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Les
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| Lao-Tse ou
Lao-tseu.
- Philosophe chinois Se-ma Tsien raconte une entrevue qu'eut Confucius, alors dans la force de l'âge, avec Lao-tse déjà vieux, ce qui semblerait prouver que Lao-tse est un peu plus ancien que Confucius (551-479 av. J.-C.). Mais certains auteurs, ajoute l'historien chinois, identifient Lao-tse avec Lao-lai-tse; or, si Lao-lai-tse passe aussi pour être contemporain de Confucius, les légendes qui se sont formées autour de son nom sont fort différentes des traditions relatives à Lao-tse; voilà donc une première cause d'incertitude. Bien plus, Se-ma Tsien dit que Lao-tse vécut cent soixante ans, suivant les uns, et, d'après les autres, plus de deux cents ans; ni l'une ni l'autre de ces longévités n'est recevable. En outre les textes historiques rapportent que, plus de cent ans après la mort de Confucius, en 374 av. J.-C., le grand astrologue des Tchéou, Tan, eut une entrevue avec le duc Hien, de Tsin, et lui fit une prédiction touchant la grandeur future de sa maison; ce Tan n'est autre que Lao-tse, disent quelques auteurs; d'autres le nient, et, ajoute Se-ma Tsien, on ne peut savoir qui a raison ou tort, car Lao-tse fut un sage caché. Le récit que Se-ma Tsien nous fait
de la manière dont Lao-tse disparut vers la fin de sa vie n'est
pas moins sujet à caution. Lao-tse, dit l'historien, renonça
à la charge qu'il occupait à la cour des Tchéou
pour aller vivre dans la retraite; à son arrivée à
une passe célèbre du Ho-nan, il fut retenu quelque temps
par le gardien de ce passage, Yn Hi, à la requête de qui il
écrivit un livre en deux parties dans lequel il traitait, en cinq
mille mots environ, de la Voie et de la Vertu; telle aurait été
l'origine du fameux ouvrage intitulé Tao-te-king. Puis le
sage s'éloigna et personne n'a pu connaître où ni quand
il mourut. Les bouddhistes
Lao Tse. Lao-tse n'est qu'un surnom qui signifie, suivant l'interprétation la plus vulgaire, le vieil enfant : sa mère l'aurait en effet porté soixante-douze ans dans son sein et il serait né avec les cheveux tout blancs. D'après Se-ma Tsien, son nom de baptême aurait été Li, son nom personnel Eul, son appellation Po-yang et son titre posthume Tan. Il aurait vu le jour dans un hameau dépendant de la sous-préfecture de Kou (laquelle était à 5 kilomètres environ à l'Est de la sous-préfecture de Lou-i, préfecture de Koei-té, province de Ho-nan). Ce personnage étant si légendaire,
peut-on lui attribuer avec quelque certitude la paternité du livre
qui porte son nom? En 1888, Giles l'a contesté avec une grande vivacité
dans un article (The Remains of Lao-tze, Re-translated) qui a suscité
une longue polémique entre, les sinologues; d'après Giles,
tout ce qui ne serait pas cité comme étant de Lao-tse par
des auteurs antérieurs au premier siècle avant notre ère
aurait été un pathos inintelligible ou sans valeur; en partant
de ce principe, il rejetait les neuf dixièmes du livre comme apocryphes
et n'y voyait qu'une compilation maladroite faite dans les environs du
commencement de l'ère chrétienne. Ce procédé
de critique ne saurait être admis. On a fort bien prouvé à
Giles qu'il n'avait pas su trouver plusieurs citations de Lao-tse dans
les textes mêmes dont il invoquait le témoignage et que d'ailleurs
aucun ouvrage ne résisterait à un examen qui prétendrait
ne reconnaître comme authentiques que les seuls passages qui sont
expressément attribués à l'auteur par d'autres écrivains.
Malgré ces objections, Giles nous paraît avoir eu raison d'appeler
l'attention sur le peu de garanties qu'on a de l'authenticité du
livre De la Voie et de la Vertu; ce livre est un recueil d'aphorismes
qui portent la marque d'une école, mais non celle d'un individu;
Abel Rémusat fut le premier en Europe qui attira l'attention sur Lao-tse, en publiant en 1823 son célèbre Mémoire sur la vie et les opinions de Lao-tseu, philosophe chinois du VIe siècle avant notre ère. Abel Rémusat rapprochait les idées du penseur chinois de celles de Pythagore et de Platon; il avançait, en outre, une hypothèse qui fit un bruit considérable. Au chapitre XIV du Tao-te-king, on lit : « Celui qu'on ne voit pas quand on le regarde est appelé I; celui qu'on n'entend pas quand on l'écoute est appelé Hi; celui qu'on ne touche pas quand on le palpe est appelé Wei. »Rémusat était d'avis que les trois mots I-hi-wei n'avaient aucun sens en chinois et il crut y retrouver une transcription du nom de Jéhova La doctrine du Tao-té-king est difficile à bien comprendre parce qu'il faudrait, au préalable, avoir pénétré le sens du mot tao. Stanislas Julien traduisait les deux mots Tao-té comme signifiant la voie et la vertu; il n'y a pas d'hésitation possible sur le sens du second mot : té est la vertu qui n'est autre pour l'humain que la conformité au tao. Mais qu'est-ce que le tao lui-même? Le mot « voie » qu'a choisi Stanislas Julien nous paraît, malgré les critiques dont il a été l'objet, être l'équivalent le plus exact de l'expression chinoise si l'on considère que dans la transposition des termes métaphysiques dans une langue formée par une pensée étrangère, on devra toujours se contenter d'une approximation. Le tao est cette entité mystérieuse de laquelle tout émane, qui est antérieur à toute chose, qu'on ne peut exprimer par aucun mot; en l'appelant le tao, la « voie », on ne fait que symboliser son action; elle est ce qui imprime aux êtres la direction suivant laquelle ils se développent; elle est au fond ce qui cause leur marche en avant; elle est le principe même de leur évolution. La morale taoïste enseigne la conformité au tao; le tao étant la loi qui régit la vie universelle, la règle que l'humain devra suivre sera de ne pas obéir à des motifs d'intérêt personnel, mais d'identifier son activité avec celle de la nature immense et divine. Il sera donc humble, se pliant aux circonstances et ne cherchant à imposer sa volonté à aucun être; il méprisera les connaissances qui ne sont qu'un moyen de domination et trouvera le bonheur dans la non-science; enfin, comme il fera de plus en plus abstraction de sa personnalité pour se confondre avec les lois directrices du monde, on pourra dire qu'il pratique le non-agir. Le Tao-te-king prêche donc l'inaction, l'ignorance et l'humilité; mais ces trois vertus, qui ne sont que des négations au regard de la morale égoïste des humains, sont, au contraire, celles qui identifient le sage avec la seule réalité positive, à savoir le tao, qui renferme éminemment action, science et puissance dans son unique perfection. (Ed. Chavannes). |
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© Serge Jodra, 2006. - Reproduction interdite.