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Hellequin.
- Ce personnage qui appartient au folklore
médiéval conduit une troupe de démons
(la mesnie Hellequin). On voit par exemple, Hellequin conduire le charivari
dans le roman de Fauvel .
Mais cela reste une figure assez mystérieuse et beaucoup d'études
ont été consacrées à son origine.
Son nom lui-même a été
l'objet de diverses conjectures :
G.
Raynaud, le rapprochait de celui du comte
Hernequin ,
personnage d'une chanson de geste, aussi bien que de celui de Arlequin,
personnage de la commedia dell'arte.
Le rapprochement avec le comte Hernequin a été très
vite battu en brèche, mais celui qui lie ce diable d'Hellequin avec
le personnage de comédie conserve tout son intérêt.
Paulin Pâris, dans un article qu'il a consacré
au à Fauvel, a lui aussi cherché à prouver
d'une manière très ingénieuse que la famille d'Arlequin
descend en droite ligne de cette mesnie ou bande hellequine
qui accompagne le chalivali. Mais, selon lui, c'est vers une autre
chanson
de geste, qu'il conviendrait de se tourner, celle de
Vivien d'Aliscans ,
du nom du fameux cimetière d'Eliscamps ou
Aleschans ax environs d'Arles.
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Il apparaît cependant
que la question des origines doive être renversée : ce sont
les traditions populaires qui sont à l'origine du nom et du thème
d'Hellequin, et qui ont migré ensuite dans la les oeuvres littéraires,
et non l'inverse.
On a ainsi cherché
l'étymologie du mot
Hellequin parfois
dans celui de roi des Aulnes (Erlekönig ),
et
plus souvent dans celui de Hell'sking, en allemand
'Helle könig, roi de l'enfer.
On en a fait le fils d'Héla (Hela-Kjon = l'engeance
d'Héla), Héla, reine des trépassés chez les
anciens Germains, qui elle aussi avait
le même nom que l'enfer. Son gosier toujours ouvert ne se remplissait
jamais. Héla, et les loups de la guerre aurait été
apportée en Normandie
par les Vikings. Puis, lorsque les hommes
du Nord de Hastings
devinrent les Normands de Rollon, ils auraient
injecté ce thème dans les traditions populaires, en même
temps que dans la littérature.
Plus récemment,
Claude Lecouteux (Chasses fantastiques et cohortes de la nuit au Moyen
âge, 1999), en rapprochant les textes d'Orderic
Vital (Histoire de Normandie, liv. VIII )
et de Gautier Map (De nugis curialum), a montré que l'on
pouvait voir l'origine d'Hellequin dans la légende de Herla, "roi
très ancien des Bretons". Le roi du peuple des morts s'invite aux
noces de Herla et lui propose en retour de se rendre aux siennes l'année
suivante. Aux termes du pacte ainsi conclu, Herla et ses guerriers rejoignent
le monde des ténèbres un an plus tard. Cette troupe pourra
revenir parmi les vivants, mais à condition de ne jamais descendre
de cheval. Elle est ainsi condamnée à une errance éternelle.
Simple armée de fantômes
dans un premier temps, les légendes feront plus de cette mesnie
d'Herla un troupe de chasseurs maudits.
Ce thème devient
aisni une déclinaison du cycle des
chasses
fantastiques que l'on rencontre un peu partout dans le folklore
de l'Europe .
La
Mesnie Hellequin.
Au Moyen-âge, on entendait par le
mot maignie, mesgnie ou mesnie , non seulement l'habitation,
la demeure, mais encore la famille, la suite et toute la domesticité
d'un seigneur, la maisonnée, en somme. Ce vocable vient de
la basse latinité mainagium , d'où on a fait en français
ménage,
et qui venait lui-même de mansio. Appliqué à
la légende d'Hellequin, sa mesnie
désigne
la troupe d'esprits fantastiques qu'il commande : des démons, ou
plutôt des incarnations de défunts, montés sur des
chevaux rapides, accompagnés de chiens hurlants, qui chevauchent
à travers les airs pendant les nuits d'orage en punition de leur
péchés.
C'est à la
fin du XIe s., en Normandie, que
l'on rencontre, pour la première fois une mention de la Mesnie
Herlequin, dans un passage d'Orderic Vital
:
"Certain
jour en en l'an de grâce mil nonante et unième, Gauchelin
de Normandie, prêtre pieux et dévot, vit fantassins et cavaliers
défiler par la route. Grande armée c'était, multitude
innombrable et moisit en désordre, portant accoutrements noirs et
pennons barrés de sable. Y avait croque-morts ayant chargé
cercueils sur leurs épaules. Y avait des Ethiopiens. Y avait des
nains hauts de sept empans, le chef gros comme muid ou barricel. Y avait
routiers et malandrins. Y avait moines et clercs, voire juges et abbés
et évêques. Y avait chevaliers en bel arroi, y avait dames
chevauchant haquenées. Et soufflait un vent fort et roide, lequel
vent soufflant ès-cottes, robes et manteaux, de leurs sièges
arrachait les nobles dames, les soulevait la hauteur d'une franche coudée,
puis cheoir les laissait en leur selle, laquelle hérissaient de
longs cirais au feu rougis. Et voyant icelle foule passer, Gauchelin le
prêtre s'émerveilla fort et s'écria - Hà!I ce
sont les gens à Herlequin!"
Orderic Vital utilise
l'expression de Familia Herlechinus; Pierre de Blois (Epistola
XIV), celle de Milites Herlinini, Gautier Map, utilise le mot d'Herlethingus.
D'autres variantes existente encore, et on retrouvera ensuite cette
troupe encore sous de nombreux noms de même consonnance (Chasse-annequin,
Hennequin, Mesgnie Hellequin, etc.). Parfois Hellequin est un
doublet d'Arthur ,
lui aussi supposé conduire une chasse fantastique.
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Hellequin,
le chasseur maudit. (Lettrine du chapitre
sur
les chasses fantastiques, dans la Normandie romanesque
et
merveilleuse d'Amélie Bosquet, 1845).
En Basse-Normandie ,
la chasse Annequin qui traversait l'air au milieu des cris aigus
et prolongés, était accompagnée de curés et
de nonnes qui, s'étant aimés sur terre
(d'autres disent un clerc et une nonne qui, ayant eu seulement l'un et
l'autre une pensée profane), étaient morts sans avoir fait
pénitence et ont été condamnés à courir
ainsi de toute éternité.. D'après les paysans
manceaux, la chasse Ankin est une réunion d'âmes en
peine qui reviennent voir leur ancienne demeure et réclamer des
prières. Au Moyen âge la
Mesnie Helquin était conduite par Satan
que suivaient des diables à cheval. Les paysans de Basse-Normandie
croyaient vers 1840 que la chasse Annequin allait chercher ceux
qui étaient sur le point de mourir.
On connaît en plusieurs régions
le moyen de se garantir des dangers ou des maléfices de la chasse
aérienne :
Dans les Vosges, si la Maisnieye Hennequin,
troupe de musiciens invisibles qui traverse les airs pendant les nuits
d'été, passe au-dessus de la tête de quelqu'un, alors
qu'il est en rase campagne, il doit se coucher à plat ventre et
faire le mort en appelant saint Fabien à son secours; autrement
il est étouffé ou écrasé, ou enlevé
par un tourbillon et transporté dans un pays inconnu, sans espoir
de retour. Si l'on est à sa fenêtre, il faut se hâter
de la fermer pour ne pas recevoir à la tête des morceaux de
bois, des cailloux, et jusqu'à des ossements volés dans les
cimetières. Quand la fenêtre est fermée, on peut regarder
impunément la Maisnieye.
Un curé de Basse-Normandie était
parti avant le jour avec son sacriste pour aller dire la messe à
la chapelle du château
de Crèvecoeur près de Courteilles (Orne), il entendit la
Chasse
Annequin, décrivit un cercle avec le bout de sa canne, la plaça
au milieu, invita son sacriste à y entrer avec lui, et s'écria
"Part à la chasse!". Aussitôt il tomba une grêle d'os
humains. Ayant ensuite fait la conjuration, il demanda aux esprits où
ils se rendaient et ils lui répondirent qu'en passant ils allaient
prendre l'âme d'une femme d'un village voisin qui avait forniqué
avec un prêtre. Le curé leur donna rendez-vous au même
lieu, une heure après, et ayant fait diligence, arriva au lieu désigné
où la Chasse Annequin l'attendait. Il demanda aux esprits
comment s'était passé leur voyage, et ils répondirent
qu'ils ne remportaient rien, parce que la Vierge Marie était arrivée
la première, et ajoutaient-ils, c'est à votre messe que la
mourante doit sa délivrance.
(P. Sébillot).
L'expression de Mesnie
Hellequin, christianisée, a pris au XIIIe
s. la signification de famille diabolique. Dès lors le nom
de Hellequin s'applique tout particulièrement à
un diable, mauvais conseiller. C'est le Diable,
qui sous le nom d'Hellequin, conduit le charivari dans Fauvel ,
comme on l'a dit. On retrouve aussi Hellequin,
au théâtre,
dans le Jeu de la Feuillée
d'Adam de la Halle, ou bien le roman d'aventures
de Robert le Diable
:
Ce fut le fils d'Héla que
Richard sans Peur, fils de Robert le Diable, duc de Normandie ,
rencontra chassant dans la forêt. L'ouvrage raconte qu'Hellequin
était un cavalier qui avait dépensé toute sa fortune
dans les guerres de Charles Martel contre
les Sarrasins païens. La guerre
finie, Hellequin et ses fils, n'ayant plus de quoi soutenir leur rang,
se jetèrent dans de mauvaises voies. Devenus de vrais bandits, ils
n'épargnaient rien; leurs victimes demandèrent vengeance
au ciel, et leurs cris furent entendus. Hellequin tomba malade et mourut;
ses péchés l'avaient mis en danger de damnation éternelle
: heureusement ses mérites, comme champion de la foi contre les
païens, lui servirent. Son bon ange plaida pour lui, et obtint qu'en
expiation de ses derniers crimes, la famille d'Hellequin errerait après
sa mort, gémissante et malheureuse, tantôt dans une forêt,
tantôt dans une autre, n'ayant d'autres distractions que la chasse
au sanglier, mais souvent poursuivie elle-même par une meute d'enfer;
punition qui durera jusqu'au jugement dernier.
A partir du XVIe,
la légende s'efface progressivement, et le mot Hellequin
disparaît de la langue courante pour se cantonner dons les dialectes
locaux où il vit encore. C'est ainsi qu'en Champagne ,
arlequin
aujourd'hui signifie un feu follet, et qu'en Normandie ,
hannequin s'applique à un enfant désagréable.
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Les
Menée
Hellequin,
dans le ciel des Vosges.
"Le
sagar, qui s'était approché à tâtons de la porte,
l'ouvrit pour voir au dehors, s'avança jusqu'au seuil et s'y arrêta
avec un cri.
- Qu'y
a-t-il? demandèrent en même temps Charlotte et Baptiste.
- La
menée d'Hellequin! la menée d'Hellequin! balbutia le paysan
qui se rejeta en arrière.
A ce
nom, qui sert pour désigner, dans les Vosges, la ronde volante des
démons et des sorcières, Charlotte se sentit froid jusqu'au
cœur; mais Baptiste courut rejoindre le scieur de planches dont la main
tremblante lui indiqua la gorge la plus élevée de la montagne.
Une
longue traînée noire flottait effectivement au-dessus et ondulait
autour d'un piton escarpé. La lune cachée entre les deux
nuages y jetait, par intervalles, de vacillantes lueurs qui semblaient
éclairer des formes fugitives. La menée se déroulait
en spirale dans le ciel, comme emportée par une danse diabolique;
çà et là se dessinaient des ombres grotesques ou menaçantes
dont la silhouette ne faisait que passer." (Le Magasin Pittoresque,
1853). |
Au moins dans un cas, le nom de Hellequin
est resté attaché à une chasse
fantastique. Entre Cornet et Châtel, dans les Ardennes, les traditions
populaires rapportent qu'on entendait autrefois, surtout quand l'orage
grondait et entre les coups de tonnerre, des chiens aboyer, des cors sonner,
une fanfare retentissante et des chasseurs crier : Taiaut! Voulait-on
fuir, une force invisible vous clouait sur place; et alors sortant du bois,
passaient comme une trombe, d'abord un millier de petits chiens blancs
ayant des grelots au cou et que suivaient une centaine d'énormes
molosses; apparaissaient ensuite, ceint d'une large ceinture rouge, un
hallequin
entouré de ses veneurs, les uns à pied, les autres à
cheval, et tous, chasseurs et chiens, à la poursuite d'un gibier
imaginaire, menaient un tapage infernal. Le ruisseau de Boulassa était
franchi d'un bond, puis la chasse traversait la rivière, les chiens
à la nage, les chasseurs comme s'ils eussent marché sur la
glace. Et quand la rivière avait été passée,
la vision disparaissait et le bruit s'éteignait. (PS
/ Pl / A19) |
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