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Les langues alta√Įques
Langues turques Langues sib√©ro-alta√Įques :
    Alta√Į : ou√Įgour, ouzbek, o√Įrote, djagata√Į, yougour occidental.
    Sib√©rie : yakoute, so√Įote, tatar de l'Ienisse√Į, chor, dolgan.

Langues oghouz : 
    turkm√®ne, az√©ri et turc.

Langues kiptchak :
    Aralo-caspiennes : kazakh, kirghiz, noga√Įque, karakalpak.

    Ponto-caspiennes : koumyk, karadja√Į, kara√Įm.

    Ouraliennes : tartar, bachkir.

Tchouvache.

Langue Hunnique.

Langues mongoles Khalkha :
    mongol, bouriate.

O√Įrat :
    kalmouk, darkhat.

Mongour :
    tu, pao-an, dongxiang, yougour oriental.

Dagour.

Langues toungouses Groupe septentrional.
    evenk, lamoute, negidal

Groupe méridional :

    Mandchou : mandchou, sibo, jou-jouen.

    Nana√Į : nana√Į, orok, ulch.

    Udihe : khor, orotch

Isolats  cor√©en, japonais et ryukyu, a√Įnou.
Les linguistes ont rang√© dans la famille des langues alta√Įques (compsante du groupe des langues ouralo-alta√Įques) une soixantaine de langues parl√©es par plus de 250 millions de personnes sur l'immense espace organis√© autour des steppes d'Asie centrale, et qui va en gros de la Turquie actuelle √† la Mandchourie (Nord-Est de la Chine). Cela repr√©sente trois groupes de langues, chacun assez homog√®ne, les langues turques, mongoles et toungouses, auxquelles on ajoutera - par commodit√© d'exposition plus que pour des raisons imp√©rieuses - des isolats tels que le japonais, l'a√Įnou ou le cor√©en. Les ressemblances entres les langues turques et mongoles sont largement redevables √† l'histoire commune des populations qui les parlent.   
Le turk

La famille des langues turques peut se diviser en quatre groupes principaux. 1¬į) Le premier rassemble les langues de l'Alta√Į (ou√Įgour et ouzbek, etc.), auxquelles ont adjoindra le yakoute, parl√© en Sib√©rie; 2¬į) le deuxi√®me, correspondant √† la portion sud-ouest de l'aire linguistique des langues turques, est compos√© des langues oghouz : azeri,  turkm√®ne et turc; 3¬į) le troisi√®me de ces groupes r√©unit des langues parl√©es entre l'Oural, la mer Caspienne et la mer d'Aral, groupe dit kiptchak, et lui-m√™me subdivis√© en deux sous-ensembles : le kazakh, le kirghiz et le noga√Įque, se rangent dans le premier sous-ensemble, et le tatar et le bachkir, dans le second. 4¬į) Enfin, la langue tchouvache forme avec ses dialectes le quatri√®me et dernier groupe. A quoi pourraient s'ajouter les langues turques mortes, parmi lesquelles l'√©nigmatique langue des Huns.

Les langues sib√©ro-alta√Įques.
On peut reconna√ģtre ici deux sous-ensembles. Le premier comporte autour de l'ouzbek et du ou√Įgour (ou√Įghour) des langues telles que l'o√Įrote (70 000 locuteurs), parl√© √† la fronti√®re de la Chine et de la Mongolie, le djagata√Į (au Turkm√©nistan), le yougour, etc. Le second sous ensemble, dont la plupart des locuteurs habitent en Russie, est repr√©sent√© par le yakoute, parl√© par pr√®s de 400 000 personnes (bassins de la Lena et de la Kolyma), par so√Įote (ou ouriankhi) pratiqu√© par 200 000 personnes, surtout en Russie et dans une moindre mesure en Mongolie, par le tatar de l'I√©niss√©i parl√© autour d'Abadan, au nord de l'Alta√Į, par 70 000 personnes, ou encore par des langues telles que le shor et le dolgan, aujourd'hui menac√©es d'extinction.

L'ouzbek est la plus parlée de toutes ces langues. Elle est pratiquée en Ouzbekistan et au nord de l'Afghanistan par plus de 18 millions de locuteurs au total. L'ouzbek d'Ouzbekhistan, influencé par la langue russe, se divise en trois dialectes (karlouk, oghouz et kipchak);celui d'Afghanistan est plus homogène, mais relativement chargé en mots iraniens, et assez distinct des dialectes septentrionaux pour que l'intercompréhension soit difficile.

L'ou√Įgour vient en seconde position, avec pr√®s de huit millions de locuteurs, vivant pour la plupart en Chine (mais avec une forte pr√©sence √©galement au Kzakhstan : 300 000 locuteurs) et une dizaine de dialectes. C'est de tous les idiomes turks le plus rude dans sa prononciation, le plus simple dans sa structure, le moins m√©lang√© d'√©l√©ments √©trangers. Il fut, le premier, fix√© par l'√©criture : son alphabet, apport√© dans le courant du Ve si√®cle par des moines nestoriens (Nestorius) venus de Chine, est d'origine syriaque; il se trace de droite √† gauche. 

L'inscription d'Orkhon - ladrintzef, a d√©couvert en 1889, sur les bords de l'Orkhon, au sud du lac Ba√Įkal, non loin de l'ancienne capitales des Ou√Įgours, Kara-Balgassoun, une st√®le en pierre contenant une inscription en triple texte, en caract√®res dits vieux-turcs (de type runique), ou√Įgours et chinois. Elle mentionne les khans ou√Įgours qui se sont succ√©d√© jusqu'en 805. Cette st√®le, qui  daterait de 825 √† 832, constitue alors le plus ancien monument dat√© sib√©rien; D'autres ont √©t√© d√©couvertes depuis. D'o√Ļ venaient ces caract√®res qui ressemblent beaucoup aux runes scandinaves et germaniques? Ils ont pu √™tre introduits en Sib√©rie ou par le Nord de la Russie, par la Permie et les monts Oural, au moyen d'une sorte d'infiltration naturelle, ou bien ils ont √©t√© import√©s en Asie par la Caspienne et la mer d'Aral, par les Huns et les divers peuples √©chelonn√©s le long du Danube, de la mer Noire, de la Volga, et qui, ayant appris l'√©criture √† la source m√™me, en Pannonie, se la seraient transmise de tribus √† tribus par un mouvement r√©gressif de l'Ouest √† l'Est. Cet √©v√©nement important de l'introduction de l'√©criture runique en Asie par le Sud-Ouest a tr√®s bien pu se produire vers la fin du Ve si√®cle, en sorte que les populations tartares de l'Asie, en dehors des Chinois, ont pu avoir une √©criture alphab√©tique emprunt√©e aux runes d'Europe et dont elles se sont servies pendant deux ou trois si√®cles, jusqu'√† l'introduction de l'alphabet ou√Įgour.
Les langues oghouz.
On range ici des langues, dont le nom se réfère au groupe de population turque qui a commencé à migrer à partir du Xe siècle vers le Sud et l'Ouest, et dont sont issues notamment les Seldjoukides et les Osmanlis. On distingue dans cette famille trois idiomes, eux-mêmes subdivisés en de nombreux dialectes : le turkmène, l'azéri et le turc moderne, héritier direct de l'osmanli, parlé par la classe dirigeante de l'empire ottoman, forme littéraire et la langue turque.

Le turkm√®ne ou turcoman est parl√© par 3,5 millions de locuteurs au Turkm√©nistan, et par deux autres millions en Iran. Plus de vingt dialectes sont r√©pertori√©s. 

L'az√©ri se divise pour sa par en deux groupes de dialectes assez distincts. Au nord (Azerba√Įdjan),  6 millions de personnes pratiquent l'azerba√Įdjanais, qui conna√ģt de tr√®s nombreuses variantes dialectales proches les unes des autres. Au sud, l'az√©ri proprement dit, est parl√© surtout en Iran, par 24 millions de personnes (soit plus du tiers de la poupulation du pays). On y distingue une douzaine de vari√©t√©s.

Le turc, dont le principal dialecte est l'anatolien, langue officielle de la Turquie, est parl√© par plus de 70 millions de personnes, en incluant ses diverses variantes. Parmi celles-ci figurent le gagaouz, ou turc des Balkans (Turquie et Mac√©doine), le  gagaouz de Moldavie, et le turc de Khora√ßan. Jusqu'en 1928, on a √©crit le turc √† l'aide de l'alphabet arabe, auquel il emprunte par ailleurs, ainsi qu'au persan, une partie de son vocabulaire. Depuis, la r√©forme d'Atat√ľrk, il s'√©crit avec les lettres de l'alphabet latin.

Les langues kiptchak
Ces langues sont parl√©s dans la r√©gion qui correspont √† l'ancien khanat du Kiptchak, c'est-√†-dire de la Horde d'Or.  Trois groupes peuvent √™tre d√©finis : l'aralo-caspien, le ponto-caspien, et l'ouralien.

l'aralo-caspien. - On r√©unit ici deux langues proches, le kazakh (parl√© par plus de 5 millions de personnes au Kazakhstan, et plus d'une million en Chine), et le kirghiz (ou kara-kirghiz) que pratiquent environ deux millions de locuteurs au Kirghizistan, auxquelles ils convient d'ajouter le noga√Įque, dont on d√©nombre 70 000 locuteurs au nord du Caucase, en Russie, ainsi que karakalpak, parl√© par 400 000 personnes en Ouzbekistan..

Le ponto-caspien.  Essentiellement repr√©sent√© par le koumyk, parl√© par 300 000 personnes au Daghestan (Russie) et  karadja√Į, qui compte 250 000 locuteurs, surtout en Russie et, secondairement en Arm√©nie. Appartient √©galement √† ce groupe le kara√Įm, dont on d√©nombre 20 000 locuteurs en Isra√ęl, originaires de Lituanie (o√Ļ cette langue est d√©sormais presque √©teinte).

L'ouralien. - Un groupe qui rassemble principalement le tartar, parl√© par 6 millions de personnes de la r√©gion de Kazan en Russie, et le bachkir, dont les locuteurs, au nombre d'un million environ, vivent dans la r√©gion proche d'Oufa, 

Le tchouvache.
La langue tchouvache, parl√© par les Tchouvaches de la Russie d'Europe (entre Moscou et la Volga),  a pr√®s de deux millions de locuteurs. Cette langue qui est la derni√®re survivante des dialectes parl√©s par les Bulgares de la Volga, et auxquels devait se rattacher aussi la langue de Khazars, contient plus d'un tiers de mots d'origine finnoise. Les substantifs, les pronoms, les noms de nombre, se d√©clinent, mais non pas les adjectifs. On forme le pluriel des substantifs en ajoutant zam ou sam au nominatif singulier et en le d√©clinant ainsi. Les pr√©positions se placent apr√®s leur r√©gime. La conjugaison a 3 temps √† l'indicatif; les autres modes n'ont qu'un temps. Il n'y a pas de passif. On transcrit le tchouvache √† l'aide de caract√®res cyrilliques.

Les langues mongoles

Cette famille comprend trois groupes principaux : les langues khalkas (dans lesquelles on range le mongol et le bouriate), les langues o√Įrates (kalmouk, darkhat) et les langues mongour, avec plusieurs langues parl√©es en Chine (tu, pao-an dongxiang, yougour oriental). On adjoint √† ces groupe le dagour, √©galement parl√© en Chine.

Les langues khalkha.
Ces langues forment le "noyau dur" de la famille. Il s'agit d'une part du mongol, qui peut lui-même se diviser en deux langues distinctes, le khalka, parlé en Mongolie, et le mongol périphérique, parlé en Chine, chacune ayant ses propres dialectes, et d'autre part du bouriate.

Le mongol. - Le mongol périphérique est parlé par plus de 3 millions de locuteurs principalement en Chine (Mongolie intérieure). Il s'écrit en caractères chinois, langue à laquelle il fait par ailleurs de nombreux emprunt. Le mongol khalka est, lui, parlé par près de deux millions et demi de personnes, qui constituent les neuf dixièmes de la population de la Mongolie. On le parle aussi en Russie et au Kirghizistan.

Le bouriate. -Le bouriate, proche du mongol, poss√®de une dizaine de dialectes. Il est principalement parl√© en Sib√©rie au Sud et √† l'Est du lac Ba√Įkal, par environ 300 000 personnes. On rencontre √©galement quelques dizaines de milliers de locuteurs en Chine (Mongolie int√©rieure) et autant en Mongolie. Influenc√©, soit par le russe, soit par le chinois, soit par le khalkha, selon le c√īt√© de la fronti√®re o√Ļ l'on se place, le bouriate abonde en articulations nasales et gutturales. C'est de toutes les langues de cette  famille celui qui a le plus alt√©r√© leurs radicaux communs.

Les langues o√Įrates.
Ces langues sont repr√©sent√©es par le kalmouk (appel√© ainsi en Russie) ou o√Įrat (nom chinois) et le darkhat.  Le kalmouk est parl√© par 200 000 personnes, principalement r√©parties en Russie entre le Don et la Volga. Plusieurs dialectes peuvent √™tre signal√©s :  torgout, o√Įrat proprement dit, etc. On √©crit le kalmouk avec des caract√®res particuliers, semblables √† l'√©criture mongole et d√©riv√©s du syriaque. Le darkhat, pour sa part, a aujourd'hui moins de 5000 locuteurs. Ils vivent au nord de la Mongolie. 

Les langues mongour.
Ces langues sont parl√©es en Chine. Il s'agit du dongxiang, du tu, du baonan et du yougour oriental. Le dongxiang, aussi connu sous le nom de santa est parl√© par pr√®s de 400 000 personnes. Plusieurs dialectes existent, mais il existe entre eux peu de diff√©rences. Le tu (ou mongour proprement dit) est pratiqu√© par 100 000 locuteurs. Plusieurs dialectes existent aussi, mais dans ce cas l'intercompr√©hension de l'un √† l'autre est difficile. Le baonan ou pao-an, dont les trois ou quatre dialectes ont subit l'influence soit du chinois, soit du tib√©tain, est parl√© par un peu plus de 10 000 locuteurs. Le yougour oriental, enfin, n'est plus parl√© que par 3000 personnes. 

Le dagour.
Le dagour ou daour est parlé par près de 100 000 personnes en Chine. Plusieurs dialectes existent. Certains semblent pouvoir faire le lien entre les langues mongoles et les langues toungouses.

Les langues toungouses

Les langues toungouses sont vives et saccad√©es. Bien qu'elles forment √† l'int√©rieur des langues alta√Įques un rameau bien distinct, c'est encore des langues mongoles qu'elles se rapprochent le plus. Langues auxquelles d'ailleurs, elles pourraient aussi se comparer pour la richesse des formes verbales, et qu'elles d√©passent par l'abondance des formes nominales. On peut les diviser en deux  groupes : le groupe septentrional, qui rassemble les langues evenk, lamoute et negidal; et le groupe m√©ridional, dans lequel on range les langues mandchoue, nana√Į et udihe, qui sont d'ailleurs plut√īt des ensembles linguistiques. On rangera ainsi dans le mandchou, la langue mandchoue proprement dite,  le sibo, et  la langue √©teinte des anciens jou-jouen. Le nana√Į (ou golde) se r√©unira pour sa part le nana√Į proprement dit, l'orok et l'ulch. Enfin, l'udihe rassemble la langue khor (udihe) et l'orotch.
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L'écriture des jou-jouen

La langue et l'√©criture jou-jouen (ou jou-tchen), dont la langue toungouse est l'h√©riti√®re, ont donn√© lieu  √† de nombreuses recherches d√®s le XIXe si√®cle.  Langl√®s (Alphabet mandchou, pp, 38-39, 3e √©d.) avait dress√© √† cette √©poque une liste des mots jou-jouen avec les mots mandchous correspondants et a prouv√© l'identit√© de ces deux langages; cette d√©monstration avait √©t√© faite aussi par A. Wylie dans sa pr√©face √† la traduction du Tsing wen ki mong. Les Mandchous se d√©claraient d'ailleurs eux-m√™mes les descendants des Kin (Jin). 

Quant à l'écriture, les Jou-jouen n'en avaient aucune avant que leurs chefs eussent pris le titre d'empereur. Agouta, en 1119, nomma une commission composée de Ouyé, Moulianho et Kouchen pour inventer une écriture tirée du chinois, sur le même principe que l'écriture khitane. En 1138, l'empereur Hi tsong proposa un système simplifié qui fut appelé les petits caractères jou-jouen, par opposition aux grands caractères jou-jouen qui étaient ceux d'Agouta; les petits caractères jou-jouen furent mis officiellement en usage à partir de 1145.

On poss√®de une inscription en petits caract√®res jou-jouen, c'est celle dite de Yenta√Į (Dev√©ria : Examen de la st√®le de Yen-tai, dans Revue de l'Extr√™me Orient, t. I, pp. 173-185). D'autres textes lapidaires ont √©galement √©t√© d√©couvert qui peuvent lui √™tre rapproch√©s. Ce sont en particulier l'inscription de Salican et une partie de l'inscription hexalingue de Kiu yang koan, mais ces deux textes n'ont rien de commun ni entre eux, restent bien diff√©rents de l'inscription de Yen-tai. 

La plupart de ces langues sont aujourd'hui menac√©es de disparition. La langue mandchoue, qui fut celle des empereurs de Chine n'est plus aujourd'hui parl√©e que par quelques dizaines de locuteurs d√©j√† √Ęg√©s. L'orok  (√ģle de Sakahaline) est lui aussi presque √©teint d√©sormais, tout comme le n√©gidal, l'orotch et le khor. L'ulch, √† peine mieux loti en nombre de locuteurs (moins de 500) n'est plus du tout parl√© par la jeune g√©n√©ration. La langue nana√Į est encore  connue par  5000 personnes, mais est menac√©e. M√™me chose pour le lamoute (ou even), fractionn√© en une quinzaine de dialectes (en y incluant le rameau orochon), qui n'est plus parl√© que par une petite dizaine de milliers de personnes en Sib√©rie orientale. Seules deux langues toungouses s'en tirent encore relativement bien : le sibo et l'evenk.

Le sibo, proche du Mandchou, est surtout parl√© en Chine (Xinjiang), et rassemble  pr√®s de 30 000 locuteurs, qui sont les descendants d'une garnisons install√©e dans la r√©gion √† l'√©poque au XVIIIe si√®cle. 

L'evenk est surtout parl√© en Chine (20 000 locuteurs), mais aussi en Russie (10 000 locouteurs) et, dans une moindre proportion, en Mongolie. Beaucoup de dialectes existent, surtout en Russie, o√Ļ les Evenk (appellation qui est devenue depuis le d√©but du XXe si√®cle que l'on donne √† toutes les populations de langues toungouses) occupent un tr√®s vaste  territoire. 

Les isolats

Le japonais et le cor√©en sont deux langues difficiles √† classer. Elles ont un lointain air de famille entre elles, et un air de famille encore plus lointain avec les langues turco-mongoles. On mentionnera par ailleurs deux autres langues parl√©es dans l'archipel nippon,  le ryuku (loutchouan) et l'a√Įnou (kourilien). La premi√®re est apparent√©e au japonais, la seconde pose de vrais probl√®mes de classification.

Le coréen.
Les habitants de la Cor√©e, qui ont longtemps relev√© de l'empire de la Chine, ont une langue diff√©rente du chinois, du mandchou et du japonais. Elle est parl√©e par environ 80 millions de personnes. C'est une langue agglutinative, avec une seule d√©clinaison, form√©e de neuf cas; le cor√©en para√ģt - si l'on accepte cette apparentement - se situer entre les langues alta√Įques proprement dites et le japonais, dont il serait alors un peu plus proche que des premi√®res. 

Le cor√©en, poss√®de six vari√©t√©s dialectales et  utilise √©criture d'un genre particulier, bien que compos√©e en apparence de caract√®res chinois.L'alphabet est compos√© de vingt-cinq lettres dont onze voyelles et quatorze consonnes; il y a sept voyelles simples a, √∂, o, ou, eu, i, a; et quatre mouill√©es, ia, i√ī, io, iou; il y a neuf consonnes simples, k, n, t, l, m, p, s, ng, ts, et cinq aspir√©es tch, kh, th, ph et h. Il n'y a pas de signe de ponctuation; les substantifs n'ont pas de genre; on marque les sexes par des noms diff√©rents, ou en les faisant pr√©c√©der, comme en anglais, par les appellations siou, m√Ęle, ou am, femelle; le pluriel de tous les mots se forme en ajoutant la terminaison teul; les noms de nombre n'ont des appellations que pour les unit√©s et les dizaines : 1, h√Ęna; 2, toul; 3, s√©t; 4, n√©t; 5, tas√Ęt; 6, i√īsat ; 7, ilkop ; 8, i√ītalp; 9, ahop; 10, i√īl; 11, i√īl-h√Ęna;12, i√īl-toul; etc. 20, seumoul; 30, siorheun; 40, maheun; 50, souin; 60, i√©sioun; 70, irheun; 80, i√īteun; 90, aheun. Il n'y a que deux pronoms personnels, na, je, moi, et n√ī, tu, toi. Il y a des verbes actifs et des verbes neutres, mais pas de verbes passifs. (Henri Cordier).

Le japonais.
La langue parl√©e au Japon, aussi appel√©e le yamato, est parl√©e par plus de 120 millions de personnes. Il s'agit d'une langue agglutinative, polysyllabique. Elle ne ressemble en rien au chinois, mais on l'a dit pourrait se rapprocher du cor√©en, et de mani√®re plus probl√©matique des langues alta√Įques proprement dites. Le japonais s'√©crit √† l'aide d'un syst√®me d'√©criture appel√© kana, dont il existe deux vari√©t√©s, le kata-kana et le hira-gana; le premier utilise des caract√®res anguleux, le second est une cursive

Le ryukyu ou loutchouan.
Le ryukyu est parfois consid√©r√© comm un dialecte japonais, plut√īt que comme une langue distincte, tant il en para√ģt proche. A y regarder de plus pr√®s; les diff√©rences sont suffisamment marqu√©es pour qu'on ait pu dire que les deux langues √©taient √† peu pr√®s dans le m√™me rapport que le fran√ßais et l'italien. On notera d'ailleurs qu'√† l'interieur m√™me du  ryu-kyu certains dialectes sont suffisamment diff√©rents les uns des autres pour rendre impossible toute intercompr√©hnsion. L'histoire des Loutchouans, c'est-√†-dire des habitants des √ģles Ryu-Kyu et des Japonais explique √† la fois la familiarit√© des deux langues et les raisons des divergences constat√©es.

Les Loutchouans seraient entr√©s dans l'archipel par le Nord, venant de Kyou shou et auparavant de la Cor√©e, tandis que les anc√™tres d'une partie des Japonais, venant aussi du continent, s'avan√ßaient vers l'Est et le Nord. Les √ģles se peupl√®rent peu √† peu, par vagues successives, √† mesure que de nouveaux immigrants poussaient les premiers; les annales japonaises et loutchouanes conservent la trace semi-l√©gendaire de plusieurs invasions de ce genre, et l'on peut consid√©rer l'annexion des √ģles du Nord √† la principaut√© de Satsouma (1610) comme un fait du m√™me ordre. 

Les Loutchouans trouv√®rent dans leurs √ģles une autre population (peut-√™tre des  A√Įnous); peut-√™tre s'√©tendirent-ils eux-m√™mes au del√† du groupe des Saki sima, jusqu'√† Ta√Įwan : les Hollandais au XVIIe si√®cle en auraient retrouv√© dans les montagnes de cette √ģle les descendants qui s'appelaient eux-m√™mes Lonkjous et qui √©taient entour√©s par les tribus malaises plus nombreuses et d'immigration plus r√©cente. 

Comme les Japonais, les Loutchouans intervertissent l'ordre des mots d'une phrase écrite en chinois pour le rendre conforme aux habitudes de leur propre langue. On trouve dans les districts ruraux d'Okinawa et dans le groupe des Saki-shima quelques traces d'un système d'écriture idéographique qui est d'invention indigène et qui n'a jamais pris de développement.

Le loutchouan n'a jamais eu de litt√©rature √©crite; les caract√®res chinois et les kana japonais sont employ√©s dans l'archipel; les noms propres et les titres indig√®nes sont souvent √©crits en caract√®res chinois et prononc√©s en loutchouan, par une sorte de traduction analogue √† celle qui est si fr√©quente dans la langue japonaise. Il existe cependant  une litt√©rature populaire non √©crite; des stances descriptives ou amoureuses (fr√©quemment trois vers de huit syllabes, suivis d'un vers de six syllabes) des drames lyriques comparables aux N√ī japonais et qui font encore les d√©lices de la population.

L'a√Įnou ou kourilien.
Les A√Įnous, qui sont d√©somais moins de vingt mille, vivant principalement au Japon (l'√ģle de Hokka√Įd√ī) et ne partiquant que le japonais, √©taient encore  il y a un si√®cle r√©pandus dans les √ģles Kouriles, dans la partie m√©ridionale de Sakhaline, dans l'√ģle de Shikotan (o√Ļ une partie de leur population avait √©t√© d√©port√©e en 1884 par les Japonais) et sur le continent asiatique, vers l'embouchure de l'Amour. Leur langue, dont on a pu d√©nombrer une vingtaine de dialectes aux diff√©rences tr√®s marqu√©es, n'est plus parl√©e - elle pourrait sans doute encore √™tre comprise par une dizaine de personnes seulement. Bien qu'on l'ait rang√© dans cette page aux c√īt√©s du japonais, auquel il a, il est vrai, emprunt√© une partie de son vocabulaire, l'a√Įnou offre √©galement plusieurs racines que l'on pense communes aux idiomes sib√©riens, pal√©o-asiatiques et m√™me ouraliens (samoy√®de notamment). Si l'on ajoute √† cela l'hypoth√®se actuelle selon laquelle les A√Įnous - dont la trace se perd vers le IXe s√®cle, √©poque √† laquelle ils √©taient une population guerri√®re du Nord de l'√ģle de Honsh√Ľ - auraient leur origine dans la p√©ninsule indo-malaise et se seraient tr√®s t√īt m√©lang√©s √† des √©l√©ments sib√©riens, on comprend que l'apparentement de leur langue √† une famille particuli√®re soit pratiquement illusoire. (H. Cordier/ Th√©venot / B.).

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