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Les Martyrs, épopée en prose française, et en 24 livres, composée par Chateaubriand, et publiée en 1809, en vue de prouver que le merveilleux de la religion chrétienne peut lutter contre celui du paganisme. Il choisit l'époque de la persécution de Dioclétien, vers la fin de l'époque, et imagina la fable suivante :

Cymodocée, fille de Démodocus, prêtre d'Homère, s'est égarée dans les bois du Taygète. Elle y rencontre Eudore, jeune guerrier, neveu de Constantin, et retiré de la cour : il la ramène auprès de sa demeure, la remet à sa nourrice, et s'éloigne. Démodocus part avec Cymodocée pour aller remercier celui qui lui a rendu sa fille, et les deux familles se lient par l'hospitalité. Eudore raconte sa vie, et Cymodocêe s'éprend pour lui d'un chaste amour qu'Eudore partage aussitôt. Bien que prêtresse d'Homère, Cymodocée veut se faire chrétienne pour épouser Eudore. Démodocus combat la résolution de sa fille, cède enfin à ses voeux, et la fiance à Eudore. Cependant, une persécution vient d'être ordonnée contre les chrétiens par Hiéroclès, ministre de Galérius. Hiéroclès aimait depuis longtemps Cymodocée; furieux d'avoir un rival, il la fait enlever, conduire à Rome, où elle est plongée dans les prisons, en qualité de chrétienne. Eudore, arrêté comme confesseur du Christ, va être livré aux bêtes dans l'amphithéâtre Flavien. Cymodocée, qu'un ami a sauvée de sa prison, l'apprend, quitte sa retraite, vole à l'amphithéâtre, et, se jetant dans les bras de son fiancé, périt martyre avec lui. Au même instant, une croix de lumière apparaît dans le ciel, la foudre gronde, et une voix mystérieuse fait retentir ces mots: "Les dieux s'en vont."

Ce sujet est très heureusement choisi pour le but que se proposait Chateaubriand, car il renferme dans un même cadre le tableau de deux religions, la morale, les sacrifices, les pompes de deux cultes. Néanmoins, le livre fut très vivement critiqué, et ce ne fut pas seulement le langage de la passion qu'un écrivain du temps fit entendre en disant : "Lorsqu'un milieu d'un peuple dont toutes les croyances ont été ébranlées ou renversées, une imagination plus poétique que religieuse met en jeu les mystères de la foi et fait agir les puissances célestes, dans une oeuvre en prose, d'un caractère indécis entre le roman et l'épopée, il est impossible que ce spectacle ne perde pas de sa grandeur. Le Ciel et l'Enfer de M. de Chateaubriand, I'Éternel représenté au milieu des gloires célestes, ne sont que de belles études." Malgré les critiques, l'ouvrage obtint un grand succès dû à la magie d'un langage coloré, souple, harmonieux; à des peintures fraiches et vivantes; à beaucoup de tableaux pleins de vérité et de poésie, tels que les catacombes de Rome (liv. V), les moeurs des Francs (livre VII), Velléda (liv. IX et X), les retraites de la Thébaïde (liv. XI), etc. Enfin les Martyrs eurent un retentissement qui fit presque époque dans la littérature.

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Dictionnaire Le monde des textes
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