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Quetzalcoatl

Quetzalcoatl ou Quetzalcohuatl (= Serpent à plumes, de coatl = serpent, et quetzalli = plume verte), dans la mythologie Aztèque, il est serpent, puis homme, et lié intialement au culte de Tlaloc. Ce sera le dieu de la connaissance, du savoir, protecteur de l’humanité. Associé à la planète Vénus (étoile du matin, lanceuse de flèches), on lui reconnaissait également une action malfaisante.

Le mythe.
Quetzalcoatl régnait d'abord sur les Toltèques, peuple d'Anahuac, chez lesquels il fit régner l'âge d'or. Alors tous les animaux, les humains même, vivaient en paix; la terre produisait sans culture les plus riches moissons; le maïs était si gros qu'un seul épi suffisait pour faire une charge; les calebasses étaient de la taille d'un homme, et il était inutile de teindre le coton, parce qu'il croissait naturellement de toutes couleurs; l'air était rempli d'une multitude d'oiseaux admirables par la mélodie de leur chant et l'éclat de leur plumage. Tout le monde vivait dans l'abondance, et Quetzalcoatl était si riche qu'il avait des palais d'or et d'argent. Il était aussi très habile, et passait pour avoir inventé l'art de fondre les métaux et de tailler les pierres précieuses. Il possédait de plus une grande sagesse, comme il le montra par sa conduite et par les lois qu'il avait données aux humains. On raconte que, quand il voulait promulguer une loi, il ordonnait à un homme de monter sur le Tzatzitepec (montagne des cris), et que de là on entendait sa voix à la distance de plus de 100 km.

Le dieu Tezcatlipoca, soit jalousie de la prospérité qui régnait chez les Toltèques, soit désir d'en faire jouir les autres peuples, crut que le meilleur moyen était de chasser Quetzalcoatl du pays qu'il avait régénéré. Ayant appris qu'il était malade, il prit la forme d'un vieillard, et annonça qu'il lui apportait un moyen de guérison. Admis en sa présence, il lui obit un breuvage qui, en le rendant immortel, devait lui inspirer le goût des voyages, et lui annonça que c'était la volonté des dieux qu'il visitât le royaume de Huehue-Tlapallan, d'où la nation toltèque tirait son origine. A peine Quetzalcoatl l'eut-il goûté, qu'il se sentit une nouvelle vigueur, et éprouva un violent désir de se rendre au but de sa mission; mais avant de se mettre en route, il détruisit tous ses palais, changea les arbres fruitiers en plantes sauvages, et ordonna à tous des oiseaux chanteurs de l'accompagner pour le divertir pendant la route.

Quetzalcoatl se dirigea vers Cholula. S'étant trouvé fatigué pendant la route, il s'appuya contre un rocher, et l'on montrait encore, du temps des Espagnols, la marque de sa main qui y était restée imprimée. Quand il fut arrivé à Cholula, il céda aux instances des habitants; qui lui offrirent les rênes du gouvernement. Il s'y fit aimer par sa douceur et son amour pour la paix, et leur enseigna l'art de fondre les métaux; il ordonna les grands jeûnes de 80 jours, régla les intercalations de l'année toltèque, et ne voulut pas qu'on fit d'autres offrandes à la divinité que les prémices des moissons. Après avoir passé 20 ans à Cholula, Quetzalcoatl se remit en route, emmenant avec lui quatre de ses principaux disciples. Mais quand il fut arrivé à l'embouchure de la rivière de Coatzacoalco, il leur ordonna de retourner à Cholula, et d'annoncer aux Cholulains qu'il reviendrait dans quelque temps pour les gouverner et renouveler leur bonheur. Par respect pour sa mémoire, les habitants choisirent pour chefs de leur république les disciples de Quetzalcoatl, et ce furent eux qui devinrent les chefs des quatre familles qui restèrent à la tête des affaires jusqu'à l'arrivée des Espagnols.

On n'est pas d'accord sur le reste de l'histoire de Quetzalcoatl : les uns disent qu'il disparut sur les bords de la mer; d'autres, qu'il se rendit au Yucatan, où il est connu sous le nom de Cuculcan; d'autres enfin, que des serpents enlacés lui formèrent un radeau, et le transportèrent dans le royaume de Tlapallan.

Le malheureux Montézuma crut reconnaître dans les compagnons d'armes de Cortez les descendants de ce saint législateur.

« Nous savons par nos livres, dit-il au général espagnol, que moi et tous ceux qui habitent ce pays ne sommes pas indigènes, mais que nous sommes des étrangers venus de très loin. Nous savons aussi que le chef qui conduisit nos ancêtres retourna pour quelque temps dans sa première patrie, et qu'il revint ici pour chercher ceux qui s'y étaient établis; il les trouva mariés avec les femmes de cette terre, ayant une postérité nombreuse, et vivant dans les villes qu'ils avaient construites : les nôtres ne voulurent pas obéir à leur ancien maître, et il s'en retourna seul. Nous avons toujours cru que ses descendants viendraient un jour prendre possession de ce pays. Considérant que vous venez de cette partie où naît le soleil, et que, comme vous me l'assurez, vous nous connaissez depuis longtemps, je ne puis douter que le roi qui vous envoie ne soit notre maître naturel. »
Cette histoire de Quetzalcoatl a beaucoup occupé les auteurs qui ont écrit sur l'ancien Mexique. On a cherché autrefois à lui appliquer un filtre évhémériste. Toutes ces idées sont dépassées. Elles ne faisaient qu'ajouter une couche mythique supplémentaire au mythe. Mieux vaut se contenter de voir en lui une création mythologique à étudier avec les outils actuels de l'anthropologie religieuse.

Culte.
Quoi qu'il en soit, Quetzalcoatl avait à Cholula un temple fort élevé. qui était l'objet d'un pèlerinage célèbre. Sa statue était environnée de tas d'or et d'argent, de plumes rares et de marchandises d'un grand prix; ce qui le fit prendre par les Espagnols pour le dieu du commerce. Sa taille était celle d'un homme, avec une tête d'oiseau qui avait le bec rouge, et sur ce bec une crête et des verrues, avec plusieurs rangées de dents et la langue pendante en dehors. Sa tête était couverte d'une espèce de mitre terminée en pointe, et sa main était armée d'une faux. Il avait les jambes ornées de diverses sortes de bijoux d'or et d'argent. Quetzalcoatl avait aussi à Mexicodes temples de forme ronde, et dont la porte ressemblait à la gueule ouverte d'un serpent. 

Les marchands célébraient en son honneur une fête annuelle. Quarante jours auparavant, ils achetaient un captif de belle taille et le paraient des habits de l'idole. Durant l'intervalle, ils s'attachaient soigneusement à le purifier, en le lavant deux fois chaque jour dans l'étang du temple. Il était traité avec toutes sortes d'honneurs et de délicatesse. La nuit on le tenait enfermé dans une cage; et pendant le jour, on le conduisait par la ville, avec accompagnement de chants et de danses. Neuf jours avant le sacrifice, deux prêtres venaient lui annoncer son sort. Il devait répondre qu'il l'acceptait avec soumission. S'il s'en affligeait, son chagrin passait pour un mauvais augure, et les prêtres pratiquaient diverses cérémonies, par lesquelles on supposait que ses dispositions étaient changées. Le sacrifice avait lieu à minuit, et le coeur du captif était offert à la lune. On portait le corps chez le principal marchand, où il était rôti et préparé, avec divers assaisonnements.

Les convives dansaient en attendant le festin. Après avoir mangé leur part de cet horrible mets, ils allaient saluer la statue du dieu au lever du soleil; et continuant leurs réjouissances pendant le reste du jour, ils se déguisaient sous diverses formes; les uns représentaient des oiseaux, des papillons, des grenouilles, des guêpes et d'autres insectes; les autres simulaient des boiteux, des manchots, des estropiés. Ils faisaient des récits agréables de leurs accidents ou de leurs métamorphoses, et la fête se terminait par des danses. (A. Bertrand).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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