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Le Gange
est un grand
fleuve de l'Asie
(Inde
septentrionale). C'est le fleuve sacré
des Hindous
qui croient que ses eaux purifient de toutes les souillures. Jadis ses
flots charriaient une immense quantité de cadavres qu'on y apportait
de toutes les parties de l'Inde. Cet usage fut interdit
par les Anglais, et le fleuve ne reçoit
plus que les cendres des corps brûlés sur ses rives.
Le Gange a ses sources dans le massif de
l'Himalaya occidental et est formé par
trois branches principales : la Bhagirathi (Bhâgiratî), la
Djanavi et l'Alaknanda. Il sort à 6600 m d'altitude d'une caverne
située à la base occidentale du Gangotri, un glacier
compris entre les trois pics de Kedarnath (6970 m), Phating Pithwar (6886
m) et Mandani Parbat (6200 m); la fissure d'où il s'échappe
est désignée de longue date par les Hindous comme la
Bouche
de la Vache. C'est un simple torrent de montagne
qui, sous le nom de Bhagirathi, court d'abord au Nord-Ouest jusqu'au sanctuaire
de Gangotri (ou de Kedarnath), à 20 km de la source, où il
n'est plus déjà qu'à 3000 m d'altitude; il tourne
vers l'Ouest, vers Bhairaghat (2587 m) où la Jahnavi vient se joindre
à la Bhagirathi; née sur le versant septentrional du Kedarnath,
la Jahnavi a déjà parcouru une route plus longue et apporte
un plus grand débit d'eau; néanmoins, c'est la Bhagirathi,
grâce à son incomparable sainteté, qui l'absorbe et
donne son nom aux cours d'eau réunis. Elle continue à l'Ouest
jusqu'à Sukhi (2312 m), où elle se fraye un passage à
travers le massif de Kedarnath, s'incline au Sud-Ouest, puis au Sud-Est,
reçoit deux affluents importants : le Jalkar et le Bhilang et s'unit
à l'Alaknanda à Devaprayag (475 m). L'Alaknanda, la rivière
qui qui arrose Srinagar, formée par la jonction de la Dhauli (Dhauli
ganga) et de la Sursuti (Sarasvati), et grossie de la Nandakini, du Pindar
et de la Mandakini, surpasse en importance, aussi bien qu'en volume, la
Bhagirathi, mais elle n'a pu dérober à la rivière
très sainte l'honneur d'être comptée comme la branche
mère.
Le fleuve formé par la jonction
de Bhagirathi et de l'Anaknanda prend, à partir de leur confluent
le nom de Gange .
Il serpente alors, partagé en nombreux canaux dans les vallées
charmantes et pittoresques de Dehra Dun, retraite légendaire des
héros épiques Râma
et les Pândavas, qui furent transformées en stations de plaisance
et en cantonnements militaires au temps de l'administration britannique
( Histoire de l'Inde );
il y recueille de petits affluents utiles à l'irrigation des jardins
et des cultures suspendus aux flancs des rochers, s'ouvre un passage à
travers la chaîne des monts Siwalik et débouche dans la plaine
à Hardwar (Haridwar, 311 m d'altitude, 175 000 habitants), ville
sainte de l'Hindouisme et destination d'un important pélerinage.
Le débit du Gange y est, en temps moyen, de 225 m3
par seconde; mais il est réduit à 35 m3
par la prise d'eau du canal (V. plus bas).
Le Gange s'infléchit au Sud,
puis au Sud-Est, se grossit de petits affluents descendus des Siwalik et
à 170 km en avant de Hardwar devient navigable aux embarcations
moyennes, à Garhmouktesar. La première grande ville sur les
bords du Gange est ensuite Fatergarth (Farukhabad, 15 000 habitants), située
sur la rive droite. Un peu plus bas, le Gange reçoit presque en
même temps à droite et à gauche deux affluents importants;
à gauche la Ramganga (600 km), née dans les derniers contreforts
de l'Himalaya, dont le cours capricieux et changeant
draine en partie les eaux du Taraï marécageux et arrose Bareilly
(700,000 habitants); à droite la Kalinadi (500 km), rivière
de plaine qui arrose la "mésopotamie" entre
le Gange et la Jumna, draine les eaux du Doab oriental, se déroule
en sinuosités lentes jusqu'à Bulandshahr (175 000 habitants,
altitude 196 m), s'enfonce ensuite entre de hautes rives, et vient se jeter
dans le Gange, près de Kannauj
(Canoge, 72 000 habitants, 140 m), l'ancienne capitale des Guptas et du
grand Harcha, désertée aujourd'hui par le fleuve
qui la longeait jadis. Le Gange continue sa route vers le Sud-Est et baigne
Kanpur (Cawnpore), principale ville de l'Uttar Pradesh (environ 5 millions
d'habitants), célèbre par les souvenirs de Nana Sahib et
de la rébellion de 1857 : il est à 126 m d'altitude et déjà
c'est un fleuve puissant, large d'un kilomètre, et capable en temps
de crue de porter de grands bateaux.
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Le
Gange à Bénarès. tableau de E.L. Weeks. (Metropolitran
Museum, New York).
A 250 km plus bas, par 97 m d'altitude,
sous les murs d'Allâhâbâd
(Prayag, 1,2 million d'habitants), au confluent sacré entre tous,
le Gange reçoit les eaux jumelles de la Yamunâ
(Jumna), sa soeur de naissance et de sainteté. La Yamunâ,
longue de 1370 km, sort, comme le Gange, des retraites intérieures
de l'Himalaya à 3328 m d'altitude, à
13 km au Nord-Ouest du massif de Bandarpanch, haut de 6300 m, se précipite
sur une pente vertigineuse jusqu'à Kotnur, à 25 km plus bas
(1530 m d'altitude), puis se double, encore dans les montagnes, de la Tons
(Tamasa), née entre sa source et la Bhagirathi et parallèle
aux deux rivières, serpente dans la région orientale du Dehra
Dun, reçoit le Giri à droite, l'Asan à gauche, traverse
la chaîne des Siwalik et entre dans la plaine
où son cours se prolonge vers le Sud-Ouest. A peine sortie des montagnes,
c'est déjà une grande rivière,
suffisante pour alimenter deux canaux. Elle passe non loin de Saharanpur
(1,25 million d'habitants), s'incline vers le Sud-Est, près de Karnal
(210 000 habitants), arrose Delhi
(population de l'agglomération : 12,5 millions d'habitants), la
glorieuse capitale des Moghols, puis entre dans le territoire idyllique
du krishnaïsme, longe Vrindavan (Brindaban, 57 000 habitants), témoin
des jeux de l'enfant divin, Mathura (300 000 habitants), la Mathura des
dieux, comme l'appelle Ptolémée ,
souvenir précieux au boudhisme ,
au jaïnisme
comme aux fidèles de Krishna ,
Agra (160,203 habitants), qui se glorifie de posséder le Taj Mahal.
Le cours sinueux de la Yamunâ s'infléchit
alors à l'Est-Sud-Est, et recueille sur sa droite des affluents
considérables : le Chambal, la Behva, le Ken, nés dans le
Vindhya. Le Chambal jaillit dans le Malva, non loin d'Indore (1,5 million
d'habitants), recueille à droite les eaux historiques de la Sipra
qui baigne Ujjain (430 000 habitants), l'Ujjayini de Vikramâditya
et de Kalidasa, le Kali Sind (362 km), à gauche le Banas qui reçoit
dans son lit les eaux du versant oriental des monts Aravalli (482 km) et
rejoint la Yamunâ à 64 km en aval
d'Etawah (212 000 habitants), après un cours de 1046 km. La Yamunâ
n'a pas de grande ville sur ses bords dans la partie inférieure
de son cours; elle longe les derniers contreforts des Vindhyas dans le
Bundelkhand et s'y fraye souvent un passage dans des ravins abrupts. Ses
eaux claires et bleues contrastent avec les flots jaunâtres et boueux
du Gange et semblent lutter avant de s'y confondre. Allâhâbâd,
bâtie à leur confluent, attire chaque année à
ses rassemblements plus très nombreux pèlerins; la fête
du Kumbh Mela (Kumbhamelâ), célébrée tous les
douze ans, qui a réuni en 2001 près de 70 millions
de personnes qui se sont succédées sur une période
de 3 semaines.
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Le
Gange à Varanasi. Photos : © Serge
Jodra, 2011.
Le Gange poursuit sa route vers le Sud-Est
jusqu'à Mirzapur (205 000 habitants) et là, par un coude
brusque, se redresse au Nord-Ouest, arrose Bénarès (Vanarasi) ,
la très sainte (3,2 millions d'habitants), qui le borde de temples
et d'escaliers sacrés, reçoit à gauche la Gumti, sortie
des marais du Taraï, à 200 m d'altitude, sinueuse jusqu'à
Lucknow (2,75 millions d'habitants), une des métropoles de l'islam .
La Gumti y devient navigable, resserre son cours dans une vallée
pittoresque, arrose Sultanpur (100 000 habitants) et Jaunpur (170 000 habitants),
et rejoint le Gange après un cours de 805 km.
Le Gange baigne ensuite Ghazipur (105 000
habitants), reçoit à droite le Karamnas, venu des Kaimur
Hills (235 km), dont les eaux maudites détruisent les mérites
péniblement acquis dans plusieurs existences, à gauche la
Ghaghara (Gogra), née dans les profondeurs de l'Himalaya,
qui traverse en torrent le Népal
sous le nom de Kauriala, débouche dans le Taraï, s'y sépare
en deux bras, roule sous d'épaisses forêts, puis entre dans
une vallée sablonneuse. La Ghaghara reçoit alors à
droite la Sarayu, venue comme elle à travers le Népal et
le Taraï des retraites lointaines de l'Himalaya, et dont elle emprunte
quelquefois le nom. C'est à Bahramghat que la rivière prend
définitivement le nom de Ghaghara; elle arrose Faizabad (1,7 million
d'habitants) élevée sur les ruines d'Ayodhya, la capitale
de Rama
et de la dynastie solaire, reçoit à gauche la Rapti née
en plein Himalaya et les ruisseaux qui drainent la région moyenne
du Taraï et se déverse dans le Gange à Chapra (180 000
habitants) après un cours de 966 km. Le Gange s'infléchit
alors vers l'Est-Sud-Est et reçoit presque aussitôt deux grands
affluents : à droite le Son, né dans le plateau de l'Amarkantak,
à 1065 m d'altitude, coule au Nord-Ouest, puis rencontre les collines
de Kaimur et les longe vers le Nord-Est, traverse une région de
collines et de forêts, puis se redresse vers le Nord et vient achever
au-dessus de Dinapur son cours capricieux de 750 km sans avoir baigné
une seule ville importante.
Seul débouché d'une aire
de 55,167 km², son débit s'élève dans la saison
des pluies à un volume effrayant, plus de mille fois supérieur
à son débit ordinaire. Le Gange arrive ensuite sous les murs
de Patna ou Azimabad (1,7 million d'habitants), l'ancienne Palibothra des
Grecs ,
la capitale des rois Mauryas ( L'Histoire
de l'Inde )
où Séleucus Nicator
entretint un ambassadeur, Mégasthène ;
en face de la ville, sur la rive gauche, débouche la Gandak. Née
dans l'Himalaya Népalais, la Gandak reçoit
dans les montagnes la Salagrami et la Trisulaganga et dans la plaine,
sur sa rive gauche, la Baghmati qui passe devant Kâtmândou
(Kathmandu, 950 000 habitants), la capitale du Népal .
Le Gange recueille encore sur sa droite les rivières sans importance
descendues de la terre sainte du bouddhisme ,
de Gaya, de Rajagriha; sur sa gauche, il continue à servir de déversoir
aux marécages qui bordent les pieds de l'Himalaya. Il arrose Monghyr
(Munger, 188 000 habitants), Bhagalpur (350 000 habitants) où il
a 11 km de large et reçoit un peu plus bas son dernier grand affluent,
le Kusi (522 km) qui recueille en partie les eaux des grands sommets de
l'Himalaya : l''Everest (Gaurisankar) et le Kinchinjinga par ses affluents
: le Sankosi, l'Aran et le Tambar, et dont les flots impétueux changent
sans cesse de lit en se portant toujours à l'Ouest Purmiah, qu'il
arrosait au XVIIIe siècle, est maintenant
à 80 km à l'Est de la rivière. Le Gange alors se courbe
vers le Sud, arrose Rajmahal, poursuit dans la direction du Sud-Est et
à 65 km de Rajmahal, à 350 km du Golfe du Bengale à
vol d'oiseau, détache le premier des bras qui vont former le delta
gangétique, la Jalangi, puis la Bhagirathi, que les Hindous considèrent
comme le cours authentique du fleuve, et qui, à 200 km plus bas,
rejoint la Jalangi à proximité de Nadia (Krishnanagar, 140,000
habitants), un des centres des études brahmaniques ,
pour former avec elle et la Matabhanga l'Hugli ou Hougli (Hooghly, 260
km) qui arrose Chandernagor (Chandannagar, 150,000 habitants) et
Calcutta
(Kolkata, 15 millions d'habitants).
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Carte
du Gange.
Le Gange propre continue sa course vers
le Sud-Est sous le nom de Padma ou Padda, reçoit sur sa rive droite
un grand nombre d'affluents bengalais, la Mahananda, la Karatera, etc.,
et détache sur sa droite un nombre infini de bras et de canaux,
qui couvrent de leur réseau le Bangladesh.
Parvenu à Goalanda (Goalundo Ghat, au Bangladesh)
se confond avec la Jamuna, bras principal du Brahmapoutre et forme avec
lui le vaste estuaire de la Meghna qui limite le delta
à l'Est comme l'Hougli fait à l'Ouest l'immense triangle
compris entre la tête du delta au Nord, l'île de Sagar à
l'embouchure de l'Hougli et l'île de Dekhanschahbazpur à l'embouchure
de la Meghna et qui mesure 400 km à la base, 350 du côté
Ouest, plus de 400 à l'Est, est un enchevêtrement inextricable
de canaux perpétuellement en voie de changement, qui s'ouvrent,
se ferment, s'élargissent, se dessèchent, se creusent, s'exhaussent
comme par caprice. L'Hougli a tour à tour déserté
les vieilles capitales bâties sur ses bords; Calcutta ,
menacée de leur sort commun, n'a cessé de lutter pour assurer
à l'Hougli intérieur la profondeur nécessaire aux
grands navires, et à ses rivières d'alimentation assez d'eau
pour permettre les communications directes par bateau entre la capitale
et la vallée du Gange. Les autres déversoirs importants du
Gange dans le golfe de Bengale sont, en allant de l'Ouest à l'Est,
le Sattarmukhi, le Jamira, le Matha, le Bangadouni, le Gouasuba, le Raimangal,
le Malancha, le Barapanga, le Marjata ou Kaga, le Pasar, le Bangara, le
Haringhata ou Balesvar, le Rabnabad. Le littoral du delta, rongé
par la lutte du fleuve et de la mer,
est une jungle impénétrable, inhabitée, encore repaire
de fauves (tigres royaux du Bengale), d'où le choléra menace
toujours les pèlerins de l'île Sagar (Gangasagar); c'est le
Sundarban. En deçà, le delta est rempli de bourgs populeux,
même de villes assez importantes, et plus encore de champs fertiles
où le riz, favorisé par l'humidité, donne de riches
moissons.
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Le
delta du Gange. (Source : Nasa / Modis).
Pour donner une idée de la magnificence
de ce fleuve incomparable, des chiffres ont plus de force et de précision
que des mots. Le Gange, depuis la source de la Jahnavi jusqu'à la
baie de Sagar, à l'embouchure de l'Hougli, mesure 2427 km; jusqu'à
l'embouchure de la Meghna, 2505 km et 2830 si l'on compte la Jumna comme
le bras supérieur du fleuve; on peut décomposer son cours
en une série d'étapes caractéristiques : de la source
de la Jahnavi au confluent de la Bhagirathi et de l'Alaknanda, 214 km;
de là à Hardwar, 76 km; d'Hardwar à Allâhâbâd,
confluent de la Jumna, 788 km; d'Allâhâbâd à Sibganj,
sur la Bhagi: rathi, 905 km; de Sibganj à la jonction de la Bhagirathi
et de la Jalangi (tête de l'Hougli), 193 km; de là à
Chandannagar, 77 km; puis, jusqu'à la mer, par Calcutta ,
174 km. Son débit est de 225 m3
par seconde à Hardwar en saison sèche, de 550 m3
à Bénarès
en saison sèche et de 7500 en crue; à Rajmahal de 6000 m3
en temps moyen et 50,000 m3 en crue. Le
bassin dont le Gange recueille les eaux s'étend sur une aire de
932,000 km², de l'Himalaya au Vindhya,
de l'Aravalli au golfe du Bengale.
Le régime du Gange est déterminé
par deux facteurs : la nature des terrains qu'il traverse, et les conditions
météorologiques de sa vallée. Les hautes murailles
glacées de l'Himalaya arrêtent
les nuages chassés par la mousson et les reçoivent en neige
ou les répandent en pluie. Le Gange subit ainsi des crues périodiques
qui s'annoncent lentement vers la fin d'avril, où il croît
de 0,50 m à 0,60 m en un mois et qui atteignent leur maximum vers
juillet, où il s'élève jusqu'à 10 m au-dessus
de l'étiage et déborde sur de vastes espaces; tous ses affluents
sont soumis au même régime. Mais ces inondations sont attendues
et saluées avec joie, car elles apportent aux champs un limon bienfaisant.
Le fleuve et ses principaux tributaires, nés à des altitudes
considérables, torrentueux dans la première partie de leur
course, entraînent dans leurs flots impétueux les pierres
et les cailloux qu'ils effritent et le sable descendu avec les pluies.
En entrant dans la plaine,
la force du courant maintient en suspension le sable qui peu à peu,
à mesure que le fictive s'apaise et se ralentit, se dépose
au fond du lit et l'exhausse. Pour donner une idée des quantités
colossales que dissimule l'infiniment petit, il suffit d'indiquer qu'une
évaluation scientifique a fixé le poids du sable que le Gange
roule à Ghazipur, en aval de Bénarès (Vanarasi) ,
vers le milieu seulement de son cours, à la somme formidable de
355 millions de tonnes par an. Le lit, insensiblement encombré,
ne suffit plus au passage de la crue; les rives battues en brèche
s'écroulent, et le fleuve se fraye un nouveau
passage, soit qu'il enveloppe une île nouvelle entre ses deux bras,
soit qu'il déserte définitivement son ancien lit. Des cités
florissantes se sont vues brusquement ruinées par ces caprices du
fleuve : Kannauj ,
Rajmahal, Murshidabad, etc.
De 1860 à 1870, le canal qui baignait
Kushtia, terminus de l'Eastern Bengal Railway sur la rivière, s'est
desséché, et il a fallu transporter ce terminus à
Goalanda. A Goalanda même, en 1875, une crue affouilla brusquement
le terrain qui s'écroula avec les quais, la gare et le palais de
justice élevés à grands frais peu de temps auparavant.
Au terme de son cours, le Gange n'a plus qu'une pente insensible et la
résistance de l'Océan Indien
paralysant le dernier effort du courant l'oblige à déposer
le sable fin qu'il portait encore. C'est dans la région du delta
que ce travail se montre à la plus haute puissance; la configuration
s'en modifie chaque année; sauf l'Hougli et la Meghna, il est impossible
de retrouver les canaux portés sur les cartes des deux derniers
siècles. L'Hougli même s'ensable, en dépit des ingénieurs,
assez rapidement pour inquiéter le commerce maritime de Calcutta .
Historiquement, le Gange s'est présenté
comme une voie de pénétration incomparable; il relie une
suite de grandes villes populeuses, traverse, tout l'Hindoustan et se rattache
par un ample système de communications au reste de l'Inde
et même au trans-Himalaya. Confondu dans
son cours inférieur avec le Brahmapoutre qui descend des plateaux
du Tibet ,
il ouvre par la Jahnavi, la Ghaghara, le Gandak, le Kosi, un accès
direct, encore que difficile, dans ces régions restées longtemps
mystérieuses. Ses sources et les sources de la Jumna le rapprochent
de l'Indus qui contourne le massif en sens inverse
du Brahmapoutre. La Jumna même et ses affluents sont de niveau avec
les rivières du Marusthan et suivent en partie un cours parallèle
à la Sutledj et aux rivières du Penjab. Le Banas, affluent
du Chambal, reçoit les eaux du lac Debar qui se déverse également
dans la Mahi, et par la Mahi dans le golfe de Cambaye. Les sources du Son
et de ses affluents s'enchevêtrent dans le Vindhya avec les affluents
naissants de la Narmada, le fleuve du Dekkan.
Un important système de canaux double
le Gange et plusieurs de ses affluents à la fois comme voie de navigation
et moyen d'irrigation. Les principaux sont l'Upper Ganges Canal qui commence
à Hardvar, traverse l'Est du Doab et se déverse dans le fleuve
en deux branches à Etawah et Cawnpore; le Lower Ganges Canal en
est une sorte de prolongement; il finit dans la Jumna. La Jumna alimente
l'Eastern et le Western Jumna Canal qui partent de Fayzabad, et le Son
fournit également de nombreux canaux d'irrigation. (GE).
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Ilija
Trojanow, Le
long du gange, Buchet-Chastel, 2011. -
Le Gange. Les ermites et les prêtres de l’Inde lui attribuent mille
noms différents. Ganga. Gangaji. Ganga Mataji… Ils considèrent
cependant qu’en parler comme d’un fleuve est une insulte. Car pour eux,
le Gange est une déesse. Certains disent même que c’est la
source du monde. En 2001, Ilija Trojanow a voulu en avoir le cœur net.
Il est monté sur le glacier de l’Himalaya qui surplombe Gangotri
et d’où jaillit le Gange dans un vacarme hallucinant. Là,
il a effectivement vu danser Shiva, mi-chaman, mi-sadhou, qui s’est laissé
emporter par les tourbillons glacés comme dans une passion amoureuse.
Ensuite, Trojanow s’est arrêté à Uttarkashi…à
Rishikesh…à Haridwar où il a croisé Ganesha et où
il a fait une offrande de fleurs et d’encens aux eaux les plus sacrées
du monde, dans un rituel du soir. Avant de continuer sur Kampur…Varanasi…
Allahabad… Et Calcutta, pour finir, avec ses douze millions d’âmes,
juste avant que le Gange fusionne avec le golfe du Bengale… A pied, en
bateau, en bus, en train, il a longé ses courbes et épousé
son débit. Il en a découvert ses festivals mystiques, il
s’est assis sur ses ghats, fréquenté ses rives, ses cultes
et ses étranges habitués ; il a même levé un
coin du voile sur les désastres écologiques pressentis, dus
à ses barrages… A la fois livre de voyage plein de rencontres étonnantes
et chronique fidèle et chamarrée du grand fleuve sacré,
Le
long du Gange nous entraîne – entre traditions millénaires
et une modernité toute fraîche - au cœur même de la
complexité et de l’intimité de l’Inde.
Vincent
Lefèvre, Chefs-d'oeuvre
du delta du Gange : Collections des musées du Bangladesh, exposition
musée Guimet, RMN, 2007.
Christine
Devin, Hanuman
ou le chemin du vent, suivi de La descente du Gange, Belles
Lettres, 2005.
Olga
et Arnaud de Turckheim, En
remontant la vallée du Gange, Actes Sud, 2004.
A.
Carayol, Inde,
mère Gange, Romain Pagès, 2001.
Bernard
Pierre, Le
roman du Gange, Plon, 1993.
Bhairava
Prasad Gupta, Gange,
ô ma mère, Gallimard, 1991.
Rabindranath
Tagore, Au
bord du Gange et autres nouvelles, Gallimard, 2010.
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