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Le São Francisco
Le São Francisco est un grand fleuve de l'Amérique du Sud, dans le Brésil central et oriental, dans les Etats de Minas Gerais, de Bahia, de Sergipe, et, dans le bas du cours, par la rive gauche seulement, dans ceux de Pernambuco et d'Alagõas. Ce vocable de saint n'a rien d'étonnant, étant données l'époque de la découverte et la nationalité des découvreurs, les Portugais : ils arrivèrent à l'embouchure du fleuve le jour de la Saint-François (1501), et l'appelèrent d'après ce saint. Les Indiens le nommaient tout simplement Para, c.-à-d. l'Eau, la Grande Eau, la Mer. Et c'est bien une grande eau qui ne le cède, en Amérique méridionale, qu'à l'Amazone, à la Plata, à l'Orénoque.

Deux grandes rivières le forment, qui sont le São Francisco et le rio des Velhas : celui-ci moins long, dans un moindre bassin, et moins abondant, mais aussi plus naturellement navigable, plus facile à améliorer, dans une vallée plus peuplée. Toutes deux ont leurs cours dans le Minas Gerais. Le São Francisco part de 750 m environ d'altitude, du versant Nord de la serra des Vertentes, monts et plateaux dont le penchant contraire s'incline vers le Paranà (d'où ce nom de serra dos Vertentes ou chaîne des Versants). Ses origines sont à 430 km environ à vol d'oiseau au Nord-Ouest de Rio de Janeiro, à 360 au Nord de São Paulo

Pendant la première partie de son cours, la rivière est impraticable, à chaque instant brisée d'écueils, coupée de rapides, de chutes au bout desquels, en bas de la double (et basse) cascade de Pirapora, elle ne coule plus qu'à 442 m au-dessus du niveau de la mer. A 35 km en aval de cette dernière dénivellation brusque, par 432 m, elle arrive à la rencontre (à droite), après un voyage de 800 km, du rio des Veihas. Celui-ci, rivière des Vieilles, la Guaicuhy ou Goimihy des Indiens, plus court d'une centaine de km, roule deux fois moins d'eau, si l'on admet les volumes attribués par Liais aux deux courants : 446 m. c. en étiage pour le São Francisco, 209 pour le rio das Velhas (96 seulement, d'après de Macedo). Quoi qu'il en soit, le rio dos Velhas a son principe à 260 km au Nord, un peu à l'Ouest de Rio de Janeiro, sur un faîte de 858 m, et il baigne Ouro Preto, l'ancienne capitale du Minas Gerais, Morro Velho, Sabara, Santa Luzia.

São Francisco supérieur et rio das Velhas ont pour horizon, le premier le Nord-Nord-Est, le second le Nord très légèrement Ouest; leur résultante coule d'abord au Nord, puis au Nord-Est, puis au Nord-Nord-Est, en une contrée de campos de grande fécondité où il se déroule avec calme et majesté, profond, bien navigable, ayant jusqu'à 1800 m entre rives; il hume des rios de 200, 300, 400 km de long, même 500, développement minimum du Paracatu, tributaire de gauche. Il coule devant São Francisco, Januaria, Carinhana, où, ayant cessé d'appartenir au Minas Gerais, il serpente dans le Bahia. Puis, à Barra do Rio Grande, lui arrive à gauche le Rio Grande, aussi long que le Paracatu, mais de peu d'abondance, car, en quittant l'Etat des Mineiros pour celui des Bahianos, on passe du Brésil pluvieux au Brésil peu humide, qui, plus au Nord, devient même le Brésil des longues et terribles sécheresses.

Après 1500 km d'allure tranquille depuis le ressaut de Pirapora, le São Francisco  accentue sa direction Nord-Est  et s'élargit, un peu en aval de Xique-Xique, pour former un grand lac de retenue, créé par le barrage de de Sobradinho. Puis, c'est en aval des villes de Petrolina et de Juazeiro, qu'il entreprend de descendre du plateau dans la zone littorale par 300 km de « ratchs » séparés par des « planiols », pour nous servir ici de deux expressions que les riverains du grand canyon du Tarn ont données à la langue française et qui ont aujourd'hui droit de cité en géographie. Donc, de rapides en gours ou dormants, en amont et en aval de la ville de Gabrobo, il arrive au brusque saut de Paulo Afonso, l'une des plus belles cascades du monde, et, comme le grand voyageur Burton l'a dit, le roi des rapides. Elle vaut bien, par sa rare originalité, par sa magnificence, d'être décrite en détail. Laissons la parole au savant Liais, qui fut si expert en « science » brésilienne :

« C'est à 300 km seulement de la mer, et quand le São Francisco arrive à cette admirable chute, il a déjà reçu tous ses grands affluents et parcouru 2600 km. Le fleuve a donc réuni la presque totalité de ses eaux quand il s'élance à travers la petite chaîne granitique qui semblait vouloir arrêter sa marche. Resserré entre deux immenses murailles de pierre, il coule d'abord en torrent et sur un fond dont la déclivité accroît la vitesse, puis tout à coup il se précipite en trois chutes consécutives dont la hauteur réunie est de 84 m. La dernière de ces chutes, la plus grande des trois, n'a pas moins de 60 m d'altitude. Il résulte de ce resserrement du lit du São Francisco que la cascade de Paulo Afonso, quoique comparable à celle du Niagara par la hauteur et le volume des eaux, offre un spectacle très différent. Dans le Niagara, en effet, la disposition des lieux fait que les eaux s'étalent au lieu de se resserrer dans un étroit passage, de sorte que la nappe blanche d'écume possède une grande largeur; mais, par compensation, on n'y voit pas les phénomènes particuliers qui dans le São Francisco résultent de la concentration d'une force vive considérable, resserrée dans un étroit canal. Vue à distance, la cascade de Niagara l'emporte donc en magnificence sur celle de Paulo Afonso, mais de près l'avantage est pour le São Francisco, dont les eaux furieuses se relèvent avec plus de violence et forment une série d'immenses vagues chargées d'écume. L'effet de ces grandes vagues, d'où sort, comme de la chute elle-même, une gigantesque colonne de vapeur, ajoute à la splendeur du spectacle, et la force expansive de l'air que les eaux, dans cet étroit canal, entraînent et compriment au pied de la chute, produit une sorte d'ouragan dont la puissance contribue à accroître l'extension de cette immense poussière aqueuse. La compression de l'air à la surface des eaux après la chute est telle qu'une pierre lancée avec la plus grande force ne peut résister au vent résultant, de sorte que sa vitesse est anéantie après un parcours de 6 à 7 m. Cette particularité a répandu, parmi les habitants des environs, l'opinion que le lieu de la cascade est enchanté.  »
Ce qu'il y a de vraiment prodigieux dans la cascade de Paulo Afonso, c'est que le fleuve, très large à quelque distance en amont, « dans un tel dédale d'îles, d'îlots, d'écueils et de pierres isolées que, pendant la saison des eaux basses, un sauteur hardi pourrait s'élancer de roche en roche, et finalement passer d'une rive à l'autre », le fleuve, disons-nous, concentre ici presque toute sa masse eu un chenal de 16 mètres seulement de largeur. 

Après les grandes chutes de Paulo Afonso, le São Francisco reste encore pendant quelques kilomètres resserré entre des roches granitiques, taillées à pic sur ses rives et parfois même en surplomb. Dans cet intervalle se produisent encore plusieurs petites chutes. Sur quelques points, le lit est creusé dans le roc à une profondeur considérable, et le niveau des rives surpasse de 80 m. celui des eaux. Coulant avec impétuosité dans l'étroit canal qu'il s'est ouvert, le fleuve continue d'être complètement innavigable jusqu'à son confluent avec la petite rivière da Ortiga. Mais, à partir de ce dernier point, au tableau spectaculaire qui s'était offert jusqu'ici entre les escarpements de pierre, succède un spectacle tout différent. Les rives s'abaissent, le lit prend une largeur considérable, et les eaux, devenues tranquilles, forment une immense nappe au-dessus de laquelle surgissent une multitude de petites îles, couvertes, comme les bords du fleuve, de la plus riche végétation. A partir de ce point, éloigné de la mer de 225 km, le São Francisco ne cesse plus d'être navigable jusqu'à l'Océan Atlantique.

C'est à l'altitude de 174 m que le São Francisco commence son « plongeon », c'est à 18 m qu'il s'apaise tout à fait, à Piranhas. Il passe devant Pão de Assucar, Propria, Penedo et finit dans l'Atlantique, par deux embouchures « entre des plages ombragées d'anacardiums, de manguiers, de cocotiers », par-dessus une barre de moins de 3 m à mer basse. L'embouchure est à 360 km au Nord-Est de Bahia, à peu près par 10° 30' de latitude Sud. On estime son cours à 3160 km, son bassin à 632.000 km², soit la France augmentée de près d'un cinquième, son étiage à 1000 m. c. par seconde, ses eaux ordinaires à 2800. (O. R.).



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