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Saint-Cloud

Saint-Cloud est une commune de France, dans le département des Hauts-de-Seine, arrondissement de Boulogne-Billancourt, sur la rive gauche de la Seine; population 29 980 habitants.

Histoire.
Clodoald, fils de Clodomir, ayant failli être tué comme ses frères, se fit prêtre. Il se retira à Novigentum et s'y fit construire un monastère, où, plus tard, on l'inhuma. Sur sa tombe, des miracles se produisirent, et peu à peu l'église, jusqu'alors vouée à saint Martin, s'appela Saint-Cloud. Ce nom s'étendit au village qui se forma autour d'elle, et Novigentum Clodoaldum est appelé Saint-Cloud ou Saint-Floud des 765. Si les invasions des Vikings paraissent avoir épargné ce lieu, il n'en fut pas ainsi pendant la guerre de Cent ans : Saint-Cloud fut dévasté par les Anglais en 1358, et plusieurs fois pris et repris sous Charles VI. Sa proximité de Paris et le charme de son paysage lui valurent de bonne heure d'être choisi comme résidence par plusieurs personnages fortunés : Catherine de Courtenay, impératrice de Constantinople, Jean, duc de Berry et d'Auvergne, l'archevêque de Rouen, Jean de La Rochetaillée, le célèbre évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, Henri Il, y eurent des maisons de plaisance. Mais la principale appartenait aux Gondi; située sur la hauteur, elle dominait toutes les autres. C'est là que, le 1er août 1588, Henri III fut assassiné; son coeur fut déposé dans une chapelle de l'église, probablement au-dessous d'une colonne en marbre rouge, élevée, en souvenir de cet événement, par les soins du duc d'Epernon. 

La maison de plaisance des Gondi fut l'origine du château dont nous voyons encore les vestiges, le château de Saint-Cloud proprement dit : soit, en effet, que cette habitation ait été achetée, en 1658, par Louis XIV pour Monsieur, soit que celui-ci ait fait construire le château sur un terrain primitivement occupé par trois propriétés appartenant à d'Hervart, à Fouquet et à Nonerot. L'on peut supposer que le domaine du duc d'Orléans embrassait à la fois, et ces trois derniers, et celui des Gondi. Quoi qu'il en soit, Philippe, duc d'Orléans, confia aux premiers artistes de son temps le soin d'embellir sa résidence. Lepautre, Girard et Mansart se chargèrent de l'architecture, Le Nôtre des jardins. Le château resta dans la famille d'Orléans jusqu'en 1682, ou Marie-Antoinette en fit l'acquisition : de son temps datent plusieurs réparations et agrandissements. 

Survint la Révolution qui fit du château une propriété nationale; le décret de 1793 ordonne que Saint-Cloud et d'autres maisons royales seraient « conservés et entretenus aux dépens de la République, pour servir aux jouissances du peuple, et former des établissements utiles à l'agriculture et aux arts ». C'est là que s'accomplit la révolution du 18 brumaire an VIII (9 et 10 novembre 1799) : à cette date, le Conseil des anciens, en majorité favorable aux projets de Bonaparte, décrétait que « le Corps législatif serait transféré dans la commune de Saint-Cloud »; le lendemain; ce même Conseil se réunit dans la grande galerie du château, peinte par Mignard;
la séance du Conseil des Cinq-Cents se tint dans l'orangerie, et se termina par le coup de force de Bonaparte. Peut-être faut-il voir dans le succès de cette entreprise la secrète raison de la préférence que Napoléon témoigna pour Saint-Cloud. C'est là aussi qu'il proclama l'Empire le 18 mai 1804. Il en fit sa résidence favorite et lui donna sa dernière parure.

Le parc (de 392 hectares) était public depuis le régent, et n'avait pas cessé de l'être; il le demeura sous Napoléon, qui se conserva seulement, comme Marie-Antoinette avait fait elle-même, la jouissance du petit parc. Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe résidèrent à Saint-Cloud; Charles X y signa, le 25 juillet 1830, les ordonnances qui entraînèrent sa chute. 

La description de toutes les magnificences du château de Saint-Cloud n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt rétrospectif et ne présente guère que d'attristants souvenirs : occupé le 30 mars 1814 par l'avant-garde du général russe Langeron, dévasté par les Prussiens le 2 juillet 1815, Saint-Cloud, où Napoléon III avait signé la déclaration de guerre à la Prusse en juillet 1870, connut, en 1870-71, les horreurs de l'invasion allemande; le 13 octobre, le château et les richesses artistiques (toutes celles du moins qu'on n'avait pas eu le temps de déménager) étaient la proie des fammes; le 19 janvier. avait lieu l'engagement de Montretout, qui coûta aux Français près de 3000 hommes tués ou blessés; un monument commémoratif a été élevé dans le cimetière. 

La foire de Saint-Cloud (du 7 au 22 septembre) a été longtemps célèbbre. Jadis, au XVIIIe siècle, on y allait par la « galiote » ou les « bachots » et, à la nuit close, on en revenait par le bois de Boulogne. Cet itinéraire est plaisamment décrit dans le burlesque Voyage le Saint-Cloud par mer et par terre, de L.-B. Néel (1748). 

Monuments.
Le château de saint-Cloud.
Au lieu où s'élevait ce château, il n'y avait d'abord qu'une maison de campagne appartenant aux Gondi, et dans laquelle Henri Ill fut assassiné par Jacques Clément. Cette maison, embellie sous les règnes suivants, appartenait, en 1638, au contrôleur des finances Hervard, qui avait dépensé, pour l'achat, les agrandissements et l'ornementation, au delà d'un million de livres. Mazarin l'en déposséda, moyennant 240 000 livres, en faveur du duc d'Orléans, frère de Louis XIV. Le duc fit rebâtir presqu'en entier la maison sur un plan nouveau, par Lepaute et Hardouin-Mansart; Lenôtre dessina le parc et les jardins. Le château de Saint-Cloud appartint à la maison d'Orléans jusqu'en 1785, époque où la reine Marie-Antoinette en fit l'acquisition au prix de 6 millions. De grandes modifications y furent apportées par Mique, son architecte. Ce fut là qu'eut lieu le coup d'Etat du 18 brumaire. A la Révolution, le château devint propriété nationale; ensuite il fut une des résidences des souverains. Marie-Antoinette avait remplacé les salons d'apparatt par de petites pièces, bourgeoisement décorées et meublées en toiles peintes de la manufacture de Jouy: Napoléon ler fit disparaître toute trace de ces changements. Les Prussiens ont brûlé le château en 1810.

Quand on avait franchi la grille du château et passé devant les bâtiments qu'occupaient le commandant, le poste militaire et, les gens de service, on arrivait à la cour d'honneur fermée au fond par la façade du palais, dont Gérard avait fourni le dessin et, à droite et à gauche, par les deux ailes dues à Lepaute. Les appartements qu'occupèrent Marie-Antoinette, Marie-Louise, Ia duchesse d'Angoulême, Napoléon IIl et l'Impératrice, se trouvaient dans l'aile droite. Au fond d'un vestibule pratiqué au milieu de la façade et que décoraient la Sapho de Pradier et un tableau où Napoléon Ier était représenté recevant le sénatus-consulte qui le proclama empereur, un escalier, construit sur l'emplacement d'une ancienne chapelle du château, conduisait au premier étage. Là, à travers un autre vestibule, on arrivait aux grands appartements, situés dans l'aile gauche. C'était d'abord le Salon de Mars, où l'on remarquait, outre les peintures de Mignard, un portrait du Premier Consul en tapisserie des Gobelins, et quatre portières en vieille tapisserie. Ce salon donnait accès, d'un côté, à la Galerie d'Apollon, percée de 16 fenêtres, couvertes de peintures de Mignard, ornée aussi de tableaux d'autres artistes et de meubles de Boule, et conduisant à un Salon de Diane, d'où l'on avait vue sur la chapelle, qui était d'une grande simplicité; de l'autre, au Salon de Vénus, salle de billard, d'où l'on passait aux salons de la Vérité, de Mercure et de l'Aurore, Ornés de peintures, de tapisseries, de meubles précieux, de porcelaines françaises et étrangères. Par suite de changements qu'a avaient opérés les différents architectes du château, il ne restait rien des anciens salons d'Enée, de Flore et d'Armide. Un théâtre avait été construit à l'extrémité de l'Orangerie.

Le parc de Saint-Cloud a une superficie de 392 hectares. Une portion, que coupe le chemin de fer de Paris à Versailles, est interdite au public, ainsi que le jardin dessiné pour le duc de Bordeaux par Heurtot, sur la montagne de Montretout, au Nord du château, et que l'on appela du nom de Trocadéro après l'expédition d'Espagne. Dans le parc public, se trouvent : 

1° la grande cascade, coupée en deux par l'allée du Tillet; la haute cascade, construite sur le dessin de Lepaute, et couronnée par de colossales figures de fleuves, a 36 m de face sur autant de pente; la basse cascade, dessinée par Mansard, recueille l'eau de la précédente qui passe sous l'allée du Tillet, et la distribue en nappes dans un bassin circulaire, au delà duquel est un canal d'où jaillissent encore des jets d'eau;

2° le grand jet d'eau, qui s'élève à une hauteur de 42 m;

3° la lanterne de Démosthène, dite improprement de Diogène, sur une plate-forme située au midi du château et d'où l'on domine la Seine; c'est une reproduction d'un petit édifice de marbre d'Athènes (le monument choragique de Lysicrate), exécutée en terre cuite par les frères Trabuchi sur les dessins des architectes Legrand et Molinos, et placée par Fontaine, dans les premières années du premier Empire, au-dessus
d'une tour carrée en pierre; 

4° le Pavillon de Breteuil, élevé du côté de, Sèvres sur l'emplacement d'un ancien Trianon.

L'église de saint-Cloud.
L'église de Saint-Cloud, dont nous avons déjà dit un mot, tombait en ruines lorsque Marie-Antoinette ordonna sa démolition et son remplacement par un nouvel édifice que 1789 trouva inachevé. La paroisse fut, après la tourmente révolutionnaire, transportée dans l'église du couvent des Ursulines (établies à Saint-Cloud depuis environ 1660), puis, en 1806, cette église elle-même menaçant ruine, dans la chapelle (fondée en 1787 par Marie-Antoinette) de l'hôpital, qui, lui-même, date du XVIIe siècle. L'église actuelle a été construite en 1865, en style roman, par Delarue, près d'un vieil arc gothique, reste de la primitive église où reposait le corps de saint Cloud.

Le pont de Boulogne.
Saint-Cloud communique avec Boulogne par un pont qui existait déjà en 841 et demeura longtemps couvert de moulins. Reconstruit au XIVe siècle, mais encore en bois, il fut bâti de pierre en 1556. Henri IV s'en étant emparé en 1590, les ligueurs firent sauter les deux arches du milieu : elles furent rétablies en bois et servirent longtemps à attacher les « filets de Saint-Cloud », jadis célèbres, qui, tendus jour et nuit, arrêtaient les objets entraînés par le fleuve et recueillaient les noyés. Enfin, en 1810, deux arches furent reconstruites en pierre, et le pont réparé en son entier. (F. Bournon / B.).

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Dictionnaire Villes et monuments
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