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Sainte Catherine d'Alexandrie

Sante Catherine est une vierge et martyre de l'Eglise catholique, supposément née à Alexandrie, et morte vers 307. Sa biographie est entièrement imaginaire.

Selon sa légende, cette très illustre sainte aurait été de sang royal. La nuit qui suivit son baptême, elle eut un songe en lequel la vierge Marie lui apparut tenant dans ses bras le petit enfant Jésus, merveilleusement beau. Et Jésus la chérit et la caressa; se la fiançant en la présence de sa très sainte mère, d'une multitude d'anges et des saints du ciel, il lui donna un anneau, comme à une vraie épouse. Catherine, s'étant éveillée, trouva l'anneau à son doigt. 

En ce temps-là, Maximin Daïa, qui gouvernait l'Egypte et la Syrie, publia un édit annonçant qu'il allait faire un grand sacrifice aux dieux pour les remercier de leur protection, et ordonnant à tous ses sujets, sous peine de mort, de venir témoigner la révérence qu'ils portaient aux grands dieux. Et le peuple accourut de tous pays à Alexandrie pour faire des sacrifices. Alors, Catherine, qui n'était âgée que de dix-huit ans, résolut d'aller vers l'empereur et de le reprendre du crime dans lequel il précipitait ce peuple aveuglé, le traînant avec lui en enfer. Maximin, précisément, célébrait le sacrifice annoncé, quand elle vint lui faire cette réprimande; il continua son sacrifice. Le sacrifice achevé, l'empereur fit conduire la jeune fille dans son palais et il lui demanda : 

- Qui es-tu? 

- Mon nom est Catherine, répondit-elle; mon ascendance royale est assez connue en cette ville. J'ai employé non temps à étudier la rhétorique; mais je ne me vante de rien, sinon d'être chrétienne et d'avoir pour mon époux Jésus-Christ, vrai dieu et vrai homme. 

Puis elle lui rendit raison de sa foi avec telles grâce, sagesse et éloquence que l'empereur, stupéfait de l'entendre si doctement parler, ne faisait que la regarder et admirer son incomparable beauté, sans pouvoir trouver un mot à lui répondre. Il la fit retenir en son palais et il assembla les plus savants de son empire pour disputer contre elle : cinquante grands rhéteurs et philosophes. Avant cette conférence, à laquelle toute la ville devait assister, un ange apparut à Catherine et lui dit : 
- Ne crains point; le Seigneur te donnera un savoir divin; tu confondras les cinquante philosophes. 
Et Catherine les confondit. Ils abjurèrent leurs erreurs et se déclarèrent chrétiens devant l'empereur, qui s'empressa de faire dresser un grand bûcher pour les brûler. Ils rendirent leurs âmes à Dieu au milieu des flammes; mais ils ne furent point brûlés. Quelques chrétiens, étant allés secrètetement recueillir leurs reliques, trouvèrent leurs corps entiers, le feu n'ayant ni consumé ni même atteint un seul de leurs cheveux.

Cependant, Maximin brûlait du désir d'obtenir l'abjuration de Catherine. Après avoir usé de tous les artifices, flatteries, promesses, menaces, il la livra aux bourreaux, qui la dépouillèrent de ses vêtements et déchirèrent, à coups de nerfs de boeuf, son corps plus blanc et plus poli que l'ivoire. Puis il la fit jeter dans une basse-fosse, défendant de lui donner aucune nourriture; mais le seigneur, son divin époux, lui envoya des anges pour la consoler et la guérir, et une colombe lui apportait de quoi vivre.
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Metsys : Sainte catherine.
Sainte Catherine, par Quentin Metsys (vers 1550, Vienne).

L'impératrice Faustine, ayant ouï dire merveilles de la beauté, du savoir et de la constance de Catherine, voulut la visiter en sa prison; elle y vint la nuit, accompagnée d'un capitaine nommé Porphyre et de deux cents soldats. Ils furent tous convertis par la sainte et tous se firent baptiser. Alors Jésus apparut à sa chère épouse pour la fortifier. Au bout de douze jours, Maximin, apprenant que Catherine n'était point morte de faim, fit construire une machine composée de quatre roues armées de rasoirs et de pointes de fer, pour mettre en pièces le corps de la martyre. Catherine y fut attachée, mais un ange brisa ses liens. L'instrument de supplice se rompit et, de ses débris impétueusement lancés, tua plusieurs païens accourus à ce spectacle. L'impératrice Faustine reprocha à l'empereur sa cruauté; mais celui-ci, apprenant qu'elle était devenue chrétienne, lui fit trancher la tête ainsi qu'au capitaine Porphyre et à ses deux cents soldats. Catherine elle-même fut décapitée, mais de son cou, il sortit des ruisseaux de lait, au lieu de sang. De peur que son corps ne fût profané par les bourreaux, des anges l'emportèrent et l'enterrèrent sur le mont Sinaï. On a vu sourdre de cet endroit une douce liqueur qui guérissait de toutes les maladies.

Nous avons cru devoir reproduire, en les empruntant aux narrations les plus pieuses, les principaux traits de la légende de sainte Catherine. Il est nécessaire de les connaître pour comprendre les images très nombreuses de l'art catholique qui s'y rapportent. D'autre part, en excluant de notre encyclopédie le commun des saints, légion presque innombrable, nous avons réservé aux saints renommés et aux saints typiques une place proportionnée à leur importance. Cela est indispensable à l'intelligence de l'histoire religieuse. Or il n'y a guère de saints qui soient plus révérés que sainte Catherine, ni dont la légende soit plus typique que la sienne. 

Après le nom de Marie, le nom de Catherine est celui qui, depuis le XIIIe siècle, est porté par le plus grand nombre de femmes chrétiennes  il a aussi servi de vocable à beaucoup d'églises, de monastères, et par suite, de paroisses et de rues. La fête de sainte Catherine a été longtemps, en France et en Angleterre, une fête chômée. Cette sainte, qui a un autel ou au moins une statue en la plupart des lieux de culte, est la patronne des étudiants, parce qu'elle a étudié la rhétorique; la patronne des professeurs et des philosophes, parce qu'elle en a confondu et converti cinquante; la patronne surtout des jeunes filles et des vierges de tout âge, parce que Jésus s'est fiancé à elle, en lui mettant un anneau au doigt. Ce fut elle, dit encore la légende, qui, avec sainte Marguerite, apparut à Jeanne d'Arc, lui annonçant que son roi recouvrerait le royaume de France, et qu'elles la mèneraient en paradis; et ce fut elle qui ensuite la conseilla et l'encouragea presque tous les jours. 

I il n'y a pas de légende de saint qui soit plus apocryphe que celle de sainte Catherine, ni qui montre d'une manière aussi caractéristique la part audacieuse que la fiction a prise en ces choses. Dans ses Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles (Paris, 1693-1712, 16 vol. in-4), le savant et pieux Tillemont écrit que, pas un seul des faits concernant sainte Catherine n'est certain (VII, p. 447); il ajoute que tous les matériaux de sa biographie sont sans valeur (VII, p. 761). La plupart des hagiographes catholiques sérieux, et Baronius lui-même, font, quoique avec plus de réticence, des aveux analogues. 

La plus ancienne mention sur cette sainte se trouve en Orient, dans un ouvrage du IXe siècle, le Ménologe de Basile ; elle y est désignée sous le nom de Hikathariné, probablement é Kathariné; Elle n'apparaît dans les martyrologes latins qu'au XIIIe siècle, les croisés ayant rapporté son culte en Europe (Baillet, Vie des saints, 25 novembre; Paris, 1701, 3 vol. in-fol.). C'est dans les Vies des saints de Siméon le Métaphraste, hagiographe de Constantinople, dont l'existence est diversement rapportée au Xe siècle ou au XIIe siècle, que se trouvent, longuement développés et circonstanciés, la plupart des détails de la légende que nous avons résumée. 

Transportée en Occident, elle y produisit un puissant effet; car, s'il est plus que douteux que Catherine d'Alexandrie ait jamais existé, il est incontestable que sa légende a engendré un grand nombre de saintes, notamment celles qui portent son nom. On retrouve dans l'histoire de chacune d'elles quelques-uns des traits attribués à leur patronne, reproduits par ferveur d'admiration et d'imitation.

Voici comment cette légende semble s'être formée. Au IXe siècle, les moines du mont Sinaï déterrèrent près de leur monastère le corps d'une femme. Naturellement, ils estimèrent que ce corps ne pouvait être que celui d'une martyre, les martyrs étant alors très dévotement révérés. Mais il s'agissait de lui trouver une place quelconque dans une histoire remontant au temps des persécutions et de lui donner un nom. Or Eusèbe, en son Histoire ecclésiastique (VIII, 14), fait mention d'une dame d'Alexandrie dont Maximin aurait voulu abuser et qu'il aurait exilée, parce qu'elle résistait à sa passion. On transforma ce récit , en changeant la peine d'exil en peine de mort et le refus de se livrer en refus d'abjurer; et l'identité du corps fut ainsi établie sur le témoignage fort métamorphosé d'Eusèbe. Cet historien n'avait pas indiqué le nom de la femme qui avait eu à souffrir de Maximin. On l'appela Kathariné, c.-à-d. la pure. On fait aussi venir son nom du mot syriaque kethar = couronne, qui lui auriait donné parce qu'elle remporta, dit Saint Jérôme, la triple couronne du martyre, de la virginité et de la science.

Si son corps se trouvait au mont Sinaï, c'est qu'il y avait été apporté par les anges. Sur ces données, il se produisit une légende où l'imagination en travail pieux mit tout ce qu'on ne pouvait trouver dans l'histoire qui, durant six siècles, avait complètement ignoré sainte Catherine; légende tellement merveilleuse que Siméon le Métaphraste lui-même n'en aurait accepté, dit-on, qu'une partie. 

Un ordre militaire de Sainte-Catherine fut institué en 1066, pour garder ses reliques au mont Sinaï et protéger les pèlerins qui venaient les visiter. Les membres de cet ordre suivaient la règle de saint Basile; ils étaient astreints, non au célibat, mais au voeu de chasteté conjugale. Ils portaient une croix faite à la façon d'une roue « percée de six raix de geule, cloés d'argent ». Cert ordre disparut lors de la conquête ottomane de l'Empire d'Orient. (E.-H. Vollet).

Coiffer sainte Catherine.
Coiffer sainte Catherine signifie ne pas se marier (en parlant des femmes). Cette locution proverbiale paraît dater du XVIe ou du XVIIIe siècle. Elle viendrait de ce que, dans certaines églises, se trouvait une statue de sainte Catherine, dont on renouvelait la coiffure au jour de sa fête, et de ce que l'on chargeait de ce soin les demoiselles de vingt-cinq à trente-cinq ans qui n'avaient pas pu, ou pas voulu se marier. On dit aujourd'hui qu'à vingt-cinq ans on place une première épingle à la coiffure de la sainte; à trente, une seconde; à trente-cinq, la coiffure est achevée.

Du XIIIe au XVe siècle, on trouve l'expression Porter la crosse de saint Nicolas, pour désigner le célibat des hommes.

Représentations de Catherine d'Alexandrie. 
Les artistes se sont plu à retracer l'image de sainte Catherine. Elle est souvent représentée debout, portant sur son front une couronne royale, tenant d'une main un livre, symbole de sa science, de l'autre une palme, symbole de son martyre. A côté d'elle, ou parfois sous ses pieds, est presque toujours une roux brisée, ce qui lui fait donner par le peuple italien le nom de sainte Catherine à la roue. 

Les tableaux les plus célèbres, qui nous la montrent ainsi, sont ceux de Hubert et de Jean van Eyck; le premier au musée de Vienne, le second au musée de Dresde ; de Bernardino Luini, à Munich et à Florence; de Paul Véronèse, à Florence. Dans le tableau de B. Luini, qui est à Munich, la sainte, représentée de face à mi-corps, accoudée sur la roue, instrument de son martyre, est richement costumée à la mode milanaise du XVIe siècle. Beaucoup de peintres ont représenté aussi sa discussion avec les philosophes, sa décapitation et l'enlèvement de son corps par les anges. Le Martyre de sainte Catherine d'Alexandrie, par Gaudenzio Ferrari, est au musée Brera, à Milan

Souvent l'image de sainte Catherine est placée aux pieds du trône de la Vierge et de l'enfant Jésus, comme, par exemple, dans une toile de Paul Véronèse, qui la montre présentant saint Benoît à l'enfant Jésus (musée du Louvre). Elle figure presque toujours dans les tableaux qui représentent l'assemblée des saints dans le ciel : on la reconnaît en particulier au premier rang des vierges, dans le couronnement de la sainte Vierge, de Fra Angelico (musée du Louvre).
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Memling : le mariage mystique de Sainte catherine.
Le Mariage mystique de Sainte Catherine, par Hans Memling (1480, New York).

Le Mariage mystique de sainte Catherine d'Alexandrie a été traité par Corrège, Alfani et Alexandre Véronèse. Ces  peintures sont au Louvre. Un tableau d'Alessandro Tiarini, à la pinacothèque de Bologne, d'autres de Pompeo Battoni, au Quirinal, de Scipione Pulzone, au palais Doria, a Rome, de Beltraffio, au musée de Turin, de Filippino Lippi, dans l'église de Saint-Dominique, à Bologne, reproduisent la même scène. Il faut citer encore le Giovanni Mianozzi du musée des Offices (Florence), l'Abraham van Diepenbeek, du musée de Berlin, le Lorenzo Lotto, du musée de Munich; au Belvédère, un Lucas Cranach, un Domenico Feti, un Paul Véronèse, un Mathieu Gondolach; un Procaccini, dans la galerie Lichtenstein, à Vienne, etc. Le Mariage mystique de Memling est considéré comme le chef-d'oeuvre de ce maître. (NLI).

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Dictionnaire biographique
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