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Ocellus de Lucanie

Ocellus de Lucanie. - Pythagoricien du Ve siècle avant notre ère, contemporain et disciple direct du fondateur de l'école. Alors que la personne de Pythagore est enveloppée dans un brouillard de légendes, il faut s'attendre à ce que ses élèves ne nous soient guère mieux connus et à ce que leurs noms patronnent des oeuvres bien suspectes. Ocellus le Lucanien est un de ceux qui offrent le moins de jour à la vérité historique. Les seuls renseignements sur sa vie nous sont fournis par Diogène Laërce dans deux lettres que celui-ci rapporte et qui auraient été échangées entre Platon et le pythagoricien Archytas. Platon y répondait à Archytas en lui accusant réception de quatre traités d'Ocellus et il ajoutait à l'expression de sa reconnaissance quelques indications biographiques sur l'auteur de ces écrits. Ces indications n'offrent, par malheur, qu'un intérêt bien problématique, étant donné que les deux lettres qui les renferment ont un caractère évidemment apocryphe.

Des quatre pseudo-traités énumérés par Diogène, il en est un, sans doute, que nous possédons : De la Genèse du monde (que d'autres écrivains désignent différemment; Philon : De l'lmmorlalité du monde; Stobée : De la Nature de l'Univers, etc.). Cet écrit, composé avec une certaine élégance, n'est nullement méprisable. Nous y trouvons proclamée cette thèse familière à la philosophie grecque, que l'univers est inengendré et qu'il est impérissable. 

« Nous ne le voyons ni naître, ni s'améliorer ou s'agrandir, ni se corrompre ou s'amoindrir; mais bien il garde à jamais la même condition et il demeure à jamais égal et semblable à lui-même » (ch. 1, § 6).
Rien n'étant en dehors de lui, il sera donc la seule cause, une cause parfaite et qui se suffit.

A cette cosmologie succède une physique, dans laquelle le monde sublunaire est distingué du ciel. Le ciel a l'immutabilité; le monde sublunaire est au contraire le théâtre du devenir. Comment ce devenir s'accomplit, de quelle manière se réalisent production et destruction, c'est ce que le chap. II du Traité fait connaître. Il pose d'abord la substance matérielle comme le commun réceptacle de la génération. Viennent ensuite les quatre propriétés contraires (enantiotètes) ou encore les quatre puissances que la réalité matérielle revêt et qui n'admettent en elle ni naissance ni destruction ce sont le chaud et le froid, le sec et l'humide. Puis sont énumérés les quatre éléments (ai ousiai) dont notre philosophe fait, semble-t-il, l'actualisation de ces puissances; ce sont le feu, l'eau, l'air et la terre : ces éléments sont aptes à se transformer les uns dans les autres. Et l'histoire de ces transformations, que complique l'addition aux quatre propriétés fondamentales de douze propriétés subsidiaires, se confond avec l'histoire de notre monde particulier, de sa naissance et de sa constitution. Quant à la cause d'où procède le mouvement de la génération, celle qui, dans la formation des corps, joue le rôle de père universel, elle n'est autre que la partie supralunaire du monde (ch. II, § 22).

L'auteur du Traité en arrive bientôt au règne de la vie. Le monde est éternel; éternelles sont ses parties; éternelles seront donc aussi les espèces. Une espèce dominante habite chacun des grands quartiers du monde; dans le ciel résident les dieux; au-dessus de nous (en tô µetapsiô), les démons; sur la terre, les humains. Puis donc que les parties ne sauraient ne point coexister avec le tout, il suit que l'espèce humaine doit être perpétuelle (ch. III, § 3). Sur ce principe de la perpétuité de notre espèce s'édifie tout un système de morale et de politique qui compose la partie la plus originale et la plus intéressante de l'écrit. Si la divinité a doué l'humain d'attributs actifs, de facultés et de tendances, ce n'est pas pour qu'il fasse du plaisir la fin de son existence individuelle. Cette fin doit être la permanence de notre espèce : chacun de nous est périssable, mais notre espèce ne saurait périr. Le même principe présidera aux grandes institutions humaines : le mariage, la famille, l'organisation de la cité. Un idéal ascétique est présent à toute cette doctrine. Former des enfants beaux, forts et vertueux, ne rien négliger pour les élever dignement, tel est le devoir social par excellence, devoir dont l'accomplissement seul permet à l'humain de s'élever au-dessus de l'animalité (ch. IV).

Tel est ce curieux traité, qui correspond à un âge de la spéculation bien postérieur au temps de Pythagore. Qu'il émane réellement du vieil Ocellus, on ne saurait songer à le prétendre. Les dogmes essentiels de l'antique pythagorisme, tels que la théorie des nombres, la transmigration des âmes, la constitution arithmétique des vertus, n'y figurent point même par voie d'allusion. Par contre, des points de doctrine y paraissent, notamment en ce qui concerne la physique générale, qui furent très certainement étrangers à la pensée du fondateur.

D'autre part, cependant, quelque chose de l'inspiration pythagoricienne s'y retrouve. Aussi peut-on tenir, avec Mullach, pour hautement probable l'hypothèse selon laquelle l'écrit du Pseudocellus daterait du dernier siècle avant notre ère, alors qu'entre toutes les écoles anciennes celle de Pythagore avait été particulièrement remise en honneur et que les livres réputés en provenir étaient curieusement recherchés. Quant au fait que le Traité est écrit en dialecte attique, Mullach conjecture qu'il faudrait l'attribuer à quelque lettré du Moyen âge, qui aurait transcrit ce petit livre, on s'accordant cette petite liberté. (G. Lyon).



En bibliothèque - Le Traité d'Ocellus a été publié pour la première fois à Paris, 1539, en grec et avec trad. latine de Nogarola, Venise, 1559; la meilleure édition: est celle de Rudolphi, Leipzig, 1801. Il a été traduit par d'Argens, Berlin, 1762; et par Le Batteux, Paris, 1768. Voir aussi : Philon, De mundo non interituro.- Diogène Laërce, VIII, 80 et suiv. - Stobée Ecl. phys., I, ch. XXIV. - Mullach, Arist. de Melisso, etc. et Ocelli Luc. de univ. nat., 1845, ainsi que Fragmenta philosophorum graecorum, t. I : De Ocello Lucano, etc. - Zeller, Philosophie des Grecs (trad. Boutroux, t. 1, p. 291.
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