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André Beauneveu

André Beauneveu est un sculpteur, peintre et miniaturiste flamand, mort avant 1413. On n'a su longtemps le nom de Beauneveu que par un passage important de Froissart, à propos d'un séjour du duc de Berry en 1390 à son château de Mehun-sur-Yèvre, et de travaux de peinture et de sculpture que Beauneveu y exécutait : 
« N'avait pour lors meilleur ne le pareil en nulles terres, ne de qui tant de bons ouvraiges feust demouré en France ou en Haynnau, dont il estoit de nation, et ou royaume d'Angleterre. »
Les découvertes de Léopold Delisle et de l'abbé Debaisnes ont pleinement confirmé ce témoignage. Beauneveu  est né très probablement à Valenciennes : car il est plusieurs fois désigné dans les comptes sous le nom de « maistre André de Valenciennes ». En 1361 il est encore dans sa ville natale, jeune sans doute et peu célèbre, et reçoit douze sols pour avoir refait « le brach de l'imaghe de la halle des jurés, qui estoit brisié » : ce fut Jean de Beaumès qui fut chargé de peindre et dorer la statue. En 1364, il visite avec plusieurs autres des travaux exécutés aux tourelles de Saint-Pierre, à Valenciennes. 

Quand a commencé sa réputation? on l'ignore. Mais vers la fin de 1364 il est à Paris, très en vue à la cour de Charles V, exécutant pour le roi, qui l'appelle son ymager, les tombes de Philippe VI et de Jean Il, ainsi que la sienne et celle de la reine Jeanne de
Bourbon, sa femme, destinées à sa chapelle ou chapelle Saint-Jean-Baptiste, à Saint-Denis. Beauneveu avait la direction des travaux, et une somme considérable lui était allouée par mandements royaux des 25 octobre et 12 décembre 1364. Les monuments ont disparu; mais les statues subsistent encore à Saint-Denis, sauf celle de Jeanne de Bourbon, qui a été remplacée par une autre image provenant du tombeau de ses entrailles aux Célestins. Ce sont des oeuvres d'un réalisme très accentué et même presque brutal, qui s'imposent pourtant par une franchise et une vigueur d'exécution remarquables. La très belle statue de Philippe VI provenant des Jacobins, autrefois conservée à Versailles, aujourd'hui au Louvre, pourrait bien être de la même main.

Dans les comptes recueillis par Debaisnes on trouve mention d'un certain nombre de travaux de Beauneveu à Valenciennes ou dans d'autres villes du Nord : en 1374, paiement de peintures « en la cambre de la halle des jurés », à Valenciennes; en 1377, paiement d'une image de Notre-Dame pour le côté sud du beffroi d'Ypres. Une oeuvre importante et qui paraît l'avoir occupé quelque temps, c'est le tombeau du comte de Flandre, Louis de Male, pour la chapelle Sainte-Catherine, à Notre-Dame de Courtray, où le comte avait élu sa sépulture. Beauneveu est appelé faiseur de thombes ou maistre ouvrier de thombes dans les comptes de 1374 relatifs à ce travail. En 1380-1381, il est mandé par Louis de Male, sans doute pour ce tombeau. II est probable pourtant qu'il ne fut pas exécuté.

Des travaux entrepris par Beauneveu au château du duc de Berry, à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, il ne reste rien. Ils durent être considérables, si l'on en juge par le témoignage de Froissart. De plus, les comptes de la maison de Bourgogne nous apprennent qu'en 1393-1394 Jeban de Beaumès, peintre et varlet de chambre de Monseigneur, et Claux Slustre, son ouvrier d'entailleure furent envoyés de Dijon à Mehun pour visiter les ouvrages de peinture et de sculpture qui s'y faisaient alors. Les maîtres des oeuvres du château de Hesdin, en Artois, firent également le voyage par ordre du duc. Tous ces artistes, dont quelques-uns de renom, ne pouvaient évidemment se déranger que pour un maître.

Beauneveu fut également un des meilleurs miniaturistes de son temps. Nous pouvons en juger. Un inventaire des livres du duc de Berry, dressé en 1402, mentionne « un psautier escrit en latin et en françois, très richement enluminé, où il a plusieurs histoires au commencement de la main maistre André Beaunepveu ». C'est le ms. français 13,091 de la Bibliothèque nationale. Les vingt-quatre miniatures du début, qui sont de Beauneveu, et ou sont figurés des apôtres et des prophètes en regard, un sur chaque feuillet, sont admirables autant par la délicatesse du coloris que par le grand caractère et l'expression énergique des figures. 

Delisle lui attribue également, par analogie, dans un autre livre d'heures du duc de Berry enluminé par Jaquemart de Hesdin et conservé à la bibliothèque de Bruxelles (ms. 11,060), deux miniatures au commencement du volume représentant une Vierge avec l'Enfant, et le portrait du duc de Berry accompagné de ses patrons, saint Jean-Baptiste et saint André. Les inventaires du duc, dressés en 1413 et 1416, portant le psautier de la Bibliothèque nationale comme de la main feu maistre André Beaunepveu, il est vraisemblable que Beauneveu mourut, entre 1402 et 1413. 

C'est un des grands artistes flamands du XIVe siècle, un des premiers qui s'engagent résolument dans les voies du réalisme et qui ont préparé par leur exemple l'état brillant des arts à la cour de Bourgogne. Un certain Perrin Beauneveu, « tailleur d'ymaiges », qui en 1389 et 1390 travaillait avec Sluter au tombeau de Philippe le Hardi et aux sculptures de la Chartreuse de Champmol, et fit en particulier les tabernacles ou niches à clochetons du portail, était peut-être parent d'André Beauneveu. (Paul Leprieur).

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