits, la critique moderne distingue des parties anciennes et d'autres plus modernes. Parmi ces dernières, on peut compter le douzième et le treizième chant, et probablement aussi le seizième. On a lieu de penser également que les deux derniers chants ont été ajoutés au poème primitif à une époque où la doctrine morale des brahmanes avait atteint une grande élévation théorique, époque qui ne peut guère avoir été celle des temps héroïques de l'Inde. On doit retrancher également, comme intercalés dans le texte, un certain nombre d'épisodes, qui ne s'y rattachent que fort indirectement, et dont plusieurs témoignent de doctrines postérieures à l'établissement du bouddhisme : telle est Bhagavad-Gîta, dans laquelle les faits de la guerre ne sont qu'une occasion de discourir, et ne servent qu'à à la mise en scène du dialogue. D'après les Indiens eux-mêmes, le poème primitif ne comprenait pas le cinsuième de l'étendue qu'il a aujourd'hui. Ce qui fait le fond du poème, c'est la guerre des Courous et des Pantchâlas; c'est là le noyau primitif donné par la légende et développé par les poètes, et les trois quarts au moins de l'oeuvre totale n'ont aucun rapport avec ce sujet. On peut donc admettre, en général, que le Mahâbhârata, tel que nous l'avons, s'est formé peu à peu de pièces rajustées, et que le poème primitif n'a été qu'un centre autour duquel les brahmanes ont groupé tout ce qui pouvait se trouver chez eux de traditions épiques ou d'idées pouvant servir à l'instruction des rois. II est hors de toute vraisemblance que le poème soit une oeuvre moderne, c. à-d. postérieure à l'expulsion du bouddhisme ou du moins à sa propagation dans l'Inde; et c'est ce qu'il faudrait admettre, si l'on se refusait à en opérer le démembrement, et à reconnaître dans ses diverses parties des oeuvres d'époques et de styles différents, plus ou moins habilement rattachées à l'épopée antique. Plusieurs de ces parties, qui sont de véritables traités, n'ont nullement le caractère épique et sont évidemment bien postérieures à l'âge de l'épopée. On a tout lieu de croire que le Mahabhârata primordial ne dépassait pas le triomphe final des Pandous, et comprenait tout au plus le sacrifice du cheval et la réintégration du roi légitime sur son trône; encore, dans les quatorze premiers chants, doit-on faire un choix entre les passages, supprimer beaucoup d'épisodes et d'interpolations, pour arriver à la dimension primitive indiquée par les brahmanes. Réduit à ces proportions, le Mahâbhârata présente, avec les épopées des autres civilisations, et surtout avec l'Iliade, des rapports de ressemblance évidents. Le récit des batailles y occupe une place importante et y est traité avec une vérité frappante, même là où les dieux semblent substituer leur action à celle des héros. La description des combats singuliers est tout à fait homérique. On ne saurait concevoir un tableau rendu avec plus de vérité pittoresque et de sentiment, que celui du onzième chant, où l'auteur amène sur le champ de bataille de Kuruxêtra les veuves, les mères, les soeurs des guerriers, cherchant à reconnaître les leurs parmi ces cadavres que se disputent déjà les bêtes sauvages, les insectes et les oiseaux. L'attaque nocturne du camp, avec les circonstances mystérieuses qui l'accompagnent ou la précédent, a un intérêt poétique saisissant. Les préparatifs de la bataille sont plus grandioses que la partie correspondante du poème grec. Le troisième chant offre cette scène du jeu, trait de moeurs propre aux Orientaux, et sur lequel les écrivains de l'Inde reviennent volontiers, pour le rendre dans toute sa vivacité et en tirer un enseignement sévère. Nous ne pouvons citer ici toutes les scènes poétiques, grandioses ou gracieuses, terribles ou touchantes, que renferme la grande épopée. On peut croire que, du jour où la critique européenne aura dégagé le Mahâbhârata des additions qui le rendent souvent diffus, des interpolations déplacées, des épisodes, quelque intéressants qu'ils soient, qui brisent sa marche et retardent les événements, ce poème se montrera comme une des épopées les plus parfaitement poétiques que nous connaissions. Du reste, parmi ces additions, il en est qui ne s'éloignent point du caractère assigné par le poète à ses héros : tels sont les deux derniers chants, l'une des compositions les plus sublimes qu'un poète ait jamais conçues. Or, cette haute pensée morale, exprimée si magnifiquement à la fin du poème domine toute l'épopée indienne. Les héros du Mahâbhârata ne sont pas seulement des guerriers, comme chez les Grecs, plus ou moins maîtres d'eux-mêmes; ce sont des hommes pieux, pratiquant la justice, fidèles à leur parole jusqu'à l'abnégation et au sacrifice de leur personne, luttant contre les forces de la nature avec une patience infatigable et une douceur que soutient le désir de la justification et de la délivrance finale. Quant à la date de l'épopée
primitive, il est bien difficile de la fixer même approximativement.
On peut penser qu'elle est antérieure au Râmâyana Toutes les parties du poème ont
pour nous un intérêt historique majeur. Les passages évidemment
les plus antiques nous offrent le récit de grands événements
accomplis dans le N.-O. de l'Inde, à une époque qui ne dut
pas être postérieure de beaucoup de siècles à
l'établissement des Aryas de l'Indus sur les rives du Gange et de
ses affluents. Au milieu de cette grande lutte où trouvent place
les Aryas et leurs alliés indigènes, s'agitent des questions
de constitution politique et sociale d'une haute importance pour l'histoire
indienne des temps postérieurs. Les nombreux renseignements que
nous donne le poème à cet égard, rapprochés
des faits analogues de l'histoire grecque et des plus anciens temps des
peuples du Nord, jettent sur eux un jour tout nouveau. Les chants douzième
et treizième, composés certainement longtemps après
l'épopée primitive, n'en sont pas moins une exposition instructive
à tous égards : ils nous font connaître, avec plus
de détails que les lois de Manou Le Mahâbhârata, pris
dans sa totalité, renferme aussi une multitude de légendes,
les unes d'un caractère historique et se rapportant aux plus anciens
temps des Aryas, les autres évidemment symboliques et servant de
complément ou d'explication à celles qui se trouvaient déjà
mentionnées dans le Vêda. Ces dernières peuvent
souvent être rapprochées des traditions mythologiques des
peuples gréco-italiques et des peuples du Nord; celles-ci, qui ne
nous sont pas parvenues avec le grand et poétique développement
des fables de la Grèce, peuvent s'éclairer vivement des récits
du Mahâbhârata; il en est souvent de même des
symboles helléniques, presque tous originaires de l'Asie, mais transformés
par le génie poétique des Grecs, et localisés par
eux dans leur propre pays. Ces symboles, qui souvent ont perdu en Grèce
la clarté de leur signification, se retrouvent dans le poème
indien avec leur valeur, et, rapportés ensuite au Vêda,
d'où ils émanent, peuvent recevoir une interprétation
vraisemblable et souvent même évidente. L'étude approfondie
de l'épopée indienne est donc d'une grande utilité
pour la symbolique, et en est même devenue l'un des fondements. Elle
a pour complément celle des Purânas Un ensemble ou, pour mieux dire, une succession de doctrines philosophiques peut être extraite du Mahâbhârata. Les diverses parties du poème en contiennent une proportion d'autant plus considérable qu'elles semblent elles-mêmes plus modernes; leur comparaison, faite à ce point de vue, aura ce double résultat, d'en fixer les dates relatives, et de donner, pour leur part, des renseignements utiles sur le développement de la philosophie indienne. Les brahmanes des temps postérieurs ont, en effet, pris l'épopée primitive comme un cadre indéfini, dans lequel ils pouvaient insérer leurs propres idées, comme ils y intercalaient des fragments poétiques. Or, ces passages de philosophie théologique, produits à différentes époques, et parfois même à des siècles d'intervalle, répondent à des états divers de la science. Rapprochés des écrits philosophiques proprement dits, ils peuvent beaucoup servir au démembrement du poème actuel, et aide les critiques à le ramener à ses justes et vraies proportions. C'est ainsi que l'on doit retrancher à première vue, du grand poème, le chant connu, sous le nom de Bhagavad-Gîta, traité complet, dogmatique et didactique, du Yôga, doctrine qui n'a pu arriver à cet état de perfection qu'après un long développement de l'esprit philosophique. (Em. B., 1877).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.