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Bastille.
- Au Moyen âge
on a désigné du nom de bastille, ou de bastide
- dans l'une des acceptions de ce mot, - une construction ayant pour objet
de renforcer un appareil de fortification, soit qu'elle fût isolée,
soit qu'elle fit partie intégrante de l'ensemble de la fortification,
comme on le verra plus bas. L'un et l'autre mot proviennent du radical
auquel appartient le verbe bâtir. Viollet-le-Duc
dans son Dictionnaire d'architecture, a montré par une longue
citation d'un texte de César (De bello
civili, lib. II, cap. VIII-XI) que la stratégie de l'Antiquité
employait les bastilles; il a même pris soin d'en restituer une par
le dessin, d'après la description si complète et si précise
que donne le général romain de ce système de défense.
L'éminent archéologue eut sans doute mieux fait de placer
cette savante dissertation sous le mot tour de son Dictionnaire,
car César ne désigne jamais autrement que par turris
la construction de bois, haute de trois étages, que les légionnaires
élevaient en une nuit au pied des murs de la ville assiégée.
Il est vrai qu'en réalité cette tour ne paraît avoir
été nullement différente des bastilles dont on se
servait au Moyen âge pour le même objet.
Les textes abondent à prouver que
ces dernières pouvaient être élevées en quelques
heures, soit par les assiégeants pour mieux atteindre de leurs projectiles
le sommet toujours très élevé des murailles, soit
par les assiégés pour empêcher l'ennemi de tenter l'assaut.
C'est ainsi qu'il faut voir de véritables bastilles dans ces châtelets
que Charles le Chauve fit construire en 877,
à l'extrémité des ponts de Paris ,
pour défendre la ville contre les attaques des Vikings
(Baluze, Capitul. n. 267); l'un d'eux,
réédifié plus tard et demeuré le Châtelet
par excellence, ne différait guère dans sa forme de la Bastille ,
qui elle aussi garda seule le nom donné à tous les édifices
analogues. Au reste nous trouvons bien des fois le mot bastille employé
de telle façon qu'il ne peut y avoir d'hésitation sur son
sens. Froissart, notamment, s'exprime ainsi
:
«
Et meit bastides sur les champs et sur les chemins, en telle manière
que nulles pourveances ne les vivres ne pouvoient venir dedans la ville
» (liv. I, ch. CXI).
De même, les bastilles que le comte
de Salisbury
avait fait bâtir autour d'Orléans
sont célèbres dans l'histoire du siège de cette ville
par les Anglais
( La Guerre de Cent Ans ),
en 1428-1429..
II y a des preuves également que
les remparts des villes étaient, souvent flanqués de tours,
rondes ou carrées, qu'on appelait bastilles, avoisinant les portes
de villes et parfois même les surmontant. Telles furent les bastilles
de l'enceinte de Paris
commencée par l'ordre d'Etienne Marcel
et achevée sous Charles V par Hugues
Aubriot. Chacune des principales entrées de la ville constituait
un bâtiment fortifié, élevé de plusieurs étages,
abritant les défenseurs de la place en cas de siège, et servant
de logis aux gardes de la porte pendant la paix. Les Grandes Chroniques
de France nous fournissent à cet égard de précieux
détails dans le récit de la mort d'Etienne Marcel. Le célèbre
prévôt avait, on le sait, tenté de livrer au roi de
Navarre, Charles le Mauvais, « la
bastide Saint-Denis ». Son projet ayant échoué sur
ce point, il se rendit à la bastide Saint Antoine » où
il trouva la mort. On ne doit pas oublier qu'à cette époque
(1358), la bastide ou bastille Saint-Antoine était exactement semblable
aux autres bastides de la fortification parisienne; ce n'est que douze
ans plus tard qu'on en fit une forteresse isolée, à laquelle
l'usage maintint le nom générique, malgré son peu
de précision dans l'espèce. (Fernand Bournon). |
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