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Isla de la Torre y Rojo

Le P. José Francisco de Isla de la Torre y Rojo est un célèbre écrivain satirique né à Ségovie en 1703, mort à Bologne en 1781. Il était membre de la Compagnie de Jésus. Dès sa première oeuvre : Juventud triunfante (Salamanque, 1727, in-4), qui offre une relation des fêtes célébrées en l'honneur de la canonisation de deux jeunes jésuites, il révéla un esprit vif, d'une gaieté exubérante et d'une tournure satirique habilement dissimulée. Il se donna, à cet égard, une carrière plus libre encore à l'occasion des cérémonies bizarres qui accompagnèrent la proclamation, à Pampelune, de l'avènement de Ferdinand VI et qui lui fournirent la matière de son Triunfo del amor y de la lealtad : dia grande de Navarra (Madrid, 1746 et 1785). Le ridicule y est fustigé avec tant d'adresse que l'auteur fut comblé d'éloges officiels et de présents; mais on ne tarda pas à découvrir les pointes de sa malice, et il dut quitter la capitale de la Navarre. 

Prédicateur très apprécié, depuis l'âge de vingt-quatre ans, Isla chercha d'abord à réagir par l'exemple contre l'extravagance de composition et la vulgarité de langage qui régnaient alors dans la prédication populaire, et les nombreux sermons qu'il écrivit de 1729 à 1754 sont d'une pureté de style digne des maîtres de la chaire espagnole au XVIe siècle. Il résolut ensuite d'attaquer le mal par la satire et produisit un chef-d'oeuvre du genre : Historia del famoso predicador Fray Gerundio (Madrid, 1758), dont le premier volume a été publié à son insu, sous le nom de Francisco Lobon de Salazar. Le succès en fut si vif que l'édition entière, à 1500 exemplaires, fut enlevée en trois jours. Ce roman célèbre, qui tient du Cervantes et du Rabelais, est une peinture fidèle de la vie religieuse et conventuelle de cette époque; l'esprit sarcastique s'y déguise sous la gravité du style. Malgré la condamnation de ce livre, en 1760, par l'Inquisition, l'auteur ne fut pas inquiété. 

Le second volume, qui circula longtemps en manuscrit, fut publié clandestinement en 1770, avec l'indication d'une localité imaginaire, Campazas, comme lieu d'impression. L'édition complète ne fut donnée en Espagne qu'en 1813 (Madrid, 4 vol. in-12; traduit en français par Cardini, Paris, 1822). Cette oeuvre maîtresse atteignit son but, et désormais tout prédicateur vulgaire était désigné sous le sobriquet de Fray Gerundio. Après l'expulsion des jésuites en 1767, le P. Isla se réfugia en Italie (L'Espagne au XVIIIe siècle). Devenu paralytique, il n'en continua pas moins d'écrire.

A sa mort, on trouva dans ses papiers un poème de 12000 vers, intitulé Ciceron, mais qui n'est qu'une satire des extravagances des jeunes élégantes et des vices de l'éducation de son temps, au milieu de toutes sortes de digressions. Le manuscrit autographe en est conservé à l'Athénée de Boston. Parmi ses oeuvres posthumes qui furent livrées à la publicité, il faut mentionner ses lettres intimes : Cartas familiares (Madrid, 1781-86 et 1790, 6 vol. in-8); ses Sermones (id., ,1792, 6 vol.), et surtout une excellente traduction de Gil Blas (Madrid, 1787, 6 vol.), qu'il qualifie d' 

« oeuvre dérobée à l'Espagne et rendue à sa patrie par un Espagnol jaloux qui ne souffre pas qu'on se moque de sa nation ». 
II en attribue la paternité à un avocat andalou anonyme; mais cette revendication dénuée de preuves, et qui eut cependant de sérieux partisans en Espagne, n'a plus cours depuis longtemps. Un choix d'oeuvres du P. Isla fait le sujet du t. XV de la Biblioteca de Rivadeneyra (1850). (G. Pawlowski).
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