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La Celestine,
demi-drame et demi-roman espagnol de la fin du XVe
siècle, ainsi nommée du principal personnage. La Célestine
est une vieille entremetteuse, à demi sorcière, prenant le
masque de la dévotion pour commettre ses méfaits, hantant
les églises et les couvents. Calixte, beau gentilhomme, s'éprend
de la jeune et noble Mélibée, et s'adresse à la Célestine,
qui met en jeu les ruses les plus infernales et fait réussir la
séduction. Deux valets du séducteur, ne pouvant obtenir de
la Célestine une part dans la récompense que Calixte lui
a donnée, la tuent. Ils sont pris par la justice et pendus. Des
courtisanes font attaquer les gens de Calixte pendant qu'il était
chez Mélibée; il escalade un mur pour les secourir, tombe
et se tue. Alors Mélibée, au désespoir, avoue sa faute
à son père, et se précipite d'une haute tour.
Ce roman est en 21 actes ou journées;
il obtint un très grand succès quand il parut, mais ne fut
jamais joué. La fable est peu de chose; tout le mérite de
l'ouvrage est dans les caractères et les détails, qui sont
pleins de force, de vérité et de charme. On remarque le portrait
de la Célestine et de son laboratoire; sa scène de séduction
avec Mélibée; le caractère de cette jeune fille; celui
de Calixte; une foule de reparties, de sentences et de proverbes, qui annoncent
un précurseur de Cervantes. L'ouvrage
est tout entier en prose; la langue castillane n'a aucun livre d'un style
plus naturel, plus pur et plus élégant.
La Célestine parut de 1482
à 1592, sous le voile de l'anonyme. On l'avait attribuée
déjà à plusieurs écrivains célèbres,
lorsqu'en 1502, un correcteur d'imprimerie remarqua que, dans un prologue
en vers, mis en tête de l'ouvrage, les lettres initiales de chaque
strophe, rapprochées les unes des autres, formaient le nom de Fernando
de Rojas, qui devait être l'auteur du livre, et l'était en
effet, ainsi qu'il l'avoua. C'était un homme de robe; il craignit
que l'ouvrage ne parût indigne de la gravité de sa profession,
et voilà pourquoi il ne se nomma pas d'abord. Mais quand le succès
l'eut absous en quelque sorte, il avoua son oeuvre. Son but paraît
être d'avoir voulu corriger le vice par sa peinture même la
plus énergique.
Ce système ne fut pas unanimement
approuvé; cependant on n'en admira pas moins l'ouvrage, qui fut
traduit trois fois en français avant d'être fini : à
Lyon, en 1527; à Paris, en 1529 et par Lavardin, en 1578. Germond
Delavigne en a donné une 4° traduction, Paris, 1844, vol. in-12.
La Célestine a eu aussi les honneurs de la continuation :
Domingo de Gaztelu ajouta une deuxième comédie à quelques
éditions; Gasp. Gomez de Tolède donna une troisième
partie; Juan de Herrera composa l'Ingénieuse Hélène,
fille de Célestine, et Andrès Arra l'École de Célestine.
Mais toutes ces oeuvres sont sans valeur, et ne servent qu'à montrer
la supériorité du génie de Rojas. (E.
B.). |
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