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| Shiva ou
Çiva est un dieu hindou, la
troisième personne de la Trimourti
indienne. C'est le dieu de la destruction; mais au rôle de destructeur
il joint une qualité qui paraît d'abord opposée, mais
qui s'y confond naturellement, d'après les idées de la philosophie
indienne, c'est la reproduction. Les Indiens croient que rien de ce
qui existe n'est détruit absolument, et que la mort n'est qu'une
véritable transformation, après laquelle les éléments
d'un être en reproduisent un autre, ou servent à la
formation de plusieurs. On conçoit donc que le dieu de la destruction
soit en même temps, pour ces peuples, celui de la reproduction
et de la génération.
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Shiva (tympan du Temple d'Or, à Pashupatinath, au Népal). Shiva a encore une multitude d'autres noms
dont les principaux sont Roudra, Hara, Ougra,
Kala; ses sectateurs l'appellent Bhagavan, Isa, Iswara, Mahadéva,
ce qui signifie l'être suprême, le seigneur, le gouverneur
absolu, le grand dieu.
Les livres indiens rapportent que ce dieu, ennuyé du séjour céleste, descendit sur la terre, s'incarna dans la caste des Brahmanes, et se fit Andi ou religieux de profession. Sa carrière de pénitent offrit un monstrueux mélange d'austérités et de dérèglements, de macérations et de débauches; mais il se fatigua bientôt du désordre dans lequel il s'était plongé, et épousa Parvati, fille du roi des montagnes, avec laquelle il passa mille ans à goûter les plaisirs sensuels. Indignés que Shiva déshonorât sa divinité par un si long séjour avec une mortelle, Brahmâ et Vishnou lui tirent à ce sujet de vaines représentations, et se décidèrent enfin à user de violence pour le séparer de sa femme, qui en mourut de douleur. Après cette séparation forcée, Shiva se mit à errer parmi le monde, laissant partout des traces de son impudicité; ce fût dans une de ces pérégrinations, que la terre lui produisit un fils qui avait six têtes, et qui fut allaité par les six Pléiades. Il fut nommé Kartikéya. Sur ces entrefaites Parvati naquit une
seconde fois, sous le nom de Sati, fille du roi Dakcha; Shiva l'épousa
de nouveau et lui fit part de l'immortalité. Mais, malgré
son ardent désir, celle-ci était privée du bonheur
de devenir mère. Un jour cependant. qu'elle était au bain,
un fils lui naquit de la sueur qui coula de son sein, et cet enfant se
trouva tout à coup aussi grand que s'il avait eu vingt ans; c'était
Ganesh.
A son retour chez lui, Shiva, qui ignorait ce qui s'était passé,
conçut une si grande jalousie de voir ce jeune homme s'entretenir
familièrement avec Parvati, qu'il résolut de la quitter une
seconde fois; mais la déesse l'apaisa en lui racontant la manière
miraculeuse dont elle avait eu cet enfant; et Shiva combla d'affections
le jeune Ganesh, comme s'il eût été son propre fils.
Cependant son bonheur ne tarda pas à être troublé par le mécontentement que lui occasionna son beau-père. Dakcha résolut de faire un sacrifice et un festin solennel pour célébrer la naissance merveilleuse de son petit-fils; il y invita tous les dieux, à l'exception de Shiva, qui avait un jour dédaigné de le saluer dans une assemblée. Le dieu, piqué au vif, jura de tirer de cet affront une vengeance éclatante. Il se rendit écumant de rage au lieu du festin, vomit un million d'injures contre les conviés, s'arracha une poignée de cheveux, en frappa le sol, et il en sortit aussitôt un géant d'une taille prodigieuse. Ce fut Virabhadra, considéré encore comme un autre fils de Shiva. Celui-ci protesta hautement qu'il allait venger l'outrage fait à son père, et ne craignit pas d'attaquer les dieux; il frappa les uns et mutila les autres. Il donna entre autres un si furieux soufflet
au Soleil, qu'il lui fit sauter toutes les dents hors de la bouche; c'est
pourquoi encore aujourd'hui les Hindous n'offrent
à cet astre que du lait, du beurre, de la bouillie, des fruits bien
mûrs et autres choses tendres et faciles à manger. Virabhadra
ne traita pas mieux le dieu de la lune; il lui meurtrit le visage de telle
sorte qu'on aperçoit encore à présent les contusions.
Il tua ensuite le roi Dakcha, et trancha la tête à
Ganesh,
cause involontaire de tout ce tumulte; mais Shiva, pour rendre ce fils
à la vie, lui plaça sur les épaules la première
tête qu'il trouva à sa portée; c'était celle
d'un éléphant. (Toutefois il
existe des versions toutes différentes sur cette substitution de
la tête d'éléphant à celle du fils de Parvati;
mais la multiplicité des variantes est constitutive des mythes).
Représentations de Shiva au sommets de temples à Varanasi (Inde). ![]() Shiva, transporté de joie à la vue de son fils ressuscité, l'embrassa, et lui enjoignit d'aller par le monde pour chercher une femme, à condition néanmoins qu'il ne se marierait pas qu'il n'en eût trouvé une aussi belle que sa mère. C'est pourquoi on place sa statue sur les chemins sous la forme qu'il a eue depuis sa résurrection, c'est-à-dire avec une tête d'éléphant afin que, voyant toutes les femmes qui passent devant. lui, il puisse facilement en choisir une qui ressemble à sa mère; on assure cependant qu'il n'a pu encore en trouver un qui pût égaler Parvati en beauté. Quant à Dakcha, les dieux remplacèrent sa tête par une tête de bélier. Quelque temps après, Shiva, par
l'ordre exprès de tous les dieux, partit à la recherche de
Brahmâ,
qui, sous la forme d'un cerf vivait dans les forêts
avec sa propre fille d'âne manière très déréglée
et fort scandaleuse. Il fut longtemps à découvrir sa dé
meure, mais l'ayant enfin trouvée, il voulut ramener Brahmâ,
et ne pouvant y réussir, il lui trancha une de ses cinq têtes,
en quoi les brahmanes assurent qu'il commit un très grand péché.
Ce fut pour en faire pénitence qu'immédiatement après
Shiva se dépouilla de tous ses vêtements, se couvrit de cendres,
et alla se cacher nu au milieu des tombeaux, tenant à la main le
crâne de son frère qu'il ne cessait de baigner, jour et nuit,
de ses larmes.
Shiva, à Swayambhu (Népal). Le temps cependant adoucit quelque peu son chagrin, et la solitude commençant à lui devenir à charge, il s'éloigna de sa retraite et alla mendier de village en village. Pendant ses courses, il apprit que, dans un désert voisin, il y avait des Brahmanes qui menaient une vie pénitente, et qui tous avaient des femmes parfaitement belles. Il lui prit envie de se faire aimer de ces femmes, et pour y parvenir il alla tout nu demander l'aumône dans le village où elles habitaient; mais se défiant de ses propres charmes, il employa la magie pour se faire aimer, et fit tant que ces saintes pénitentes, cédant à la puissance des sortilèges, quittèrent leurs maisons, leurs familles et leurs maris pour le suivre partout où il voudrait les conduire. Pénétrés de l'affront
qu'ils venaient de recevoir, les Brahmanes s'assemblèrent, et firent
contre lui de si terribles imprécations, que le dieu fut pour jamais
mis hors d'état de satisfaire dans la suite sa lubricité.
Cette aventure lui causa une douleur et une affliction inexprimables; et
ce fut pour soulager en quelque façon la peine qu'il en ressentit,
qu'il promit d'accueillir favorablement dans le Kailâsa,
son paradis, tous ceux qui honoreraient d'un culte particulier l'organe
dont il avait été privé. De là le culte du
Lingam.
Shiva néanmoins ne laissa pas de se marier dans la suite avec la
Ganga,
déesse du Gange, que les Hindous représentent
comme une fort belle femme.
Le principal sanctuaire dédié à Shiva, au Népal, Pashupatinath et son Temple d'Or.
Enfin, après une foule d'incidents
que nous passons sous silence, Shiva se vit un jour exposé au plus
grand danger qu'il eût jamais couru, et auquel il aurait infailliblement
succombé sans l'intervention de Vishnou.
Un géant nommé Bhasmeswara, ou seigneur de la cendre, ayant
fait, pendant plusieurs années, une pénitence très
austère en l'honneur de Shiva, pria ce dieu, avec beau coup d'instance,
de lui accorder un privilège qui pût le distinguer des autres
humains. Shiva, pour récompenser sa dévotion et son zèle,
lui accorda assez inconsidérément le pouvoir de réduire
en cendres tous ceux sur la tête desquels il poserait la main. Le
géant,
curieux de connaître si la puissance dont il venait d'être
investi était réelle ou imaginaire, s'approcha du dieu et
voulut lui mettre la main sur la tête. Shiva reconnut aussitôt
l'imprudence qu'il avait commise, et eut besoin, pour se garantir du danger,
de toute son adresse et de la connaissance qu'il avait dans l'art
magique. Il se rendit tout à coup si petit qu'il put se cacher
sous la coquille d'une noisette.
Représentation de Bhairab, incarnation destructrice de Shiva, à Bhaktapur (Népal). Le téméraire serait peut-être
parvenu à l'y trouver, si Vishnou, ayant
connaissance du péril qui menaçait son frère, ne se
fût présenté au géant sous l'apparence d'une
femme parfaitement belle. Troublé à cette vue par une subite
et violente passion, Bhasmeswara ne songea plus qu'à faire sa cour
à un objet aussi séduisant, et abandonna ses poursuites.
Il pria la dame d'agréer qu'il l'accompagnât jusque chez elle;
celle-ci répondit à ses avances, mais lui fit observer qu'ayant
embrassé depuis plusieurs années une vie pénitente,
son corps était d'une malpropreté horrible; que ses cheveux
n'avaient pas été peignés depuis ce temps-là;
que les oiseaux mêmes y avaient fait leurs nids et leurs ordures;
qu'en conséquence il eût à se rendre tout d'abord à
la rivière voisine pour se laver la tête et les cheveux. Le
géant, aveuglé par sa passion, ne vit pas le piège
qui lui était tendu; il courut à la rivière, s'y lava
tout le corps, et voulant aussi laver ses cheveux, il porta les deux mains
sur sa tête, et il fut consumé en un instant, en vertu du
don fatal qu'il venait de recevoir.
Shiva sur une peinture murale moderne, à Pashupatinath. Vishnou s'empressa d'aller rassurer son frère, qui sortit de sa coquille, lui exprima toute sa reconnaissance, et se promit bien de ne plus accorder dorénavant des faveurs aussi dangereuses. Mais quand il eut appris le détail de tout ce que Vishnou avait fait pour séduire son ennemi, il conçut une envie extrême de lui voir reprendre sa forme féminine. Vishnou, qui connaissait bien le faible de Shiva, s'en défendit quelque temps; cependant il dut finir par y consentir. A la vue de cette forme séduisante, Shiva fut tellement transporté d'amour, qu'au même moment il parut sur les bras de Vishnou un jeune enfant, qui fut nommé Hari-Hara Poutra, c'est-à-dire fils de Hari (Vishnou) et de Hara (Shiva). On raconte que Shiva, voulant consommer
par un coup de main la ruine des Asouras ses
ennemis, et s'emparer du Tripoura, triple forteresse dans laquelle ils
s'étaient retranchés, fendit la terre eu deux parties égales,
et en prit une en guise d'arme. Il fit de Brahmâ
son général d'armée; les quatre Védas Shiva réside avec sa femme Parvati,
appelée aussi Dourgâ, Bhavani,
Kali,
Dévi,
etc., dans le Kailâsa, qui est un ciel
supérieur à celui d'Indra; ils sont
assis sur un trône d'or, entouré de génies, de démons
et de serviteurs de tous les ordres. A la fin des temps, c'est lui qui
embrasera et consumera tous les mondes; tout périra, les hommes,
les esprits, les dieux mêmes.
Brahmâ
et Vishnou n'existeront plus; Shiva seul, sous
la forme d'une petite flamme, dansera sur les ruines fumantes de l'univers,
ou plutôt dans la solitude immense de l'espace; mais après
une nuit d'une incommensurable longueur, cette petite flamme vivifiera
le principe des êtres, et tout renaîtra pour recommencer une
nouvelle période d'existence.
Trois attributs de Shiva : le lingam, le trident et le taureau Nandi. On représente Shiva sous la forme d'un homme dont la couleur est blanche ou argentée; il a cinq faces, un oeil et un croissant sur chaque front, et quatre bras; son vêtement est une peau de tigre. D'une main il tient une hache; de l'autre une biche; la troisième bénit, et la quatrième rassure ou protége. Il a pour arme le trisoula ou trident, quelquefois on lui donne un tamri, espèce, de clepsydre. Souvent on le peint avec une seule tête qui a trois yeux; il n'a alors que deux bras et il est monté sur le taureau Nandi. Il est couvert de cendres, nu, les yeux rouges d'ivresse; d'une main il tient une conque, et, de l'autre un tambour. Le lingam, son principal symbole, est une pierre noire de forme cylindrique ou conique. Quand on donne à Shiva, la forme de Maha-Kala, son teint est alors couleur de fumée, ses vêtements sont rouges; il a trois yeux, des cheveux relevés en noeud, et surmontés du croissant de la lune, un large ventre, de longues dents, un collier de crânes humains, un bâton dans une main, et dans l'autre un pied de lit. Sa chevelure, porte un nom particulier, c'est celui de Djata; c'est celle des religieux qui professent son culte. Ils laissent pousser leurs cheveux, les partagent en trois ou quatre tresses, qu'ils nattent ensemble et ramènent en rond sur la partie antérieure de la tête; le bout de la natte est un peu projeté du côté droit.
Une grande partie des Hindous
regardent Shiva comme le principal dieu de la trimourti,
comme le principe de Brahmâ, de Vishnou
et de toutes les autres divinités; ils lui adressent en conséquence
un culte spécial sous la dénomination de Bhagavan, d'Iswara
et de Mahadéva. On les appelle Saivas (Shaïvas); ils se distinguent
des Vaishnavas et des autres sectaires, par trois lignes courbées
en croissant, tracées sur le front, et par une tache ronde appliquée
sur le nez; ces marques sont faites avec du limon du Gange,
du bois de santal, ou des cendres de bouse de vache. L'objet particulier
de leur adoration est le lingam. (A.
Bertrand).
Un temple de Shiva à Varanasi. Photos : © Serge Jodra, 2011. |
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