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L'histoire de l'Islande
L'Islande fut connue tr√®s anciennement par les Celtes d'Irlande et d'√Čcosse. Au VIIIe si√®cle, il s'y trouvait des moines (papars) irlandais. Mais ceux-ci n'avaient pas effectu√© une v√©ritable colonisation et disparurent devant les Scandinaves. C'est en 861 que Nadodd, un viking norv√©gien, d√©couvrit l'√ģle qu'il d√©nomma terre neigeuse. Le Su√©dois Gardar, le Normand Floki s'y rendirent ensuite. En 874, le Norv√©gien Ingolfr Arnarson, banni de son pays, commen√ßa la colonisation. Le premier √©tablissement se fit √† Reykjavik. Les progr√®s furent rapides.

La plupart des immigrants furent des Norv√©giens qui s'expatriaient pour ne pas se soumettre √† la domination des chefs puissants qui allaient fonder le royaume de Norv√®ge. L'Islande devint donc une nouvelle Norv√®ge; elle fut, sur le mod√®le de la Norv√®ge primitive, une f√©d√©ration de villages isol√©s, cach√©s au fond des fjords et des longues vall√©es de l'√ģle. Les vieilles moeurs, les traditions, les sagas s'y conserv√®rent plus longtemps que sur le continent, et c'est par l'Islande surtout que nous pouvons imaginer l'√©tat de la Scandinavie avant le christianisme
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Carte de l'Islande et du Sud du Groenland publiée en 1692. Dessinée par V. Coronelli, elle
repose sur les descriptions des frères Zeno (XIVe s.). Cliquer pour afficher une image plus grande.

L'√©poque des grandes immigrations fut celle o√Ļ Harald Harfager faisait l'unit√© norv√©gienne. On admet qu'en soixante ans l'√ģle fut peupl√©e. Quelques Celtes, Danois et Su√©dois se joignirent au gros des colons norv√©giens. Les chefs des quatre grandes familles √©tablies aux quatre coins de l'√ģle sont la principale autorit√©. Vers 930, l'organisation politique se pr√©cise. Ulfljot r√©dige la loi territoriale. L'assembl√©e g√©n√©rale du peuple (Althing) se r√©unit chaque ann√©e en √©t√© √† Thingvellir; les pr√™tres qui √©taient les chefs des communaut√©s sont subordonn√©s √† l'autorit√© d'un fonctionnaire ou juge supr√™me (laugman), pr√©sident de l'assembl√©e. L'Islande est divis√©e en quatre provinces (965); celles-ci sont subdivis√©es en 13 things et 29 paroisses (godord). 

Le christianisme se r√©pand, gr√Ęce aux efforts des missionnaires dont le plus c√©l√®bre fut Thorwald Kodransson √† la fin du Xe si√®cle. En l'an 1000, l'assembl√©e g√©n√©rale accepte le christianisme pr√™ch√© par Gissur et Hialte, missionnaires envoy√©s par le roi de Norv√®ge. En 1057, le premier √©v√™que Isle√Įp b√Ętit la cath√©drale de Skalholt. Un second √©v√™ch√© fut cr√©√© ult√©rieurement √† Holar, dont la cath√©drale date de 1106. Chacune de ces cath√©drales eut une √©cole. L'Islande √©tait tr√®s florissante et fut presque √† la t√™te du mouvement intellectuel scandinave. 

La fin de l'indépendance.
A partir de la fin du Xe si√®cle, elle colonisa le Groenland, puis le Vinland (La D√©couverte de l'Am√©rique). L'ind√©pendance islandaise subsista trois si√®cles. Peu √† peu la constitution d√©g√©n√©ra; il se forma une aristocratie qui opprima les hommes libres; les rapports avec l'√Čglise engendr√®rent des querelles fr√©quentes, d'autant que l'√Čglise d√©pendait de l'archev√™ch√© norv√©gien de Trondheim. Elle pr√™ta son appui au roi de Norv√®ge Haakon, lequel conquit l'Islande en 1264; les jeunes Islandais √©lev√©s en Norv√®ge favoris√®rent la conqu√™te. En 1280, l'√ģle re√ßut un nouveau code. La perte de l'ind√©pendance ne mit pas fin aux discordes civiles; elle accrut le poids des imp√īts, lesquels pr√©lev√©s maladroitement sur le commerce eurent les plus funestes cons√©quences. En 1381, l'Islande passa avec la Norv√®ge sous la domination danoise; un gouverneur danois l'administra. Le d√©clin s'accentua : la peste noire fit p√©rir, de 1402 √† 1404, les deux tiers de la population. 

Plan de l'Althing.
A= Descente vers l'Alimannagj√†     C= Entr√©e de l'Althing
B= Cascade de l'Oxar√†      D= Si√®ge du Juge

Partie du plan de l'Althing. - Il n'est pas possible de fixer l'échelle de cet ancien levé, évidemment
défectueux, les mesures données par Lord Dufferin, Jules Leclercq et autres pour les dimensions
de l'Almannagja et du Tertre de la Loi ne concordant aucunement. L'orientation n'est qu'approximative.
La paroi nord de l'Almannagja est sensiblement plus élevée que la paroi du sud.

Les principaux événements dans l'époque moderne furent : l'introduction de l'imprimerie (1520-1530); la Réforme (1536-1550), qui provoqua des luttes sanglantes; les pillages des corsaires anglais et des Barbaresques (1627 et 1687), ces derniers égorgèrent ou enlevèrent beaucoup de monde; les éruptions volcaniques, surtout celles de 1698 et de 1724; l'épidémie de petite vérole de 1707, qui fit périr 18000 Islandais; les famines, surtout celle de 1784-1785. Le monopole commercial que s'était attribué le gouvernement eut des effets désastreux; les marchands danois exploitaient tellement les insulaires que ceux-ci abandonnèrent presque l'élevage du bétail pour s'adonner à la pêche.

En 1800 on supprima l'Althing. En 1809, J√ľrgen J√ľrgenson, appuy√© par deux navires anglais, s'empara de Reykjavik, et proclama la r√©publique islandaise (21 juin 1809); mais, deux mois apr√®s, les Anglais le d√©pos√®rent et l'exp√©di√®rent √† Londres. En 1844, l'Islande fut r√©troc√©d√©e au Danemark. Les famines de 1824-1825, l'√©pid√©mie de 1827 furent les derni√®res graves √©preuves. Depuis, la situation s'est am√©lior√©e. L'Islande re√ßut en 1834des d√©put√©s au Parlement danois; en 1843 I'Althing fut r√©tabli. Jan Sigurdsson, chef du parti autonomiste, fit √©chouer les projets d'incorporation √† la monarchie danoise. Il r√©clamait pour l'√ģle une organisation distincte, avec un minist√®re sp√©cial, un gouverneur indig√®ne. En 1854, la libert√© commerciale fut conc√©d√©e; en 1871, le Parlement danois c√©da, et, en 1874, avant les f√™tes du mill√©naire de la colonisation auxquelles assista le roi, il conc√©da √† l'Islande une constitution : l'Althing form√© de 36 membres l√©gif√®re et contr√īle l'administration du ministre pour l'Islande. L'assembl√©e du peuple tenue en 1885 √† Thingvalla selon l'antique usage r√©clama davantage : l'autonomie compl√®te r√©duisant le lien √† une union personnelle entre l'Islande et le Danemark. Cette revendication sera satisfaite en deux √©tapes :  En 1904, l'autonomie fut accord√©e et, le 1er d√©cembre 1918, un Acte d'Union entre en vigueur par lequel l'Islande est reconnue comme √Čtat souverain (sauf pour les affaires √©trang√®res et les finances...), le chef de cet √Čtat restant le roi du Danemark. Ce trait√© √©tait normalement valide jusqu'en 1943, mais l'invasion du Danemark par les troupes allemandes en avril 1940, allait modifier la donne.  (A.-M. B.).

La république d'Islande.
L'arm√©e britannique prit aussit√īt pied en Islande pour pr√©munir l'√ģle contre une occupation allemande, tandis qu'un r√©gent √©tait nomm√© par l'Althing √† Reykjavik. En 1941, les troupes am√©ricaines, fortes de plusieurs dizaines de milliers de soldats, prirent le relais des Britanniques, faisant de l'Islande l'un de leur point de contr√īle de l'Atlantique Nord. En 1943, l'Acte d'Union avec le Danemark  fut d√©nonc√© par l'Althing et, le 24 mai 1944, un r√©f√©rendum approuva  massivement l'ind√©pendance compl√®te de l'Islande, qui se proclama une r√©publique, le 17 juin suivant. 

Les années 1950, ont été marquées, en Islande, d'une part par l'installation d'une base militaire américaine à Keflavik, en 1951, deux ans après l'adhésion du pays à l'OTAN, et qui a provoqué des remous dans une partie de la population, puis, à la fin de la décennie, par un conflit avec le Royaume-Uni que l'on a appelé la "guerre de la morue" et qui a durablement empoisonné les relations entre les deux pays. Cette première crise a été déclenchée par la décision de l'Islande de déplacer la limite de sa zone de pêche exclusive de quatre à douze miles (environ 20 kilomètres), en 1958. La confrontation fut encore relancée en 1972, avec une nouvelle extension à 50 miles (80 kilomètres), puis en 1975-1976, lorsque l'Islande étendit sa zone de pêche 200 miles (320 kilomètres).

En 1980, l'Islande, en √©lisant Vigdis Finnbogadottir √† la pr√©sidence de la r√©publique, a √©t√© le premier pays europ√©en √† √©lire une femme √† la t√™te de l'√Čtat. Elle sera r√©√©lue en 1984, en 1988 et en 1992. Contrairement aux deux autres, sa seconde √©lection avait √©t√© particuli√®rement difficile, en partie du fait de la crise √©conomique (tr√®s forte inflation) qu'a connue l'Islande dans les ann√©es 1980. Olafur Ragnar Grimsson a pris la suite de Vigdis Finnbogadottir en 1996. Il a √©t√© r√©√©lu en 2000 et en 2004. Les faits les plus marquants de ces deux pr√©sidences aura √©t√©, en 1993, l'association de l'Islande √† l'Union europ√©enne dans le cadre de l'Espace √©conomique europ√©en (auparavant, l'Islande adh√©rait, depuis 1970, √† l'Association europ√©enne de libre √©change (AELE)) et les d√©m√™l√©s du pays avec la Commission internationale sur la p√™che √† la baleine, entre 1992 et 2001. Pendant cet intervalle l'Islande avait quitt√© cet organisme, et ne l'a rejoint ensuite qu'√† titre d'observateur. En ao√Ľt 2003, apr√®s un arr√™t total de plus de quinze ans, une campagne de p√™che √† la baleine a √©t√© lanc√©e, officiellement dans un but scientifique (√©tude de l'impact de la population baleini√®re sur les stocks de poisson). 

En 2008, l'Islande a √©t√© durement touch√©e par une crise financi√®re majeure. Les trois principales banques du pays (Kaupthing, Landsbanki et Glitnir) se sont effondr√©es. Cela a entra√ģn√© une d√©valuation massive de la couronne islandaise (ISK) et une r√©cession √©conomique profonde. Le gouvernement a √©t√© contraint de nationaliser les banques pour √©viter un effondrement total du syst√®me financier. L'Islande a alors demand√© l'aide du Fonds mon√©taire international (FMI) et a re√ßu un plan de sauvetage.

La crise a provoqu√© une grande col√®re parmi la population islandaise. Une s√©rie de manifestations connues sous le nom de ¬ę r√©volte des casseroles ¬Ľ a eu lieu. Les protestataires ont exig√© la d√©mission du gouvernement en place, accus√© de mauvaise gestion et de corruption. En janvier 2009, le gouvernement de Geir Haarde a d√©missionn√©, et un gouvernement de coalition de gauche, dirig√© par J√≥hanna Sigur√įard√≥ttir, a pris le pouvoir.

Suite à la crise, une initiative de réforme constitutionnelle a été lancée pour revoir les structures politiques et économiques du pays. En 2010, une assemblée constituante composée de citoyens ordinaires a été formée pour rédiger une nouvelle constitution. Bien que le processus ait été soutenu par un référendum en 2012, le projet de nouvelle constitution n'a finalement pas été adopté par le parlement.

En avril 2010, le volcan Eyjafjallaj√∂kull est entr√© en √©ruption. Sa projection de  nuages de cendres dans l'atmosph√®re  a perturb√©  gravement le trafic a√©rien en Europe. Cet √©v√©nement a mis en lumi√®re la vuln√©rabilit√© de l'Islande aux catastrophes naturelles, mais a √©galement attir√© l'attention sur le pays.

Malgré les défis, l'économie islandaise a progressivement récupéré. Le tourisme est devenu un pilier important de l'économie. Il attire désormais des millions de visiteurs chaque année, attirés par les paysages uniques et la culture islandaise. En 2015, l'Islande avait remboursé toutes les dettes contractées auprès du FMI.

L'Islande avait entamé des négociations pour rejoindre l'Union européenne en 2009, mais ces négociations ont été suspendues en 2013 après un changement de gouvernement. Avançant la nécessité de protéger les intérêts de la pêche et l'autonomie économique, le gouvernement a officiellement retiré la candidature du pays à l'UE en 2015.

L'Islande a √©galement √©t√© touch√©e par plusieurs scandales politiques, notamment les Panama Papers en 2016, qui ont r√©v√©l√© que le Premier ministre Sigmundur Dav√≠√į Gunnlaugsson d√©tenait des actifs offshore non d√©clar√©s. Cela a conduit √† sa d√©mission et √† de nouvelles √©lections.

Comme le reste du monde, l'Islande a √©t√© touch√©e par la pand√©mie de covid-19 en 2020. Gr√Ęce √† une petite population et √† une r√©ponse rapide, le pays a r√©ussi √† contenir relativement bien le virus par rapport √† de nombreux autres pays. Des mesures strictes de quarantaine et de d√©pistage ont √©t√© mises en place, et l'Islande a √©t√© parmi les premiers pays √† rouvrir au tourisme avec des protocoles de s√©curit√©.

Les lettres et les arts en Islande.

La littérature.
La po√©sie fut tr√®s anciennement cultiv√©e par les Islandais. D√®s le VIIe si√®cle, les scaldes, po√®tes guerriers comme √©taient les Bardes chez les Celtes, c√©l√©braient les dieux et les h√©ros : leurs chants, transmis de bouche en bouche, ne furent fix√©s par l'√©criture qu'au XIe si√®cle. Les po√®mes les plus anciens sont ceux que recueillit, dit-on, Saemund Sigfusson au XIIe si√®cle, et dont se compose l'ancienne Edda. A partir du XIe si√®cle, la po√©sie d√©g√©n√©ra pour le fond et pour la forme. Vers le milieu du XIIIe si√®cle, √©poque o√Ļ les scaldes, cessant d'√™tre prot√©g√©s et favoris√©s comme po√®tes de cour, ne tard√®rent pas √† dispara√ģtre. Ce fut le temps o√Ļ Snorri Sturleson recueillit les l√©gendes historiques en prose, les trait√©s de grammaire, de rh√©torique et de po√©sie, qui composent la seconde Edda.

La prose date en Islande du commencement du XIIe si√®cle. Ari le Sage √©crivit alors l'Islendigabok (livre des Islandais), histoire rapide du pays, qui s'arr√™te vers l'an 1120, et commen√ßa le Landnamabok (livre de la prise de possession du pays), ouvrage plus complet, termin√© dans la seconde moiti√© du XIIIe si√®cle par Sturle Thordsson. Une source non moins pr√©cieuse de l'ancienne histoire de la Scandinavie, ce sont les Sagas (traditions verbales), r√©cits en vers ou en prose, compos√©s aux XIIIe, XIVe et XVe si√®cles, et dans lesquels sont c√©l√©br√©s les faits d'armes des antiques h√©ros, les exploits des rois et des familles illustres. 

Après la réunion de l'Islande au Danemark en 1397, l'esprit littéraire s'est affaibli. La première traduction islandaise de la Bible a été l'ouvrage d'un évêque d'Hoilum, Gudbrand Thorlaksön, qui l'acheva en 1584. Haigrim Peterssön rima des psaumes, qui devinrent la lecture habituelle du peuple. Au XVIIIe siècle, Torfaeus s'est fait une réputation européenne par sa Chronique de Norvège et sa Chronologie des rois de Danemark; Arne Magnussen a révélé au monde littéraire les anciens textes poétiques et historiques de son pays; Finnsen a écrit son Histoire ecclésiastique d'Islande

Les arts.
A part de rares ruines de temples pa√Įens, telles que celles de Ljarskogum ou celles moins connues des bords du Ljosvatn, l'architecture islandaise n'offre gu√®re de monuments de quelque int√©r√™t. Le mus√©e de Reykjavik, fond√© en 1863 par Sigurdur Gudmundsson (mort en 1874) contient en revanche une pr√©cieuse collection de sculptures sur bois, de costumes anciens, de parures et d'objets d'√©glise. Ni la sculpture, - bien que l'Islande se glorifie de compter Thorvaldsen parmi ses enfants et ait orn√© de sa statue une place de Reykjavik - ni la peinture n'ont trouv√©, jusqu'√† une apoque r√©cente, dans l'√ģle recul√©e et, longtemps, pauvre les conditions n√©cessaires √† leur d√©veloppement.

Le tableau est tout diff√©rent pour ce qui concerne la musique, dont on ne dira ici que quelques moys : d√®s le XVIe si√®cle, l'√©v√™que Erasme Willadson compose, ou introduit tout au moins dans l'√ģle, des chansons √† deux voix, dont l'harmonie s'est conserv√©e jusqu'√† nos jours. Ce n'est cependant que dans la seconde moiti√© du XIXe si√®cle qu'y a √©t√© inaugur√© le chant √† quatre parties par un charpentier, dou√© d'un r√©el talent musical, Helgi Helgasson. A c√īt√© de lui, le pasteur Bjarni Thorsteinson a rendu de s√©rieux services au d√©veloppement du chant dans son pays par la publication d'un recueil de m√©lodies islandaises. Les chansons populaires sont nombreuses et, pour bizarres qu'elles puissent para√ģtre parfois √† nos oreilles modernes, non d√©nu√©es de charme. On ex√©cute actuellement dans la perfection √† Reykjavik des choeurs de Grieg, de Kjerulk, etc., et les derniers vestiges de l'art musical du moyen √Ęge dispara√ģtront peu √† peu.(R. Pilet / B.).

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