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Edison

Thomas Alva Edison est un électricien et inventeur américain, né  le 11 février 1847 à Milan (État de l'Ohio, États-Unis), mort le 18 octobre 1931 à Orange (New Jersey), à l'âge de 84 ans. Parmi ses très nombreuses inventions, on peut d'abord mentionner le microtéléphone (1877), qui permit de rendre pratique le téléphone de BeIl; quelques mois après, le phonographe, appareil dont Charles Cros avait certe eu l'idée, mais qu'il restait à mettre au point, puis, à partir de 1878, la lampe à incandescence qui porte son nom, et repose sur l'effet découvert par Joule, et selon lequel un conducteur est échauffé par le passage d'un courant électrique. Ce fut sa plus grande invention, peut-être, mais aussi le plus difficile : elle aura coûté près de deux ans d'un travail acharné à Thomas Edison et à ses collaborateurs. 
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Thomas Edison.
Thomas Edison (1847-1931).

L'histoire de la première moitié de la vie de Thomas Edison semble un de ces contes intitulés : «-L'odyssée d'un petit savant ». Son père, de grands parents hollandais, avait été sans succès tailleur, potier, pépiniériste, grénetier, et exerçait en dernier lieu à Port Huron (Michigan), où il s'était établi en 1854, la modeste profession de brocanteur. C'est dans une humble arrière-boutique que Thomas reçut de sa mère, ancienne institutrice, des notions fort rudimentaires de calcul, de littérature et de dessin. Sa vive et curieuse intelligence lui faisait, il est vrai, dévorer avidement de la première à la dernière ligne tous les livres d'histoire et de science que le hasard mettait à sa disposition; mais ces lectures, entreprises sans méthode et poursuivies sans but, lui profitaient médiocrement, et lorsque, en 1859, son père, incapable de le nourrir plus longtemps, le fit embaucher comme train-boy (homme d'équipe) sur le Grand Trunk Railway of Canada and Central Michigan, le futur geôlier de la parole (qui ne devait jamais fréquenter une école) possédait une instruclion très ordinaire pour un garçon de douze ans. Il partit avec quelques dollars en poche. 

Le propriétaire du buffet lui ouvrit un petit crédit, et il s'occupa, entre les stations, de colporter d'un bout à l'autre du train des journaux, des pâtisseries, des sirops et des cigares. En moins d'un an, il gagna à ce commerce plusieurs une bonne petite somme, qu'il fut fier de remettre à ses parents. Il s'était d'ailleurs bientôt adjoint deux ou trois gamins, « ses commis », qu'il chargeait de placer la marchandise, tandis que lui-même, enfermé dans le fourgon, pouvait s'adonner sans trêve à sa passion pour la lecture. Un jour qu'à Détroit, pendant un arrêt, il vit vendre un vieux matériel d'imprimerie, il l'acheta, se mit en rapport avec une agence de renseignements, qui lui promit des télégrammes de station en station, et fonda The Grand Trunk Railroad Herald, devenu ensuite The Weekly Herald, journal d'informations et de réclames rédigé, composé, tiré et plié par lui seul pendant la marche du train et vendu aux voyageurs, au numéro d'abord, puis par abonnement (8 cents par mois!). Les nouvelles en étaient on ne peut plus fraîches, le succès fut grand et le Times en parla alors avec éloges. Thomas n'avait pas treize ans! 

Vers le même temps, une traduction du Traité d'analyse qualitative de Fresenius lui ayant inspiré le goût de la chimie, il installa, toujours dans son fourgon, une espèce de petit laboratoire. Malheureusement, un flacon de phosphore renversé mit un jour le feu au plancher, et le chef de train, furieux, fit passer par dessus bord cornues, produits chimiques, presse, livres, et administra une correction au jeune préparateur. Enhardi par son premier succès de presse, Thomas créa alors à Port Huron une nouvelle feuille plus sédentaire, qui justifiait son titre de Paul Pry (Paul l'indiscret) par toutes sortes de critiques et de révélations plus ou moins diffamatoires. Un des malmenés se fâcha, saisit par le fond de la culotte le rédacteur en chef de quatorze ans et le jeta dans le bassin du port. Notre héros savait nager. 

Mais ces mésaventures le dégoûtèrent du métier de journaliste aussi bien que de celui de train-boy. Il avait tâté de beaucoup d'autres, de celui de cordonnier par exemple; ce fut cependant une circonstance fortuite qui lui ouvrit sa véritable voie. Un chef de gare, dont il avait courageusement sauvé le baby au péril de sa propre vie, lui avait enseigné pendant des arrêts du train la manoeuvre et le vocabulaire du télégraphe. Il s'était souvent ingénié depuis à improviser divers petits appareils électriques et, comme il avait fini par acquérir à ces amusements d'assez sérieuses connaissances en mécanique et en physique, il pensa à en tirer parti et obtint facilement une place dans les bureaux du télégraphe de Port Huron (1862).

Habile opérateur, il fut un détestable employé. Toujours occupé à des travaux étrangers, jamais à son poste, il se vit imposer, pour assurer sa présence, la transmission du mot « six » toutes les demi-heures. Il imagina aussitôt un appareil à déclenchement accomplissant automatiquement cette tâche. C'était en 1864. La même année, il conçut et indiqua un moyen pratique pour faire passer simultanément deux dépêches télégraphiques en sens inverses sur le même fil (télégraphe duplex); on ne connaissait pas encore les récents essais des physiciens allemands et suédois, et on haussa les épaules. 

On l'avait successivement envoyé à Stratford, à Adrian, à Indianapolis, à Cincinnati, à Memphis. Dans cette dernière ville, il voulut établir une communication télégraphique entre deux trains en marche; ayant mal pris ses dispositions, il occasionna une rencontre. Cette fois, on le remercia tout à fait (1868). Il se rendit alors à Boston, où diverses sociétés et fabriques l'employèrent. Il y poursuivit d'importantes recherches sur les appareils vibratoires et y ouvrit, en 1869, un premier atelier pour la réalisation de ses inventions, qui fut en même temps la première entreprise d'électricité des États-Unis. Ce sera un échec. 

En 1870, il vint à New York. Des études et des expériences très dispendieuses et assez peu heureuses l'avaient réduit au dénuement le plus complet; mais il ne tarda pas à être attaché, en qualité d'ingénieur électricien, d'abord à la Laws Gold Reporting Co., agence télégraphique financière dont il avait habilement et prestement réparé un indicateur automatique du cours des valeurs, puis à la Gold and Stock Co. et à la Western Union Telegraph. Co. Sa fortune était faite. 

Ces deux dernières sociétés, qui lui avaient acheté dès le premier jour, moyennant une rente annuelle de 6000 dollars, le droit d'appliquer son système duplex, lui assurèrent en commun, outre un fixe considérable, l'acquisition, à des prix déterminés par arbitre, du plus grand nombre de ses inventions. Elles lui firent d'autre part construire à Newark, près de New York, un atelier qu'il dirigea pendant six années et où il occupa jusqu'à trois cents ouvriers.
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Edison et son phonographe.
Edison et son phonographe (1878).

Il le quitta en 1876, pour pouvoir consacrer plus de temps aux recherches et à l'étude, et fonda, 35 km plus au Sud, à Orange (New Jersey), sur la ligne de Pennsylvanie, le laboratoire devenu historique de Menlo Park, où, secondé par un nombreux et savant état-major de chimistes, de physiciens, de mécaniciens et de mathématiciens, il devait réaliser coup sur coup tant de découvertes. Le bâtiment avait son rez-de-chaussée occupé par les machines, les bureaux et la bibliothèque le premier étage était pris tout entier par le cabinet de travail du maître. Il y a quelques années , ce local étant devenu insuffisant, il a élevé à peu de distance un nouvel établissement formant, avec ses deux mille ouvriers, une grande cité industrielle.

Lui-même habite non loin de là le coquet chalet de Leweln qui, construit presque entièrement en bois, n'est somptueux que pour le pays et où, naturellement, tout marche à l'électricité. D'autres usines lui appartiennent encore en pleine propriété ou pour partie : à Newdjeasin, à New York, à Brooklyn, à Philadelphie, à Chicago, etc. En 1886, l'Edison Electric Illuminating Co. possédait, aux Etats-Unis seuls, près de 150 stations centrales et alimentait plus de 125,000 lampes. La Compagnie continentale Edison, société fondée à Paris en 1881, a eu, d'autre part, le monopole de l'exploitation en Europe de ses brevets relatifs à l'éclairage électrique; son capital, de 3,500,000 F d'abord, a été porté à 10 millions de francs en 1889, et elle possèdait entre autres, les ateliers de fabrication d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), les usines du faubourg Montmartre, de l'avenue Trudaine et du Palais-Royal à Paris. 

Bien qu'il dépense sans compter pour ses recherches et ses expériences, l'ancien camelot du Grand Trunk Railroad atteignit une fortune personnelle de plusieurs millions de dollars. Il eut cinq enfants de deux mariages : il s'était marié d'abord en 1873, à une de ses ouvrières de Newark; puis en 1887, à la fille d'un riche négociant de l'Ohio, miss Miller d'Akron. 

De haute taille, les épaules larges, le visage pâle et imberbe, les cheveux blonds et longs, l'oeil bleu et profond, l'air un peu distrait, grand conteur et musicien passionné, le « sorcier de Menlo Park », comme l'ont appelé ses compatriotes, se montrait aussi modeste qu'affable. Les Parisiens lui ont fait une chaleureuse réception lors de sa visite à l'Exposition universelle de 1889.

Telles sont, rapidement esquissées, les plus notables étapes de la vie romanesque de cet homme extraordinaire qui, parti de la plus humble origine et grandi dans les conditions les plus défavorables, finira par exciter la curiosité et l'étonnement du monde entier autant par le caractère merveilleux que par la multiplicité de ses inventions. Il en compte des centaines et au total, la société fondée par Thomas Edison déposera 1600 brevets.
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Ampoule d'Edison.
Une ampoule 
à incandescence d'Edison.

Certaines inventions de Thomas Edison ne constituent à la vérité que des perfectionnements; mais d'autres, absolument originales, lui sont exclusivement personnelles. Nous nous contenterons de citer :

Un répétiteur automatique (1863); le télégraphe duplex (1864), dont la priorité d'invention semble revenir à Gintl (1853), mais qu'il a imaginé de son côté et considérablement amélioré; la plume électrique; le télégraphe quadruplex, qui est une combinaison des systèmes duplex et diplex et qu'il a réalisé pratiquement en 1874; le phonoplex ou way-duplex; un télégraphe automatique, qu'à la demande du gouvernement anglais il vint, en 1873, expérimenter avec un plein succès entre Londres et Liverpool; un appareil typo-télégraphique, qui figurait à l'exposition d'électricité de Paris de 1881; le téléphone à courant électrique ou micro-téléphone (1877), qui constituait un progrès capital sur la téléphone, jusque-là sans utilité pratique, de Graham Bell : il avait d'abord simplement adapté à ce dernier son transmetteur à pastille de charbon, puis il en avait remplacé le récepteur lui-même par son nouvel électromotographe; le phonographe, «-la plus remarquable, la plus incontestable et la moins contestée de ses inventions », qui date de 1877, mais qui n'a reçu sa dernière forme qu'en 1888, et dont la combinaison avec le transmetteur à charbon et l'électromotographe a donné naissance à la téléphonographie; le relais à pression; le mégaphone (1878); l'aérophone (1878); un rhéostat à charbon; l'harmonie engine; une encre à impressions multiples; le phonomètre; le microtasimètre, thermoscope d'une très grande sensibilité; le « compteur de courant » galvanoplastique, enregistrant la consommation d'électricité au moyen d'un dépôt de cuivre; le voltmètre sonore; la subdivision de la lumière électrique, réalisée pour la première fois dans son usine centrale d'électricité de New York dont les plans figuraient à l'exposition de Paris de 1881; la lampe électrique incandescente, dont il n'a pas imaginé le principe, mais qu'il a rendue pratiquement utilisable en produisant un vide plus parfait par la substitution de la pompe de Sprengel à la machine pneumatique et en obtenant, par l'emploi de filaments de bambou du Japon carbonisés, des fils susceptibles de brûler huit cents heures; une machine dynamo-électrique à courant continu d'une grande puissance (celles de l'usine de New York pouvaient alimenter chacune 1200 lampes); un séparateur magnétique du minerai de fer à fonctionnement continu et automatique; la poupée ou baby phonographique, dont le corps en étain renfermait un phonographe rudimentaire et minuscule et qui pouvait réciter de petits contes, chanter, etc.; une machine dynamo-pyromagnétique pour la production directe de l'électricité par le combustible; le dictaphone, la batterie fer-nickel, le papier paraffiné.
Edison a travaillé aussi à  la sonorisation du cinéma par la synchronisation des images avec les sons du gramophone, à un bateau-volant et à l'achèvement d'un « téléphote » devant permettre la vision  à la distance de plusieurs kilomètres d'une personne soustraite aux regards directs. Il travailla en outre sur la cristallographie et les rayons X, à  méthodes nouvelles pour la fabrication du ciment et pour la production du caoutchouc synthétique, etc.

Il a envisagé également le moyen d'emmagasiner l'énergie développée par le mouvement des vagues de la mer et à transporter à Buffalo, à l'aide d'un câble immergé, l'énergie développée par une habile utilisation des chutes du Niagara. Partisan de l'emploi exclusif de courants continus pour les distributions souterraines d'électricité dans les villes, il a, dans plusieurs articles de revues, exprimé la conviction que les courants alternatifs à haute tension ainsi canalisés présentent les plus graves dangers pour la sécurité publique. Villiers de l'Isle-Adam a fait d'Edison le principal personnage d'un de ses romans : l'Ève future. (Léon Sagnet).

Thomas Edison.
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Dictionnaire biographique
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