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Yves Marie André.
- Jésuite ,
dit le père André, philosophe, 1675-1764. Il entra chez les
jésuites en 1693 et fut envoyé à Paris pour faire
sa théologie. Il étudia au collège de Clermont (devenu
ensuite Louis-le-Grand) et s'y voua à la philosophie.
Il connut Malebranche dont il devint l'ami.
Leur liaison continuée par correspondance ne cessa qu'à la
mort du grand oratorien, 1715.
Le père André était
un cartésien convaincu. Les Jésuites ,
fidèles à la tradition scolastique,
professaient avec Aristote que les sens sont
l'origine de nos idées; le P. André
soutenait, au contraire, avec Descartes, l'innéité
des idées nécessaires, conçues mais non créées
par l'entendement, reflet, dans la raison
humaine, de l'intelligence-infinie
de Dieu. Ses doctrines philosophiques lui attirèrent
d'abord la défaveur, et ensuite l'hostilité de la Compagnie.
Après avoir mené, pendant de longues années, une vie
errante, en qualité de régent et avoir fait quelquefois,
comme à Hesdin ,
des classes élémentaires, il fut enfin nommé professeur
de mathématiques au collège
de Caen,
1726. Il y resta jusqu'à sa mort, et continua à se livrer
à ses études préférées, les recherches
philosophiques.
Le P. André est surtout connu par
son Essai sur le beau, 1741, in-12, un des premiers traités
sur l'esthétique qui aient été
publiés en langue française, et un des meilleurs livres sur
ces matières avant celui de Baumgarten.
Il distingue entre le beau
absolu, le beau naturel,
le beau artificiel, trois ordres de beauté qui, dans sa pensée,
correspondent aux trois classes des idées
innées, des idées adventives et des idées factices,
admises par Descartes.
Le P. André a aussi composé
une série de discours, dont l'ensemble forme une sorte de traité
sur l'humain, quoiqu'il ne les ait jamais réunis sous ce titre.
Les sujets traités dans cette série sont les suivants : l'âme;
l'union de l'âme et du corps; la liberté; la nature des idées;
les idées sensibles; la nature et les merveilles
du raisonnement. Il établit une distinction
essentielle entre la matière et l'esprit
et explique l'action de l'âme sur le corps par l'assistance divine
:
«
D'où vient à des organes sourds, dont je ne connais ni les
ressorts ni le jeu, cette obéissance rapide qu'ils connaissent encore
moins? Et d'où, messieurs, peut-elle venir que d'une loi portée
dans le conseil du Créateur, pour nous associer avec lui au gouvernement
de notre corps? loi digne de son instituteur [...]. En un mot, nous avons,
si j'ose ainsi dire, sa toute-puissance à commandement pour n'être
pas obligés, dans des rencontres imprévues, de perdre en
délibération le temps destiné pour l'action. »
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