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L'histoire du Royaume-Uni
L'Angleterre pendant la Renaissance
Les Tudor. La Réforme religieuse
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Le XVIe siècle : les Tudor, la Réforme
Le règne de Henri VIII
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Le XVIIe siècle : les Stuart, premières colonies
Le XVIIIe siècle : la conquête de la mer
Le XIXe siècle : la Fédération britannique

Le Royaume-Uni depuis 1900


L'histoire de l'Ecosse
L'histoire de l'Irlande
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La dynastie des Tudor occupa le trône d'Angleterre de 1485 à 1603. Dans cet intervalle s'accomplissent deux révolutions d'une importance capitale : d'une part, l'Angleterre devient la première des puissances protestantes; d'autre part, elle se pose en face de l'Espagne et devient puissance maritime et coloniale. Mais la première seulement de ces révolutions est achevée, lorsque les Tudor disparaissent. Henry VII, le fondateur de la dynastie, préside à la reconstruction du royaume; son fils, Henri VIII, gaspille ses économies et s'évertue à résoudre des problèmes insolubles : en diplomatie, celui de l'équilibre européen; en religion, celui du catholicisme sans le pape; en administration, celui de bonnes finances sans honnêteté. Édouard VI ouvre la voie au protestantisme, dont les progrès sont refoulés par Marie Tudor avec une rigueur implacable et impuissante. Elisabeth I, enfin, groupe adroitement autour d'elle les hommes d'Etat les plus avisés, formule le symbole d'une religion officielle en conformité avec l'opinion moyenne de son pays, résout les grandes questions internationales, laisse prospère et redoutée une nation qu'elle avait trouvée vaincue et ruinée.

Henri VII (1485-1509)

Proclamé à la romaine, sur la lande de Bosworth, le fondateur de la dynastie Tudor, Henry de Richmond, ne semblait pas avoir plus de chances de rester roi que de titres à le devenir. Il était le petit-fils d'un Gallois, Owen Tudor, qui, en dépit de généalogies forgées après coup, était, en tout état de cause, de très mince noblesse. Catherine de France, veuve de Henri V, l'avait distingué parmi les serviteurs de sa maison et l'avait épousé secrètement. De cette union deux fils étaient nés, dont l'aîné, Edmond, devint tuteur, puis mari de la plus riche orpheline du royaume, Marguerite Beaufort, fille du duc de Somerset, tué à Saint-Albans, descendant contesté de Jean de Gand. De là les prétentions de Henri de Richmond, fils posthume d'Edmond Tudor, à la couronne d'Angleterre : si fragiles qu'elles fussent, elles avaient suffi pour inquiéter Édouard IV et Richard IIl. Pourchassé, traqué, Richmond avait dû fuir en Bretagne, puis en France, admirablement renseigné et servi par le premier homme d'État de l'époque, John Morton, évêque d'Ely, auquel il devait le trône.

Les premiers actes du nouveau roi dénotaient une rare prudence il convoqua le Parlement, annonça son intention d'épouser la fille aînée d'Édouard IV, Elisabeth, et fit connaître, avec les noms de ses ministres, l'organisation des services publics. L'Angleterre, déconcertée par les rapides tragédies des dernières années, était disposée à accorder un large crédit de patiente soumission au roi qu'elle jugerait capable de rétablir l'ordre et la sécurité. Lors de la réunion du Parlement, le nouveau chancelier, Alcoock, développa ce thème : « Va de l'avant et règne! » Telle était bien la volonté du premier Tudor, qui sut choisir ses agents de tout ordre, les tenir en haleine, les opposer les uns aux autres. L'aristocratie avait été, pendant la guerre des Deux Roses, affaiblie dans sa richesse et dans son sang. L'abolition du droit de maintenance, qui permettait aux grands de s'entourer d'un très grand nombre de serviteurs, la priva d'une force matérielle dangereuse pour la couronne; mais elle conserva toutefois sa puissance terrienne.

Les Tudor firent du principal organe du gouvernement, le Conseil privé, un formidable instrument de domination; mais la représentation nationale ne fut pas aussi docile, aussi efficace qu'on l'a prétendu. En comparant les comptes rendus des sept Parlements de Henri VII avec ceux des règnes précédents, on constate au contraire que les députés des comtés et des bourgs s'efforcèrent de sauvegarder leurs privilèges, leurs traditions, et les intérêts de leurs commettants. Il est vrai que les Anglais de cette époque ne considéraient pas comme si enviable la mission de siéger à Westminster. Quand un magistrat, un riche marchand honoré du titre de lord-maire, un vétéran, croyait avoir bien mérité du roi et de la patrie, sa suprême ambition était d'être, par grâce spéciale, dispensé d'être nommé membre de la Chambre des communes. Si l'on tient compte de cet état d'esprit, on comprend que Henri VII se soit passé aussi aisément, dans les dernières années de sa vie, de convoquer le Parlement ; l'opinion publique ne l'exigeait pas, et le roi avait bien d'autres ressources que les subsides votés par les Communes.

Henri VII accumula un trésor de 1 800 000 livres sterling, somme énorme pour le temps, et ce trésor fut sa grande force. Il avait fait dresser un inventaire exact et complet des droits et revenus de la couronne, dont la perception fut assurée par des agents bien choisis, surveillés avec vigilance, encouragés par un légitime avancement; un grand nombre de clercs trouvèrent leur intérêt à exercer loyalement leurs fonctions et à servir le roi plutôt que les grands. Morton, devenu archevêque de Canterbury, à la fois chancelier et en fait premier ministre, fut assisté par des collaborateurs de grand talent, Edward Fox et Bray. Il rendit de grands services, mais on se souvient surtout de la fourche de Morton, du dilemme dans lequel il enfermait les sujets invités à prouver leur fidélité au roi en lui versant un don gratuit ou benevolence

« Tu dépenses, donc tu es riche. Tu ne dépenses pas, donc tu thésaurises. Paie. »
Le chancelier qui lui succéda, William Warham, se fit un renom sans pareil par
les décisions auxquelles il s'arrêta dans les procès entre particuliers; mais les finances tombèrent aux mains de Dudley et d'Empson, dont l'esprit fiscal et les exigences exaspérèrent la nation. 

Pendant tout son règne, le premier des Tudor eut à se garder contre les complots des nombreux prétendants, dus à l'initiative d'imposteurs ou de rebelles. Ce fut d'abord lord Lovel, qui, soutenu par la duchesse de Bourgogne, avec Lambert Simnel comme prête-nom, faillit enlever le roi sur la route d'York. Trahi par ses complices, il fut battu à Stoke, par suite de la couardise de ses mercenaires allemands (1487). Plus long et plus compliqué fut le complot ourdi par l'imposteur flamand Perkin (ou Pierrot) Warbeck, qui se fit passer pour Richard d'York, second fils d'Édouard IV. Accueilli en Irlande, puis en Écosse, il finit par se faire prendre lâchement aux environs d'Exeter (1497). Enfermé à la Tour, il se laissa entraîner dans une conspiration, où il compromit le malheureux comte Édouard Warwick, fils du duc de Clarence. Celui-ci fut décapité et Pierrot pendu. Les complots des dernières années peuvent être groupés autour de la famille de la Pole, dont le chef, Edmond Suffolk, fut vendu par Philippe le Beau.

On fait honneur à Henri VII d'une singulière finesse en matière diplomatique; il aurait créé la politique de bascule, imaginé I'équilibre européen. Or, malgré toute son astuce, le premier Tudor n'eut pas à enregistrer que des succès. Il ne put empêcher le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne, et, s'il soutira un subside au roi de France, par le traité d'Étaples, qu'est cette satisfaction comparée aux avantages territoriaux que remportèrent Ferdinand et Maximilien. Il fut plus avisé dans sa politique commerciale. Reprenant les traditions d'Édouard III et d'Édouard IV, mais étendant singulièrement le champ de ses relations, il conclut des traités avec les puissances du Nord comme avec Venise et Florence. Il accorda à la veuve de Richard III le privilège d'exporter la laine anglaise dans les régions qu'on appellera les États barbaresques. Depuis longtemps, les rapports avec les Pays-Bas et la Flandre étaient réglés par un traité connu sous le nom de « grand échange » (intercursus rnagnus) : Henri obtint de Philippe le Beau, jeté par une tempête sur la côte, un renouvellement si avantageux que le traité devint pour les Flamands « le mauvais échange » (intercursus malus). Henri fut mal inspiré le jour où sa parcimonie lui fit écarter les offres de Christophe Colomb. Il est vrai qu'il envoya Jean et Sébastien Cabot en Amérique, mais il renonça à ces expéditions coûteuses quand il eut été constaté que l'Amérique septentrionale ne contenait pas de mines d'or et ne fournissait pas d'épices.

Henri VIII

Henri VIII (1509-1547) succède à Henri VII. Grand, beau, magnifique,  il est une sorte de François ler anglais. Il gouverne despotiquement. Sollicité par la France et par l'Autriche, il adopte une politique de bascule, mais se met volontiers au service du plus fort s'il y trouve son bénéfice. Il est l'allié très indolent des Français pendant la ligue de Cambrai, mais il les combat effectivement de 1512 à 1514 (bataille de Guinegate) et écrase leurs alliés d'Ecosse à la bataille décisive de Flodden (1513). Il prit part aussi à la ligue contre François Ier (1522-1523) et s'il se laisse inscrire au traité de Cognac, parmi les ennemis de Charles-Quint, il se soucie peu de leur donner un secours réel. A la fin de son règne, en 1544, il s'empare en personne de Boulogne tandis qu'une armée envahit l'Ecosse et brûle Edimbourg. En somme, il acquiert assez de gloire personnelle pour faire pardonner à ses sujets ses empiétements sur les libertés publiques et ses effrayants homicides. On l'a appelé le Néron anglais. Nul n'eut moins que lui le respect de la vie humaine. Il débute par le supplice des ministres de son père. En 1521, Buckingham, plus tard Thomas More, sont mis à mort avec une froide cruauté, mais aussi avec un hypocrite souci des formes judiciaires. On vit alors quelle effroyable oppression pouvait autoriser l'appareil législatif de l'Angleterre. Ainsi les prétentions théologiques du roi et ses subtilités imposent à l'Église anglicane un schisme sans grandeur et sans logique. 

Le roi et le parlement rejettent l'obédience de Rome en se proclamant fidèles aux dogmes et surtout à celui de la transsubstantiation. L'échafaud où le bûcher punissent les catholiques restés fidèles au pape ou les protestants logiques qui réclament l'entière liberté de conscience. Il faut reconnaître cependant qu'en s'arrêtant ainsi à cette position intermédiaire Henri VIII était plus qu'on le croit aujourd'hui en communion d'idées avec son peuple. L'Angleterre, au début du XVIe siècle, avait une égale horreur de l'hérésie et du papisme. La réforme telle qu'on la comprenait en Allemagne n'était désirée que dans les universités et dans quelques grandes villes. Les esprits simples de la foule ne s'élevaient pas jusque-là. D'autre part, il est faux de dire que le schisme de Henri VIII n'a pas eu d'autres motifs que le refus opposé par le pape Clément VII à son divorce et l'excommunication lancée par le souverain pontife lorsque le roi eut passé outre. C'est donner une bien petite cause à un grand fait historique qu'expliquent de si nombreux antécédents. C'est bien la politique de la papauté en Angleterre qui a été la cause première du schisme, mais ce n'est pas à proprement parler la politique de Clément VII. Celle des papes du Moyen âge avait depuis longtemps exaspéré toutes les classes de la population. -

Sceau de Henri VIII.
Sceau de Henri VIII.

An début du règne, la faveur de Wolsey avait fait écarter l'examen de la question; mais la disgrâce de ce fastueux archevêque, le choix de Thomas Cromwell comme chancelier d'Angleterre attestèrent la volonté d'Henri VIII de n'accepter aucune remontrance. La nation applaudit. Le Parlement réformateur (1529) avait déjà ouvert une enquête sur l'état des monastères dans le royaume. Des abus extraordinaires avaient été révélés. En 1531 le roi se proclama chef de l'Eglise anglicane; en 1533, Thomas Cranmer est nommé archevêque de Canterbury. Son premier acte est de bénir le mariage d'Henri VIII avec Anne de Boleyn. En 1534, le schisme est consommé; le bill de succession est voté, la couronne est assurée aux enfants d'Anne de Boleyn au préjudice de Marie, fille de Catherine d'Aragon

Les biens ecclésiastiques sont saisis par le roi, les monastères sont vidés, leurs immenses richesses sont divisées en trois parts. L'Eglise nouvelle d'Angleterre en obtient une, l'autre est donnée aux collèges, aux universités, aux établissements de bienfaisance, la troisième, et non la moindre, est distribuée aux courtisans, aux grands seigneurs. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore tant d'abbayes en ruines sont enclavées dans les parcs des lords d'Angleterre. Cette spoliation fut accompagnée de violences dans plus d'un cas. Plusieurs abbés trop récalcitrants montèrent sur l'échafaud, la plupart se soumirent, on leur attribua des pensions viagères; les derniers titulaires vivaient encore du temps de Jacques ler, plus de cinquante ans après. Dans le Nord une insurrection formidable éclata : c'est le fameux pèlerinage de grâce (1536), suivi de tant d'exécotions. Le bourreau n'épargna même pas les femmes. En 1517 on avait exécuté lady Salisbury, mère du futur cardinal Reginald Pole; Anne de Boleyn périt à son tour; Thomas Cromwell enfin est décapité en 1540. Les dernières années du règne d'Henri VIII, ses mariages, ses cruautés, ses caprices dans le règlement de sa succession, donnent les éléments d'un curieux problème psychologique. Il est peu de princes qui aient trouvé des admirateurs plus enthousiastes et des détracteurs plus acharnés.

Édouard VI (1547-1553); la tyrannie protestante

La mort de Henri VIII n'étonna personne, mais prit tout le monde au dépourvu, sauf le subtil Seymour, comte de Hertford, oncle maternel du jeune Édouard, fils de Jane Seymour, morte en couches (1529). Cet ambitieux, dont la coterie dominait dans le conseil privé depuis la chute des Howard et qui était admirablement servi tant par son sang-froid que par son audace, se fit reconnaître comme protecteur de tous les royaumes et domaines de Sa Majesté Royale, devint duc de Somerset, traita le roi de France de frère et les membres du Conseil de lieutenants. Il avait des idées, mais elles étaient contradictoires; il était capable de concevoir de grands projets, mais il manquait d'esprit pratique. Il se lança dans trois entreprises dont chacune eût suffi à l'absorber, et ce fut sa perte. Il voulut unir l'Écosse à l'Angleterre en mariant le roi avec sa cousine Marie Stuart. Rebuté, il envahit le pays récalcitrant et battit l'armée écossaise à Pinkie. La petite reine fut envoyée en France, où elle épousera le Dauphin.

Le Protecteur ne fut pas plus heureux dans sa politique sociale. Se proposant de supprimer la mendicité, il obtint du Parlement des dispositions draconiennes : les vagabonds seraient marqués au fer rouge et livrés comme esclaves aux fermiers pour deux ans, en cas de récidive pour la vie. Mais le brigandage prit la place de la mendicité, cependant que les émissions de monnaie d'un titre bas provoquaient dans les villes la hausse du prix des denrées. Somerset devint impopulaire; l'impopularité tourna en mépris quand il laissa condamner à mort son propre frère l'amiral Seymour, sous l'inculpation, d'ailleurs justifiée, de piraterie, et quelques mois d'effervescence religieuse suffirent à ruiner complètement son pouvoir. Le Parlement, convoqué au début du règne, avait supprimé les vieilles lois de persécution contre les hérétiques, condamné le culte des images, autorisé le mariage des prêtres et imposé un Livre de prières, Book of common Prayer, rédigé en anglais, de façon à ne froisser ni les catholiques ni les réformés. Telle était du moins la pensée qui avait présidé à sa composition, mais l'accord ne put se faire entre l'archevêque de Canterbury, Cranmer, et l'évêque de Londres, Gardiner. L'agitation théologique dégénéra dans le Norfolk en une insurrection agraire, dans le Dorset en un mouvement plus nettement religieux, de tendance catholique.

L'affaire du Norfolk fut la plus grave : elle entraîna la démission du Protecteur et l'avènement au pouvoir de John Dudley, comte de Warwick, fils de cet agent de Henry VIl qui avait été décapité avec Empson. Warwick prit nettement le parti de la Réforme. Pendant qu'une guerre sauvage était faite aux images, aux manuscrits, aux vitraux même, Cranmer acheva d'élaborer le second Livre de prières, voté en 1552 et suivi de l'Acte des Quarante-deux articles où étaient résumées les doctrines de l'Église anglicane. Il scandalisa les catholiques sans faire l'accord parmi leurs adversaires, et deux groupes se constituèrent : les conformistes avec Cranmer : les non-conformistes, dirigés par l'Écossais' John Knox et par l'évêque de Gloucester, qui se fit mettre en prison plutôt que de revêtir, lors de sa consécration, les vêtements épiscopaux.

L'ambitieux Dudley ne s'était pas contenté de devenir comte de Warwick : il se conféra le titre de duc de Northumberland et visa plus haut encore, car il maria l'un de ses fils à la gracieuse Jane Grey, petite-nièce de Henry VIII, qu'il obligea le Conseil à reconnaître comme future souveraine, après avoir fait écarter les deux soeurs du roi, Marie et Elisabeth. Quand se termina la lente et triste agonie d'Édouard, il se crut décidément le maître; il comptait sur l'appui des protestants, qui voyaient dans l'avènement de Marie Tudor le signal d'une réaction catholique.

Marie Tudor (1554-1558); la réaction catholique

Marie Tudor, fille de Catherine d'Aragon et de Henri VIII, avait alors trente-six ans. Mûrie par une sévère expérience, elle échappa aux pièges des ministres, arbora son pavillon dans un vieux château de Suffolk, région catholique, et, ayant en quelques jours constitue une armée, elle fit à Londres une entrée triomphale, accueillie avec joie par les catholiques et les anglicans (3 août 1555). Ses premiers actes furent empreints de modération, et elle proclama une amnistie générale, mais elle ne persista pas dans cette politique modérée, et elle poursuivit le rétablissement du catholicisme dans des conditions maladroites et violentes. L'abrogation de la législation ecclésiastique, votée sous le règne précédent, provoqua un mouvement insurrectionnel. Le Kent se souleva et sir Thomas Wyatt marcha sur Londres, mais sa défaite fut suivie d'un système de rigueurs qui allait valoir à la reine le terrible surnom de Sanguinaire. Marie fit exécuter, outre Wyatt, le duc de Suffolk, Jane Grey et son mari, et elle enferma à la Tour sa soeur Elisabeth (1554).

Peu après elle épousa le prince des Asturies, le futur Philippe II, qu'elle aimait passionnément et qu'elle associa à la couronne. Elle réconcilia ensuite l'Angleterre avec Rome, sous réserve toutefois que les terres des abbayes resteraient aux mains de leurs possesseurs nouveaux. Cet événement célébré à Westminster, le 30 novembre 1554, par le cardinal Pole, fut le point de départ de persécutions dont il semble bien que la responsabilité retombe sur la reine plutôt que sur son mari ou sur l'agent de Charles-Quint, le Flamand Simon Renard. Les lois contre l'hérésie furent remises en vigueur et le nombre des martyrs protestants fut tel que le cardinal Pole, sacré en 1556 archevêque de Canterbury, s'employa vainement à modérer l'ardeur persécutrice de Marie et de ses conseillers.

Lorsque Philippe fut devenu roi d'Espagne, il décida Marie Tudor à intervenir contre la France. Il remporta la victoire de Saint-Quentin, mais le duc de Guise reprit Calais, dont la perte fut si cruelle à Marie qu'à en croire la légende elle la déplorait encore dix mois plus tard, sur son lit de mort. La perte de Calais fut, avec le maintien du catholicisme en Angleterre, un des soucis constants de Marie Tudor pendant les derniers temps de son règne. L'un et l'autre de ces soucis s'expliquent aisément, le second surtout, puisque l'Angleterre, au cours des années suivantes, rompit définitivement avec Rome après avoir hésité entre le catholicisme et le protestantisme.

Elisabeth I

Elisabeth, fille de Henri VIII et d'Anne Boleyn, née en 1533, fut élue par le parlement à la mort de sa soeur. Son père l'avait d'abord déclarée illégitime et incapable de régner : mais il avait révoqué cet arrêt par son testament, et Élisabeth fut reconnue sans contestation en 1558. Vivant jusque-là dans une profonde retraite, elle s'était livrée avec ardeur à l'étude et avait acquis de grandes connaissances : elle parlait et écrivait, non seulement le français et l'italien, mais aussi le latin et le grec. Sa dignité dans le malheur lui avait inspiré la sympathie et l'admiration. A peine montée sur le trône, elle rétablit la religion protestante, que Marie avait proscrite : elle organisa l'Église anglicane, par le bill des 39 articles, 1562, et se constitua chef de cette église, puis s'empressa  de prendre hardiment le rôle de chef du parti protestant en Europe et ce rôle est plutôt politique que religieux.

Le règne d'Elisabeth vit fit fleurir l'agriculture, le commerce, la marine, les lettres, tandis que la souveraine portait l'économie dans les finances; mais elle marqua aussi son règne par son acharnement contre le Catholicisme et par sa conduite barbare envers la reine d'Écosse, Marie Stuart. Irritée contre cette princesse, qui avait eu, il est vrai, l'imprudence de prendre le titre de reine d'Angleterre, mais dont le plus grand tort était d'être catholique et de l'emporter sur elle en beauté, elle excita des troubles dans ses États. l'attira en Angleterre où elle la retint prisonnière, l'impliqua dans une accusation d'attentat contre sa personne et la fit enfin décapiter (1587).

Philippe II, roi d'Espagne, qui avait inutilement sollicité la main d'Élisabeth, arma contre l'Angleterre, sous le prétexte de venger cette mort, et équipa à cet effet une flotte formidable, l'Invincible Armada; mais cette flotte fut en peu de temps détruite par la tempête et par les efforts de Drake et des autres marins anglais (1588). Élisabeth envoya ensuite des secours à Henri IV, occupé à conquérir son royaume (1590), réprima les Irlandais que l'Espagne avait soulevés (1600), et soutint plusieurs fois les Pays-Bas attaqués par cette puissance. 

Cette lutte d'Elisabeth Tudor avec Marie Stuart et Philippe II a sans doute un intérêt dramatique exceptionnel; mais si l'on met de côté les noms de ces princes on s'aperçoit que le véritable effort du règne d'Elisabeth Ire n'a pas consisté à tendre des pièges à l'infortunée reine d'Ecosse et à faire échec aux projets du souverain de l'Escurial. Elisabeth a eu une plus juste notion de la politique que devait suivre l'Angleterre. Elle a préparé l'union de la Grande-Bretagne et contribué plus que personne à faire de son pays une grande puissance maritime. -

Le parlement anglais sous Elisabeth I. Une séance solennelle du Parlement d'Angleterre au temps d'Elisabeth I. - Sous un dais surmonté de ses armes, la reine siège en grand costume d'apparat, entourée du chancelier et du trésorier, ainsi que de nobles du plus haut rang. Devant elle, assis sont les lords, et, plus bas, debout, les députés des Communes, dont le porte-parole harangue la souveraine. (Bibl. Nat).

Elisabeth a disloqué l'empire colonial d'Espagne par les secours qu'elle a donné aux insurgés de Hollande. Francis Drake, Gilbert, Cavendish, Raleigh se lancent à la découverte de nouvelles terres ou assaillent bravement les Espagnols jusque chez eux. Enfin, sous son règne la littérature anglaise arrive à son apogée. Le caractère national de l'Angleterre est tout à fait formé. On trouve non plus seulement en germe mais développés, les éléments de la grandeur et de la misère; la marine et la taxe des pauvres; les puritains austères et les cavaliers galants; le despotisme royal et les parlements, la haine, la jalousie de la France et l'impossibilité de rien tenter dans l'Europe occidentale qui soit grand et utile sans l'alliance étroite avec la France.

La main de cette reine fut demandée par plusieurs souverains, et le Parlement la pressa plus d'une fois de faire un choix, mais elle ne voulut jamais se marier. Elle eut cependant plusieurs favoris : les plus célèbres sont Dudley, comte de Leicester, et Robert, comte d'Essex. Ce dernier s'étant révolté, elle le fit condamner à mort (1601); mais à peine la sentence était-elle exécutée qu'elle en conçut une vive douleur; elle mourut peu après, en 1603. Elle désigna pour son successeur Jacques, roi d'Écosse, fils de Marie Stuart

Élisabeth avait gouverné avec un despotisme presque absolu et convoqué très rarement le Parlement. Avec quelques-unes des qualités d'un grand souverain, elle avait eu aussi les faiblesses de beaucoup de puissants et de tous ceux qui singent la puissance : grossiéreté, vanité, jalousie, fausseté. (Louis Bougier / HGP).

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