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Le structuralisme

Le structuralisme est un courant de pens√©e et une m√©thode d'analyse qui se d√©veloppent principalement dans les sciences humaines et sociales. Il se concentre sur les structures sous-jacentes qui gouvernent les ph√©nom√®nes culturels, sociaux, linguistiques et psychologiques. Le structuralisme, avec la bo√ģte √† outil conceptuelle nouvelle qu'il met √† disposition, a r√©volutionn√© de nombreuses disciplines en introduisant une nouvelle fa√ßon de penser les ph√©nom√®nes culturels et sociaux comme des syst√®mes de relations.  En insistant sur les structures communes √† diff√©rents domaines, le structuralisme a aussi favoris√© une approche plus interdisciplinaire des sciences humaines.

Le structuralisme soutient que les structures sont fondamentales pour comprendre les phénomènes. Une structure est un ensemble de relations invariantes et régulières entre les éléments d'un système. L'une des idées centrales du structuralisme est que la réalité sociale, culturelle, linguistique, psychologique peut être comprise en analysant les structures sous-jacentes qui organisent et donnent sens à cette réalité. Les structuralistes soutiennent que ces structures sont indépendantes des individus et qu'elles exercent une influence sur leurs comportements, leurs pensées et leurs interactions.

Ces structures peuvent √™tre des syst√®mes de relations et de r√®gles qui ne sont pas imm√©diatement visibles mais qui d√©terminent les comportements et les significations.  Les structuralistes cherchent √† identifier les structures invariantes qui sous-tendent la diversit√© apparente des ph√©nom√®nes culturels et sociaux. Cela les conduit √† se concentrer sur l'analyse les relations entre √©l√©ments isol√©s plut√īt que sur ces √©l√©ments eux-m√™me. Par exemple, en linguistique, il s'agit de comprendre comment les mots se rapportent les uns aux autres dans un syst√®me de langage. 

La m√©thode principale du structuralisme est l'analyse structurale, qui cherche √† r√©v√©ler les structures sous-jacentes d'un ph√©nom√®ne donn√©, qu'il s'agisse d'un texte litt√©raire, d'un mythe ou d'un syst√®me de parent√©. Cette m√©thode est comparative pour identifier les structures communes entre diff√©rentes langues, cultures ou ph√©nom√®nes sociaux, mettant en √©vidence des motifs et des r√©gularit√©s. Le structuralisme recourt aussi √† l'analyse binaire bas√©e sur les oppositions entre concepts, qui leur sert souvent de mode de d√©finition (par exemple, bien/mal, chaud/froid) : ces oppositions structurent la signification. Le structuralisme s'int√©resse √† l'analyse synchronique, c'est-√†-dire l'√©tude des structures √† un moment donn√©, plut√īt que diachronique, qui s'int√©resse aux changements au fil du temps.

Une approche synchronique qui a √©t√© critiqu√©e dans le structuralisme, car elle conduit √†  ignorer l'histoire et le changement. Le structuralisme a aussi √©t√© critiqu√© pour son caract√®re parfois d√©terministe et formel. Son attention port√©e aux structures plut√īt qu'aux individus a fait qu'on lui a reproch√© encore son universalisme et son manque d'int√©r√™t pour les aspects dynamiques et contingents des ph√©nom√®nes √©tudi√©s. Le post-structuralisme et d'autres courants ont √©merg√© pour adresser ces critiques, en mettant l'accent sur la d√©construction des structures et sur le r√īle de l'individu et du contexte historique.
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Ferdinand de Saussure.

Son ouvrage Cours de linguistique générale (publié posthumément en 1916) a introduit des concepts fondamentaux comme la distinction entre le signifiant et le signifié, et l'idée que les signes linguistiques sont arbitraires et relationnels.

Roland Barthes.

Roland Barthes, un des principaux théoriciens structuralistes littéraires, a appliqué les idées structuralistes à l'analyse des textes littéraires. Dans S/Z (1970), il décompose un texte de Balzac pour révéler ses structures sous-jacentes.

Claude Lévi-Srauss.

Il a appliqu√© les id√©es de Saussure √† l'anthropologie. Dans Les Structures √©l√©mentaires de la parent√© (1949) et La Pens√©e sauvage (1962), il a montr√© comment  les cultures humaines peuvent √™tre √©tudi√©es en termes structuraux.

Les territoires du structuralisme

Parmi les domaines auxquels l'approche structuraliste peut être appliquée, les principaux sont les suivants :

La linguistique et la sémiologie.
Le structuralisme en linguistique a √©t√© largement d√©velopp√© par Ferdinand de Saussure. Saussure a introduit l'id√©e que la langue (langue) est un syst√®me de signes o√Ļ chaque signe est constitu√© d'un signifiant (la forme sonore ou graphique) et d'un signifi√© (le concept). Les relations entre les signes sont fondamentales pour comprendre la langue. Il a mis l'accent sur la structure sous-jacente des langues et sur le fait que les significations des mots d√©coulent de leurs relations avec d'autres mots dans le syst√®me linguistique, plut√īt que de leurs r√©f√©rents ext√©rieurs. L'approche structuraliste a transform√© la linguistique en une discipline plus scientifique et syst√©matique. En mettant l'accent sur la structure des syst√®mes linguistiques et les relations entre les √©l√©ments, elle a fourni des outils conceptuels et m√©thodologiques qui restent essentiels pour les linguistes aujourd'hui. 

Les concepts √©labor√©s dans le cadre de la linguistique (√©conomie du signe restreint √† la langue) ont trouv√© une application dans le cadre de la s√©miologie (√©conomie du signe en g√©n√©ral) et, par l√†, √† l'√©tude de divers syst√®mes de communication et de signification (dans des cadres qui vont de l'anthropologie, avec Claude L√©vi-Strauss, √† la critique litt√©raire, avec Roland Barthes et G√©rard Genette, en passant par la psychologie ou la philosophie, avec des penseurs comme Michel Foucault). Roland Barthes, par exemple, appliqu√© le structuralisme pour analyser les syst√®mes de signes culturels, comme la mode, la publicit√© et les m√©dias. Il a montr√© comment les objets culturels peuvent √™tre d√©compos√©s en unit√©s de base de signification et √©tudi√©s √† travers leurs relations et fonctions au sein d'un syst√®me culturel. L'approche structuraliste a ainsi transform√© la s√©miologie en une discipline rigoureuse, capable d'analyser les syst√®mes de signes de mani√®re syst√©matique et m√©thodique. 

Systèmes de signes. Signifiant et signifié.
Saussure distingue la langue (le syst√®me abstrait de signes partag√©s par une communaut√© linguistique) de la parole (l'utilisation individuelle de ce syst√®me). Cette distinction permet de focaliser l'analyse linguistique sur le syst√®me lui-m√™me plut√īt que sur ses manifestations individuelles. Le signe linguistique, explique encore Saussure, est compos√© de deux √©l√©ments indissociables : le signifiant (la forme sonore ou graphique) et le signifi√© (le concept ou l'id√©e). La relation entre signifiant et signifi√© est arbitraire, et traduit le fait que les langues sont des syst√®mes de conventions sociales plut√īt que des reflets directs de la r√©alit√©. La reconnaissance de cette dualit√© et du caract√®re arbitraire (conventionnel) du lien qui existe entre les deux √©l√©ments a √©t√© fondamentale pour l'√©tude des signes au-del√† de la linguistique. Elle permet d'analyser comment les significations sont construites et interpr√©t√©es dans diff√©rents syst√®mes s√©miotiques. Tout syst√®me de signes, comme la mode, la cuisine, ou les rituels sociaux, peut ainsi √™tre analys√© de mani√®re structurale. 

Les relations syntagmatiques et paradigmatiques.
Saussure propose que la mani√®re dont les unit√©s linguistiques sont combin√©es et organis√©es dans le discours peut √™tre √™tre analys√©s selon deux types de relations, les relations syntagmatiques et paradigmatiques, identifi√©es comme des concepts permettant de comprendre la structure du langage en examinant √† la fois l'ordre s√©quentiel des √©l√©ments et leurs associations s√©mantiques ou structurelles. 

‚ÄĘ Les relations syntagmatiques se r√©f√®rent aux relations lin√©aires ou s√©quentielles entre les √©l√©ments qui se pr√©sentent ensemble dans une s√©quence donn√©e,  et se combinent pour former des structures plus larges, par exemple, les mots dans une phrase, les sc√®nes dans un film, ou les √©l√©ments visuels dans une image. Ces relations sont bas√©es sur l'ordre dans lequel les √©l√©ments apparaissent dans une s√©quence et sur leur combinaison pour former des unit√©s syntaxiques plus larges. Par exemple, dans la phrase ¬ę le chat noir dort paisiblement ¬Ľ, les mots sont dispos√©s dans un ordre sp√©cifique qui donne un sens √† la phrase. 

‚ÄĘ Les relations paradigmatiques correspondent aux relations associatives entre les √©l√©ments linguistiques qui partagent des propri√©t√©s similaires et qui pourraient potentiellement se substituer les uns aux autres dans une m√™me position syntaxique. Ces relations sont bas√©es sur la similarit√© s√©mantique ou structurelle entre les √©l√©ments et impliquent souvent qu'ils soient choisis parmi un ensemble d'alternatives possibles, par exemple, le choix d'une couleur dans une palette pour un design ou le choix d'un mot parmi plusieurs synonymes. Ainsi, dans la phrase  ¬ę le chat noir dort paisiblement ¬Ľ, le mot ¬ę chat ¬Ľ peut √™tre remplac√© par des mots diff√©renets mais qui qui partagent des caract√©ristiques similaires (par exemple  ¬ę-chien ¬Ľ ou ¬ę oiseau ¬Ľ), formant ainsi un ensemble de substitutions possibles.

L'analyse synchronique et diachronique.
L'approche structuraliste, telle qu'elle est initiée par Saussure, se concentre sur l'analyse synchronique du phénomène étudié (en linguistique, l'étude des langues à un moment donné) par opposition à l'analyse diachronique, qui est l'étude de son évolution des langues à travers le temps. Cette perspective a permis de mieux comprendre les structures linguistiques en elles-mêmes, sans toujours les lier à leur évolution historique.

La phonologie structurale.
Ajoutons que les travaux de Saussure ont fourni un socle à ceux de linguistes tels que Roman Jakobson et Nikolai Trubetzkoy pour développer la phonologie structurale, cette branche de la linguistique qui étudie les systèmes phonétiques des langues en termes de phonèmes et de leurs oppositions afin d'analyser systématiquement et formellement des sons de la parole.

La sémiologie.
La sémiotique, ou l'étude des signes et des systèmes de signification, a été profondément influencée par le structuralisme. Les travaux de Saussure ont posé les bases pour la sémiotique, qui a été développée par des penseurs comme Charles Sanders Peirce, Umberto Eco et Algirdas Julien Greimas. La sémiotique a été appliquée de nombreux phénomènes culturels, des textes littéraires aux pratiques sociales. Les travaux de Roland Barthes et d'autres ont aussi été étendus à l'analyse des images et des arts visuels. En appliquant les concepts de signifiant et de signifié, ainsi que les relations syntagmatiques et paradigmatiques, les chercheurs ont pu décomposer et comprendre les messages visuels dans des contextes variés, de l'art classique à la publicité contemporaine. Le structuralisme a particulièrement influencé l'analyse des films et des médias, avec Christian Metz (1931-1993), par exemple. Dans son travail, celui-ci (également inspiré par Jacques Lacan) a analysé la manière les films utilisent des codes et des conventions pour produire des significations narratives et symboliques, ce qui a débouché sur une sémiologie du cinéma.

La critique littéraire.
L'approche structuraliste a r√©volutionn√© l'√©tude de la litt√©rature en fournissant des outils th√©oriques et m√©thodologiques pour analyser les structures narratives et textuelles profondes des oeuvres litt√©raires. Roland Barthes, G√©rard Genette et Tzvetan Todorov ont √©t√© des figures majeures dans ce domaine. Ils ont √©tudi√© comment les textes litt√©raires fonctionnent comme des syst√®mes de signes et comment les structures narratives, les genres et les motifs peuvent √™tre √©tudi√©s pour r√©v√©ler les conventions et les codes sous-jacents. Par exemple, Barthes a √©tudi√© le concept de texte comme un tissu de citations et de r√©f√©rences intertextuelles, mettant l'accent sur les structures et les syst√®mes de signification plut√īt que sur l'auteur ou l'intention.

L'analyse des structures narratives.
Les structuralistes se sont attach√©s √† √©tudier  la forme et la structure des textes plut√īt que leur contenu ou leur signification imm√©diate. En se concentrant sur les relations entre les √©l√©ments du texte, ils ont montr√© que la signification √©merge des structures formelles et des conventions litt√©raires. Claude L√©vi-Strauss a appliqu√© les concepts structuraux √† l'analyse des mythes, identifiant des structures communes √† travers diff√©rentes cultures. Vladimir Propp, dans son √©tude des contes russes, a identifi√© des fonctions narratives r√©currentes et a d√©montr√© que les histoires peuvent √™tre d√©compos√©es en unit√©s narratives fondamentales.

La théorie des codes narratifs.
Roland Barthes, dans son essai S/Z, publi√© en 1970, propose une analyse structurale de la narration √† travers l'√©tude de la nouvelle Sarrasine d'Honor√© de Balzac. A cette occasion, il introduit la notion de codes narratifs pour analyser les textes litt√©raires, et identifie cinq codes principaux  (herm√©neutique, proa√Įr√©tique, s√©mique, symbolique, et r√©f√©rentiel) pour d√©coder les significations multiples et les structures cach√©es dans un texte. Ensemble, ces cinq codes permettent de d√©composer et d'analyser les multiples dimensions d'un texte narratif, en mettant en lumi√®re les m√©canismes complexes qui rendent la lecture riche et significative. 

‚ÄĘ Le code herm√©neutique (ou √©nigmatique) concerne les √©l√©ments du r√©cit qui suscitent des questions, des myst√®res ou des √©nigmes pour le lecteur. Il est li√© √† l'attente de r√©ponses et de r√©solutions dans le d√©roulement de l'histoire. Par exemple, un meurtre au d√©but d'un roman qui intrigue le lecteur sur l'identit√© du coupable ou les motivations du crime.

‚ÄĘ Le code proa√Įr√©tique (ou d'action) est li√© aux actions et aux √©v√©nements qui composent la trame narrative. Il s'agit des s√©quences d'actions qui m√®nent le r√©cit en avant. Par exemple, une poursuite, une dispute, ou un voyage sont des √©l√©ments proa√Įr√©tiques qui constituent la dynamique du r√©cit.

‚ÄĘ Le code s√©mique renvoie aux significations et les connotations associ√©es aux personnages, aux objets et aux lieux dans le r√©cit. Il traite des associations symboliques et des traits caract√©ristiques qui donnent une profondeur psychologique et th√©matique aux √©l√©ments du r√©cit. Par exemple, un personnage peut √™tre d√©crit avec des traits qui le font appara√ģtre imm√©diatement comme un h√©ros ou un tra√ģtre.

‚ÄĘ Le code symbolique concerne les oppositions binaires et les tensions symboliques qui sous-tendent le texte. Il analyse les niveaux plus profonds de signification, souvent en relation avec les th√®mes universels comme le bien et le mal, la vie et la mort, ou la nature et la culture. Par exemple, l'opposition entre la lumi√®re et l'obscurit√© dans une oeuvre peut symboliser des notions plus abstraites comme la connaissance et l'ignorance.

‚ÄĘ Le code r√©f√©rentiel (ou culturel) fait r√©f√©rence √† des connaissances culturelles, scientifiques, historiques ou litt√©raires ext√©rieures au texte qui sont n√©cessaires pour comprendre pleinement certains aspects du r√©cit. Il s'appuie sur des r√©f√©rences et des savoirs partag√©s par une communaut√© de lecteurs. Par exemple, une allusion √† un √©v√©nement historique ou √† une oeuvre d'art c√©l√®bre qui enrichit le texte de significations suppl√©mentaires.

La sémiotique littéraire.
En appliquant les concepts de la sémiotique à la littérature, les structuralistes ont étudié comment les textes littéraires fonctionnent comme des systèmes de signes. Ils ont analysé la manière dont les signes littéraires (mots, images, symboles) interagissent pour produire des significations complexes.

Le concept d'intertextualité, développé par Julia Kristeva, a été influencé par ces études. L'intertextualité étudie les relations entre les textes, montrant comment ils se référent et se répondent les uns aux autres. Cette perspective a enrichi l'analyse littéraire en soulignant la nature dialogique de la littérature.

G√©rard Genette, de son c√īt√©, a d√©velopp√© une th√©orie structurale de la narration, connue sous le nom de narratologie. Il a introduit des concepts cl√©s comme la distinction entre histoire et discours, les niveaux de narration, et les modalit√©s narratives (temps, mode, et voix). Ces outils ont permis une analyse plus pr√©cise et syst√©matique des techniques narratives utilis√©es dans les textes litt√©raires.

Ils ont ouvert √† une compr√©hension plus syst√©matique des genres litt√©raires, comme en ont fait, par exemple, la d√©monstration les travaux de Tzvetan Todorov consacr√©s au genre fantastique et aux genres qui lui sont connexes. L'identification des conventions et des structures r√©currentes au sein de diff√©rents genres,  permet de r√©v√©ler la mani√®re dont les genres fonctionnent comme des syst√®mes de r√®gles et de codes qui guident la production et l'interpr√©tation des textes.

L'anthropologie.
L'approche structuraliste en anthropologie, en mettant l'accent sur les structures universelles de la pensée humaine, les oppositions binaires et les relations entre les éléments culturels, a offert une perspective nouvelle et puissante pour comprendre la diversité et la complexité des cultures humaines.

La recherche de structures culturelles universelles.
Claude Lévi-Strauss est l'initiateur et le principal représentant du structuralisme en anthropologie. On lui doit l'idée que les cultures humaines peuvent être analysées de la même manière que les langues, en identifiant les relations et les oppositions fondamentales qui structurent les mythes, les systèmes de parenté et les rituels. Il a mis en évidence des structures universelles dans les cultures humaines qui sont des réflexions des structures de l'esprit humain.

Contrairement à l'approche diachronique (historique) qui se concentre sur l'évolution des cultures dans le temps, l'approche structuraliste se concentre sur l'analyse synchronique, c'est-à-dire l'étude des cultures à un moment donné. L'approche structuraliste a favorisé une méthode comparative en anthropologie. En identifiant des structures universelles et des modèles récurrents dans différentes cultures, les anthropologues peuvent comparer et contraster des sociétés pour révéler les principes fondamentaux de la cognition et de l'organisation sociale.

L√©vi-Strauss a propos√© que les structures de la pens√©e humaine sont universelles et se refl√®tent dans les cultures du monde entier. Pour lui, les structures profondes de la cognition humaine sont les m√™mes, quelles que soient les diff√©rences culturelles superficielles. Cette id√©e a permis de chercher des universaux culturels et des mod√®les communs dans des soci√©t√©s tr√®s diverses. En se concentrant sur les structures sous-jacentes et universelles, le structuralisme a contribu√© √† une critique de l'ethnocentrisme dans l'anthropologie. Il a encourag√© les chercheurs √† reconna√ģtre les similitudes fondamentales entre les cultures, plut√īt que de se concentrer uniquement sur les diff√©rences.

Théorie des oppositions binaires.
L'approche structuraliste met en √©vidence l'importance des oppositions binaires dans la pens√©e humaine. Selon Claude L√©vi-Strauss, les humains ont tendance √† structurer leur compr√©hension du monde √† travers des oppositions binaires, dont certaines sont ditesfondamentales fondamentales et universelles parce qu'elles sont pr√©sentes dans toutes les cultures humaines. L√©vi-Strauss les consid√®re comme des structures profondes de l'esprit humain. Par exemple, la vie par rapport √† la mort, l'ordre par rapport au chaos, la lumi√®re par rapport √† l'obscurit√©, etc. D'autres oppositions peuvent avoir un statut, une expression ou une importance diff√©rents selon les cultures, comme le bien par rapport au mal, le masculin par rapport au f√©minin, la nature par rapport √† la culture, le sacr√© et le profane, le cru et le cuit, etc. 

Lévi-Strauss s'intéresse donc à la manière dont les sociétés humaines utilisent ces oppositions pour élaborer des systèmes symboliques spécifiques à leur culture tout en partageant des structures cognitives communes. Il montre comment ces oppositions sont des outils puissants pour construire du sens. Non seulement, elles fournissent un cadre conceptuel qui éclaire notre expérience en organisant notre pensée et nos représentations symboliques, mais elle elles permettent aussi de différencier et de classer les éléments du monde, de définir des identités et des relations, et de formuler des normes et des valeurs. Par exemple, en opposant le pur et l'impur, une société peut établir des règles de comportement.

√Čtude des mythes.
L'application de l'approche structuraliste √† l'√©tude des mythes a √©t√© particuli√®rement fructueuse. En les analysant comme des structures narratives plut√īt que comme des r√©cits historiques ou litt√©raires, L√©vi-Strauss a montr√© que les mythes de diff√©rentes cultures partagent des structures communes et peuvent √™tre d√©compos√©s en unit√©s √©l√©mentaires appel√©es myth√®mes. La comparaison des myth√®mes entre eux, leurs occurences diverses dans les diff√©rentes variantes d'un m√™me mythe, permet de r√©v√©ler des mod√®les de pens√©e sous-jacents qui sont au coeur de la construction mythologique. Au-del√† de leur contenu narratif, les mythes structurent et expriment des pr√©occupations humaines fondamentales par le biais de structures profondes et d'oppositions binaires. Cette approche permet de comprendre les mythes comme des r√©flexions symboliques des tensions et contradictions universelles de la condition humaine. 

Une lecture structuraliste simplifiée du mythe d'Oedipe

Mythe Oedipe, roi de Th√®bes, est c√©l√®bre pour avoir r√©solu l'√©nigme du Sphinx et pour sa tragique destin√©e : il tue son p√®re La√Įos sans le savoir et √©pouse sa m√®re Jocaste, ce qui conduit √† une s√©rie de catastrophes pour lui et sa famille.
Décomposition en unités mythiques (mythèmes) La prophétie initiale selon laquelle Oedipe tuera son père et épousera sa mère.

L'abandon d'Oedipe sur une montagne par ses parents pour éviter la réalisation de la prophétie.

L'adoption d'Oedipe par un autre roi et reine.

Oedipe tue un homme sur la route (son père, sans le savoir).

Oedipe résout l'énigme du Sphinx.

Oedipe devient roi de Thèbes et épouse sa mère.

La découverte de la vérité et les conséquences tragiques (suicide de Jocaste, cécité d'Oedipe).

Analyse des oppositions binaires fondamentales dans les myth√®mes  Nature vs. Culture. - Le fait que Oedipe soit abandonn√© dans la nature mais soit adopt√© par une famille royale (culture).

Connaissance vs. Ignorance. - Oedipe résout l'énigme du Sphinx (connaissance) mais reste ignorant de sa propre identité et de ses actes (ignorance).

Vie vs. Mort. - L'abandon d'Oedipe (risque de mort) et sa survie et ascension au tr√īne (vie).

Structure profonde sous-jacente au mythe. (Selon le postulat que que les mythes servent à résoudre des contradictions inhérentes à la condition humaine en les exprimant et les réconciliant de manière symbolique). Le mythe d'Oedipe, peut être interprété comme une manière de traiter les tensions entre-:
+ Le destin (les proph√©ties) et le libre arbitre (les actions de Oedipe), 
+ Entre les relations familiales naturelles (les liens de sang) et les structures sociales (mariage et royauté).
Signification universelle Abord de thèmes tels que le destin, la quête d'identité, la connaissance et les relations familiales.

L'analyse des systèmes de parenté.
L√©vi-Strauss a insist√© sur le fait que les cultures doivent √™tre comprises comme des syst√®mes de relations entre leurs √©l√©ments constitutifs. Il a analys√© des aspects comme les rituels, les coutumes alimentaires, et les syst√®mes de croyances, en montrant comment ces √©l√©ments sont interconnect√©s et forment une structure coh√©rente. 

Cette coh√©rence appara√ģt aussi clairement lorsqu'on applique l'approche structuraliste √† l'√©tude des syst√®mes de parent√©. L√©vi-Strauss a analys√© en particulier les r√®gles de mariage, les syst√®mes de classification des parents, et les structures de parent√© en termes de relations et d'√©changes. Sa th√©orie de l'√©change r√©ciproque, qui sugg√®re que les relations de parent√© sont bas√©es sur des √©changes symboliques et mat√©riels, a eu un √©cho important.

En identifiant et en analysant les √©l√©ments structuraux et les oppositions binaires qui articulent les syst√®mes de parent√©, il est possible de mieux  comprendre comment ces syst√®mes assurent la coh√©sion sociale, r√©gulent les comportements, et transmettent les valeurs culturelles. Donnons ici sommairement les √©l√©ments √† partir desquels les tructuralistes mettent en en lumi√®re les universaux et les particularit√©s des structures de parent√© √† travers les cultures :

√Čl√©ments d'une analyse structuraliste d'un syst√®me de parent√©

Identification
des éléments structuraux
Types de parenté. - Tribu, clan, lignée, famille nucléaire.

R√īles et relations. - Les relations de parent√© sont class√©es par cat√©gories sp√©cifiques, telles que p√®re, m√®re, fr√®re, soeur, etc., mais aussi par des termes sp√©cifiques pour oncles, tantes, cousins, etc. (La terminologie de parent√© peut √™tre bas√©e sur des oppositions binaires telles que "parent" vs. "enfant", "fr√®re" vs. "soeur", "oncle" vs. "tante", etc. Il peut exister des termes distincts pour d√©signer les membres de la famille de la lign√©e maternelle et ceux de la lign√©e paternelle).

Filiation. - La filiation, qui correspond aux r√®gles qui d√©finissent la translmission de la parent√©, peut √™tre unilin√©aire (patrilin√©aire ou matrilin√©aire), bilin√©aire ou indiff√©renci√©e. Dans la filiation, par exemple, l'individu est affili√© √† la fois √† sa lign√©e maternelle et √† sa lign√©e paternelle. Les enfants sont consid√©r√©s comme appartenant aux deux c√īt√©s de la famille de mani√®re √©gale.

Systèmes de mariage. - Exogamie (mariage en dehors du clan ou de la lignée), règles spécifiques de mariage croisé. Les mariages sont souvent arrangés par les familles et servent souvent à renforcer les liens entre les groupes familiaux. L'endodamie (mariage à l'intérieur u groupe) ne concerne pas la famille proprement dite, mais peut exister dans un groupe social plus large (classe sociale, communauté religieuse, etc.).

Analyse 
des oppositions binaires 
Exogamie/Endogamie. - La règle de l'exogamie oblige les membres d'un clan à se marier en dehors de leur propre clan, ce qui renforce les liens entre différents clans et évite l'inceste.

Parenté par le sang/Parenté par alliance. - Les relations de parenté incluent à la fois celles fondées sur la consanguinité (liens de sang) et celles établies par le mariage (alliances).

R√īles de genre. - Les r√īles assign√©s aux hommes et aux femmes dans le contexte des relations de parent√© et des syst√®mes de mariage, avec des attentes culturelles sp√©cifiques pour chaque genre.

Fonction des structures de parent√© dans la culture  R√©gulation sociale. - Les structures de parent√© r√©gulent les relations sociales, dictant avec qui l'on peut se marier, comment les biens sont transmis, et comment les obligations sociales sont r√©parties.

Transmission des connaissances et des biens. - Les règles de parenté déterminent la transmission des savoirs traditionnels, des rites et des biens matériels d'une génération à l'autre.

Coh√©sion et identit√© de groupe. - Les structures de parent√© jouent un r√īle crucial dans la coh√©sion des groupes sociaux et dans la construction de l'identit√© collective.

Interprétations
et implications
√Čquilibre des alliances. - Les r√®gles de mariage exogame assurent un √©quilibre des alliances entre les clans, ce qui est essentiel pour la paix et la coop√©ration interclaniques.

Complexité et variation. - Bien que les principes sous-jacents puissent être universels (comme l'exogamie pour éviter l'inceste), les manifestations spécifiques des structures de parenté varient énormément d'une culture à l'autre.

√Čvolution et adaptation. - Les structures de parent√© ne sont pas statiques; elles √©voluent et s'adaptent aux changements sociaux, √©conomiques et environnementaux.

La psychologie
On pourrait d√©finir la psychologie structuraliste comme une approche de la psychologie qui cherche √† analyser l'esprit humain et ses structures en d√©composant les exp√©riences conscientes en leurs √©l√©ments constitutifs fondamentaux.  Inspir√©s par les travaux de Saussure en linguistique, les psychologues structuraux examinent comment les unit√©s de pens√©e (concepts, id√©es) sont structur√©es et interconnect√©es. Mais la psychologie est aussi l'une des sciences humaines sociales pour lesquelles l'importance accord√©e au concept de structure n'est pas n√©cessairement l'expression d'un structuralisme qui s'inscrirait dans la lign√©e de celui initi√© par Saussure et L√©vi-Strauss.

Pjaget. Psychologie cognitive.
Le structuralisme a trouv√© une expression dans les travaux de Jean Piaget et dans la psychologie cognitive. Piaget a propos√© que le d√©veloppement cognitif des enfants se d√©roule par √©tapes structur√©es et universelles, avec chaque √©tape repr√©sentant une structure cognitive sp√©cifique. 

Le concept de schéma, développé par Piaget et plus tard par les psychologues cognitifs comme Frederic Bartlett, peut également être lié à des idées structuralistes. Les schémas sont des structures mentales qui organisent les connaissances et guident la perception, la mémoire et le comportement. La psychologie cognitive a développé l'idée, qui lui est centrale, que la cognition humaine peut y être comprise en termes de structures et de processus systématiques.

Les concepts de Saussure, notamment la distinction entre signifiant et signifié, ont été appliqués à la psychologie pour comprendre comment les structures linguistiques influencent la cognition et la perception. Cela a conduit à l'émergence de la psycholinguistique, qui s'intéresse à la relation entre les structures linguistiques et les processus psychologiques, comme la compréhension et la production du langage.

Jacques Lacan = Freud + Saussure.
Lacan a r√©interpr√©t√© la psychanalyse freudienne √† travers le prisme de la linguistique structurale. Il a appliqu√©  les concepts saussuriens √† l'√©tude des structures mentales, d√©fendant l'id√©e que  l'insconscient est structur√© √† la mani√®re du langage. Cela a permis de comprendre comment les cat√©gories linguistiques fa√ßonnent la perception et la cognition.

Une autre tradition structuraliste : Wundt et Titchener.
Une tradition structuraliste distincte peut ainsi √™tre associ√©e √† Wilhelm Wundt, un des p√®res de la psychologie exp√©rimentale, et √† son √©l√®ve Edward B. Titchener, qui a popularis√© le terme structuralisme en psychologie. Le structuralisme, tel que promu par eux, se concentre sur l'analyse des structures mentales fondamentales et des processus psychologiques √©l√©mentaires. Il cherche √† d√©composer les exp√©riences perceptuelles et cognitives en √©l√©ments plus simples, similaires aux √©l√©ments chimiques (plut√īt qu'√† la mani√®re dont la langue peut √™tre d√©compos√©e en phon√®mes). Ces pyschologues ont identifi√© des sensations, des images et des affections comme les composants de base de la conscience, qu'ils consid√©raient reli√©s entre eux par des lois d'association, formant des structures plus complexes de pens√©e et de perception. Ils  utilisaient des exp√©riences rigoureusement contr√īl√©es pour isoler et identifier les √©l√©ments de la conscience. Au lieu de chercher √† expliquer pourquoi les ph√©nom√®nes se produisent, les structuralistes se concentraient sur la description pr√©cise de l'exp√©rience consciente. En insistant sur l'importance de la m√©thode scientifique et exp√©rimentale, les psychologues qui inscrivaient leurs recherches dans un structuralisme ainsi entendu ont √©tabli des bases solides pour la psychologie en tant que science. Leurs recherches ont conduit √† la cr√©ation de catalogues d√©taill√©s des sensations et des perceptions et ont contribu√©  √† une compr√©hension plus fine des processus mentaux.

L'histoire et la philosophie.
Comme pour la psychologie, dans le cas de l'histoire et de la philosophie, le concept de structure  - pas forc√©ment les concepts li√©s au structuralisme de Saussure et L√©vi-Strauss - √† infus√© dans ses disciplines de diverses fa√ßons. 

L'histoire.
Le structuraliste en histoire est une approche qui vise √† comprendre les √©v√©nements historiques en termes de structures sous-jacentes qui influencent et fa√ßonnent ces √©v√©nements, plut√īt que de se concentrer uniquement sur les actions individuelles et les chronologies. Cette approche est largement inspir√©e par le structuralisme en anthropologie, linguistique et sociologie. L'une des principales influences de l'histoire structuraliste provient de l'√Čcole des Annales, fond√©e en France par Marc Bloch et Lucien Febvre, et plus tard d√©velopp√©e  notamment par Fernand Braudel. Cette √©cole mettait l'accent sur les structures sociales et √©conomiques √† long terme (la longue dur√©e de Braudel) plut√īt que sur les √©v√©nements individuels. Les historiens structuralistes utilisent des m√©thodes syst√©miques pour comprendre comment les diff√©rentes structures interagissent et influencent les √©v√©nements historiques (analyse des relations √©conomiques, sociales et politiques). Ils utilisent des comparaisons entre diff√©rentes soci√©t√©s et p√©riodes pour identifier des structures similaires et comprendre comment elles influencent les √©v√©nements historiques de mani√®re diff√©rente. 

Le mouvement de la Nouvelle Histoire, influenc√© par l'√Čcole des Annales, a encourag√© une approche plus holistique de l'√©tude de l'histoire, en mettant l'accent sur les structures sociales et √©conomiques √† long terme et en int√©grant des perspectives interdisciplinaires. L'approche structuraliste a influenc√© l'√©mergence de l'histoire globale, qui examine les structures et les processus transnationaux et transr√©gionaux sur de longues p√©riodes de temps. L'histoire structuraliste a aussi contribu√© √† une r√©√©valuation de la mani√®re dont l'histoire est √©crite et √©tudi√©e, en soulignant l'importance des structures sous-jacentes et des processus √† long terme.

Philosophie.
Le structuralisme a profond√©ment influenc√© la philosophie en red√©finissant la mani√®re dont nous comprenons le langage, les structures sociales et culturelles, et le sujet humain. Il a offert de nouvelles perspectives et m√©thodologies pour comprendre divers aspects de la r√©alit√© humaine, des syst√®mes de signes et des structures sociales. Le structuralisme a r√©volutionn√© la fa√ßon dont la langue est per√ßue dans la philosophie. Ferdinand de Saussure, avec sa th√©orie des signes linguistiques (signifiant et signifi√©), a influenc√© la philosophie du langage en r√©v√©lant sur le caract√®re arbitraire et relationnel des signes. Cela a men√© √† une compr√©hension plus profonde de la fa√ßon dont les significations sont construites et interpr√©t√©es. 

Le structuralisme a contribué à une décentration du sujet dans la philosophie, remettant en question l'idée de l'individu comme centre de l'analyse. Claude Lévi-Strauss, par exemple, a montré que les structures culturelles et sociales influencent profondément les comportements individuels, minimisant ainsi l'importance de l'intentionnalité individuelle. Cette approche a élargi les perspectives philosophiques sur la nature des sociétés humaines et des relations sociales.

Barthes en appliqu√© les id√©es structuralistes √† la critique litt√©raire, a d√©velopp√© des concepts comme la mort de l'auteur (les textes litt√©raires √©tant vus comme des syst√®mes de signes). Son travail a influenc√©  la philosophie de l'interpr√©tation, soulignant l'autonomie du texte par rapport √† l'intention de l'auteur. L'analyse critique des syst√®mes de signes a influenc√© la philosophie de la communication et la th√©orie de la signification. Cette critique a permis de mieux comprendre comment les syst√®mes de signes fa√ßonnent notre perception de la r√©alit√©.

Michel Foucault a été profondément influencé par le structuralisme dans ses premières oeuvres. Il a étudié les structures de pouvoir et de connaissance dans les sociétés humaines, montrant comment ces structures construisent les sujets et les vérités sociales.

Critiques du structuralisme

Le structuralisme, bien qu'influant de mani√®re significative sur diverses disciplines, a fait l'objet de nombreuses critiques. Les principaux reproches let les r√©ponses qui y ont √©t√© faites sont list√©s dans le tableau suivant : 
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Reproche
Réponse
Déterminisme excessif. - Le structuralisme est accusé de réduire les individus à de simples produits des structures sociales et culturelles, négligeant ainsi la capacité des agents à agir de manière autonome et à influencer les structures. Les structuralistes mettent en avant que leur objectif est de révéler les structures sous-jacentes qui influencent les comportements, sans pour autant nier totalement l'agentivité des individus.
Manque de dynamisme. - Les critiques reprochent au structuralisme de présenter les structures comme statiques et invariantes, ce qui rend difficile l'explication des changements sociaux et culturels au fil du temps. Certains structuralistes, comme Claude Lévi-Strauss, ont tenté d'intégrer des aspects de transformation et de variation dans leurs analyses, mais ces efforts sont souvent considérés comme insuffisants.
Abstraction et complexité. - Les approches structuralistes sont souvent perçues comme trop abstraites et complexes, éloignées des réalités concrètes et empiriques. Cette abstraction rend les théories difficiles à appliquer de manière pratique. Les structuralistes défendent l'importance de comprendre les structures profondes qui, bien que complexes et abstraites, ont des implications concrètes sur les réalités sociales.
N√©gligence de l'histoire. - Le structuralisme tend √† ignorer les contextes historiques sp√©cifiques, privil√©giant des structures universelles et intemporelles. Cela peut conduire √† une compr√©hension limit√©e des ph√©nom√®nes historiques. L'objet premier du structuralisme n'est pas l'histoire. De plus, certains historiens, comme ceux de l'√Čcole des Annales, ont cherch√© √† int√©grer des perspectives structuralistes tout en mettant l'accent sur les contextes  historiques sp√©cifiques.
√Člitisme et herm√©tisme. - Le langage utilis√© par les structuralistes est souvent consid√©r√© comme √©sot√©rique et inaccessible, ce qui limite la compr√©hension et l'application de leurs id√©es √† un public restreint.  Les structuralistes estiment qu'un langage pr√©cis est n√©cessaire pour exprimer des concepts sophistiqu√©s. Toutes les disciplines ayant cet objectif sont passibles du m√™me reproche.
Critique politique et √©thique. - Certains critiques, notamment les post-structuralistes, ont reproch√© au structuralisme de ne pas suffisamment critiquer les structures de pouvoir et de domination, se contentant de les d√©crire. Le projet du structuralisme est la connaissance et non la praxis. La compr√©hension des structures est une √©tape pr√©alable n√©cessaire pour toute critique et transformation sociale. 
Critique concernant la subjectivit√©. - En mettant l'accent sur les structures, le structuralisme est accus√© de d√©personnaliser et de d√©shumaniser les exp√©riences individuelles.  Les structuralistes affirment que leur approche vise √† r√©v√©ler les forces invisibles qui fa√ßonnent les exp√©riences individuelles, plut√īt qu'√† nier la subjectivit√© humaine.
Critique de l'universalisme. - Bien qu'influencés par le structuralisme, les post-structuralistes l'ont critiqué pour son prétendu universalisme et son manque de prise en compte des différences et des spécificités locales et historiques. Ces critiques ont conduit à une évolution des idées structuralistes vers des approches plus flexibles et nuancées, intégrant des perspectives de changement et de diversité.

La plupart des reproches se fondent sur une méconnaissance du structuralisme auquel on a prêté des perspectives analogues à d'autres approches en sciences sociales (le marxisme, par exemple) et avec lesquelles, justement, il est en rupture. Quand ils sont justifiés, les réponses qui leur sont apportées ont conduit à l'émergence du post-structuralisme (représenté par des figures telles que Michel Foucault, Jacques Derrida et Gilles Deleuze) qui met l'accent sur la fluidité des structures, les relations de pouvoir et la déconstruction des oppositions binaires.

Quelques noms associés au structuralisme

Voici quelques-uns des principaux noms associés au structuralisme (certains d'entre eux ne reconnaissaient pas leur affiliation à ce courant, mais au moins des aspects de leur pensée peuvent-ils y être rattachés) :
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‚ÄĘ Ferdinand de Saussure (1857-1913). -  Consid√©r√© comme le fondateur du structuralisme, Saussure a pos√© les bases de l'analyse structurale du langage et a distingu√© le signifiant du signifi√©, jetant les fondements de la linguistique moderne. (Linguistique).

‚ÄĘ Claude L√©vi-Strauss (1908-2009). - L√©vi-Strauss est consid√©r√© comme l'un des fondateurs de l'anthropologie structurale. Cherchant √† identifier les mod√®les fondamentaux qui r√©gissent les interactions sociales et les institutions, il a appliqu√© les m√©thodes et concepts du structuralisme √† l'√©tude des cultures et des soci√©t√©s humaines, en mettant l'accent sur les structures sous-jacentes des syst√®mes symboliques. (Anthropologie).

‚ÄĘ Roman Jakobson (1896-1982). - Jakobson  a contribu√© √† la linguistique structurale et √† la s√©miologie, en s'inspirant des id√©es de Saussure. Il a notamment travaill√© sur les fonctions du langage et les rapports entre les √©l√©ments du langage. (Linguistique et s√©miologie).

‚ÄĘ Noam Chomsky (n√© en 1928). - Il a  abord√© l'id√©e d'une grammaire universelle sous-jacente √† toutes les langues humaines, sugg√©rant que la structure du langage est inn√©e. (Linguistique).

‚ÄĘ Roland Barthes (1915-1980). - Il a appliqu√© les concepts structuralistes √† l'analyse litt√©raire. Il s'est int√©ress√© √† la s√©miologie des textes, la mythologie et l'√©tude des signes dans la soci√©t√©. (Litt√©rature, s√©miologie et culture).

‚ÄĘ Louis Althusser (1918-1990). - Il a d√©velopp√© une approche structuraliste du marxisme pour aborder l'appareil id√©ologique d'√Čtat et la structure des formations sociales. (Philosophie). 

‚ÄĘ Tzvetan Todorov (1939-2017). -  Il a appliqu√© les m√©thodes structuralistes √† l'analyse litt√©raire, en √©tudiant les structures narratives et les motifs r√©currents dans les r√©cits.

‚ÄĘ Wilhelm Wundt (1832-1920). - Fondateur du premier laboratoire de psychologie exp√©rimentale √† Leipzig en 1879, Wundt a d√©velopp√© une m√©thode scientifique pour √©tudier la structure de l'esprit. Il a cherch√© √† mesurer et √† cataloguer les composants de la conscience humaine.

‚ÄĘ Edward B. Titchener (1867-1927). -: √Čl√®ve de Wundt, Titchener a introduit et d√©velopp√© une forme de structuralisme aux √Čtats-Unis. Il a d√©fini la psychologie structuraliste comme l'√©tude des √©l√©ments de l'exp√©rience consciente.

‚ÄĘ Jean Piaget (1896-1980). - Associ√© en premier lieu √† la psychologie g√©n√©tique, il a aussi apport√© des contributions au structuralisme dans ses √©tudes sur le d√©veloppement cognitif des enfants. (Psychologie)

‚ÄĘ Michel Foucault (1926-1984). -  G√©n√©ralement associ√© au post-structuralisme, il se rattache au structuralisme dans son analyse des structures de pouvoir et de savoir, en particulier dans Surveiller et punir et Les Mots et les Choses. (Philosophie, histoire, sciences sociales).

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