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Mémoires d'outre-tombe
de Chateaubriand
Mémoires d'outre-tombe est un ouvrage de Chateaubriand (Paris, 1849-1850). L'auteur commença à écrire ses mémoires en 1811 et les termina vingt-cinq ans plus tard. Quelque temps avant sa mort, il les vendit à une société commerciale, à condition qu'ils ne paraîtraient pas de son vivant. La publication en fut d'abord faite sous forme de feuilletons dans le journal La Presse.

Dans ces Mémoires s'étalent à plein l'égoïsme et l'orgueil de l'auteur. Les renseignements historiques que nous y trouvons et les nombreuses médisances à l'adresse des contemporains doivent être soumis à un rigoureux contrôle. Malgré ces réserves nécessaires, les Mémoires d'outre-tombe n'en restent pas moins une des oeuvres les plus intéressantes de Chateaubriand. 

Au point de vue proprement littéraire, ils sont fort inégaux. Le style est parfois affecté, pénible, heurté. Mais certains chapitres ne sont pas inférieurs à ce que Chateaubriand écrivit jamais de plus beau, dans la première partie notamment, où il raconte son enfance et sa jeunesse. Comme le dit Sainte-Beuve, qui a jugé le livre sévèrement, on sent à chaque pas, dans les Mémoires d'outre-tombe, la griffe du vieux lion. (NLI).
 

La composition des Mémoires d'outre-tombe

[Voici ce que, dans sa Préface, Chateaubriand note de spécial sur la composition de ces mémoires :]

« Les Mémoires, divisés en livres et en parties, sont écrits à différentes dates et en différents lieux : ces sections amènent naturellement des espèces de prologues qui rappellent les accidents survenus depuis les dernières dates, et peignent les lieux où je reprends le fil de ma narration. Les événements variés et les formes changeantes de ma vie entrent ainsi les uns dans les autres ; il arrive que, dans les instants de mes prospérités, j'ai à parler du temps de mes misères, et que dans mes jours de tribulation, je retrace mes jours de bonheur. Les divers sentiments de mes âges divers, ma jeunesse pénétrant dans ma vieillesse, la gravité de mes années d'expérience attristant mes années légères, les rayons de mon soleil, depuis son aurore jusqu'à son couchant, se croisant et se confondant comme les reflets épars de mon existence, donnent une sorte d'unité indéfinissable â mon travail : mon berceau a de ma tombe, ma tombe a de mon berceau; mes souffrances deviennent des plaisirs, mes plaisirs des douleurs, et l'on ne sait si ces Mémoires sont l'ouvrage d'une tête brune ou chenue...

Plusieurs de mes amis m'ont pressé de publier à présent une partie de mon histoire; je n'ai pu me rendre à leur voeu. D'abord, je serais, malgré moi,
moins franc et moins véridique; ensuite, j'ai toujours supposé que j'écrivais assis dans mon cercueil. L'ouvrage a pris de là un certain caractère religieux que je ne lui pourrais ôter sans préjudice; il m'en coûterait d'étouffer cette voix lointaine qui sort de la tombe et que l'on entend dans tout le cours du récit. On ne trouvera pas étrange que je garde quelques faiblesses, que je sois préoccupé de la fortune du pauvre orphelin, destiné à rester après moi sur la terre. Si Minos jugeait que j'ai assez souffert dans ce monde pour être au moins dans l'autre une Ombre heureuse, un peu de lumière des Champs-Elysées, venant éclairer mon dernier tableau, servirait â rendre moins saillants les défauts du peintre la vie me sied mal; la mort m'ira peut-être mieux. »
 

« C'est à Rome, nous dit Chateaubriand quelque part, que je conçus pour la première fois les Mémoires de ma vie » : dans une lettre à Joubert, datée de décembre 1803,  il a lui-même indiqué ses intentions et défini son dessein. Il avait alors trente-cinq ans. Il était dans toute la force et tout l'éclat de son génie : il avait publié Atala, René, le Génie du Christianisme : il songeait aux Martyrs; il allait écrire l'admirable Lettre sur la campagne romaine. Il venait de perdre Mme de Beaumont : des pensées attendrissantes de mort et d'immortalité, de religion et de gloire faisaient alors diversion à ses préoccupations politiques.

« Je cherchais, dit-il, à ramener à un centre de repos mes pensées errantes hors de moi; » or, ce « ventre de repos », que pouvait-il être autre chose que lui-même? C'est en se repliant sur son « moi » que le poète des Martyrs s'est toujours consolé des souffrances et des désillusions que la vie ne lui a pas plus ménagées qu'à un autre. Personne, sauf Rousseau peut-être, ne s'est plus voluptueusement retranché en lui-même, n'a plus vécu de sa propre substance; et de même que Rousseau, si quelqu'un était comme prédestiné à écrire ses Confessions, assurément c'était Chateaubriand.

De ces premières pages et de cette première rédaction des Mémoires de sa vie, - titre primitif des Mémoires d'Outre-Tombe, - Chateaubriand ne nous a conservé que ces quelques lignes :

 « Après avoir erré sur la terre, passé les plus belles années de ma jeunesse loin de mon pays, et souffert à peu près tout ce qu'un homme peut souffrir, la faim même, je revins à Paris en 1800. » « Dans ce plan que je me traçais, nous déclare-t-il, - et c'est ce que paraît bien confirmer la citation qu'il nous fait de ses premières ébauches, - j'oubliais ma famille, mon enfance, ma jeunesse, mes voyages et mon exil : ce sont pourtant les récits où je me suis plu davantage. »
Il ne semble pas que cette rédaction primitive ait été poussée très loin, et ce projet d'écrire ses Mémoires dut être suspendu pendant plusieurs années, à moins que l'on ne veuille en voir la réalisation partielle, - et on le peut fort bien, - dans l'itinéraire de Paris a Jérusalem. Quoi qu'il en soit, le projet fut repris en 1809, probablement après la publication des Martyrs, et de cette époque date une première rédaction des trois premiers livres qu'on nous a fait connaître, déjà retouchée sans doute, en 1874 [Esquisse d'un maître, Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateauhriand, manuscrit de  1826 ]. En 1811, après la publication de l'Itinéraire, le grand écrivain se remit définitivement, cette fois, à l'oeuvre, et, utilisant sa rédaction partielle de 1809, il recommença ses Mémoires. On peut dire qu'en dépit d'interruptions plus ou moins longues ou fréquentes, il ne les lâcha plus qu'au moment de les céder à la société qui les lui avait achetés, c'est-à-dire en 1847. On a donc là, dans ce livre, plus de quarante années de la vie de Chateaubriand.

De sa vie littéraire comme de sa vie morale et politique, « Je n'ai laissé passer, dit-il quelque part, ma vie complète que dans ces Mémoires. » L'aveu est à retenir. Nature exceptionnelle, pleine de contradictions, de mystères et d'orages. il a éprouvé le besoin de s'expliquer à lui-même et aux autres; il a de voir clair dans ce chaos du monde qu'il portait en lui. Sans qu'il en coûtât rien a sa « dignité d'homme », il a voulu se raconter, s'analyser lui-même, et cette fois sans détour et sans subterfuge. Car il l'avait déjà fait sous bien des formes et sous bien des prétextes : il n'était pas une de ses oeuvres qu'il n'eût tirée presque tout entière de son « moi »; il n'était pas un de ses héros auquel il n'eût prêté son âme ardente, pas une de ses créations qu'il n'eût animée de sa flamme, de sa passion, de son génie.
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Récapitulation de ma vie

« Vous m'avez vu naître, vous avez vu mon enfances, l'idolâtrie de ma singulière création dans le château de Combourg, ma présentation à Versailles, mon assistance à Paris au premier spectacle de la Révolution. Dans le Nouveau-Monde je rencontre Washington; je m'enfonce dans les bois; le naufrage me ramène sur les côtes de ma Bretagne. Arrivent mes souffrances comme soldat, ma misère comme émigré. Rentré en France, je deviens auteur du Génie du Christianisme. Dans une société changée, je compte et je perds des amis. Bonaparte m'arrête et se jette, avec le corps sanglant du duc d'Enghien, devant mes pas; je m'arrête à mon tour, et je conduis le grand homme de son berceau, en Corse, à sa tombe, à Sainte-Hélène. Je participe à la Restauration et la vois finir.

Ainsi la vie publique et privée m'a été connue. Quatre fois j'ai traversé les mers; j'ai suivi le soleil en Orient, touché les ruines de Memphis, de Carthage, de Sparte et d'Athènes; j'ai prié au tombeau de saint Pierre et adoré sur le Golgotha. Pauvre et riche, puissant et faible, heureux et misérable, homme d'action, homme de pensée, j'ai mis ma main dans le siècle, mon intelligence au désert; l'existence effective s'est montrée à moi au milieu des illusions, de même que la terre apparaît aux matelots parmi les nuages. Si ces faits répandus sur mes songes, comme le vernis qui préserve des peintures fragiles, ne disparaissent pas, ils indiqueront le lieu par où a passé ma vie.

Dans chacune de mes trois carrières je m'étais proposé un but important : voyageur, j'ai aspiré à la découverte du monde polaire; littérateur, j'ai essayé de rétablir le culte sur ses ruines; homme d'Etat, je me suis efforcé de donner aux peuples le système de la monarchie pondérée, de replacer la France à son rang en Europe, de lui rendre la force que les traités de Vienne lui avaient fait perdre; j'ai du moins aidé à conquérir celle de nos libertés qui les vaut toutes, la liberté de la presses. Dans l'ordre divin, religion et liberté; dans l'ordre humain, honneur et gloire (qui sont la génération humaine de la religion et de la liberté) : voilà ce que j'ai désiré pour ma patrie.

Des auteurs français de ma date, je suis quasi le seul qui ressemble à ses ouvrages; voyageur, soldat, publiciste, ministre. C'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint l'Océan, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées que j'ai étudié les princes, la politique et les lois.

[...]

Après avoir campé sous la hutte de l'Iroquois et sous la tente de l'Arabe, après avoir revêtu la casaque du sauvage et le cafetan du mamelouck, je me suis assis à la table des rois pour retomber dans l'indigence. Je me suis mêlé de paix et de guerre, j'ai signé des traités et des protocoles, j'ai assisté à des sièges, des congrès et des conclaves, à la réédification et à la démolition des trônes; j'ai fait de l'histoire, et je la pouvais écrire : et ma vie solitaire, rêveuse, poétique, marchait au travers de ce monde de réalités, de catastrophes, de tumulte, de bruit, avec les fils de mes songes, Chactas, René, Eudore, Aben Hamet, avec les filles de mes chimères, Atala, Amélie, Blanca, Velléda, Cymodocée. J'ai peur d'avoir eu une âme de l'espèce de celle qu'un philosophe ancien appelait une maladie sacrée.

Je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où je suis nés, nageant avec espérance vers une rive inconnue.

[...] 

En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l'ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte : il est six heures du matin; j'aperçois la lune pâle et élargie; elle s'abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l'orient : on dirait que l'ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l'éternité. »
 

(Chateaubriand, extraits des Mémoires d'outre-tombe, VI).

Et ce poète était aussi un homme d'action (« voyageur, soldat, publiciste, ministre...») :

« Si j'étais destiné à vivre, je représenterais dans ma personne, représentée dans mes Mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes, l'épopée de mon temps.... » 
Voilà le grand mot lâché : en se racontant lui-même Chateaubriand racontera son siècle tout entier : cette autobiographie sera une oeuvre d'histoire : et par la force des choses, comme par le génie de l'auteur, ce poème lyrique s'achèvera en épopée.

On entrevoit dès lors tout ce qu'a dû être, tout ce qu'a été effectivement une oeuvre ainsi conçue. Personnelle avant tout, et dans tous les sens du mot, tel en a été le caractère éminent. foncier, irréductible. On en a parfois été choqué et scandalisé, plus que de raison peut-être. « C'est un ouvrage sans moralité  », écrivait George Sand à Sainte-Beuve, tout heureux d'enregistrer ce propos; et l'on peut se demander si le mot n'est pas un peu bien fort sous la plume de l'auteur de Lélia. Car d'abord, il paraîit assez difficile d'écrire ses Mémoires sans parler un peu, et même beaucoup de soi, et, depuis Retz jusqu'à George Sand elle-même, on cherche en vain ceux qui ont pu s'en dispenser. Dira-t-on que Chateaubriand a vraiment dépassé la mesure, que personne n'a imposé sa personnalité avec une insolence plus fastueuse, plus continue et parfois, plus puérile; que personne ne s'est plus naïvement cru le centre du monde et n'a plus résolument tenté d'en persuader les autres; et qu'en fin de compte, nul n'a mieux justifié le mot célèbre de Pascal : « Le moi est haïssable »? - Il y a, je le reconnais, des « moi-» plus modestes. Mais, outre que l'orgueil de Chateaubriand a des accalmies et comme des repentirs dont l'humilité chrétienne n'est pas entièrement absente, ne faut-il pas avouer dise peu d'hommes, après tout ont eu plus de droits à se croire chargés d'un premier rôle sur la scène de ce monde? Et si, par hasard, Napoléon avait lui-même écrit ses Mémoires, aurait-on pu lui reprocher de s'être toujours représenté au premier plan? Or, tout n'est pas rodomontade et vanité d'auteur dans le rapprochement qu'à chaque instant suggèrent et que trop souvent expriment les Mémoires d'Outre-Tombe entre Napoléon et Chateaubriand; et peut-être à cet égard, le seul tort de René est-il d'en avoir eu trop fortement conscience.

Et puis, et surtout, devons-nous oublier que nous sommes en présence non seulement d'une autobiographie, mais d'une oeuvre lyrique? et qui a jamais reproché à une Contemplation de Hugo ou à une Méditation de Lamartine d'être de la poésie
« personnelle »? Andrieux, peut-être : mais qui a écouté Andrieux? Or, à les bien prendre, les Mémoires d'Outre-Tombe ne sont pas autre chose qu'une ode triomphale en plusieurs volumes : et il faut, pour les apprécier à leur valeur, les voir des mêmes yeux que l'Ode à Michel de l'Hôpital. Et peut-être même est-ce trop peu dire encore. Car il y a dans les Mémoires des coins de poésie intime et familière, des paysages, des fragments d'hymne ou de satire, et bien d'autres pages dont le ton diffère de celui de l'ode. Mais rien de tout cela n'est contradictoire à l'essence même de la poésie lyrique : dans toute la littérature française, il n'existe peut-être aucune autre oeuvre où toutes les variétés du lyrisme soient aussi complètement représentées. Depuis les plus fugitives nuances de l'émotion personnelle jusqu'aux sentiments les plus généraux que le coeur humain puisse éprouver, le génie de Chateaubriand a embrassé et parcouru toute la gamme des thèmes lyriques; tantôt sa personnalité s'est repliée sur elle-même pour se saisir et s'exprimer dans les manifestations les plus intimes et les plus inaccessibles : tantôt, et sans cesser d'ailleurs d'être elle-même, elle s'est élargie, presque dépouillée, jusqu'à paraître absorber l'univers ou s'abîmer en lui : et dans son épopée lyrique, l'inspiration des Vaines tendresses s'est mariée sans effort à celle de la Légende des siècles.

Il suit de là que si l'on veut connaître à fond Chateaubriand. - intus et in cute, comme disait Sainte-Beuve, - ce sont les Mémoires surtout qu'il faut lire : car c'est le seul de tous ses livres où il se soit mis tout entier, c'est le seul où il ait déployé librement tous les aspects de son génie et toutes les contradictions de son coeur. Toute son ouvre aboutit à ce livre : et, sans ce livre, son oeuvre deeurerait incomplète et en partie inexpliquée. Il le sentait bien : de Ia sa tendresse toute paternelle pour ce « pauvre orphelin destiné à rester après lui sur la terre » : de là le soin qu'il mit à l'écrire, les retouches incessantes qu'il lui fit subir, la curiosité inquiète avec laquelle il essayait d'en prévoir et d'en préparer la fortune. Dans les derniers mois de sa vie, comme pour donner une fête suprême it son imagination, en présence de cinq ou six amis, il s'était fait faire une lecture intégrale des Mémoires. Et l'un peut sans doute sourire de ces préoccupations d'artiste accompagnant le poète jusqu'au seuil même de la mort. Mais elles ont bien aussi leur signification et leur éloquence. Car ce livre, c'était bien plus qu'un livre pour lui : c'était toute une partie de lui-même, la plus chère, la plus intime; et que dis-je? une partie : c'était lui-même, c'était son « moi » qu'il avait projeté dans ces pages ; les mystères de son coeur, de son « inexplicable coeur », il les y avait sinon dévoilés, du moins indiqués au regard clairvoyant; les dons incomparables de son génie, il les y avait répandus sans compter. Et, au rythme souverain de ses phrases, ce n'était pas seulement sa vie, telle qu'il l'avait faite et telle qu'il l'avait rêvée, qu'il voyait se dérouler sous ses yeux : c'était son âme même qui, avant de « se réunir au faisceau des Iyres brisées », lui donnait son dernier concert.

En résumé, un poème, et, un poème lyrique, tel est le trait sur lequel on ne saurait trop appuyer quand on parle des Mémoires d'Outre-Tombe. C'est, à bien des égards, l'oeuvre la plus caractéristique de Chateaubriand, et, sinon celle qui a exercé le plus d'influence, du moins celle qui nous paraît aujourd'hui la plus vivante et la plus proche de nous. Elle l'est par la forme, qui nous offre des modèles, presque toujours admirables, de tous les styles qui ont eu cours chez nous depuis un siècle, sans en excepter même le style décadent. Elle l'est par le fond, s'il est vrai qu'il n'y ait pas une des idées, pas un de sentiments généraux qui ont agité, passionné ce tumultueux XIXe siècle, qui ne trouve dans les Mémoires sa géniale expression. 

Il semble même que, d'année en année, à mesure que nous  nous éloignons davantage des conditions déplorables de la publication primitive, dans les colonnes de La Presse, l'oeuvre monte dans l'estime admirative de ses lecteurs. Vers 1900, l'éditeur des Mémoires d'Outre-Tombe, Edmond Biré osait à peine les comparer à ceux de Saint-Simon, et encore c'était pour décerner à Chateaubriand « le second rang ». On n'a pas ici à instituer une comparaison détaillée entre les deux oeuvres. Mais, si vif admirateur que l'on je puisse être de Saint-Simon artiste. - et même à cet égard, difficile de lui sacrifier René, lequel, dans l'ordre de l'intelligence, l'emportait de cent coudées sur son rival du XVIIe siècle. - il ne semble pas que l'on puisse dire que les Mémoires du duc de Saint-Simon soient une oeuvre aussi forte, aussi complexe, aussi puissamment représentative, aussi riche de signification historique et morale que ceux du vicomte de Chateaubriand. Les Mémoires d'Outre-Tombe sont, il n'en point douter, l'un des chefs-d'oeuvre du poète du Génie du Christianisme, et l'une des grandes oeuvres du XIXe siècle. (F. Brunetière et V. Giraud).

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Dictionnaire Le monde des textes
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