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La Riva degli Schiavoni, à Venise
La Riva degli Schiavoni (Rive des Esclavons) est la plus belle entre les localités riantes de Venise; c'est l'esplanade la plus réjouissante qu'on puisse imaginer, grâce à l'incomparable panorama qui se déroule devant elle, à la vaste étendue de sa Lagune sillonnée d'innombrables embarcations de tout genre, gracieusement parée de ses îles environnantes, grâce à la majesté des palais jalonnant les rives du Grand Canal et grâce enfin à la superbe perspective du Lido. Son nom est dû à l'habitude qu'avaient d'atterrir sur cette rive les navires marchands provenant de l'Esclavonie (Dalmatie Méridionale).
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Venise : Riva dei Schiavoni.jpg
La Riva dei Schiavoni, à Venise.

A son origine, qui remonte au IXe siècle, sa largeur ne dépassait pas celle du pont de la Paille, mais en 1780 on en entreprit l'élargissement sur délibération du Sénat. L'exécution de ce travail fut conférée à l'architecte Temanza, qui en porta la largeur à la mesure actuelle. C'est sur cette rive que fut tué en 1172, à la suite d'un soulèvement du peuple, le doge Vital Michiel II et ici que mourut, frappé d'apoplexie, l'architecte Antoine Selva le 22 janvier 1879. C'est encore sur cette Riva que se dresse, dans l'espace compris entre le pont du Vin et le pont de la Piété, le monument voté par les Vénitiens en l'honneur de "Victor Emmanuel II, père de la patrie". Cette oeuvre est due au sculpteur Ferrari qui l'exécuta en 1887. La statue équestre en représente le roi au moment de livrer bataille. Deux groupes s'appuient sur la base du monument représentant l'un Venise opprimée (1848-1849), l'autre Venise délivrée (1866). Sur le piédestal il y a deux bas-reliefs qui représentent, celui de droite, l'Entrée de Victor Emmanuel à Venise en 1866; celui de gauche, la Bataille de Palestre le 31 Mai 1859. Le statues et les bas-reliefs sont en bronze; le piédestal et la base sont en granit.
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Le monument de Victor Emanuel II, sur la Riva dei Schiavoni.

Passé le pont de la Paille, on voit le palais des Prisons construit entre 1571 et 1597 par Antonio da Ponte en remplacement des Pozzi du Palais Ducal. La maçonnerie en est en pierre d'Istrie. L'édifice a l'air austère du côté qui donne sur le Canal, alors que la façade donnant sur la Riva degli Schiavoni paraît quelque peu élégante et a un joli portique au rez-de-chaussée. Cette partie du palais était réservée à l'habitation des six magistrats appelés : Signori di notte al Criminal.

En deçà du pont du Vin, on trouve Le Palais Dandolo, actuellement Hôtel Danieli, qui accueillit en leur temps Alfred de Musset et George Sand. C'est une construction merveilleuse du XIVe siècle, en style gothique, érigée par la famille Dandolo et qui passa ensuite par droit de succession aux Gritti, aux Mocenigo, aux Bernardo. Ce fut la demeure de doges, ambassadeurs, lettrés et hommes célèbres. Une partie du palais devint en 1822 la propriété de Joseph Dal Niel, appelé plus tard Danieli, qui y ouvrit l'hôtel actuel.
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Venise : hôtel danieli (palais Dandolo).
Venise : maison de Pétraque.
Le palais Dandolo (Hôtel Danieli).
 La maison dite de Pétrarque.

Tout près de là se trouvent aussi l'hôtel Savoia e Jolanda, à l'angle duquel un passage couvert donne accès au Campo San Zaccaria et à l'église San Zaccaria, où l'on voit murées des inscriptions lapidaires reproduisant des ordres des Illustrissimes et Excellentissimes Executeurs du Blasphème.

Revenus sur la Rive des Esclavons, on trouve l'hôtel Paganelli, l'hôtel Londra et la pension Wildner, à l'angle du Rio dei Greci; puis passant le pont de la Pitié, dénommé ainsi à cause de l'invocation à la Pitié qu'y faisait chaque jour Petit Pierre d'Assises, quand il y ouvrit l'hospice pour enfants trouvés et enfants abandonnés, on trouve l'église de la Pitié (les Eglises de Venise).
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Venise : église de la Pieta.
L'église de la Piéta (Santa Maria della Visitazione), entre les ponts de la Piété et du Sépucre.
Derrière, les clochers de San Giorgio dei Greci (à gauche)  et de Sant Antonino.
Tout au fond, les îles de San Michele (cimetière) et de Murano. 

En delà de l'église, passé la calle della Pietà et après avoir traversé le pont du Sépulcre, une inscription colloquée dans l'immeuble qui se trouve aux pieds du pont lui-même, rappelle que ce fut là la maison de Pétrarque; toutefois l'on croit que Pétrarque a habité plus probablement la maison qui fait l'angle de la calle del Dose, où s'élevait précisément le palais Molin dalle due Torri (Moulin aux deux tours). Nous trouvons un peu plus loin ce qui a été la caserne du Sépulcre, appelée ainsi, parce qu'il y avait là anciennement un monastère et une église avec un sépulcre identique à celui du Christ à Jérusalem. La belle porte, due à Vittoria, en fut construite aux frais du médecin et philologue Thomas Rangone, dont la statue et l'inscription afférente qui ornaient ladite porte furent transportées au Séminaire della Salute, quand en 1808 le couvent et l'église en question furent fermés.

En poursuivant notre promenade par la calle del Dose, nous arrivons à l'église de San Giovani in Bragora. Sur le campo où se trouve l'église susdite s'élève le palais Gritti du XVe siècle. On découvre sur la façade le blason de l'ancienne famille en question. On y remarque les traces des fresques dont elle était ornée.
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Venise : campo bandiera e Moro.
Le campo Bandiera e Moro. A droite, le palais Gritti.

Ce campo prend aussi le nom de Bandiera et Moro, en souvenir des deux frères Bandiera, qui y habitaient dans le Palais Soderini, et de Dominique Moro qu'avec d'autres compagnons le gouvernement Bourbon fit fusiller à Cosenza en 1844. Leurs dépouilles furent ramenées dans leur cité en 1867 et ensevelies dans l'église dei SS. Giovanni e Paolo.

En poursuivant vers San Pietro, on trouve près du pont de la Cà di Dio un ancien hospice appelé Institution de la Maison de Dieu (Hôtel-Dieu) et remontant au XVIe siècle; cet hospice servit d'abord d'asile aux pèlerins revenant de Terre Sainte, puis fut transformé et employé dès 1360 pour abriter les patriciennes ou citoyennes devenues pauvres.

De l'autre côté du pont, on remarque un palais gothique, l'ex-palais Gabrieli de nos jours Hôtel Sandwirth. Sur sa façade et sur sa belle margelle de puits, il porte sculpté le blason de l'ancienne famille en question. Plus loin on voit un édifice crénelé en briques, enclavé dans la muraille sur le côté le long de la Riva degli Schiavoni; il a deux portes, l'une gothique du XIVe siècle, l'autre en style baroque de 1596, qui est surmontée de blasons et d'inscriptions. Cet édifice servait anciennement comme fours; on y cuisait le pain pour les milices de la République.

Passé le pont de bois et en cheminant le long des Fondamentas, on aboutit à l'entrée de l'Arsenal (A. Scrocchi).
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La Riva dei Schiavoni entre le palais des Prisons et l'église de la Piété,
depuis le bassin de Saint-Marc. © Photos : Serge Jodra, 2012.
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Dictionnaire Villes et monuments
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