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Calembour
Un calembour est un jeu de mots fondé sur un double sens ou une équivoque, sur une similitude de sons, qui fait paraître, à l'oreille, d'autres mots et un autre sens, sans égard à l'orthographe. Ménage dit que le fameux parasite du XVIIe siècle, Pierre de Montmaur, professeur de grec au Collège de France, fit tant de calembours, qu'on les appela des montmaurismes. Au XVIIIe siècle, le marquis de Bièvre s'était fait une réputation dans ce genre; apprenant que le comédien Molé, connu pour sa fatuité, était retenu au lit par une indisposition, il s'écria :
 « Quelle fatalité (Quel fat alité)! » Le même, invité par la reine Marie-Antoinette, qui était en négligé, avec des mules vertes, à faire un calembour sur elle-même : « Madame, repart-il, l'univers (l'uni vert) est à vos pieds. - Et sur moi, M. de Bièvre, » lui dit Louis XVI. « Ah! sire, répond le marquis, comme pour s'en défendre, par respect, le roi n'est pas un sujet. » 
Carle Vernet, entendant vanter la comédie intitulée Maison à vendre; fit ce calembour :
« Je ne sais pourquoi on s'extasie sur le mérite d'une pièce qui ne justifie pas son titre; on m'annonçait une maison à vendre, et je n'ai vu qu'une maison à louer. » 
Le calembour repose sur un rapport de convenance dans la forme, et sur une disconvenance dans le fond. On a dit tout à la fois que c'était l'esprit des sots et la sottise des gens d'esprit. Quant à l'étymologie du mot, elle est, selon les uns, dans les mois italiens calamaio burlare (plaisanterie légère); selon les autres, un comte Calemberg, de Westphalie, qui habitait Paris sous Louis XIV, ou un apothicaire appelé Calembourg, auraient laissé leur nom au genre d'esprit qu'ils possédaient. 

Les calembours ne sont pas chose nouvelle : on en trouve dans les amphibologies des anciens oracles, dans les oeuvres d'Aristophane et de Plaute. Cicéron, plaidant contre Verrès, l'appelle tantôt pourceau (verres, verrat), tantôt balai de la Sicile (verrere, balayer). Rabelais, Shakespeare, Molière ont fait des calembours. M. de Bièvre en a laissé tout un recueil, ainsi qu'une tragédie de Vercingétorix, dont chaque vers contient un jeu de mots. (B).

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