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| L'adoration
de la vache est un des faits qui sont les plus caractéristiques
de la civilisation hindoue. Celles des tribus
qui tuent les vaches et se nourrissent de leur chair sont aussi les moins
hindouisées : telles sont les tribus Gonds. Inversement, à
Bénarès, la ville sainte du brahmanisme, on peut les voir
encombrer les rues étroites, inviolables «comme des idoles
ambulantes» (Barth). On dit que la fameuse révolte des
Cipayes fut occasionnée par le refus des soldats de se servir, pour
leurs cartouches, d'une graisse qu'ils croyaient être de la graisse
de vache. De nos jours, le meurtre involontaire, même la mort accidentelle
d'une vache, sont chose extrêmement grave et nécessitent de
coûteuses expiations. L'histoire de ce culte est fort curieuse. Dès
les plus anciens temps, la vache est appelée «celle qu'on
ne doit pas tuer » (16 fois dans le Rig Véda -
Une vache sacrée, dans une rue de Varanasi (Inde). En médaillon, statue de Nandi, à Lalitpur (Népal). Photos : © Serge Jodra, 2011. Dans le rituel védique, la vache, le taureau (quelquefois incarnation de Rudra), l'urine, le fumier, la trace des pas de ces animaux, jouent un très grand rôle. Mais, d'autre part, elle est souvent sacrifiée en vraies hécatombes; on la mange solennellement lors du mariage, de l'arrivée d'un hôte; on tue aussi une vache noire lors des rites funéraires; les brahmanes consomment rituellement la vache stérile qui leur est réservée. Comment tous ces faits s'accordent-ils entre eux? Comment les mêmes hommes pouvaient-ils tuer une bête et l'adorer en même temps? Comment comprendre la parole de cet ancien sage, Yajnavalkya, qui disait aimer la viande de boeuf? La seule hypothèse raisonnable est de supposer que, dans l'Inde védique comme ailleurs, il fallait adorer ou au moins tuer rituellement la bête dont on ne pouvait consommer que rituellement. Toujours est-il que la vache devint de plus en plus un être divin. Dès la plus haute antiquité, les nuages célestes, les prières même, sont figurées comme des vaches. Idâ, déesse des bestiaux, est identifiée souvent à une vache; son incarnation dans l'offrande lactée est une partie essentielle de tout sacrifice solennel. Indra est souvent appelé taureau et même représenté comme tel. De telle sorte que le rôle de la vache devint facilement considérable dans le panthéon hindou. De la fusion des deux notions, vaches-nuages et Idâ-déesse-vache, naquit, peutêtre, la notion de la vache divine, de la vache d'abondance, dispensatrice des désirs, Kâmaduk. Cette notion est importante dans l'Inde, depuis l'ère chrétienne jusqu'à nos jours. L'ancien taureau divin est devenu le taureau Nandi, coursier de Çiva (Rudra), ses exemplaires vivants ou de pierre abondent dans les temples. Les bergers eux-mêmes ont été divinisés dans la personne de Krichna. En même temps, la vache est devenue de plus en plus inviolable. Les plus anciens textes de lois abondent
en prescriptions formelles qui la concernent. La tuer est chose punissable;
la saigner est acte méritoire, qui fait disparaître bien des
crimes; la révérer à l'égal du brahmane
est chose obligatoire ( |
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