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Jane Grey

Jane Dudley (communément appelée Lady Jane Grey) est une jeune fille, reine d'Angleterre pendant 9 jours, née en 1537 et assassinée à l'âge de 17 ans. Elle était arrière-petite-fille de Henri VII, roi d'Angleterre. Mary (Marie d'Angleterre), seconde fille de ce prince, épousa Louis XII, roi de France. Devenue veuve, elle se maria avec Charles Brandon, duc de Suffolk, dont elle eut une fille, Frances Brandon, qui fut marquise de Dorset en épousant Henry Grey. De Frances naquirent trois filles, dont Jane Grey, née en 1537, était l'aînée. Les malheurs et la fin tragique de Jane Grey tiennent aux circonstances que créait son origine royale. 
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Jane Grey.
Jane Grey (1537-1554).

Edouard (Edward) VI, âgé d'environ dix ans, avait succédé à son père Henri VIII. Edward Seymour, oncle du jeune roi, se fit nommer protecteur du royaume et duc de Sommerset. Thomas Seymour son frère en devint extrêmement jaloux; et John Dudley, vicomte de Lisle, conçut le projet de les ruiner l'un par l'autre, et de s'emparer de l'autorité sous un roi enfant. Thomas Seymour, excité par Dudley, ne cessait de cabaler contre le protecteur : celui-ci, d'un caractère modéré, s'était plusieurs fois réconcilié; mais Dudley parvint à le persuader d'accuser son frère devant le parlement. On ne connaît pas précisément ce qui dans cette occasion fut imputé à Thomas Seymour. Le parlement, habitué sous les Tudor à proscrire tous ceux que la couronne lui déférait, porta un bill d'attainder contre un pair du royaume, parent du roi et amiral, sans spécifier le crime pour lequel il était condamné à mort. Il restait à Dudley à perdre Sommerset; et il devait en venir aisément à bout. Le protecteur n'avait tenu aucun compte du testament du dernier roi, qui nommait seize régents du royaume. La mort de son frère était regardée comme un sacrifice fait à sa sûreté. 

La haute noblesse qui avait reçu de Henri VIII une partie des terres du clergé, était irritée de ce que le protecteur soutenait quelquefois contre elle les tenanciers de ses nouveaux domaines qu'elle traitait avec rigueur. Sommerset en outre s'était prononcé en faveur de la réforme religieuse qui s'introduisait en Angleterre; et cette conduite lui avait attiré la haine des catholiques. Dudley sut réunir contre le protecteur ces diverses sortes d'ennemis, et tous ceux qui étaient mécontents de son administration. Alors il jeta le masque dont il s'était toujours couvert. Le conseil, à son instigation, déclara que Sommerset exerçait un pouvoir qui ne lui appartenait pas; et il fut défendu au conseil commun de Londres et au gouverneur de la Tour de reconnaître son autorité. Dès que Sommerset fut averti de ce grand changement, il songea à se défendre, et arma ses amis et ses domestiques : mais ayant appris qu'Edouard venait de ratifier tout ce qui avait été fait, il partit au conseil; et là, à genoux, il convint que l'accusation dirigée contre lui était fondée. Son unique défense fut qu'il avait agi sans avoir des intentions criminelles, mais seulement par légèreté, imprudence et folie. 

Dudley, satisfait de l'humiliation de Sommerset, jugea à propos, pour le moment, de lui laisser la vie. Une amende, que le roi remit ensuite, fut la seule peine prononcée par le parlement; et bientôt on vit celui qui avait été protecteur du royaume entrer au conseil comme l'un de ses simples membres, et accepter pour gendre le fils aîné de son ennemi. Tout fléchissait sous Dudley; il s'était fait nommer duc de Northumberland, et adjuger des terres immenses qui appartenaient à la couronne. Tout-à-coup craignant un retour du jeune roi en faveur de Sommerset, il prit la résolution de faire périr celui-ci. De vaines menaces, non contre le prince; mais contre son ministre, échappées au ressentiment d'un homme exposé à de continuels affronts, parurent aux pairs d'Angleterre un crime digne de mort; et la tête de l'ancien protecteur tomba sur l'échafaud. Un parlement servile allait au-devant des désirs de Northumberland; ses caprices devenaient des lois, et il disposait à son gré de la fortune publique : mais ce n'était pas encore assez pour son ambition. Le roi n'avait qu'une santé chancelante; et Northumberland voulait garder le pouvoir après une mort qu'il prévoyait devoir être prochaine. Le parlement avait remis à Henri VIII le droit de régler lui-même la succession à la couronne. Ce prince y avait d'abord appelé son fils, qui fut Edouard VI, et à son défaut Marie et Elisabeth ses filles, toutes deux déclarées bâtardes par acte du parlement. 

D'après une autre disposition, la descendance de Marguerite, reine d'Ecosse et fille aînée de Henri VII, était exclue du trône, tandis que celle de la duchesse de Suffolk devait y monter. C'est sur un acte aussi irrégulier que Northumberland fonda ses espérances. Il répétait chaque jour au roi, qui était très attaché à la réforme religieuse, que, si Marie venait à régner, elle rétablirait la religion romaine, qu'elle professait malgré de sévères défenses. Il était plus difficile de prévenir Edouard contre Elisabeth, qu'il affectionnait, et qui montrait beaucoup de zèle pour le nouveau culte. Mais Northumberland soutenait qu'elle ne pouvait être considérée comme légitime, sans qu'on agît de même envers Marie; ce qui ouvrirait à celle-ci le chemin du trône. Les deux princesses écartées, la couronne, d'après le réglement de Henri VIII, appartenait à la marquise de Dorset. On donna à son époux le titre de duc de Suffolk, devenu vacant; et elle consentit à céder ses droits à Jane Grey, qui épousa lord Guildford (ou Guilford) Dudley, quatrième fils de Northumberland. Jane, au moins au début, s'était énergiquement refusée à cette union toute politique; elle haïssait son beau-père et sa belle-mère; elle ne céda qu'à la violence et tomba gravement malade après le mariage. Egalement après celui-ci (21 mai 1553) les sollicitations de Northumberland en faveur de Jane furent extrêmement pressantes. 

Edouard tombé dans un état de langueur, et séparé de tous ceux qui auraient pu lui donner des conseils, se détermina enfin à laisser la couronne à Jane. Les juges appelés au conseil reçurent l'ordre de dresser des lettres-patentes conformes aux intentions du roi. Ils demandèrent du temps pour réfléchir, et finirent par refuser leur adhésion. Ils représentèrent que le réglement de la succession avait été fait par le dernier roi en vertu d'un acte du parlement; qu'un autre acte passé sous Edouard lui-même déclarait traître quiconque tenterait de changer cet ordre. Edouard promit d'assembler un parlement qui, sanctionnerait le nouveau réglement. Les débats entre le conseil et les juges se prolongèrent pendant plusieurs jours : enfin le chef de justice proposa que le roi et son conseil fissent expédier une commission aux juges pour leur ordonner d'apporter les lettres-patentes, et que des lettres de grâce leur fussent en même temps délivrées pour les mettre à l'abri de toute recherche concernant cet acte d'obéissance. Cet expédient fut adopté : seulement le chancelier qui devait sceller les lettres-patentes, exigea qu'elles fussent signées de tous les membres du conseil. Edouard survécut peu à cette disposition; il expira à Greenwich dans sa seizième année le 6 juillet 1553. 

Northumberland tint d'abord cachée la mort du roi; son dessein était de ne rendre publique la mesure qu'il avait prise pour faire passer la couronne sur la tête de Jane, que lorsqu'il se serait assuré de la personne de Marie  (Marie Ire Tudor) et d'Elisabeth (la future Elisabeth Ire). Il avait chargé quelqu'un d'écrire à ces princesses qu'Edouard désirait les avoir auprès de lui à ses derniers moments. Déjà elles s'étaient mises en route l'une et l'autre pour se rendre à cette invitation d'un frère et d'un roi; et Marie se trouvait déjà à une demi-journée de Greenwich. Un des membres du conseil parvint à la faire avertir du piège qui lui était tendu : elle se retira alors dans le comté de Suffolk, d'où elle adressa des lettres à la principale noblesse d'Angleterre, qu'elle appelait à sa défense; elle manda également au conseil qu'elle était informée de la mort du roi, et lui enjoignait de la faire proclamer reine dans Londres. Northumberland jugea que toute feinte était en ce moment hors de propos. Accompagné de Suffolk , de plusieurs pairs et de quelques grands personnages de l'Etat, il se rendit à Sion-House, résidence de Jane, et se présenta devant elle comme devant sa souveraine. 

Dans sa paisible et innocente retraite, Jane Grey ignorait en grande partie ce qui avait été concerté pour son élévation. Son précepteur, Aylmer, lui avait appris plusieurs langues vivantes, ainsi que le grec et l'hébreu; (on conserve à la bibliothèque de Zurich trois lettres d'elle au pasteur Bullinger de Zurich), et elle se livrait à l'étude. Ceux qui étaient admis près d'elle, admiraient les grâces de sa figure et la douceur de son caractère. Le don d'une couronne ne la toucha pas; on l'entendit insister sur l'injustice qu'il y avait, selon elle, à priver de leurs droits prétendus les princesses Marie et Elisabeth : enfin, après une longue résistance, vaincue par les instances de son père et par celles de son époux, qu'elle aimait passionnément, elle céda, et consentit à être déclarée reine. C'était l'usage que les rois d'Angleterre passassent dans la Tour de Londres les premiers jours de leur avénement. Northumberland s'empressa d'y conduire Jane, et contraignit le conseil à l'accompagner. Dans cette espèce de captivité, le conseil expédia des ordres pour faire proclamer Jane dans toute l'Angleterre : mais cette cérémonie n'eut lieu qu'à Londres; encore, pendant tout le temps qu'elle dura, le peuple affecta-t-il de garder un morne silence. Les habitants du comté de Suffolk s'étaient soumis à Marie : de toutes parts la noblesse venait se ranger auprès d'elle.
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John Dudley, duc de Northumberland.
Marie I (Tudor), reine d'Angleterre.
Lord Guildford Dudley.
John Dudley (Northumberland). Marie Ire Tudor. Guildford Dudley.

Northumberland leva dans Londres des troupes, et se mit en marche pour aller tenter le sort des armes. Arrivé à St.-Edmond's Bury, il reconnut que son armée, composée d'environ 6000 hommes, était moins forte de moitié que celle de la reine. Avant d'engager aucune action, il voulut avoir des renforts. Le conseil, à qui il s'était adressé, sortit alors de la Tour sous le prétexte de s'occuper de cet objet. A peine rentré dans Londres, il déclara dans une proclamation, que le trône appartenait à Marie. L'empressement des habitants de la capitale à la reconnaître fut si grand, que Suffolk, qui commandait dans la Tour, n'osa pas se défendre, et ouvrit les portes an nom de la reine. Northumberland instruit de ces événements, avait pris le parti de proclamer lui-même Marie; et cette princesse, en se rendant à Londres, recueillit partout sur la route des témoignages de l'affection de ses sujets. Northumberland, son frère, trois de ses fils, et quelques lords qui avaient suivi son parti, furent amenés à la Tour. Jane et son époux lord Guildford y étaient déjà. 

La clémence n'était pas dans le coeur de Marie; mais elle ne voulut pas, au commencement  de son règne, paraître aimer à verser le sang. Il n'y eut que Northumberland et deux des nobles arrêtés avec lui, qui subirent la mort. On y condamna aussi Jane et Guildford; mais leur sentence ne fut pas exécutée. Marie, se croyant bien affermie sur le trône, crut devoir employer son autorité à soutenir l'ancienne religion. De grandes rigueurs furent exercées contre la portion du clergé qui avait embrassé la Réforme; les laïcs mêmes n'en furent pas exempts. La reine ne tarda pas à aliéner d'elle toute la nation, par le dessein qu'elle manifesta d'épouser Philippe, fils de Charles-Quint. On se figurait que l'Angleterre ne pourrait manquer de devenir une province des vastes états dont ce prince devait hériter; et la fierté du peuple se révoltait à cette idée. Une conspiration, dont le chef était Wyat (ou Wyatt), du comté de Kent , se forma contre le pouvoir de Marie. Plusieurs comtés devaient se soulever en même temps; et Suffolk s'était chargé d'exciter des mouvements dans ceux où ses terres étaient situées. Ce vaste plan ne reçut qu'une exécution imparfaite. Wyat néanmoins se présenta devant Londres à la tête de quatre mille hommes : il pénétra même jusque dans Westminster; mais la City, où il avait de nombreux partisans, fut tenue en respect. Sa suite, voyant qu'il n'était joint par aucune personne de marque, l'abandonna insensiblement. Il fut arrêté près de Temple-Bar, et exécuté avec dix de ses complices.

Il est certain que Jane et lord Guildford, toujours détenus rigoureusement à la Tour, n'avaient eu aucun avis de la conspiration; mais la sombre Marie ne crut pas devoir laisser vivre celle qui avait occupé sa place pendant quelques jours. On annonça donc à Jane qu'elle eût à se préparer à mourir. La reine, dans son zèle pour la religion catholique, lui envoya des théologiens chargés de la convertir. Jane Grey résista à leurs arguments pendant  trois jours, et écrivit même en grec une lettre à sa soeur pour l'engager à demeurer constante dans sa foi.
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Delaroche : Jane Grey.
Le Supplice de Jane Grey, par Paul Delaroche (1833).

Lord Guildford devait partager le sort de son épouse. Le conseil avait arrêté qu'ils mourraient ensemble sur le même échafaud; mais on redouta ensuite l'impression que leur supplice pourrait faire sur le peuple : il fut décidé que lord Guildford serait seul exécuté dans la ville. Jane refusa de le voir le jour fixé pour leur mort; elle craignait que la tendresse de leurs adieux n'affaiblisse leur courage dans un moment où l'un et l'autre avaient besoin de toutes leurs forces. De sa fenêtre elle aperçut son époux comme on le conduisait au supplice, et lui donna des marques du plus vif attachement. Elle montra quelque joie quand elle sut qu'il était mort avec courage; et elle attendit ensuite, sans le moindre trouble, l'heure où elle devait cesser de vivre. 

L'enceinte de la tour avait été choisie pour son exécution, qui eut lieu le 12 février 1554. Montée sur l'échafaud, elle dit qu'elle était moins coupable d'avoir porté la couronne, que de ne l'avoir pas refusée avec assez de constance. Elle s'excusa sur l'obéissance qu'elle devait à son père, et reconnut que sa mort était une juste réparation de l'atteinte qu'elle avait portée aux lois. Après s'être exprimée de la sorte, elle se fit déshabiller par ses femmes, et posa tranquillement sa tête sur le billot. Ainsi périt, à dix-sept ans, Jane Grey, seulement coupable d'être née. Sa mort fut comme le prélude des exécutions sanglantes qui allaient souiller le règne de Marie. 

La mort de Jane Grey a fourni à Young la matière d'un poème; à Mme de Staël, 1790, à Briffaut, 1815, et à Soumet, 1844, un sujet de tragédie; à Paul Delaroche, 1833, un touchant tableau. Ajoutons, qu'un film de Trevor Nunn, intitulé Lady Jane et sorti en 1986, a aussi été tiré de sa courte vie. ( L. / Ch.-V. L.). 

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