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Les
textes
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| Purânas,
mot qui pourrait se traduire assez exactement par Antiquités,
et qui désigne certains poèmes indiens où sont renfermées
des légendes humaines où divines, recueillies par leurs auteurs
dans les traditions nationales et les anciens écrits des Brahmanes La tradition attribue la composition des
Purânas
à Vyâsa, le même auquel on rapporte le Mahâbhârata Un Purâna contient, en général,
deux sortes de sujets très distincts : de la cosmogonie, et des
traditions plus ou moins historiques. La cosmogonie Au point de vue philosophique, il est bien difficile de démêler dans les expositions poétiques des Purânas la doctrine d'une école déterminée, et de rapporter ces poèmes soit aux Védantistes, soit au Sânkhya. II semble même (c'est du moins ce que prouve la lecture du Bhâgavata-purâna) qu'il n'y ait point ici de doctrine arrêtée, et que l'auteur flotte pour ainsi dire, entre toutes les écoles. Dans certains passages on trouve la pure métaphysique fondée sur la théologie issue du Vêda; ces passages sont d'une parfaite orthodoxie, et sembleraient avoir été composés dans le plus beau temps des écoles brahmaniques de l'antiquité. Dans d'autres, la philosophie rationaliste, connue sous le nom de Sânkhya, prend le dessus; le Vêda est écarté pour un temps; le sens privé est mis à la place de l'autorité sacrée, et la raison au-dessus de la foi. Bien plus, les doctrines elles-mêmes se contredisent quelquefois de la manière la plus formelle, sans que l'auteur ait paru s'en apercevoir; Dieu, l'homme avec son moi, le monde avec ses révolutions à longue et à courte période, les sens, l'intelligence, l'esprit de logique et d'examen, la morale même, tantôt humaine et pratique comme la nôtre, tantôt mystique et impraticable, tout ce qui compose la philosophie de l'Inde y est présenté sous les jours les plus divers et parfois les plus opposés. En doit-on conclure que chacun de ces poèmes, de ceux du moins que nous connaissons, est l'ouvrage de plusieurs hommes, de plusieurs écoles, de plusieurs époques? Cette conséquence n'est point nécessaire. En effet, si l'on sort des Purânas, et que l'on se reporte aux épopées d'abord, puis aux Védas et à l'immense littérature brahmanique fondée sur eux, on retrouve dans ces écrits des passages entiers que l'on avait lus dans les Purânas. Comme les Vêdas sont de beaucoup antérieurs aux épopées, et que celles-ci remontent elles-mêmes à une haute antiquité, on en conclut que c'est l'auteur purânique qui est le copiste, et que les passages originaux et primitifs doivent être cherchés dans ces anciens écrits. D'ailleurs, l'extrême diversité qui se rencontre dans le style et même dans la langue de ces divers passages montre à elle seule que les Purânas qui les renferment sont des ouvrages de seconde main, et pour ainsi dire des compilations. Or, ce ne sont pas seulement les récits de faits tout humains, tels que les légendes royales, qui renferment de tels emprunts, c'est aussi la partie des poèmes où se trouve la cosmogonie avec les exposés philosophiques qui s'y rapportent. Les auteurs ont emprunté des morceaux tout faits à des ouvrages qui existaient avant eux et qui avaient acquis dans l'Inde une réputation étendue et une sorte d'autorité. Les écoles les plus opposées ayant tour à tour, parfois même simultanément, joui de cette autorité et de ce renom, les écrits des unes et des autres qui pouvaient servir au but de l'auteur lui ont également fourni des fragments philosophiques, sans qu'il ait paru se mettre en peine d'accorder ou de dissimuler les contradictions : de là cette espèce de syncrétisme, souvent grossier, qui dépare ces grands poèmes. Quand les études indiennes se seront portées tour à tour sur tous les monuments de la littérature sanscrite, on pourra vraisemblablement démembrer les Purânas, rendre aux ouvrages antiques les morceaux qui leur appartiennent, et reconnaître ce qui est vraiment l'oeuvre de leurs auteurs. On peut déjà reconnaître comme l'oeuvre de ceux-ci des chapitres entiers, souvent les derniers de chaque livre, où l'inspiration religieuse et la foi du poète, laissant de côté toutes les citations et les légendes, s'exalte elle-même et s'épanche dans la contemplation des perfections adorables de Vishnu. Ces chapitres sont presque toujours les plus beaux, parce qu'ils sont les plus originaux et les plus naïfs. Les conditions où se sont placés
les poètes purâniques ne leur permettaient guère de
composer des oeuvres littérairement bien faites : comment écrire,
même sur un héros unique tel que Vishnu, un bon poème
avec des fragments empruntés à tous les temps et à
toutes les écoles? Ils étaient d'ailleurs retenus dans les
limites de la foi et de la tradition philosophique et littéraire
des Brahmanes. Aussi la composition des Purânas est-elle ordinairement
confuse; les développements sont diffus; les parties sont disproportionnées,
tantôt trop courtes pour être claires, tantôt trop longues
pour l'importance relative des sujets. Les mêmes idées reviennent
souvent, exprimées dans les mêmes termes. Comme l'auteur ne
nomme pas les poètes ou les ouvrages qu'il cite, on n'est point
averti, et tout à coup l'on est transporté d'un morceau en
style et en langue épique, emprunté par exemple au Mahâbhârata
ou au Râmâyana A un autre point de vue, les Purânas nous offrent de très beaux modèles de style. A l'époque où ils furent composés, les hommes instruits possédaient non seulement une langue parvenue à sa perfection, mais des connaissances poétiques, littéraires, grammaticales, extrêmement profondes et étendues. Là où l'auteur est redevenu lui-même et exprime ses propres sentiments comme il les éprouve, la langue sanscrite atteint un degré de perfection que l'on ne trouve ni dans les épopées ni même dans les drames. Le style de ces derniers est souvent maniéré, affecté, déparé par des figures de rhétorique qui lui ôtent une partie de son naturel; celui des épopées, beaucoup plus simple, a généralement encore quelque chose de rude ou du moins de positif qui n'indique pas une longue culture littéraire. Quant au Vêda, c'est presque un autre idiome; ce n'est pas du moins le sanscrit proprement dit. Les passages empruntés aux anciens livres font dans les Purânas un contraste qui fait ressortir encore la beauté du style propre de leurs auteurs, cette délicatesse infinie de la pensée qui, sans perdre sa vigueur, est rendue dans ses nuances les plus charmantes ou les plus touchantes, il y a aussi de fort beaux récits dans les Purânas, et qui n'ont rien à envier à aucune de nos narrations classiques les plus estimées. A ce point de vue leur étude offre un véritable intérêt. Enfin, ce qui caractérise peut-être le mieux ce genre et cette époque littéraire, c'est un mélange étonnant de poésie et de métaphysique. La littérature indienne a toujours uni ces deux choses, mais à des degrés et avec des succès divers : dans ces poèmes, la science la plus abstraite se fond avec la poésie la plus pénétrante. Les nombreux passages où elles s'unissent ainsi nous étonnent d'abord, puis nous charment par degrés, et enfin nous subjuguent. Le Purâna est le Vêda
des femmes et des castes non brahmaniques. Il n'est pas non plus l'oeuvre
des brahmanes : c'est ce que prouvent l'étude de ces poèmes
et les renseignements donnés par les grammairiens et par les commentateurs.
En effet, il est hors de doute aujourd'hui que les grands Purânas
ont été précédés par d'autres beaucoup
plus anciens, moins nombreux et moins étendus. Ces anciens Purânas
étaient au nombre de six : ils traitaient de la création,
de la naissance et du règne des Manus, et de l'histoire des familles
qui en descendaient. On peut croire que les doctrines théosophiques
qu'ils renfermaient dérivaient exclusivement du Véda;
car ils sont cités dans le Râmâyana, dans le
Mahâbhârata,
dans Manu, ouvrages appartenant aux premiers développements
de la littérature sanscrite et antérieurs certainement au
bouddhisme, c.-à-d. au VIe siècle
avant notre ère. Ils sont même cités dans les Upanishads Est-il possible de déterminer l'époque où furent composés nos grands Purânas? Lorsque nous posséderons, imprimés, traduits et commentés, les 18 recueils purâniques, il est à croire que l'on aura les meilleurs éléments pour résoudre la question. Toutefois, la date approximative de ces ouvrages, comme de tous les autres écrits brahmaniques, ne sera véritablement fixée que quand le corps entier de la littérature indienne sera connu de nous. Dans l'état présent de la science, la question de date ne peut être abordée que pour ceux des Purânas que nous possédons pleinement, et surtout pour le Bhâgavata-purâna. Sa rédaction est antérieure au commencement du XIVe siècle de notre ère. Cette antériorité n'est pas sans doute très considérable; car la religion indienne ne s'est concentrée dans le culte de Vishnu qu'après l'expulsion définitive du bouddhisme de l'Inde; encore le développement de ce culte a-t-il exigé un certain temps. Or, nous le voyons en pleine vigueur dans le Bhâgavata-purâna, poème dont le titre est le nom le plus sublime qui ait été donné dans l'Inde à cette divinité. De plus, la confusion des doctrines philosophiques dans ce poème montre que les écoles avaient depuis longtemps dépassé le point de leur plus grand développement, puisque nulle d'entre elles ne domine exclusivement dans la théosophie des Purânas. Si l'on ajoute les remarques que peut fournir la langue ou le style de l'auteur, on est conduit à considérer son oeuvre comme assez récente et comme appartenant aux temps modernes. Mais ce fait n'ôte rien à sa valeur, soit comme pièce historique, soit comme monument de la littérature sanscrite. Au contraire, il est beaucoup plus instructif
pour nous de posséder des oeuvres récentes d'une aussi grande
valeur intrinsèque, lorsque nous avons, pour représenter
les âges antérieurs, les drames, les ouvrages bouddhiques,
les épopées, et, pour les temps primitifs, le Vêda
avec ses développements poétiques ou scolastiques.
De la sorte il devient possible de suivre pour ainsi dire pas à
pas le développement des idées et de la civilisation de l'Inde
depuis un temps qui remonte au moins à douze ou quinze siècles
av. J.-C. jusqu'à nos jours. Les Purânas forment l'un
des derniers anneaux de cette chaîne continue, et sont eux-mêmes
le point de départ et la plus belle expression des cultes modernes
où l'Inde est parvenue. On voit ainsi la notion d'Agni
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.