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La dynastie
des Tudor occupa le trône d'Angleterre
de 1485
à 1603.
Dans cet intervalle s'accomplissent deux révolutions d'une importance
capitale : d'une part, l'Angleterre devient la première des puissances
protestantes ;
d'autre part, elle se pose en face de l'Espagne
et devient puissance maritime et coloniale. Mais la première seulement
de ces révolutions est achevée, lorsque les Tudor disparaissent.
Henry
VII, le fondateur de la dynastie, préside à la reconstruction
du royaume; son fils, Henri VIII, gaspille
ses économies et s'évertue à résoudre des problèmes
insolubles : en diplomatie, celui de l'équilibre européen;
en religion, celui du catholicisme
sans le pape; en administration, celui de bonnes finances sans honnêteté.
Édouard
VI ouvre la voie au protestantisme, dont les progrès sont refoulés
par Marie Tudor avec une rigueur implacable
et impuissante. Elisabeth I, enfin, groupe
adroitement autour d'elle les hommes d'Etat
les plus avisés, formule le symbole d'une religion officielle en
conformité avec l'opinion moyenne de son pays, résout les
grandes questions internationales, laisse prospère et redoutée
une nation qu'elle avait trouvée vaincue et ruinée.
Henri
VII (1485-1509)
Proclamé à
la romaine, sur la lande de Bosworth, le fondateur de la dynastie Tudor,
Henry
de Richmond, ne semblait pas avoir plus de chances de rester roi que
de titres à le devenir. Il était le petit-fils d'un Gallois,
Owen Tudor, qui, en dépit de généalogies forgées
après coup, était, en tout état de cause, de très
mince noblesse. Catherine de France,
veuve de Henri V, l'avait distingué
parmi les serviteurs de sa maison et l'avait épousé secrètement.
De cette union deux fils étaient nés, dont l'aîné,
Edmond, devint tuteur, puis mari de la plus riche orpheline du royaume,
Marguerite Beaufort, fille du duc de Somerset, tué à Saint-Albans,
descendant contesté de Jean de Gand. De là les prétentions
de Henri de Richmond, fils posthume d'Edmond Tudor, à la couronne
d'Angleterre : si fragiles qu'elles fussent, elles avaient suffi pour inquiéter
Édouard
IV et Richard IIl. Pourchassé,
traqué, Richmond avait dû fuir en Bretagne ,
puis en France ,
admirablement renseigné et servi par le premier homme d'État
de l'époque, John Morton, évêque d'Ely ,
auquel il devait le trône.
Les premiers actes
du nouveau roi dénotaient une rare prudence il convoqua le Parlement,
annonça son intention d'épouser la fille aînée
d'Édouard IV, Elisabeth, et
fit connaître, avec les noms de ses ministres, l'organisation des
services publics. L'Angleterre, déconcertée par les rapides
tragédies des dernières années, était disposée
à accorder un large crédit de patiente soumission au roi
qu'elle jugerait capable de rétablir l'ordre et la sécurité.
Lors de la réunion du Parlement, le nouveau chancelier, Alcoock,
développa ce thème : « Va de l'avant et règne!
»
Telle était bien la volonté du premier Tudor,
qui sut choisir ses agents de tout ordre, les tenir en haleine, les opposer
les uns aux autres. L'aristocratie avait été, pendant la
guerre des Deux Roses, affaiblie dans sa richesse et dans son sang. L'abolition
du droit de maintenance, qui permettait aux grands de s'entourer d'un très
grand nombre de serviteurs, la priva d'une force matérielle dangereuse
pour la couronne; mais elle conserva toutefois sa puissance terrienne.
Les Tudor
firent du principal organe du gouvernement, le Conseil privé, un
formidable instrument de domination; mais la représentation nationale
ne fut pas aussi docile, aussi efficace qu'on l'a prétendu. En comparant
les comptes rendus des sept Parlements de Henri
VII avec ceux des règnes précédents, on constate
au contraire que les députés des comtés et des bourgs
s'efforcèrent de sauvegarder leurs privilèges, leurs traditions,
et les intérêts de leurs commettants. Il est vrai que les
Anglais de cette époque ne considéraient pas comme si enviable
la mission de siéger à Westminster. Quand un magistrat, un
riche marchand honoré du titre de lord-maire, un vétéran,
croyait avoir bien mérité du roi et de la patrie, sa suprême
ambition était d'être, par grâce spéciale, dispensé
d'être nommé membre de la Chambre des communes. Si l'on tient
compte de cet état d'esprit, on comprend que Henri VII se soit passé
aussi aisément, dans les dernières années de sa vie,
de convoquer le Parlement ; l'opinion publique ne l'exigeait pas, et le
roi avait bien d'autres ressources que les subsides votés par les
Communes.
Henri VII accumula
un trésor de 1 800 000 livres sterling, somme énorme pour
le temps, et ce trésor fut sa grande force. Il avait fait dresser
un inventaire exact et complet des droits et revenus de la couronne, dont
la perception fut assurée par des agents bien choisis, surveillés
avec vigilance, encouragés par un légitime avancement; un
grand nombre de clercs trouvèrent leur intérêt à
exercer loyalement leurs fonctions et à servir le roi plutôt
que les grands. Morton, devenu archevêque de Canterbury ,
à la fois chancelier et en fait premier ministre, fut assisté
par des collaborateurs de grand talent, Edward Fox
et Bray. Il rendit de grands services, mais on se souvient surtout de la
fourche
de Morton, du dilemme dans lequel il enfermait les sujets invités
à prouver leur fidélité au roi en lui versant un don
gratuit ou benevolence :
«
Tu dépenses, donc tu es riche. Tu ne dépenses pas, donc tu
thésaurises. Paie. »
Le chancelier qui lui
succéda, William Warham, se fit un renom sans pareil par
les décisions
auxquelles il s'arrêta dans les procès entre particuliers;
mais les finances tombèrent aux mains de Dudley
et d'Empson, dont l'esprit fiscal et les exigences exaspérèrent
la nation.
Pendant tout son
règne, le premier des Tudor eut à
se garder contre les complots des nombreux prétendants, dus à
l'initiative d'imposteurs ou de rebelles. Ce fut d'abord lord Lovel, qui,
soutenu par la duchesse de Bourgogne ,
avec Lambert Simnel comme prête-nom, faillit enlever le roi sur la
route d'York. Trahi par ses complices, il fut battu à Stoke, par
suite de la couardise de ses mercenaires allemands (1487).
Plus long et plus compliqué fut le complot ourdi par l'imposteur
flamand Perkin (ou Pierrot) Warbeck, qui se fit passer pour Richard d'York,
second fils d'Édouard IV. Accueilli en Irlande ,
puis en Écosse ,
il finit par se faire prendre lâchement aux environs d'Exeter
(1497).
Enfermé à la Tour, il se laissa entraîner dans une
conspiration, où il compromit le malheureux comte Édouard
Warwick, fils du duc de Clarence. Celui-ci fut décapité et
Pierrot pendu. Les complots des dernières années peuvent
être groupés autour de la famille de la Pole, dont le chef,
Edmond Suffolk, fut vendu par Philippe le Beau.
On fait honneur à
Henri
VII d'une singulière finesse en matière diplomatique;
il aurait créé la politique de bascule, imaginé I'équilibre
européen. Or, malgré toute son astuce, le premier Tudor n'eut
pas à enregistrer que des succès. Il ne put empêcher
le mariage de Charles VIII avec Anne
de Bretagne, et, s'il soutira un subside au roi
de France ,
par le traité d'Étaples ,
qu'est cette satisfaction comparée aux avantages territoriaux que
remportèrent Ferdinand et Maximilien. Il fut plus avisé dans
sa politique commerciale. Reprenant les traditions d'Édouard
III et d'Édouard IV, mais
étendant singulièrement le champ de ses relations, il conclut
des traités avec les puissances du Nord comme avec Venise
et Florence .
Il accorda à la veuve de Richard
III le privilège d'exporter la laine anglaise dans les régions
qu'on appellera les États barbaresques .
Depuis longtemps, les rapports avec les Pays-Bas
et la Flandre
étaient réglés par un traité connu sous le
nom de « grand échange »
(intercursus
rnagnus) : Henri obtint de Philippe le Beau,
jeté par une tempête sur la côte, un renouvellement
si avantageux que le traité devint pour les Flamands « le
mauvais échange » (intercursus
malus). Henri fut mal inspiré le jour où sa parcimonie
lui fit écarter les offres de Christophe Colomb.
Il est vrai qu'il envoya Jean et Sébastien Cabot
en Amérique ,
mais il renonça à ces expéditions coûteuses
quand il eut été constaté que l'Amérique septentrionale
ne contenait pas de mines d'or et ne fournissait pas d'épices.
Henri
VIII
Henri
VIII (1509-1547)
succède à Henri VII. Grand,
beau, magnifique, il est une sorte de François
ler
anglais. Il gouverne despotiquement. Sollicité par la France
et par l'Autriche ,
il adopte une politique de bascule, mais se met volontiers au service du
plus fort s'il y trouve son bénéfice. Il est l'allié
très indolent des Français pendant la ligue de Cambrai ,
mais il les combat effectivement de 1512
à 1514
(bataille de Guinegate )
et écrase leurs alliés d'Ecosse
à la bataille décisive de Flodden
(1513).
Il prit part aussi à la ligue contre François Ier
(1522-1523)
et s'il se laisse inscrire au traité de Cognac ,
parmi les ennemis de Charles-Quint, il se
soucie peu de leur donner un secours réel. A la fin de son règne,
en 1544,
il s'empare en personne de Boulogne
tandis qu'une armée envahit l'Ecosse et brûle Edimbourg .
En somme, il acquiert assez de gloire personnelle pour faire pardonner
à ses sujets ses empiétements sur les libertés publiques
et ses effrayants homicides. On l'a appelé le Néron
anglais. Nul n'eut moins que lui le respect de la vie humaine. Il débute
par le supplice des ministres de son père. En 1521,
Buckingham, plus tard Thomas More, sont mis à
mort avec une froide cruauté, mais aussi avec un hypocrite souci
des formes judiciaires. On vit alors quelle effroyable oppression pouvait
autoriser l'appareil législatif de l'Angleterre. Ainsi les prétentions
théologiques du roi et ses subtilités imposent à l'Église
anglicane un schisme sans grandeur et sans logique.
Le roi et le parlement
rejettent l'obédience de Rome
en se proclamant fidèles aux dogmes et surtout à celui de
la transsubstantiation. L'échafaud où le bûcher punissent
les catholiques restés fidèles
au pape ou les protestants logiques qui
réclament l'entière liberté de conscience. Il faut
reconnaître cependant qu'en s'arrêtant ainsi à cette
position intermédiaire Henri VIII
était plus qu'on le croit aujourd'hui en communion d'idées
avec son peuple. L'Angleterre, au début du XVIe
siècle, avait une égale
horreur de l'hérésie et du papisme. La réforme telle
qu'on la comprenait en Allemagne
n'était désirée que dans les universités et
dans quelques grandes villes. Les esprits simples de la foule ne s'élevaient
pas jusque-là. D'autre part, il est faux de dire que le schisme
de Henri VIII n'a pas eu d'autres motifs que le refus opposé par
le pape Clément VII à son divorce
et l'excommunication lancée par le souverain pontife lorsque le
roi eut passé outre. C'est donner une bien petite cause à
un grand fait historique qu'expliquent de si nombreux antécédents.
C'est bien la politique de la papauté en Angleterre qui a été
la cause première du schisme, mais ce n'est pas à proprement
parler la politique de Clément VII. Celle des papes du Moyen âge
avait depuis longtemps exaspéré toutes les classes de la
population. -
Sceau
de Henri VIII.
An début du
règne, la faveur de Wolsey avait fait écarter l'examen de
la question; mais la disgrâce de ce fastueux archevêque, le
choix de Thomas Cromwell comme chancelier d'Angleterre attestèrent
la volonté d'Henri VIII de n'accepter aucune remontrance. La nation
applaudit. Le Parlement réformateur (1529)
avait déjà ouvert une enquête sur l'état des
monastères
dans le royaume. Des abus extraordinaires avaient été révélés.
En 1531
le roi se proclama chef de l'Eglise anglicane; en 1533,
Thomas Cranmer est nommé archevêque de Canterbury .
Son premier acte est de bénir le mariage d'Henri VIII avec Anne
de Boleyn. En 1534,
le schisme est consommé; le bill de succession est voté,
la couronne est assurée aux enfants d'Anne de Boleyn au préjudice
de Marie, fille de Catherine
d'Aragon.
Les biens ecclésiastiques
sont saisis par le roi, les monastères sont vidés, leurs
immenses richesses sont divisées en trois parts. L'Eglise nouvelle
d'Angleterre en obtient une, l'autre est donnée aux collèges,
aux universités, aux établissements de bienfaisance, la troisième,
et non la moindre, est distribuée aux courtisans, aux grands seigneurs.
C'est
ainsi qu'aujourd'hui encore tant d'abbayes
en ruines sont enclavées dans les parcs des lords d'Angleterre.
Cette spoliation fut accompagnée de violences dans plus d'un cas.
Plusieurs abbés trop récalcitrants montèrent sur l'échafaud,
la plupart se soumirent, on leur attribua des pensions viagères;
les derniers titulaires vivaient encore du temps de Jacques
ler,
plus de cinquante ans après. Dans le Nord une insurrection formidable
éclata : c'est le fameux pèlerinage
de grâce (1536),
suivi de tant d'exécotions. Le bourreau n'épargna même
pas les femmes. En 1517
on avait exécuté lady Salisbury, mère du futur cardinal
Reginald Pole; Anne de Boleyn périt à
son tour; Thomas Cromwell enfin est décapité en
1540.
Les dernières années du règne d'Henri
VIII, ses mariages, ses cruautés, ses caprices dans le règlement
de sa succession, donnent les éléments d'un curieux problème
psychologique. Il est peu de princes qui aient trouvé des admirateurs
plus enthousiastes et des détracteurs plus acharnés.
Édouard
VI (1547-1553); la tyrannie protestante
La mort de Henri
VIII n'étonna personne, mais prit tout le monde au dépourvu,
sauf le subtil Seymour, comte de Hertford, oncle
maternel du jeune Édouard, fils
de Jane Seymour,
morte en couches (1529).
Cet ambitieux, dont la coterie dominait dans le conseil privé depuis
la chute des Howard et qui était admirablement servi tant par son
sang-froid que par son audace, se fit reconnaître comme protecteur
de tous les royaumes et domaines de Sa Majesté Royale, devint duc
de Somerset, traita le roi de France
de frère et les membres du Conseil de lieutenants. Il avait des
idées, mais elles étaient contradictoires; il était
capable de concevoir de grands projets, mais il manquait d'esprit pratique.
Il se lança dans trois entreprises dont chacune eût suffi
à l'absorber, et ce fut sa perte. Il voulut unir l'Écosse
à l'Angleterre en mariant le roi avec sa cousine Marie
Stuart. Rebuté, il envahit le pays récalcitrant et battit
l'armée écossaise à Pinkie. La petite reine fut envoyée
en France, où elle épousera le Dauphin.
Le Protecteur ne
fut pas plus heureux dans sa politique sociale. Se proposant de supprimer
la mendicité, il obtint du Parlement des dispositions draconiennes
: les vagabonds seraient marqués au fer rouge et livrés comme
esclaves aux fermiers pour deux ans, en cas de récidive pour la
vie. Mais le brigandage prit la place de la mendicité, cependant
que les émissions de monnaie d'un titre bas provoquaient dans les
villes la hausse du prix des denrées. Somerset devint impopulaire;
l'impopularité tourna en mépris quand il laissa condamner
à mort son propre frère l'amiral Seymour, sous l'inculpation,
d'ailleurs justifiée, de piraterie, et quelques mois d'effervescence
religieuse suffirent à ruiner complètement son pouvoir. Le
Parlement, convoqué au début du règne, avait supprimé
les vieilles lois de persécution contre les hérétiques,
condamné le culte des images, autorisé le mariage des prêtres
et imposé un Livre de prières, Book of common Prayer ,
rédigé en anglais, de façon à ne froisser ni
les catholiques ni les réformés.
Telle était du moins la pensée qui avait présidé
à sa composition, mais l'accord ne put se faire entre l'archevêque
de Canterbury ,
Cranmer, et l'évêque de Londres ,
Gardiner. L'agitation théologique dégénéra
dans le Norfolk en une insurrection agraire, dans le Dorset
en un mouvement plus nettement religieux, de tendance catholique.
L'affaire du Norfolk
fut la plus grave : elle entraîna la démission du Protecteur
et l'avènement au pouvoir de John Dudley,
comte de Warwick, fils de cet agent de Henry
VIl qui avait été décapité avec Empson.
Warwick prit nettement le parti de la Réforme. Pendant qu'une guerre
sauvage était faite aux images, aux manuscrits, aux vitraux
même, Cranmer acheva d'élaborer le second Livre de prières,
voté en 1552
et suivi de l'Acte des Quarante-deux articles où étaient
résumées les doctrines de l'Église anglicane .
Il scandalisa les catholiques sans faire l'accord parmi leurs adversaires,
et deux groupes se constituèrent : les conformistes avec Cranmer
: les non-conformistes, dirigés par l'Écossais
John Knox et par l'évêque de Gloucester ,
qui se fit mettre en prison plutôt que de revêtir, lors de
sa consécration, les vêtements épiscopaux.
L'ambitieux Dudley
ne s'était pas contenté de devenir comte de Warwick : il
se conféra le titre de duc de Northumberland et visa plus haut encore,
car il maria l'un de ses fils à la gracieuse Jane
Grey, petite-nièce de Henry VIII,
qu'il obligea le Conseil à reconnaître comme future souveraine,
après avoir fait écarter les deux soeurs du roi, Marie
et Elisabeth. Quand se termina la lente
et triste agonie d'Édouard, il se crut décidément
le maître; il comptait sur l'appui des protestants,
qui voyaient dans l'avènement de Marie Tudor le signal d'une réaction
catholique.
Marie
Tudor (1554-1558); la réaction catholique
Marie
Tudor, fille de Catherine d'Aragon
et de Henri VIII, avait alors trente-six
ans. Mûrie par une sévère expérience, elle échappa
aux pièges des ministres, arbora son pavillon dans un vieux château
de Suffolk, région catholique, et, ayant en quelques jours constitue
une armée, elle fit à Londres
une entrée triomphale, accueillie avec joie par les catholiques
et les anglicans (3 août 1555).
Ses premiers actes furent empreints de modération, et elle proclama
une amnistie générale, mais elle ne persista pas dans cette
politique modérée, et elle poursuivit le rétablissement
du catholicisme dans des conditions maladroites et violentes. L'abrogation
de la législation ecclésiastique, votée sous le règne
précédent, provoqua un mouvement insurrectionnel. Le Kent
se souleva et sir Thomas Wyatt marcha sur Londres, mais sa défaite
fut suivie d'un système de rigueurs qui allait valoir à la
reine le terrible surnom de Sanguinaire. Marie fit exécuter,
outre Wyatt, le duc de Suffolk, Jane Grey et son
mari,
et elle enferma à la Tour sa soeur
Elisabeth
(1554).
Peu après
elle épousa le prince des Asturies ,
le futur Philippe II, qu'elle aimait
passionnément et qu'elle associa à la couronne. Elle réconcilia
ensuite l'Angleterre avec Rome ,
sous réserve toutefois que les terres des abbayes
resteraient aux mains de leurs possesseurs nouveaux. Cet événement
célébré à Westminster, le 30 novembre 1554,
par le cardinal Pole, fut le point de départ de persécutions
dont il semble bien que la responsabilité retombe sur la reine plutôt
que sur son mari ou sur l'agent de Charles-Quint,
le Flamand Simon Renard. Les lois contre l'hérésie furent
remises en vigueur et le nombre des martyrs protestants fut tel que le
cardinal Pole, sacré en 1556
archevêque de Canterbury, s'employa vainement à modérer
l'ardeur persécutrice de Marie et de ses conseillers.
Lorsque Philippe
fut devenu roi d'Espagne ,
il décida Marie Tudor à intervenir
contre la France .
Il remporta la victoire de Saint-Quentin, mais le duc
de Guise reprit Calais ,
dont la perte fut si cruelle à Marie qu'à en croire la légende
elle la déplorait encore dix mois plus tard, sur son lit de mort.
La perte de Calais fut, avec le maintien du catholicisme en Angleterre,
un des soucis constants de Marie Tudor pendant les derniers temps de son
règne. L'un et l'autre de ces soucis s'expliquent aisément,
le second surtout, puisque l'Angleterre, au cours des années suivantes,
rompit définitivement avec Rome après avoir hésité
entre le catholicisme et le protestantisme.
Elisabeth
I
Elisabeth,
fille de Henri VIII et d'Anne
Boleyn, née en 1533,
fut élue par le parlement à la mort de sa soeur. Son père
l'avait d'abord déclarée illégitime et incapable de
régner : mais il avait révoqué cet arrêt par
son testament, et Élisabeth fut reconnue sans contestation en
1558.
Vivant jusque-là dans une profonde retraite, elle s'était
livrée avec ardeur à l'étude et avait acquis de grandes
connaissances : elle parlait et écrivait, non seulement le français
et l'italien, mais aussi le latin et le grec. Sa dignité dans le
malheur lui avait inspiré la sympathie et l'admiration. A peine
montée sur le trône, elle rétablit la religion protestante ,
que Marie avait proscrite : elle organisa
l'Église anglicane ,
par le bill des 39 articles, 1562,
et se constitua chef de cette église, puis s'empressa de prendre
hardiment le rôle de chef du parti protestant en Europe
et ce rôle est plutôt politique que religieux.
Le règne d'Elisabeth
vit fit fleurir l'agriculture, le commerce, la marine, les lettres, tandis
que la souveraine portait l'économie dans les finances; mais elle
marqua aussi son règne par son acharnement contre le Catholicisme
et par sa conduite barbare envers la reine d'Écosse, Marie
Stuart. Irritée contre cette princesse, qui avait eu, il est
vrai, l'imprudence de prendre le titre de reine
d'Angleterre, mais dont le plus grand tort était d'être
catholique et de l'emporter sur elle en beauté, elle excita des
troubles dans ses États. l'attira en Angleterre où elle la
retint prisonnière, l'impliqua dans une accusation d'attentat contre
sa personne et la fit enfin décapiter (1587).
Philippe
II, roi d'Espagne ,
qui avait inutilement sollicité la main d'Élisabeth, arma
contre l'Angleterre, sous le prétexte de venger cette mort, et équipa
à cet effet une flotte formidable, l'Invincible armada; mais
cette flotte fut en peu de temps détruite par la tempête et
par les efforts de Drake et des autres marins anglais
(1588).
Élisabeth envoya ensuite des secours à Henri
IV, occupé à conquérir son royaume (1590),
réprima les Irlandais que l'Espagne
avait soulevés (1600),
et soutint plusieurs fois les Pays-Bas
attaqués par cette puissance.
Cette lutte d'Elisabeth
Tudor avec Marie Stuart et Philippe II a sans doute un intérêt
dramatique exceptionnel; mais si l'on met de côté les noms
de ces princes on s'aperçoit que le véritable effort du règne
d'Elisabeth Ire n'a pas consisté
à tendre des pièges à l'infortunée reine d'Ecosse
et à faire échec aux projets du souverain de l'Escurial .
Elisabeth a eu une plus juste notion de la politique que devait suivre
l'Angleterre. Elle a préparé l'union de la Grande-Bretagne
et contribué plus que personne à faire de son pays une grande
puissance maritime. -
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Une
séance solennelle du Parlement d'Angleterre au temps d'Elisabeth
I. - Sous un dais surmonté de ses armes, la reine siège
en grand costume d'apparat, entourée du chancelier et du trésorier,
ainsi que de nobles du plus haut rang. Devant elle, assis sont les lords,
et, plus bas, debout, les députés des Communes, dont le porte-parole
harangue la souveraine. (Bibl. Nat). |
Elisabeth a disloqué
l'empire colonial d'Espagne
par les secours qu'elle a donné aux insurgés de Hollande.
Francis
Drake, Gilbert, Cavendish,
Raleigh
se lancent à la découverte de nouvelles terres ou assaillent
bravement les Espagnols jusque chez eux. Enfin, sous son règne la
littérature anglaise arrive à son apogée. Le caractère
national de l'Angleterre est tout à fait formé. On trouve
non plus seulement en germe mais développés, les éléments
de la grandeur et de la misère; la marine et la taxe des pauvres;
les puritains austères et les cavaliers galants; le despotisme royal
et les parlements, la haine, la jalousie de la France
et l'impossibilité de rien tenter dans l'Europe
occidentale qui soit grand et utile sans l'alliance étroite avec
la France.
La main de cette
reine fut demandée par plusieurs souverains, et le Parlement la
pressa plus d'une fois de faire un choix, mais elle ne voulut jamais se
marier. Elle eut cependant plusieurs favoris : les plus célèbres
sont Dudley, comte de Leicester, et Robert, comte
d'Essex. Ce dernier s'étant révolté, elle le fit condamner
à mort (1601);
mais à peine la sentence était-elle exécutée
qu'elle en conçut une vive douleur; elle mourut peu après,
en 1603. Elle désigna pour son successeur Jacques,
roi d'Écosse, fils de Marie Stuart.
Élisabeth
avait gouverné avec un despotisme presque absolu et convoqué
très rarement le Parlement. Avec quelques-unes des qualités
d'un grand souverain, elle avait eu aussi les faiblesses de beaucoup de
puissants et de tous ceux qui singent la puissance : grossiéreté,
vanité, jalousie, fausseté. (Louis Bougier
/ HGP). |
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