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Les scaldes
Le mot scalde ou skalde  signifie dans les langues scandinaves simplement poète. II a pris dans les autres langues européennes le sens spécial de poète scandinave du Moyen âge. Presque tous les scaldes - et on en connaît quatre cents environ - sont Islandais ou, mais bien moins nombreux, Norvégiens. Les scaldes sont des poètes guerriers, grands coureurs d'aventures, passant d'Islande en Norvège, en Suède, en Danemark, en Angleterre ou en Irlande, où ils ont peut-être reçu leurs premières leçons poétiques. Ils s'attachent volontiers aux rois et aux princes, qui les recherchent de leur côté comme ornements de leur cour et chantres de leurs hauts faits. Fait prisonnier à la guerre ou condamné à mort, le scalde paie d'un poème à  la gloire de son vainqueur la rançon de sa liberté ou de sa vie, et souvent encore on le comble de riches présents. Cependant la fin de ceux dont nous avons la biographie est presque toujours tragique. 

La poésie des scaldes est toute de circonstance. Sous une forme extraordinairement compliquée, en des strophes et des mètres très divers et nombreux, avec, à des places rigoureusement déterminées, des allitérations, des rimes et des assonances à la fin ou à l'intérieur du vers, elle dit, bien plutôt qu'elle ne chante, les exploits des princes, les regrets causés par leur mort, les joies du triomphe ou les amertumes de la défaite et l'espoir de la vengeance. Elle excelle surtout dans les jeux d'esprit et jeux de cour : énigmes, poésies improvisées sur un thème et d'après un mètre donnés, dialogues entre poètes, etc. 

Ce qui semble faire surtout le mérite du poète, et ce dont il se fait gloire, c'est la difficulté vaincue, et celle-ci est extrême bien que, pour satisfaire aux exigences de la versification, le scalde ait le droit, au grand désespoir des commentateurs modernes et peut-être aussi de ses contemporains, non seulement de placer les mots comme bon lui semble ou à peu près, mais encore d'user librement de tous les synonymes qui lui viennent à l'esprit, et par synonymes il faut entendre les centaines de mots qui, par un rapport quelconque, qualité commune ou simple consonance, peuvent rappeler le mot propre. Et, s'il est vrai que c'est surtout chez les derniers scaldes que ces défauts deviennent insupportables, il n'en reste pas moins qu'une pareille poésie, malgré le charme que peuvent trouver les initiés aux images qu'elle évoque, est peu apte à exprimer la vivacité des sentiments, et que les poèmes d'amour ardent, de douleur profonde ou d'admiration enthousiaste y sont nécessairement très rares, encore qu'on en trouve de vraiment beaux, tel que la poésie d'Egill Skallagrimsson sur la Perte de ses fils

Parmi les scaldes les plus célèbres, nous nommerons : Bragi l'ancien, qui doit avoir vécu en Norvège vers l'an 900 et que l'on considère généralement comme le plus ancien des scaldes dont on ait conservé des strophes, le roi norvégien Haraldr Hârfagri (Xe siècle), qui rassemblait autour de lui les meilleurs poètes de son temps et même des poètesses, telles que : Hildr Hrolfsdottir, la mère, selon la tradition, de ce Hrolfr qui envahit la Normandie; Thiodolfr de Hvin, l'auteur probable de l'Yniglingatal, généalogie versifiée des descendants d'Yngvi, qui rappelle la manière des poètes de cour irlandais (L. Duvau, les Poètes de cour irlandais et scandinaves, dans Revue celtique, t. XVIII) ; Thorbjörn Hornklofi, hôte, comme le précédent, du roi Haraldr, dont il chante la gloire; Egill Skallagrimsson (Xe siècle), le plus grand des scaldes islandais, personnage principal d'une belle saga et auteur de poésies remarquables, dont nous avons cité déjà celle sur la mort de ses fils; Kormakr Ogmunderson (Xe siècle) , dont une saga islandaise cite les poésies et raconte l'amour pour la belle Stengerdr; Hallfredr Ottarson (Xe et XIe siècles), qui d'Islande passa en Norvège à la cour du roi Olafr Tryggvason, dont il fut le poète aimé; Sighvatr Thordarson, (XIe siècle), l'ami du roi Olafr Haraldsson, auquel il donne de hardis conseils à l'occasion et dont il conte les expéditions guerrières; Thormodr Kolbrunarskald (XIe siècle), qui célébra dans ses vers une vierge aux sourcils et aux cheveux noirs sous le nom de Kolbrun (d'où son surnom), passa trois ans en Groenland pour tirer vengeance de la mort d'un ami tué par un Groenlandais et mourut héroïquement aux côtés du roi Olafr à la bataille de Stiklestad (1030); Arnorr Thordarson Jarlaskald XIe siècle), illustré par ses poèmes en l'honneur des rois norvégiens Magnus et Haraldr; Rögnvaldr Kali (XIIe siècle), dont un poème, composé vers 1142, reproduit tous les mètres employés par les scaldes; Einarr Skulason (XIIe siècle) l'auteur des premiers poèmes chrétiens et d'un chant en l'honneur de Olafr le Saint, où il décrit, en des vers relativement faciles, les services rendus par ce roi au christianisme et les miracles qui suivirent sa mort; Snorri Sturluson (1178-1241), connu surtout par son Edda en prose, mais dont les poèmes, et principalement celui sur le roi Haakon de Norvège, méritent de retenir l'attention; Sturla Thordarson (XIIIe siècle), qui, dans de nombreux chants, célèbre les vertus de plusieurs rois et héros danois, suédois et norvégiens; Eysteinn Asgrimsson (mort en 1361), prêtre islandais, dont le poème, qui porte le nom de Lilja, en l'honneur du Christ et de la Vierge, est d'une forme très belle et d'un profond sentiment religieux; au XVe siècle, enfin, Einarr Fostri, qui compose des oeuvres satiriques, où l'esprit ne manque pas ni même une certaine élégance, et au XVIe siècle Jon Arason, dernier évêque catholique de Holar, décapité à Skalholt le 7 novembre 1550, pour avoir résisté à l'introduction du protestantisme en Islande, auteur de quelques beaux chants chrétiens. (Th. Cart).

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Dictionnaire biographique
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