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Le Mahâbhârata

Mahâbhârata, c.-à.-d. le Grand bardit (ce mot moderne traduit assez exactement le mot sanscrit, et le nom de bhârata était donné, dès les temps les plus anciens de l'Inde, aux poètes qui composaient des vers et des récits héroïques, aux bardes), poème épique des Indiens, qui n'est connu dans son entier en Europe que depuis 1839, par l'édition qui en fut alors publiée à Calcutta (4 vol. in 4°); on en connaissait déjà le sommaire, et plusieurs fragments avaient été imprimés avec leur traduction soit en latin, soit dans quelqu'une des langues modernes, par exemple, la Bhaguat Geeta (Bhagavad-Gîta) de Wilkins (1785), le Nalus (Hala) de Bopp (1819), et le Déluge avec divers épisodes (1829). Ce poème, dans sa totalité, ne renferme pas moins de 250 000 vers, généralement partagés en distiques ou çlôkas de 32 syllabes chacun : ces 32 syllabes forment deux vers de 16, partagés eux-mêmes en deux hémistiches de 8. C'est là le vers épique de la poésie sanscrite ou classique des Indiens. Mais parfois aussi, quand le mouvement de la pensée l'exige, le vers s'allonge ou se raccourcit, et prend une allure plus ou moins lyrique; c'est ce que l'on remarque surtout dans les parties du poème que l'on considère comme relativement modernes. Tout l'ensemble de l'épopée se partage en 18 chants ou Parvas, et renferme comme complément le poème appelé Harivança. Si l'on retranche les additions évidentes et que l'on s'en tienne à l'édition imprimée, le Mahâbhârata renferme encore 214 778 vers; mais comme elle contient le Harivança, dont l'étendue est de 32 748 vers, le grand poème se trouve réduit à 182 030 vers, proportion qui doit être elle-même considérablement amoindrie par la critique.

Le sujet fondamental du poème est la guerre des Courous et des Pândous en Pantchâlas au sujet de la suprématie royale de l'Inde. Les adversaires sont les fils de deux frères, Pândou et Dhritarâshtra, descendants du dieu de la Lune. Dhritarâsthra, avait cent fils, dont lainé, Duryôdhana, était le plus animé contre ses cousins; ceux-ci étaient au nombre de cinq, dont les trois aînés avaient pour mère Prithâ ou Kuntî, et étaient des incarnations divines, Yudhisthira de Dharma ou la Justice, Bhîmâ de Vâyu ou le Vent, Arjuna d'Indra, dieu du Ciel; les deux derniers, Nakula et Sahadêva, étaient les incarnations des deux cavaliers célestes nommés Àçwins, qui sont les Dioscures du panthéon brahmanique, et avaient pour mère Mâdri, fille du roi de Madra. Dhritarâsthra régnait à Hastinâpura (Delhi); quoique son frère Pândou (le pâle) fût l'aîné, la couleur de son visage l'avait fait exclure du trône; il s'était retiré dans l'Himalaya. et il y était mort. Demeurés seuls, ses enfants furent amenés auprès de leur oncle, qui les éleva comme ses fils.

Le premier chant raconte l'origine, la naissance, l'éducation et les premières aventures des fils de Pândou, l'inimitié naissante de leurs cousins, et les complots de ceux-ci contre la vie des cinq frères; l'incendie du palais où ils demeuraient avec leur mère; leur fuite, et le bruit répandu qu'ils avaient péri; leur vie au désert; leur retour à l'occasion du mariage de Draupadî, qui devint leur épouse.

Au deuxième chant, Dhritarâshtra partage la souveraineté entre ses fils et ses neveux qui représentaient les droits légitimes d'une branche aînée. Yudhisthira et ses frères sont établis à Indraprastha, et gouvernent la vallée de la Yamunâ (Jumna); Duryôdhana, avec ses frères, règne à Hastinâpura sur le Gange. D'après les usages de l'Inde antique, la suprématie devait appartenir au plus âgé de tous ces princes, qui était Yudhisthira. Le sacrifice solennel où les autres princes doivent lui rendre hommage et reconnaître sa suzeraineté, est une puissante cause d'envie et de haine pour ses cousins.

Pendant les fêtes du Râjasûya, les cousins jaloux entraînent Yadhishthira dans une partie de dés, où il perd contre Duryôdhana son palais, sa fortune, son royaume, sa femme, ses frères, et lui-même; ainsi dépouillé, il est réintégré par son vieil oncle; mais, tenté de nouveau, il convient que, s'il perd, il passera douze ans au désert avec ses frères, qu'il demeurera inconnu la 13e année, et que, s'il reparaît, il recommencera son exil. Battu, il part pour la forêt avec sa femme et ses frères. La vie qu'ils y mènent forme, avec l'épisode de Nâla, le sujet du troisième chant.

Au quatrième, les cinq frères ont fini leur exil, et entrent, inconnus, au service du roi Virâta, qui, à la fin de la treizième année, les reconnaît, et leur promet son alliance. Préparatifs de la guerre; énumération des chefs qui se rangent à l'un ou à l'autre parti; alternative proposée par Krishna, en qui est incarné Vishnu, à Duryôdhana de choisir entre sa seule alliance ou une grande armée; imprudence de Duryôdhana, qui prend ce dernier parti; départ de Krishna, qui devient l'allié des fils de Pândou et l'écuyer d'Arjuna.

Les armées des Courous sont commandées tour à tour par Bhîshma, grand-oncle de Duryôdhana, par Drôna, son précepteur, par Karna, roi des Angas, par Salya, roi de Madra; les exploits guerriers de chacun de ces chefs font la matière d'autant de chants, dans lesquels les dieux jouent un rôle important. Chacun des chefs ayant été tué, Duryôdhana lui-même est tué par Bhîma dans un combat singulier.

Le dixième chant renferme le récit d'une attaque nocturne dirigée par les chefs qui survivent contre le camp des fils de Pândou; cette attaque est repoussée, grâce à l'intervention de Krishna.

Les lamentations des femmes qui viennent sur le champ de bataille retrouver les cadavres des leurs, le désespoir du vieux Dhritarâshtra, les regrets de Yudhisthira lui-même, forment la matière du onzième chant. Le douzième est une exposition brahmanique des devoirs de la royauté, des avantages de la générosité, et des moyens de parvenir à la délivrance finale. Le treizième traite des devoirs de société exposés à Yudhishthira par Bhishma mourant. Le quatorzième donne la description de l'antique sacrifice du cheval, célébré par le vainqueur, en témoignage de sa suzeraineté. Le quinzième raconte la retraite de Dhritarâshtra au désert, où il obtient la délivrance finale; le seizième, la destruction des Yâdavas, dont Krishna lui-même faisait partie, et la submersion de la ville de Dwâraka, sa capitale. Le dix-septième est le récit du Grand départ, c. -à-d. de l'abdication de Yudhishthira, et de son départ pour l'Himalaya et la montagne sainte, le Mérou. Dans ce voyage, le héros perd tour à tour sa femme et ses frères; demeuré seul avec son chien, il refuse d'entrer sans lui au ciel d'Indra; Indra cède sur ce point. Au chant dix-huitième, le héros entre au ciel, où il trouve heureux ses ennemis, et cherche en vain sa femme, ses amis et ses frères. Un messager divin les lui fait voir dans les tourments. La grandeur d'âme du héros éclate à ce dernier moment; les dieux arrivent, et le spectacle disparaît. Yudhisthira, transfiguré, reprend sa place avec ses frères au milieu des divinités dont la personne s'était incarnée en eux pour combattre le mal personnifié dans leurs ennemis.

Dans ce vaste développement d'idées et de faits, la critique moderne distingue des parties anciennes et d'autres plus modernes. Parmi ces dernières, on peut compter le douzième et le treizième chant, et probablement aussi le seizième. On a lieu de penser également que les deux derniers chants ont été ajoutés au poème primitif à une époque où la doctrine morale des brahmanes avait atteint une grande élévation théorique, époque qui ne peut guère avoir été celle des temps héroïques de l'Inde. On doit retrancher également, comme intercalés dans le texte, un certain nombre d'épisodes, qui ne s'y rattachent que fort indirectement, et dont plusieurs témoignent de doctrines postérieures à l'établissement du bouddhisme : telle est Bhagavad-Gîta, dans laquelle les faits de la guerre ne sont qu'une occasion de discourir, et ne servent qu'à à la mise en scène du dialogue. D'après les Indiens eux-mêmes, le poème primitif ne comprenait pas le cinsuième de l'étendue qu'il a aujourd'hui. Ce qui fait le fond du poème, c'est la guerre des Courous et des Pantchâlas; c'est là le noyau primitif donné par la légende et développé par les poètes, et les trois quarts au moins de l'oeuvre totale n'ont aucun rapport avec ce sujet. On peut donc admettre, en général, que le Mahâbhârata, tel que nous l'avons, s'est formé peu à peu de pièces rajustées, et que le poème primitif n'a été qu'un centre autour duquel les brahmanes ont groupé tout ce qui pouvait se trouver chez eux de traditions épiques ou d'idées pouvant servir à l'instruction des rois. II est hors de toute vraisemblance que le poème soit une oeuvre moderne, c. à-d. postérieure à l'expulsion du bouddhisme ou du moins à sa propagation dans l'Inde; et c'est ce qu'il faudrait admettre, si l'on se refusait à en opérer le démembrement, et à reconnaître dans ses diverses parties des oeuvres d'époques et de styles différents, plus ou moins habilement rattachées à l'épopée antique. Plusieurs de ces parties, qui sont de véritables traités, n'ont nullement le caractère épique et sont évidemment bien postérieures à l'âge de l'épopée. On a tout lieu de croire que le Mahabhârata primordial ne dépassait pas le triomphe final des Pandous, et comprenait tout au plus le sacrifice du cheval et la réintégration du roi légitime sur son trône; encore, dans les quatorze premiers chants, doit-on faire un choix entre les passages, supprimer beaucoup d'épisodes et d'interpolations, pour arriver à la dimension primitive indiquée par les brahmanes.

Réduit à ces proportions, le Mahâbhârata présente, avec les épopées des autres civilisations, et surtout avec l'Iliade, des rapports de ressemblance évidents. Le récit des batailles y occupe une place importante et y est traité avec une vérité frappante, même là où les dieux semblent substituer leur action à celle des héros. La description des combats singuliers est tout à fait homérique. On ne saurait concevoir un tableau rendu avec plus de vérité pittoresque et de sentiment, que celui du onzième chant, où l'auteur amène sur le champ de bataille de Kuruxêtra les veuves, les mères, les soeurs des guerriers, cherchant à reconnaître les leurs parmi ces cadavres que se disputent déjà les bêtes sauvages, les insectes et les oiseaux. L'attaque nocturne du camp, avec les circonstances mystérieuses qui l'accompagnent ou la précédent, a un intérêt poétique saisissant. Les préparatifs de la bataille sont plus grandioses que la partie correspondante du poème grec. Le troisième chant offre cette scène du jeu, trait de moeurs propre aux Orientaux, et sur lequel les écrivains de l'Inde reviennent volontiers, pour le rendre dans toute sa vivacité et en tirer un enseignement sévère. Nous ne pouvons citer ici toutes les scènes poétiques, grandioses ou gracieuses, terribles ou touchantes, que renferme la grande épopée. On peut croire que, du jour où la critique européenne aura dégagé le Mahâbhârata des additions qui le rendent souvent diffus, des interpolations déplacées, des épisodes, quelque intéressants qu'ils soient, qui brisent sa marche et retardent les événements, ce poème se montrera comme une des épopées les plus parfaitement poétiques que nous connaissions. Du reste, parmi ces additions, il en est qui ne s'éloignent point du caractère assigné par le poète à ses héros : tels sont les deux derniers chants, l'une des compositions les plus sublimes qu'un poète ait jamais conçues. Or, cette haute pensée morale, exprimée si magnifiquement à la fin du poème domine toute l'épopée indienne. Les héros du Mahâbhârata ne sont pas seulement des guerriers, comme chez les Grecs, plus ou moins maîtres d'eux-mêmes; ce sont des hommes pieux, pratiquant la justice, fidèles à leur parole jusqu'à l'abnégation et au sacrifice de leur personne, luttant contre les forces de la nature avec une patience infatigable et une douceur que soutient le désir de la justification et de la délivrance finale.

Quant à la date de l'épopée primitive, il est bien difficile de la fixer même approximativement. On peut penser qu'elle est antérieure au Râmâyana, comme les faits eux-mêmes qui sont la matière de l'un et de l'autre poème. Les Aryas ont, selon toute apparence, mis un temps assez long à s'étendre de la vallée supérieure du Gange à l'île de Ceylan. Or, il n'est guère croyable que, si la grande expédition du Sud eût été terminée à l'époque du Mahâbhârata, il n'y eût été fait dans celui-ci aucune allusion. On conclurait donc de cette remarque que le premier poème a été fait dans l'intervalle des deux expéditions. Cette période de temps est comprise dans le moyen âge brahmanique, pendant lequel s'est développée la littérature des commentaires, à côté du sanscrit, qui était la langue littéraire, représentée alors par les chants épiques. Ces chants étaient nombreux, et plusieurs sont parvenus jusqu'à nous sous le nom d'Itihâsas; le premier Mahâbhârata semble n'avoir pas été autre chose; et lorsqu'il fut fixé par l'écriture et attribué à Vyâsa Pârâçarya, tout porte à croire qu'il existait depuis longtemps dans les traditions populaires par fragments isolés, comme cela eut lieu pour les chants des aèdes de la Grèce. La période des Itihâsas, qui concourt avec celle des commentaires du Vêda, a suivi de près l'entrée des Aryas dans les vallées du Gange; mais elle a dû se prolonger elle-même un certain nombre de siècles, si l'on en juge d'après l'étendue et la succession encore reconnaissable des ouvrages scolastiques qu'elle a produits. A quel point de cette période placer l'origine du Mahâbhârata? I! est croyable que l'épopée, ayant pris naissance à une certaine distance des événements, n'apparut guère avant le milieu de l'âge dont les guerres elles-mêmes remplirent les commencements. Or, si l'on songe que l'ère du Bouddha date du milieu du VIe siècle avant J.-C., et que la prédication de ce sage suppose une civilisation et une moralité publiques en décadence, on est conduit à placer plusieurs siècles auparavant la fin du moyen âge brahmanique, et à penser que l'épopée primitive des Indiens n'est pas postérieure à celle d'Homère, et qu'elle loi est probablement antérieure de quelque temps. Le témoignage de navigateurs grecs (chez le rhéteur Chrysostome), rapportant que les Indiens avaient traduit Homère, n'a aucune valeur, puisque les Grecs et les Romains ramenaient à leurs idées et à leurs noms tout ce qu'ils trouvaient d'analogue chez les peuples étrangers; il prouve seulement qu'il existait alors dans l'Inde une grande épopée : Le silence de Mégasthène ne saurait être non plus une preuve négative, ou bien il faudrait l'appliquer de même à tous les grands ouvrages qu'il ne nomme pas; ce qu'il est impossible d'admettre. Les livres bouddhiques du nord citent les Pândous comme une tribu dévastatrice habitant les montagnes : mais sont-ce les Pândous du Mahâbhârata? Et, si c'est la même famille, on en conclurait tout au plus que les Pândous, chassés du trône et réfugiés sur les hauteurs, étaient devenus tels au temps où furent écrits ces livres bouddhiques. Le nom de Vyâsa ne se rencontre pas dans ceux des Brahmanas qui ont été lus jusqu'à ce jour; mais les Brahmanas sont des livres de scolastique, où le nom d'un chant épique pourrait paraître déplacé s'il s'y rencontrait : ne voyons-nous pas un fait semblable pour les chants épiques de notre moyen âge, composés dans une période d'études scolastiques? De ces considérations il résulte que la question de date n'est pas complètement résolue pour le Mahâbhârata.

Toutes les parties du poème ont pour nous un intérêt historique majeur. Les passages évidemment les plus antiques nous offrent le récit de grands événements accomplis dans le N.-O. de l'Inde, à une époque qui ne dut pas être postérieure de beaucoup de siècles à l'établissement des Aryas de l'Indus sur les rives du Gange et de ses affluents. Au milieu de cette grande lutte où trouvent place les Aryas et leurs alliés indigènes, s'agitent des questions de constitution politique et sociale d'une haute importance pour l'histoire indienne des temps postérieurs. Les nombreux renseignements que nous donne le poème à cet égard, rapprochés des faits analogues de l'histoire grecque et des plus anciens temps des peuples du Nord, jettent sur eux un jour tout nouveau. Les chants douzième et treizième, composés certainement longtemps après l'épopée primitive, n'en sont pas moins une exposition instructive à tous égards : ils nous font connaître, avec plus de détails que les lois de Manou, l'idée que, dans la division de la société en castes, on se faisait des devoirs des rois soit envers leurs sujets, soit envers la caste privilégiée des prêtres. On y voit aussi le but suprême de la vie que la religion brâhmanique proposait aux hommes et particulièrement à ceux des classes les plus élevées. Les détails dans lesquels sont entrés les auteurs de ces chants nous font pénétrer dans l'esprit de la société indienne, qui, dès l'origine du brahmanisme, à travers tous les changements politiques et les transformations du culte, est demeuré le même jusqu'à nos jours, c.-à-d. profondément empreint du caractère religieux, et subordonnant toutes les actions, les pensées et les discours à certains principes de philosophie théologique énoncés dans la loi et acceptés par les moeurs.

Le Mahâbhârata, pris dans sa totalité, renferme aussi une multitude de légendes, les unes d'un caractère historique et se rapportant aux plus anciens temps des Aryas, les autres évidemment symboliques et servant de complément ou d'explication à celles qui se trouvaient déjà mentionnées dans le Vêda. Ces dernières peuvent souvent être rapprochées des traditions mythologiques des peuples gréco-italiques et des peuples du Nord; celles-ci, qui ne nous sont pas parvenues avec le grand et poétique développement des fables de la Grèce, peuvent s'éclairer vivement des récits du Mahâbhârata; il en est souvent de même des symboles helléniques, presque tous originaires de l'Asie, mais transformés par le génie poétique des Grecs, et localisés par eux dans leur propre pays. Ces symboles, qui souvent ont perdu en Grèce la clarté de leur signification, se retrouvent dans le poème indien avec leur valeur, et, rapportés ensuite au Vêda, d'où ils émanent, peuvent recevoir une interprétation vraisemblable et souvent même évidente. L'étude approfondie de l'épopée indienne est donc d'une grande utilité pour la symbolique, et en est même devenue l'un des fondements. Elle a pour complément celle des Purânas, des Itihâsas, du Râmâyana, du Harivansa, et généralement de tous les ouvrages connus dans l'Inde sous le nom de Kavyas, c.-à-d. poèmes épiques.

Un ensemble ou, pour mieux dire, une succession de doctrines philosophiques peut être extraite du Mahâbhârata. Les diverses parties du poème en contiennent une proportion d'autant plus considérable qu'elles semblent elles-mêmes plus modernes; leur comparaison, faite à ce point de vue, aura ce double résultat, d'en fixer les dates relatives, et de donner, pour leur part, des renseignements utiles sur le développement de la philosophie indienne. Les brahmanes des temps postérieurs ont, en effet, pris l'épopée primitive comme un cadre indéfini, dans lequel ils pouvaient insérer leurs propres idées, comme ils y intercalaient des fragments poétiques. Or, ces passages de philosophie théologique, produits à différentes époques, et parfois même à des siècles d'intervalle, répondent à des états divers de la science. Rapprochés des écrits philosophiques proprement dits, ils peuvent beaucoup servir au démembrement du poème actuel, et aide les critiques à le ramener à ses justes et vraies proportions. C'est ainsi que l'on doit retrancher à première vue, du grand poème, le chant connu, sous le nom de Bhagavad-Gîta, traité complet, dogmatique et didactique, du Yôga, doctrine qui n'a pu arriver à cet état de perfection qu'après un long développement de l'esprit philosophique. (Em. B., 1877).



En bibliothèque- Fr. Johnson, Selections from the Mahâbhârata, Londres, 1842, in-8°; Fragments du Mahâbhârala, traduits par Th. Pavie, Paris, 1844, in-8°: Sâvitri, épisode du Mahâbhârata, traduit par Pauthier, in-8°, 18,11; Nala, épisode du Mahâbhârata, traduit par l'auteur de cet article, Nancy, 1856, in-89; A. Sadous, Fragments du Mahâbhârata traduits en français, Paris, 1858, in-12; Holtzmann, Indravijaya, Carlsruhe, 1841; la Bhagavad-Gîta, texte en caractères français et traduction française, par l'auteur de cet article, 1861.
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