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| On connaît
sous le nom de Lois de Manou,
Mânava-dharma-çâstra,
un ouvrage en 19 livres, comprenant 5 370 vers dans l'édition publiée
à Paris en 1830, et dans lequel sont exposés, comme un enseignement
révélé, les préceptes de la Loi.
Manou est le nom d'un être supérieur
fréquemment cité dans la littérature indienne, et
dont la première mention se trouve dans le Vêda Quant à l'époque où
il fut composé, il est impossible de la fixer aujourd'hui avec précision.
Si l'on considère le fond des doctrines et des lois mêmes,
il est certainement fort antique; mais la rédaction qui est entre
nos mains peut remonter à une époque moins reculée.
Toutefois, il n'est fait, dans le code de Manou, aucune allusion à
la réforme bouddhique, ce qui aurait lien de nous étonner
dans un livre de cette nature, si cette réforme radicale lui eût
été antérieure. Si l'on compare l'état des
doctrines et des moeurs dans le code de Manou et dans les plus anciennes
prédications bouddhiques, le code brâhamanique dénote
une époque beaucoup plus ancienne que celle du Bouddha,
mort vers l'année 543 av. J.-C. Les Purânas La législation de Manou est fondée sur le Véda, dont les doctrines s'y retrouvent, fort développées, mais essentiellement les mêmes : le code passe même aux yeux des Indiens pour contenir, sous la forme de préceptes et de règles le Vêda dans son entier. C'est assez dire qu'il est orthodoxe. On ne peut donc le considérer comme issu d'une des écoles de la philosophie indienne : au contraire, les différents commentaires sanscrits des lois de Manou appartiennent à des écoles particulières, et donnent souvent de ses préceptes ou de ses énonciations théologiques une interprétation inadmissible. Il est donc nécessaire, pour bien comprendre ce livre, de se tenir en dehors de toute doctrine préconçue autre que celle du Véda, et de se défier des commentaires. Prise en elle-même, la doctrine de Manou porte non seulement sur les lois civiles et politiques, mais aussi sur la religion, la morale, la métaphysique, et la cosmogonie hindoue; elle est, en un mot, à la fois théorique et pratique, et ne néglige aucune des bases sur lesquelles repose la société brahmanique; elle en est l'expression la plus complète qu'aucun ouvrage indien nous présente. Le polythéisme Le deuxième livre, revenant sur les bases de la Loi, qui sont la tradition et la révélation, établit le privilège des brahmanes, et fixe les limites de la contrée brahmanique. Le jeune brahmane, né dans le Brahmâvarta, reçoit une sorte de baptême et un nom; ce deuxième livre décrit les cérémonies par lesquelles il doit passer pour arriver au rang de novice, la ceinture, le cordon, le bâton; il expose les devoirs de l'ablution, de la purification spirituelle, les égards dus par le novice à ses supérieurs, à ses parents, à son maître spirituel. Le troisième livre fixe la durée du noviciat, à la suite duquel le jeune brahmane se marie; choix de la femme; divers modes de mariage; manière dont on doit honorer les femmes; cérémonies imposées au chef de famille; devoirs d'hospitalité; souvenir des morts et repas funèbres, composition de l'assemblée du festin, prière aux morts. Les règles concernant l'alimentation ont une grande importance dans la religion indienne; le quatrième et le cinquième livre roulent en grande partie sur ce sujet. Le terme de la vie approchant, le chef de famille, auquel est né un petit-fils, se retire dans le désert pour s'y livrer à l'austérité et à la méditation; il devient vânaprastha ou anachorète. Les devoir de l'anachorète sont exposés dans le sixième livre. La seconde moitié du livre de Manou diffère notablement de la première par son contenu : celle-ci énonce des préceptes généraux qui s'adressent à tout le monde, mais surtout aux brahmanes. Les livres suivants ont pour objet des détails de loi relatifs à l'organisation de la société politique, civile et militaire, et aux devoirs des castes. La création d'un roi, son autorité, ses devoirs; le choix des ministres; le palais, la forteresse; les impôts; le butin de guerre; les questions relatives au droit des gens, aux droits de la guerre et de la victoire : tels sont les principaux sujets du septième livre. Le huitième et le neuvième traitent des lois civiles et criminelles, de la composition des tribunaux, de la procédure; des dettes et contrats; des témoins et des témoignages; de la conscience morale, du serment, de l'épreuve; de l'intérêt, des cautions, des amendes; des lois pénales pour crimes et délits; du mariage civil, des enfants, des successions; de la subordination des castes par rapport aux brahmanes. Une importance considérable est attachée aux devoirs des castes dans les temps de disette; la division de l'Inde en un grand nombre de petits États rendait ces fléaux irrésistibles, et portait dans l'accomplissement des devoirs légaux es désordres que les législateurs se sont efforcés de prévenir en suspendant l'exercice même de la loi dans des conditions déterminées. Ce cas et les règles qui s'y rapportent forment l'objet principal du livre dixième. Les deux derniers roulent sur des sujets moraux et religieux, qui sont comme le couronnement de la législation de Manou. Le crime et le délit ne blessent pas seulement la société, mais ils souillent l'âme; de sorte que la punition du coupable n'est efficace que si elle est accompagnée ou suivie de pénitence et d'expiation; le péché doit donc être effacé, comme la force doit rester à la loi; sans cette double condition, la société ne devient pas meilleure. Quand le repentir a effacé la faute, même secrète, alors on peut aspirer à la béatitude finale, qui est l'objet de toute la législation brahmanique, et ont les conditions sont renfermées au douzième livre de Manou. La distinction de l'âme et du corps est le fondement de la loi morale et des conséquences finales qu'elle entraîne : ces conséquences sont diverses suivant l'état de purification où l'âme et le corps de l'homme sont parvenus au jour de la mort. Le criminel non purifié tombe aux enfers, où il souffre, dans son corps et dans son âme, des tourments variés; et, au- renouvellement de l'univers, le principe vivant qui l'animait renaît dans une condition inférieure et dans une misère proportionnée à son état antérieur. Le juste, qui a accompli les actes exigés par la loi ou indiqués par une raison supérieure, parvient à la béatitude finale, qui consiste dans la contemplation de l'Être suprême, et dans l'absorption de l'individualité dans la grande âme du monde; s'il est parfait, il ne tenait pas au jour du renouvellement du monde, et échappe de la sorte aux vicissitudes de la vie et de la mort. L'esprit général qui anime les lois de Manou peut se résumer en deux mots, pureté physique et morale, subordination des hommes entre eux. Les éléments qui composent cette législation sont si compactes, en quelque sorte, qu'il est difficile de dire si les castes ont été créées pour conserver l'esprit religieux des Aryas, ou si la doctrine religieuse a été conçue en vue de la conservation des castes. On ne petit retrancher ni modifier aucune des parties essentielles de cette législation, sans qu'elle s'écroule tout entière. La loi de Manou n'a jamais été changée que dans quelques détails de pratique d'une valeur tout à fait secondaire; elle sert encore aujourd'hui de base à la société brahmanique de l'Inde; tout ce qui, du dehors ou du dedans, a paru lui être hostile a été repoussé par les brahmanes avec une persistance qui ne s'est point lassée. Les musulmans ont pu conquérir l'Inde, mais n'ont pu détruire ni l'institution des castes, ni l'ancienne religion. Longtemps auparavant, la réforme bouddhique, qui, née dans l'Inde, prêchait l'égalité et attaquait le principe des castes, n'a pu se maintenir, malgré les progrès qu'elle avait faits dans le peuple. Plus tard, le christianisme, prêché dans l'Inde par un ordre célèbre, ne parvenait à faire quelques progrès qu'en faisant lui-même des concessions. Ce système ayant été désapprouvé, la loi de Manou a repris tout son empire. (Em. Burnouf, 1877).
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