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Gélase Ier

Saint Gélase Ier est le 51e, pape. Il a été élu le 1er mars 492 et a succédé à , Félix I. Il est mort le 19 novembre 496. Fête le 21 novembre. A son avènement, les Ostrogoths étaient les maîtres de l'Italie : les liens politiques qui avaient attaché Rome à l'Empire se trouvant ainsi virtuellement anéantis, les évêques de Rome et les empereurs de Constantinople devaient être facilement amenés à se départir des ménagements mutuels qu'ils s'étaient imposés jusqu'alors. Le schisme qui sépara pendant trente--cinq ans l'Eglise latine de l'Eglise grecque durait déjà depuis sept années (Félix III). Aux propositions de réconciliation qui lui furent adressées de Constantinople, Gélase répondit par des exigences intransigeantes et par l'affirmation hautaine de la suprématie du siège de Rome, et de la nécessité pour toute l'Eglise de se soumettre à ses décisions : 
« En conséquence du pouvoir confié par Jésus-Christ à saint Pierre, le siège apostolique, non seulement est le premier de tous, mais il est indépendant des synodes et des canons. » (Lettre à Faustus). 

« Il n'est point chargé seulement de pourvoir à l'exécution des décrets des synodes, mais il communique à ces décrets leur pleine autorité. » (Lettre à l'empereur Anastase).

 De pareilles prétentions n'étaient guère propres à apaiser les esprits : quand Gélase mourut, le schisme continuait avec une ardeur entretenue chez les Orientaux par la nécessité de repousser les entreprises de Rome.

Si la doctrine de Gélase sur la juridiction souveraine du siège apostolique en matière spirituelle concorde, pour le fond et pour la forme, avec celle de Grégoire VII et d'Innocent III, ses déclarations sur les limitations réciproques de la puissance ecclésiastique et de la puissance séculière contredisent péremptoirement ces papes, et réprouvent toute confusion des deux puissances. Dans sa lettre à l'empereur, auquel il donnait le titre de fils du Christ, il écrivait que la juridiction civile et la juridiction ecclésiastique sont suprêmes, chacune dans sa sphère. 

En un de ses traités (Tomus de anathematis vinculo), il dit que, dans les temps anciens, Melchisédec fut prêtre et roi. Le démon a induit les empereurs à l'imiter et à assumer le pontificat suprême. Mais, continue-t-il, depuis que le christianisme a révélé la vérité au monde, l'union des deux pouvoirs a cessé d'être légitime. Le Christ, en considération de la fragilité humaine, les a séparés pour toujours, plaçant les empereurs sous la dépendance des pontifes, pour leur salut éternel; et les pontifes sous la dépendance des empereurs, pour l'administration des affaires temporelles. Il est intéressant de constater qu'à l'inverse, Innocent III a précisément cité l'exemple de Melchisédec comme préfigurant l'union de la puissance royale et de la puissance sacerdotale en la personne du pape. 

Sur d'autres points, qui font aujourd'hui partie du culte et du dogme de l'Eglise latine, les opinions émises par Gélase sont pareillement fort embarrassantes pour les théologiens catholiques. A propos des Manichéens, il écrivait : 

« Nous apprenons que quelques personnes prennent seulement la portion du corps sacré et qu'elles s'abstiennent de la coupe du sang sacré : qu'elles reçoivent le sacrement tout entier ou qu'elles en soient privées entièrement, car la division d'un même mystère ne peut se faire sans grand sacrilège. » 
Le Corpus juris canonici (p. I, dist. XV, C. 3) attribue à Gélase la promulgation d'un décret De Libris recipiendis et non recipiendis, qui aurait été adopté à Rome, en 496, par un concile composé de soixante-dix évêques. Gratien n'en a reproduit qu'une partie; elle contient, d'une part, l'énumération des écrits qui doivent faire autorité dans l'Eglise catholique, surtout ceux des conciles et des auteurs orthodoxes; d'autre part, la liste des synodes et des auteurs hérétiques ou suspects d'hérésie. Ce document, qui nous est parvenu dans des rédactions diverses, a été publié en son entier par Friedberg (Corpus juris canonici; Leipzig, 1879-1881, 2 vol. in-4). Certains manuscrits en font remonter l'origine à Damase, contemporain de saint Jérôme ; d'autres, descendre jusqu'à Hormisdas (514-523). On admet généralement aujourd'hui que les canons De Spiritu sancto, De Scriptura sacra, De Sedibus patriarchalibus sont de Damase; mais que les canons de Synodis oecumenicis et De Libris recipiendis sont de Gélase. En 520, Hormisdas aurait rassemblé ces deux parties, en y faisant quelques additions. 

Tommasi a publié en 1680 (Codices Sacramentorum; Rome, in-4) un Sacramentaire, divisé en plusieurs livres, dont le manuscrit, qui se trouvait dans la bibliothèque de la reine Christine de Suède, parait provenir de Saint-Denis et remonter à la fin du VIIe siècle. Tommasi et Bona supposaient que Gélase était l'auteur de ce sacramentaire; cette hypothèse a été réfutée par l'abbé Duchesne (Origine du culte chrétien; Paris, 1889, in-8). (E.-H. V.).

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