|
|
|
|
Les
gens
|
|
| Isla de la Torre
y Rojo (Le P. José Francisco de). - Célèbre écrivain
satirique né à Ségovie en 1703, mort à Bologne
en 1781. Il était membre de la Compagnie de Jésus. Dès
sa première oeuvre : Juventud triunfante (Salamanque, 1727,
in-4), qui offre une relation des fêtes célébrées
en l'honneur de la canonisation de deux jeunes jésuites Prédicateur très apprécié,
depuis l'âge de vingt-quatre ans, Isla chercha d'abord à réagir
par l'exemple contre l'extravagance de composition et la vulgarité
de langage qui régnaient alors dans la prédication populaire,
et les nombreux sermons qu'il écrivit de 1729 à 1754 sont
d'une pureté de style digne des maîtres de la chaire espagnole
au XVIe siècle. Il résolut
ensuite d'attaquer le mal par la satire et produisit un chef-d'oeuvre du
genre : Historia del famoso predicador Fray Gerundio (Madrid, 1758),
dont le premier volume a été publié à son insu,
sous le nom de Francisco Lobon de Salazar. Le succès en fut si vif
que l'édition entière, à 1500 exemplaires, fut enlevée
en trois jours. Ce roman célèbre, qui tient du Cervantes
et du Rabelais, est une peinture fidèle
de la vie religieuse et conventuelle de cette époque; l'esprit sarcastique
s'y déguise sous la gravité du style. Malgré la condamnation
de ce livre, en 1760, par l'Inquisition Le second volume, qui circula longtemps
en manuscrit, fut publié clandestinement en 1770, avec l'indication
d'une localité imaginaire, Campazas, comme lieu d'impression. L'édition
complète ne fut donnée en Espagne qu'en 1813 (Madrid, 4 vol.
in-12; traduit en français par Cardini, Paris, 1822). Cette oeuvre
maîtresse atteignit son but, et désormais tout prédicateur
vulgaire était désigné sous le sobriquet de Fray Gerundio.
Après l'expulsion des jésuites en 1767, le P. Isla se réfugia
en Italie ( A sa mort, on trouva dans ses papiers un
poème de 12000 vers, intitulé Ciceron, mais qui n'est
qu'une satire des extravagances des jeunes élégantes et des
vices de l'éducation de son temps, au milieu de toutes sortes de
digressions. Le manuscrit autographe en est conservé à l'Athénée
de Boston. Parmi ses oeuvres posthumes qui furent livrées à
la publicité, il faut mentionner ses lettres intimes : Cartas
familiares (Madrid, 1781-86 et 1790, 6 vol. in-8); ses Sermones (id.,
,1792, 6 vol.), et surtout une excellente traduction de Gil Blas « oeuvre dérobée à l'Espagne et rendue à sa patrie par un Espagnol jaloux qui ne souffre pas qu'on se moque de sa nation ».II en attribue la paternité à un avocat andalou anonyme; mais cette revendication dénuée de preuves, et qui eut cependant de sérieux partisans en Espagne, n'a plus cours depuis longtemps. Un choix d'oeuvres du P. Isla fait le sujet du t. XV de la Biblioteca de Rivadeneyra (1850). (G. Pawlowski). |
|
© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.