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Canaux, ponts, rues et places de Venise

Canaux et Rii. 
Les canali (canaux) et rii (pluriel de rio) donnent à Venise son cachet particulier et tiennent lieu de rues pour mettre en communication entre elles les îles nombreuses formant la ville; ils s'élèvent à près de 150. Les principaux parmi eux sont le Grand Canal, le canal de Cannaregio et celui de la Giudecca.

Le Grand Canal.
Le Grand canal que les Vénitiens appellent aussi Canalazzo est la principale voie de communication de Venise. Il mesure environ 4 km de longueur sur 62 m à peu près de largeur; il offre au regard de l'étranger un spectacle des plus attrayants et des plus enchanteurs que l'esprit humain puisse imaginer par la vue de ses superbes palais et édifices de marbre, dont il est flanqué et qui s'échelonnent sur tout son parcours comme les arbres aux bords d'une route. Il est sillonné sans trêve par des vaporetti, des gondoles, des barques de toutes dimensions et de toutes formes. Le trajet pour le parcourir tout entier dure environ une heure. C'est le long du Grand canal, qui partage la ville en deux parties inégales grâce à sa forme d'un S, qu'ab antiquo on a toujours célébré les fêtes et les régates les plus fastueusement célèbres que l'histoire connaisse, comme cela a lieu d'ailleurs encore de nos jours.
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Venise : le Grand Canal.
Le Grand canal et, ci-dessous, le canal de la Giudecca.
Venise : le canal de la Giudecca.

Le canal de la Giudecca.
Le canal de la Giudecca est formé par le lit de l'ancien fleuve Brenta; il a un parcours de 1660 m et sa largeur est en moyenne de 331 m. Là s'ancrent ou passent journellement des bateaux, des paquebots ou des embarcations de toutes formes, de toutes dimensions. 

C'est dans ce canal qu'on fête annuellement, le 3e dimanche de juillet, la fête en mémoire de la délivrance de la peste de 1537. En cette année-là, de nombreux citoyens cherchèrent leur salut devant le fléau contagieux eu se réfugiant par milliers sur des barques ancrées le long du canal même; en souvenir de ce fait on organise encore de nos jours une procession où intervient une délégation de la Municipalité; à l'occasion de la Fête du Rédempteur bien des gens ont coutume de célébrer cette date en errant toute la nuit par le canal sur des barques illuminées de lampions, aux sons d'une musique et au bruit des chants.

Autres canaux.
Il faut citer aussi le Canal de Scomenzera qui débouche sur la gauche du bassin de Santa Chiara et le canal de Cannaregio qui se trouve sur la droite du Grand Canal près de l'église de San Geremia (Les églises de Venise); ce canal s'appelle aussi canal de Mestre étant ordinairement sillonné par les bateaux qui se rendent à Mestre.

Il existe plusieurs rii qui ont été remblayé et qui sont devenus une rue, ainsi le rioterrà et celui qui suivait le tracé de l'actuelle rue Garibaldi, dans le quartier de l'Arsenal.
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Venise : rio Scoacamini.
Le rio Scoacamini (quartier de San Marco) et, ci-dessous, le rio dei Ognissanti (Dorsoduro).
Venise : rio dei Ognissanti.

Les ponts. 
Les ponts destinés à la traversée des canaux et des rii et servant à relier les différentes parties de la ville également par des voies de terre, s'élèvent en tout à 430; la majeure partie d'entre eux sont en pierre et de construction antique; ceux des temps modernes sont en fer ou en bois (pont de l'Accademia). Parmi les ponts les plus remarquables, soit pour leur antiquité, soit pour leur architecture, nous citerons particulièrement :

Le pont du Rialto.
Le pont du Rialto, dont la construction primitive remonte à 1180. C'est le plus utile de tous, parce qu'en traversant le Grand Canal en son beau milieu, il sert à unir les deux points les plus animés de la ville, Ce pont qui était à son origine en bois, fut construit en pierre d'Istrie entre 1588 et 1591 par l'architecte Giovani da Ponte sur l'ordre du  doge Pascal Cicogna, Il mesure 48 m de longueur sur 22 de largeur; il n'a qu'une arche en marbre de 27,60 m de corde et de 7 m de hauteur. Dans les deux corps de bâtiment latéraux il y a 12 boutiques de chaque côté. Dans les espaces pleins surmontés de chapiteaux avec statues, on lit les inscriptions en marbre rappelant la date de son inauguration. Ce pont est très fréquenté à toutes les heures de la journée.
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Le pont du Rialto, sur le Grand canal.

Le pont des Soupirs.
Le pont des Soupirs, dont la construction remonte vers la fin du XIIe siècle; il n'a pas de mérite architectural spécial, mais il mérite d'être signalé a cause du service lugubre, auquel il était destiné anciennement et qui n'a pas peu excité l'imagination des romanciers et des poètes. Ce pont était destiné à relier moyennant un passage couvert le Palais Ducal et les prisons. C'est par ce pont que passaient les prisonniers pour se présenter devant le terrible tribunal du Conseil des Dix ou devant les autres inexorables tribunaux de la République de Venise. L'ouvrage commencé par Antonio da Ponte fut continuée et menée à bout après sa mort par Antonio Contino.
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Venise : le pont des Soupirs.
Le Pont des Soupirs. Il enjambe le canal de la Paille (rio della Paglia) entre le palais des
Doges (à gauche) et les Prisons Nouvelles (Prigioni Nuove). 

Le pont des Coups de poing et le pont de Diedo.
Le pont des coups de poing et celui de Diedo, appelé anciennement pont de la Guerre, l'un près de San Barnaba, l'autre à Santa Fosca remémorent tous deux les luttes qui s'y passaient entre les Nicolotti et les Castellani. Primitivement ils n'avaient pas de parapets, afin que les combattants pussent se jeter réciproquement et plus facilement dans l'eau; à leurs angles ils conservent encore des signes en marbre, qui ont la forme de semelles de souliers; ces signes servaient à indiquer la place d'où les joueurs ou lutteurs devaient s'élancer les uns contre les autres.

Le pont des flèches.
Le pont des flèches ainsi appelé à cause de ses quatre flèches à ses côtés; comme tous les autres il était anciennement en bois; en 1580 il fut reconstruit en pierre par le prote Marchesin Marchesini.
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Venise : pont sur le rio della Paglia.
Ponts sur le rio della Paglia. Ci-dessous, le pont des Scalzi et le pont de l'Accademia.
Venise : le pont des Scalzi.
Venise : pont de l'accademia.

Trois-ponts et anciens ponts de barques.
Avant de clore ce sujet, on mentionnera aussi la construction très originale et élégante qu'est le pont en maçonnerie en forme de T et connu sous le nom de Trois-Ponts aux Tolentini (quartier de santa Croce), parce qu'il repose sur l'intersection de trois canaux entre eux.

Depuis les temps les plus reculés, à l'occasion de fêtes sacrées, on jetait à travers le Grand Canal et celui de Giudecca des ponts faits au moyen de barques, par où passaient les cortèges pompeux du doge et des membres de la Seigneurie ainsi que des chapitres ecclésiastiques. De nos jours on construit de pareils ponts à la Fête du Rédempteur susmentionnée, laquelle a lieu le 3e dimanche de juillet; à celle du 21 novembre à l'église de Santa Maria della Salute pour accomplir le voeu fait par le Sénat en 1630 et le jour de Saint Antoine (le 13 juin) à la suite d'un autre voeu datant du 29 février 1631. On fait usage des ponts de barques aussi à l'occasion de la fête annuelle de la Toussaint et pour la commémoration des Défunts, en vue de faciliter, en ce dernier cas, l'affluence extraordinaire de la population se rendant visiter le cimetière monumental qui se trouve à l'île Saint-Michel (San Michele).
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Venise : pont de la Paille.
Le pont de la Paille.
Le pont de la Paille.
Le pont de Paille (ponte della paglia) s'appelle ainsi parce qu'anciennement les barques chargées de paille s'y arrêtaient et y station. naient; il se trouve sur le quai des Esclavons (Riva degli Schiavoni) près du Palais Ducal; il a de la valeur par son élégance et sa vétusté.

Fondements.
Les fondamenta (fondations) sont les rues tracées le long des canaux et celles qui côtoient un canal principal prennent le nom de Rives, comme par exemple la Rive des Esclavons (Riva dei Schiavoni), la Rive du Charbon, etc.

On suppose qu'elles tirent leur nom de fondements des travaux de fondation qu'il a fallu faire pour les amener au-dessus du niveau de l'eau Ces mêmes rues prirent aussi généralement le nom des plus importantes familles qui y habitaient; elles forment une des principales caractéristiques de Venise et sont en outre des lieux de promenade riants. Les principaux fondamentas sont ceux des Zattere et les Fondamenta Nuove.
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Venise : fondamenta Zattere ai Gesuiti.
Les fondamenta Zattere ai Gesuiti, le long du canal de la Giudecca (quartier de Dorsoduro). 
Ci-dessous, la fondamenta Garzoti, le long du rio Marin (quartier de Santa Croce) 
et, à droite, la fondamenta dell'Osmarin, le long du rio di San Provolo (quartier de Castello).
Venise : rio Marin et fondamenta Garzoti.
Venise : rio di San Provolo et fondamenta dell'Osmarin.

Calli.
Les calli (pluriel le calle) sont des ruelles ou pour mieux dire d'étroits et sinueux sentiers enclos par les murs de deux maisons, la viabilité publique étant jadis très négligée à Venise, vu l'emploi presque exclusif des canaux, dont on se servait alors pour les communications.

Selon leur largeur ces rues se distinguent en calle larga, calle stretta ou callesella. Si en plus d'être large, la ruelle est aussi flanquée de boutiques, elle prend le nom de ruga; on l'appellait autrefois salizzada, quand elle était pavée. Le bout de chemin qui servait anciennement d'accès aux ambassadeurs de la République ou même comme promenade publique, portait le nom de lista. Dans ces endroits ou liste, les malfaiteurs bénéficiaient de l'immunité au même degré que dans les églises.

Les calli conservent les noms que la tradition nous a transmis et, sur les plus importantes, on trouve indiqués le sestiere (quartier) et la paroisse.

Il y a quelques rues qui au lieu de la dénomination générique de calle prennent celle de l'industrie ou du commerce spécial qu'on y exerçait; c'est ainsi que nous trouvons la spadaria, frezzeria, etc., comme étant les endroits où l'on fabriquait les épées, les flèches. Merceria est la rue situé au coeur de la ville, celle qui offre la plus grande animation parce qu'elle est dotée de magasins de tous genres où sont exposées les marchandises (merci) de toute espèce. Erberia est le lieu où l'on tient le marché des légumes. Naranzeria la localité où l'on vend des fruits et des produits agricoles. Pescheria la halle aux poissons.

Campi, Campielli (petites places) et Cours. 
Les campi (ou places) sont les espaces de terrain qui s'étendent devant les églises; quand cet espace est restreint, il prend le nom de campielli. Dans le cas cependant où cet espace est clos, c'est-à-dire lorsqu'il n'a d'autre issue que l'entrée, il s'appelle cour (corte).

Ces campi s'élèvent en tout à 127, ils ont presque tous pour caractéristique spéciale un puits d'eau dont la margelle de puits en marbre est ornée de jolis travaux en relief. Ces margelles s'appellent vere da pozzi ou puteali; on en trouve de précieuses çà et là dans toute la ville; d'autres sont collectionnées au musée Correr. Quelques-uns d'entre ces campi conservent des piliers en marbre avec des inscriptions, des statuettes ou des armoiries; ces piliers étaient destinés à supporter des antennes portant les oriflammes de communautés religieuses et autres.
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Venise : campo Santa Margherita.
Le campo Santa Margherita. 
Ci-dessous, les campi Bandiera e Moro et San Zanipolo, avec leur puits.
Venise : le Campo Bandiera e Moro et son puits.
Venise : le Campo San Zanipolo et son puits.

Certains campi encore sont rehaussés au-dessus du niveau de la rue; sans doute qu'ils servaient dans les temps reculés comme lieux de réunion, de fêtes, places de marché, etc.; et aussi pour l'ensevelissement des morts.

Au XVe siècle on commença à paver en pierre les campi en question; le pavage en fut achevé le siècle suivant. Les campi tirent leur nom des églises qui y sont élevées; c'est ainsi que nous avons le campo di San Paolo, di Santa Agnese, di San Andrea, di Santa Margherita, di San Angelo, di San Bartolomeo, della Carità, di San Faustino, di San Fosca, il campo di Marte et d'autres moins importants.

Passages couverts.
Les passages couverts (Sottoportici) sont des voies construites sous des arcades servant à mettre en communication une calle avec l'autre ou une maison avec une calle, une cour, etc. 
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Le sottoportico sous la tour de l'Horloge : il relie la place Saint-Marc aux Mercerie.
© Photos : Serge Jodra, 2012.

En tout les voies de communication, soit calli, soit fondamenta, soit cours, soit impasses s'élèvent à 2486.

Rues modernes. 
Pour subvenir aux exigences de la vie moderne, on a ouvert des neuves rues afin de rendre les communications plus brèves et plus commodes. La première rue neuve a été celle qui conduit aux jardins publics et qui s'appelle Via Garibaldi, l'autre créée en 1872 est la Via Vittorio Emanuele qui sert à unir toute la Ville au quartier de Cannaregio et à la gare ferroviaire Santa Lucia; la troisième est la rue du XXII Mars inauguré le même jour de l'année 1881; elle va du pont de San Moisè presque jusqu'au ponte delle Ostreghe à Santa Maria Zobenigo.

Places
Par le nom de place on n'entendait autrefois que l'espace libre devant la Basilique de Saint Marc connu sous le nom de Piazza San Marco ainsi que la Petite Place (Piazzetta) homonyme. On y a ajouté un temps la Place Manin (redevenu de nos jours campo), où s'élève le monument en l'honneur de cet homme politique vénitien (Daniele Manin). (A. Scrocchi).

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Dictionnaire Villes et monuments
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