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Fontarrabie

Fontarrabie (Fons Rapidus en latin moderne, Fuenterrabia en espagnol, Hondarribia, en basque, l'Oeaso des Anciens) est une petite ville d'Espagne (Guipuzcoa); sur la Bidassoa, à son embouchure dans le golfe de Gascogne; population : 17 000 habitants. Petit port, fort Saint-Elne.
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Fontarrabie vers 1900.
La rue principale de Fontarrabie vers 1900.

Importante autrefois. Elle fut assiégée à diverses reprises, notamment en 1521 par François Ier, en 1638 par Condé, qui ne put la prendre, et en 1719 par Berwick, qui s'en empara.
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La bataille de Fontarrabie (1638)

La bataille de Fontarrabie, qui eut lieu  en 1638, mit fin aux luttes de Louis XIII et de Charles IV dans l'Ouest des Pyrénées, et fit transporter tous les efforts de la guerre dans le Roussillon. Elle opposa l'armée française de Louis XIII, commandée par La Vallette et l'archevêque de Bordeaux à l'armée espagnole commandée par l'amirante de Castille.

Après avoir réuni quelques troupes à Toulouse, et y avoir présidé les Etats, le prince de Condé revint à Bordeaux (1638), et fit avancer son armée vers Saint-Jean-de-Luz. Les Français traversèrent heureusement la Bidassoa, livrèrent Irun au pillage, et forcèrent le pas très important de Passages. Plusieurs navires de guerre se croyaient à l'abri d'un coup de main et des coups de vent, sous la protection des hautes montagnes qui abritent cette rade, et ne lui laissent de communication avec l'océan que par un étroit chenal où deux vaisseaux ont peine à se croiser; ces navires tombèrent également au pouvoir du vainqueur. Ces succès permirent à Condé d'envoyer pour trophées cent cinquante pièces de canon en France, et l'encouragèrent à mettre le siège devant Fontarrabie.

Les opérations furent assez vivement pressées pendant le mois de juillet; mais la flotte de l'archevêque de Bordeaux n'étant pas encore arrivée pour faire le blocus maritime, les Espagnols firent parvenir dans la place des vivres et des renforts, ce qui permit à l'amirante de Castille de réunir une armée considérable et de la conduire à son secours. Presque aussitôt, don Miguel Pérez vint prendre le commandement de Fontarrabie, et il y introduisit 800 soldats, renfort très utile pour relever le courage d'une faible garnison de 600 hommes, qui était prête à mettre bas les armes.

Pendant ce temps, les Espagnols avaient équipé une seconde flotte, destinée à réparer le désastre de Passages, et à disperser les vaisseaux français; mais, attaqués par l'arche-vêque de Bordeaux, près de Guétary (26 août 1638), les vingt-quatre navires espagnols furenrrefoulés dans une rade où les brûlots les réduisirent en cendre. Un seul put s'échapper ; tous les autres furent complètement détruits avec leurs équipages et les 3000 soldats qu'ils portaient à Fontarrabie.

Cette victoire importante consolidait la conquête d'Irun, de
Passages, et mettait Fontarrabie à la merci des vainqueurs; il suffisait de savoir attendre. Mais Condé et l'archevêque de Bordeaux, trop pressés d'emporter la place dl'assaut, abandonnèrent le port de Passage, afin de concentrer toutes leurs forces sur Fontarrabie; et cette précipitation les perdit.

Les préparatifs de l'attaque étaient considérables. Les Bayonnais avaient apporté par mer des vivres, des munitions et des pièces d'artillerie; ils avaient fourni même des troupes. L'archevêque, enfin, avait débarqué ses matelots afin de prendre directement part à l'action. Bientôt, une mine, heureusement dirigée, fit sauter un bastion; il ne restait donc qu'à monter à la brèche, et le succès paraissait d'autant plus assuré, que le courageux Miguel Perez venait d'être tué dans une sortie. Mais la discorde détruisit tous les avantages de ces circonstances favorables. On ne sait pour quel motif, La Valette remit au lendemain l'assaut dont il était chargé. Le prince de Condé, très irrité, lui enleva son commandement et le donna à l'archevêque. Ce dernier se disposait à diriger l'attaque, lorsque deux régiments, dévoués à La Valette, refusèrent de marcher, sous la prétexte qu'ils n'avaient pas reçu leur solde; la noblesse de Guyenne partagea leur mutinerie. Au milieu de cette déplorable désobéissance, l'amirante de Castille attaque à l'improviste les régiments français. Le marquis de La Force, abandonné par ses troupes, essaie inutilement de résister avec ses domestiques. Condé, qui accusait La Valette de conspirer en faveur des Espagnols, envoie quelques compagnies renforcer le point attaqué; elles sont repoussées par les soldats de La Valette, et les Français se battent contre des Français, en présence de l'ennemi qui les harcelle.

Pendant ce temps, les Espagnols pénètrent dans le camp sous le commandement de Mortara et de Torrecusa; le sauve-qui-peut devient général. L'archevêque de Bordeaux fuit vers sa flotte; le prince de Condé le suit en marchant dans la Bidassoa avec de l'eau jusqu'aux aisselles, Une chaloupe le retire de cette position périlleuse; mais les soldats qui le suivent sont noyés au nombre de 22 000, et La Valette, immobile à quelque distance, n'a pas honte de s'applaudir de la fuite de ses deux rivaux. C'est en vain que le reste de l'armée est assez heureux pour atteindre l'autre bord; on ne tente plus de résister aux Espagnols, et les débris des bataillons français rentrent dans la Guyenne, flétris par une défaite qui n'avait d'autre cause que la discorde et l'impéritie des chefs. Bagages, munitions, artillerie, tout devint la proie des Guipuzcoans.

Rien de plus pittoresque et de royalement espagnol comme la vieille Fontarrabie, avec ses maisons aux balcons superposés et ses avances de toitures couvertes de sculptures. Lorsqu'on parcourt la rue de l'église, on perd ses repères, et l'on se croit brusquement réveillé sous le règne de Charles III ou de Charles IV, et près d'assister à quelque sombre cérémonie de l'Inquisition.

Cette ciudad muy noble, muy leal y muy valerosa  y muy siempre fiel, possède encore un grand nombre de palacios (palais), témoins tout palpitants de son ancienne splendeur. Leurs façades, timbrées d'écussons gigantesques, offrent, sur des dessins assez peu variés, ce caractère de lourdeur pompeuse et de solidité grandiose qui forme le cachet de la renaissance espagnole, dans les églises comme dans les constructions civiles. Celui du comte de Torealta, entre autres, élève ses qualités et ses défauts à leur plus haute expression. Ses fenêtres quadrilatérales, surmontées de frontons gréco-romains, doivent dater du XVIIIe siècle. 
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Fontarrabie au début du XIXe siècle.
Fontarrabie au début du XIXe siècle.

Le château de Fontarrabie.
Le château de Fontarrabie fut construit par le roi de Navarre, Sancho Abarca, qui régnait vers 907. Il renferme deux parties bien distinctes : la façade Ouest, située du côté de la place, et qui doit dater de 1550 ou de 1600 tout au plus, et des constructions beaucoup plus anciennes qui dominent la Bidassoa. Il serait difficile de se rien figurer de plus lourd et de plus massif que la première partie attribuée à Charles-Quint, et connue sous le nom de palais de Jeanne la Folle. Les murs, de 3 mètres d'épaisseur, sont percés, au rez-de-chaussée, d'une grande porte à arc tudor, de quatre lucarnes meurtrières et de quatre fenêtres quadrilatérales surmontées d'une espèce de panneau.

Le premier étage ne montre que deux lucarnes, carré long, et une fenêtre semblable à celles du rez-de-chaussée; le second, enfin, complètement fermé, n'a que d'étroites embrasures de canon. Il est donc facile d'y remarquer des dispositions tout opposées à celles des châteaux Moyen-âge du Sud de la France; leur rez-de-chaussée, et souvent leur premier étage , étaient invariablement privés de toute ouverture; et ils n'osaient ouvrir leurs fenêtres qu'aux étages supérieurs. Cette partie neuve, du château de Fontarrabie, est d'ailleurs magnifique de construction et d'appareil; mais, à l'intérieur, elle ne présente pas la plus légère ornementation, pas même de fragments de voûtes, sauf dans le guichet qui conduit vers l'aile des bords de la Bidassoa, par une porte large à haut plein-cintre, suivie de deux arcs ogivaux très aigus.

Quand on entre dans cet arrière-corps, une cour intérieure, entourée de bâtiments ruinés, s'offre d'abord aux regards. Si le mur du bâtiment que nous venons d'examiner, présente quelques fenêtres quadrilatérales de la renaissance, les vieux bâtiments d'en face, en revanche, ne renferment qu'une porte ogivale trilobée, et des murailles d'une très grande hauteur, flanquées d'une tour ronde à chaque angle.

Celte partie de la forteresse, construite en simple moellon, est moins large que la précédente, et laisse par conséquent cette dernière saillir au sud et au nord, en forme d'ailes prolongées; chacune de ces ailes est percée d'une arcade de dégagement qui rappelle celle du palais des papes à Avignon, ou du palais d'Olite. Un mur d'enceinte, ou plutôt de simple soutènement, partant des deux extrémités du bâtiment neuf, fait le tour du vieux bâtiment flanqué de tours rondes, et forme ainsi une nouvelle enceinte, en avant de la partie qui regarde la Bidassoa. Tel est le château complètement dégarni de troupes depuis longtemps. Ces ruines sont dans l'état où les laissa la terrible canonnade des armées impériales, placées à Hendaye en 1813. 

L'église de Fontarrabie.
L'église de Fontarrabie reppelle l'église San Vicente de Saint-Sébastien, et renferme les mêmes mélanges de style et sert également de transition entre le gothique et la Renaissance.

Le chevet est formé de trois chapelles, consolidées par de hauts contre-forts à retraite qui se répètent sur les flancs du monument; une grande rose sans meneaux éclaire ce chevet au sud et au nord; des fenêtres ogivales ornées, comme des oculus, de simples gorges et de retraites, lui donnent du jour à l'Est; enfin, une galerie traversant les contre-forts par des portes à linteaux droits, reposant sur consoles, suit toutes les sinuosités des trois chapelles du chevet.

La porte du nord à arc tudor est ornée d'astérisques pédiculés et d'un chapelet de fruits dans la gorge. Trois autres gorges suivies de tores, reposent sur des colonnettes à chapiteaux; des pyramides à pinacle surmontent les montants. Les ornements de la corniche et de la frise, placés sous la toiture, appartiennent au même style; ils sont formés d'une suite de disques et de quatrelobes en application. Une rose sans meneaux éclaire la première travée, et une grande fenêtre à ogive surbaissée et sans meneaux donne du jour à la seconde.

Nous trouvons donc jusqu'ici plus d'un témoignage du XVe siècle; mais la façade de l'ouest change de style et fait invasion dans le XVIIe siècle. Sa grande porte à arc plein-cintre est recouverte d'une voûte, rappelant le porche d'Urugue; elle est ornée d'une suite de petits panneaux quadrilatéraux évidés; chaque retombée s'appuie sur une colonne dorique cannelée, tandis que les côtés de l'ébrasement présentent plusieurs retraites à angles.

L'ouverture de la porte, large de 5 mètres et partagée par un pilier, est surmontée d'un fronton à corniche dans lequel se dresse la statue de la Vierge. Le clocher carré qui domine le porche, devient octogone à la hauteur de la toiture; de riches pilastres gréco-romains soutiennent une coupole très élégante, entourée de sphéroïdes à chacun de ses angles; une lanterne harmonieuse et hardie termine le monument. Tout cela ne manque ni d'élégance ni de grandeur; mais nous sommes en plein XVIIe siècle, et la lourdeur a remplacé la légèreté harmonieuse du XVe.

Pénétrons dans l'intérieur. Le vaisseau forme trois nefs à arcades ogivales avec bas-côtés moins élevés que la grande nef. La tribune du choeur, pareille à celle d'Irun, présente une voûte ornée de nervures compliquées. Ces nervures retombent en arc tudor sur des piliers ronds de plus de 2 pieds de diamètre, sillonnés par la continuation de nervures à plusieurs gorgerettes. Une grande couronne et un médaillon représentant la Vierge tenant Jésus-Christ, se font remarquer aux pendentifs.

Les voûtes sont décorées de riches entrelacs de nervures renaissance. Un peu massives dans les premières travées, ces arêtes retombent jusqu'aux bases des piliers cylindriques, sans rencontrer de chapiteaux. Celles des deux chapelles latérales du chevet répètent la même disposition, le long des murs, des pans coupés, et forment, à la voûte, des entrecroisements Renaissance, semblables à ceux des bras du transept; mais dans les bas-côtés de la nef, les nervures deviennent prismatiques, à simple croisement, et s'arrêtent à la naissance des voûtes sur des mascarons Renaissance.

Quant aux arcs qui réunissent les quatre travées des nefs, ils offrent des ogives élancées, naissant brusquement des flancs des piliers: elles sont ornées de plusieurs gorges.

La sacristie, bâtiment assez considérable et tout à fait digne du reste de l'édifice, forme deux travées voûtées à deux cou-poles ornées de petits panneaux. Il nous est donc permis de conclure que l'église de Fontarrabie, construite au XVe siècle, fut terminée au XVIIe par le porche, mais que les voûtes de la grande nef furent élevées dans l'intervalle. Nous apprenons par ses archives que l'évêque de Bayonne, auquel le Saint-Siège et le roi de Castille n'avaient pas encore enlevé la suprématie des provinces basques, vint la consacrer en 1542, probablement après les réparations considérables que reçurent les plein-cintres et quelques piliers. (J. Cénac-Moncaut).

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Dictionnaire Villes et monuments
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