Wu Wang ou Ou-ouang
(1122-1146), fils de Ouen-ouang (Wen Wang), était prince de Tchéou
et se nommait Fa. Sou premier soin fut de mettre à mort la cruelle
Ta-ki, favorite de Cheou-sin il remania ensuite le calendrier,
fixa le nouvel an en décembre, établit le siège du
gouvernement dans la principauté de Chen-si, s'entoura de sages
conseillers et attacha sept historiographes à sa cour en leur donnant
à chacun des attributions différentes. Son tort fut de distribuer
à ses proches et à tous les grands du royaume de petites
principautés et d'établir ainsi, dans toute sa plénitude,
le système féodal.
Tcheng-ouang (1115-1079), fils de
Ou-ouang, eut, pendant sa minorité, Tcheou-kong pour régent.
Celui-ci réprima plusieurs révoltes, fit construire la ville
de Lo-yé (remplacée par celle de Teng-foung), apprit l'usage
de la boussole à son peuple et en dota les envoyés de la
Cochinchine
venus à la cour : il est considéré comme l'un des
grands personnages de la Chine
.
Tcheng-ouang, devenu majeur, gouverna en paix et reçut les tributs
de différentes peuplades barbares.
Kang-ouang (1078-1053), à
son avènement, trouva l'empire en paix; avec l'aide du gouverneur
Chao-kong, il sut le maintenir dans le même état. On rapporte
qu'il donna un grand élan à l'agriculture et qu'il se plaisait
à juger lui-même les différends des laboureurs sous
un saule qu'ont célébré ensuite les poètes.
Tchao-ouang (1052-1002), fils de
Kang-ouang, fut un prince qui, adonné entièrement au plaisir
de la chasse, laissa l'Empire aux mains de ministres incapables. Des rébellions
s'étant produites sur divers points, Tchao-ouang résolut
de marcher lui-même à la tête des troupes pour combattre
les révoltés; on prétend qu'il mourut dans cette expédition
et que le peuple applaudit à sa mort.
Mou-ouang (1001-947), fils de Tchao-ouang,
monté sur le trône à l'âge de cinquante ans,
se montra d'abord un prince sage en s'entourant des ministres Kiun-ya,
et Pé-kiong; mais bientôt les plaisirs et les débauches
auxquels il se livra le firent se désintéresser de ses sujets.
Les princes tributaires résolurent de se soulever et d'accorder
leur confiance au prince Siu; celui-ci fut soumis par Mou.
Kong-ouang (946- 935), fils de Mou-ouang,
se rendit coupable, au début de son règne, par des massacres
odieux; il racheta ses fautes par une conduite pleine d'équité
et laissa la réputation d'un prince bon et sage.
Y-ouang (934-910), fils de Kong-ouang,
n'avait aucune des qualités nécessaires pour régner.
Son nom serait resté dans l'oubli, si sa nonchalance n'avait servi
de matière aux railleries des poètes de son temps.
Hiao-ouang (909-895); frère
de Youang, s'empara du pouvoir au détriment de ses neveux sur lesquels
il avait beaucoup d'ascendant. Ce prince négligea complètement
les affaires de l'État et s'adonna tellement à la passion
des chevaux qu'il éleva aux premières dignités un
nommé Peï-tse. dont le seul talent était de savoir former
et dompter ces animaux.
Ye-ouang (894-879), fils aîné
de Y-ouang, fut proclamé légitime héritier par les
grands, à la mort de Hiao-ouang. Hoang-fou ne l'ayant pas reconnu,
il envoya une armée pour le soumettre, sous la conduite de Koué-fong.
Le prince de Tehou, Hiong-kiu, chercha ensuite, à soutenir son indépendance,
s'empara de tout le pays de Yang-yuen qu'il partagea entre ses trois fils,
et Ye-ouang laissa faire avec une tranquillité aux effets désastreux;
il mourut à soixante ans, après avoir régné
sans gloire.
Li-ouang (878-828), fils de Ye-ouang,
fut un prince cruel, orgueilleux, prodigue des trésors publics.
Il punit avec une cruauté sans égale tous ses censeurs. Irrité,
le peuple se souleva (842), envahit la demeure impériale,
massacra tous les parents de l'empereur
qui, seul, put se réfugier à Pin-yang. Chao-kong, l'un des
premiers ministres, sauva un jeune prince qu'il éleva chez lui en
secret. Li-ouang mourut, après cinquante ans de règne, y
compris les quatorze années d'exil pendant lesquelles le gouvernement
resta aux mains de Chao-kong et de Tcheou-kong.
Siuen-ouang (827-782), fils de Li-ouang,
lui succéda. Il eut à soutenir, au commencement de son règne,
la guerre contre les Tatars occidentaux et les Tatars du Nord. Le général
Tsin-tchang marcha contre les premiers et le général Yn-ti
contre les seconds : tous deux furent victorieux. Il dut à nouveau,
en 789, marcher contre Kiang-joug, chef des Tatars occidentaux, au pays
de Tsien-mou, mais, cette fois, il fut vaincu et faillit être fait
prisonnier.
Yeou-ouang (781-771), fils de Siuen-ouang,
eut un règne assez misérable. Après s'être épris
d'une concubine nommée Pao-sse et avoir eu d'elle un fils qu'il
appela Té-fou, il répudia sa femme et son fils légitime,
héritier du trône, qui fut obligé d'aller demander
asile au prince de Chin. Celui-ci, avec l'aide des Tatars, attaqua Yeou-ouang,
près de la montagne Ly-chan, le battit et, poursuivant sa victoire,
le tua ainsi que Pao-sse.
Ying-ouang (770-720), fils légitime
de Yeou-ouang, signala le commencement de son règne par une grande
victoire remportée sur les Tatars qui prétendaient que la
moitié de l'empire leur appartenait. Il transféra la cour
du Chen-si au Ho-nan et s'aliéna ainsi l'esprit des princes vassaux
qui se rendirent presque tous indépendants.
Hoan-ouang (719-697), petit-fils
de Ping-ouang et légitime héritier du trône, succéda
à son aïeul. Il est connu pour un guerrier fameux qui essaya,
mais en vain, de faire rentrer les princes vassaux sous le joug de l'obéissance.
Tchoang-ouang (696-682), fils aîné
de Hoan-ouang; il eut pour antagoniste son frère cadet Ouang-tsé-ké,
qu'une faction importante appuyait. Hé-kien, seigneur puissant,
qui s'était déclaré pour ce dernier, ourdit certain
complot déjoué par l'empereur et fut mis à mort. Sous
ce règne, l'empire entier fut troublé par les guerres que
les princes se firent entre eux.
Hi-ouang (681-677), petit-fils de
Tchoang-ouang, essaya en vain de soumettre les vassaux; les princes prirent
le titre de pa, s'arrogeant un droit qui n'appartenait qu'à
l'empereur.
Hoei-ouang (676-652), fils de Hi-ouang,
régna mais ne gouverna pas. Il eut à lutter contre Tse-toui,
son frère naturel, pour lequel quelques seigneurs mécontents
avaient pris parti; il le vainquit devant Lo-yang et le fit mettre à
mort ainsi que cinq de ses complices.
Siang-ouang (651-619), fils aîné
de Hoei-ouang, eut, lui aussi, à tenir tête à son frère
puîné Ouang-tsé-taï qui prétendait avoir
des droits au trône et qui s'était allié aux Tatars.
Mais le prince de Tsin, accouru au secours de l'empereur, soumit Ouang-tsé-taï.
Cette inimitié, un moment calmée, réapparut quinze
ans plus tard. Cette fois, Siang-ouang, vaincu, vit son frère se
proclamer empereur de la Chine
et établir sa cour à Ouen ; mais sa prospérité
fut de courte durée : attaqué dans cette ville, il fut fait
prisonnier, et Siang-ouang put reprendre enfin le pouvoir qu'il conserva
jusqu'à sa mort.
K'ing-ouang (618-613), fils de Siang-ouang,
fut un prince doué des plus belles qualités, qui gouverna
avec sagesse et sut se concilier les grands et le peuple; il aurait pu
rétablir la paix dans toutes les provinces si la mort ne l'avait
enlevé après cinq ans de règne.
K'oang-ouang (612-607), fils de
K'ing-ouang, hérita des vertus de son père, mais ne put maintenir,
comme lui, la tranquillité dans ses États; tout son règne
ne fut qu'une suite de guerres que les princes se firent entre eux, en
cherchant à s'entre-détruire mutuellement.
Ting-ouang (606-586), frère
de K'oang-ouang, s'adonna au bien-être du peuple et confectionna
des lois sages. Les Tatars continuèrent leurs incursions et ravagèrent
l'empire; les troupes impériales, battues, furent heureusement secourues
par celles du prince de Tsin. C'est sous son règne que naquit, en
604, selon les historiens chinois, le philosophe Lao-tse.
Kien-ouang (585-572), fils de Ting-ouang,
hérita des qualités de ce prince. Deux philosophes, Yang
et Mé, vécurent à cette époque et acquirent
une certaine popularité.
Ling-ouang (571-545), fils de Kien-ouang,
trouva, en lui succédant, l'empire agité par les dissensions
des princes qui le composaient. Les guerres occupèrent la plus grande
partie de son règne et l'empereur, qui gouverna avec une grande
prudence, fut assez heureux pour pouvoir conserver en entier tous ses États.
En 551, naquit le célèbre philosophe Kong-tse, plus connu
par les Européens sous le nom de Confucius.
King-ouang (544-520), fils aîné
de Ling-ouang, eut à combattre un parti secret formé pour
l'exclure du trône et mettre à sa place Ning-fou, son frère;
l'empereur s'empara de Ning-fou et, pour sa sûreté, le fit
mettre à mort. II s'appliqua ensuite à établir la
paix dans les États qui lui étaient soumis; en 523, il réforma
la monnaie. King-ouang avait deux fils : Mong et Tchao; ce dernier avait
sa préférence, mais Mong comptait beaucoup de partisans.
L'empereur étant mort au cours d'une partie de chasse, Mong fut
aussitôt proclamé; mais, à peine entré dans
la ville impériale, il tomba malade et mourut.
King-ouang II (519-477), frère
utérin de Mong, fut reconnu par la majorité des princes;
cependant Tchao, son frère consanguin, lui disputa pendant plusieurs
années l'empire. C'est sous ce règne que
Confucius
se fit de nombreux disciples, exposa sa doctrine et mourut.
Yuen-ouang (476-469), fils de King-ouang,
gouverna avec sagesse et selon les coutumes antiques. Kéou-tsien,
prince de Youé, s'empara des vastes États du prince de Ou
et fut ensuite nommé chef des autres grands princes vassaux; il
obligea ces derniers à payer à l'empereur les tributs qu'ils
lui devaient et n'éprouva de résistance que de la part du
prince de Tsin qui finit, néanmoins, par se soumettre.
Tching-ting-ouang (468-441), fils
de Yuen-ouang, fut un prince qui laissa la réputation d'une grande
pureté de moeurs, mais qui régna avec peu de gloire pour
lui et peu d'avantage pour l'empire.
Kao-ouang (440-426) monta sur le
trône en tuant son propre frère Siu qui lui-même avait
assassiné le prince de Ngan, son autre frère, à qui
Tching-ting-ouang avait laissé le pouvoir. Il resta pendant quinze
ans le paisible spectateur des entreprises des Tatars et des luttes des
grands auxquelles il ne prit aucune part.
Ouei-lié-ouang (425-402),
fils de Kao-ouang, trouva les vassaux de l'empereur très peu disposés
à lui rendre les honneurs que leur devoir exigeait. Il mourut dépouillé
d'une partie de ses domaines et réduit à un vain titre. Le
royaume de Tsin parait déjà destiné à recueillir
l'héritage des Tchéou par la puissance prépondérante
qu'il a acquis sur les autres États.
Ngan-ouang (401-376), fils de Ouei-lié-ouang,
vit, à la suite des guerres que les princes se firent entre eux,
l'empire réduit à sept principautés; il ne fit rien
pour rétablir son autorité presque anéantie.
Lié-ouang (375-369), fils
de Ngan-ouang, fut témoin de l'extinction de la puissante famille
des princes de Tching. L'empire subsiste dans un état de langueur
qui semble annoncer sa ruine.
Hien-ouang (368-321), fils de Lié-ouang,
laissa les princes, ses vassaux, empiéter les uns sur les autres
sans prendre part à leurs querelles. C'est sous son règne
qu'il est fait mention, pour la première fois, de chariots de guerre
dans les armées chinoises et que se place la naissance de Meng-tse
(Mencius), le grand philosophe de l'école
de Confucius.
Chen-tsing-ouang (320-315), fils de Hien-ouang,
se montra faible, lâche et indolent. Le prince de Tsin profita de
cette occasion pour se frayer un chemin vers la puissance impériale;
il battit les petits rois de Han, Tchao, Yen, Oueï et Tchou et s'empara
du Se-tchouan et du Hou-kouang.
Nan-ouang (314-255), fils de Chen-tsing-ouang,
prince probe et honnête, eut un rival puissant dans la personne du
prince de Tsin qui le contraignit à vivre solitaire dans son étroit
patrimoine. Nan-ouang n'étant plus en force de résister se
vit enlever par lui les 35 dernières villes qui lui restaient et
se reconnut son vassal; il mourut sans postérité, couvert
d'ignominie.
En 255, Tcheou-kiun fut encore reconnu
pour souverain par les peuples de Tchéou, mais il n'osa pas prendre
le titre d'empereur. Après l'avoir entièrement dépouillé,
le prince de Tsin, devenu Tcheo-siang-ouang, le relégua dans un
village où il mourut dans l'obscurité et la misère.
Ainsi prit fin la dynastie des Tchéou; elle fut remplacée
par celle des (premiers) Tsin. (A.
Thomas).