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Jean XXI (ou XXII)

Jean XXI ou XXII, Jacques Duèze (Jacques d'Euse) est le 201e, pape. Il a été élu le 7 août 1316, par les cardinaux assemblés à Lyon, et est mort le 4 décembre 1334. Il était né à Cahors, fils d'un savetier, suivant la plupart des historiens, ou d'un notable bourgeois, suivant quelques autres, qui semblent plus exactement informés. Elevé par Jacques Ferrier, archevêque d'Arles, il avait succédé à son protecteur comme chancelier du roi de Naples, Robert d'Anjou. Celui-ci le fit nommer successivement archevêque d'Avignon et cardinal-évêque de Porto. Dans l'affaire des templiers, il avait été le conseiller de Philippe le Bel

En 1314, Louis, duc de Bavière, avait été élu empereur à Francfort, et couronné à Aix-la-Chapelle, pendant que son compétiteur, Frédéric le Bel, archiduc d'Autriche, était couronné à Cologne. Jean profita de cette rivalité pour revendiquer la suprématie à laquelle les papes prétendaient. Par bulle de 1317, il statua qu'en cas de vacance de l'Empire, le pouvoir était dévolu au Saint-siège; il ordonna, en conséquence, aux officiers impériaux en Italie de renoncer à leurs fonctions, et il transmit à Robert de Naples le titre de vicaire. Lorsque Louis eut vaincu son rival (1322) et qu'il eut rétabli en Lombardie les officiers de l'Empire, Jean lui infligea une censure pour avoir exercé le pouvoir, avant d'avoir obtenu la confirmation pontificale. Dans une bulle du 8 octobre 1323, il affirma que le jugement de l'élection appartenait au pape et que, jusqu'à ce qu'il eût statué, l'élu ne devait pas prendre le titre de roi; il somma Louis, sous peine d'excommunication, de s'abstenir de tout acte de gouvernement. 

Par acte public du 8 décembre, le roi contesta ces prétentions, appela du pape présent au pape futur, et réclama la convocation d'un concile général. Cette résistance fut punie d'excommunication (23 mars 1324). Louis répliqua par un nouvel appel à un concile général, dirigé cette fois contre le pape personnellement, l'accusant d'être un perturbateur de la paix, un contempteur du droit et un hérétique, parce qu'il condamnait la pauvreté évangélique professée par les franciscains rigides (François d'Assise). Ce conflit provoqua de nombreux écrits, dans lesquels on discuta avec grande hardiesse sur ce que nous appellerions aujourd'hui la nature, l'étendue et les rapports réciproques des deux puissances. Non seulement la plupart des légistes, mais aussi des théologiens renommés, parmi lesquels des religieux, tels que Occam, Marsile de Padoue et Jean de Jandun, soutinrent les droits des princes et même des peuples.

Jean mit en interdit tous les lieux où résideraient le roi et ses partisans; mais Louis, réconcilié avec son ancien rival, passa en Italie pour abattre la puissance du pape. Il marcha sur Rome, et le 17 janvier 1328, il s'y fit proclamer empereur, par une assemblée populaire réunie au Capitole. Une autre assemblée décida que le pape devait résider à Rome, et ne pas quitter la ville sans la permission du peuple. Le 12 mai, un antipape fut élu, le franciscain Pierre Rainalucci de Corbara (Pierre de Corbière), qui prit le nom de Nicolas V, et mena un train de vie somptueux, peu conforme à la doctrine de la sainte pauvreté affichée par l'Eglise. Quand Louis eut quitté l'Italie, où il sentait son pouvoir chanceler, Nicolas fut abandonné des Romains et livré à Jean, qui lui imposa une soumission solennellement accomplie, la corde au cou (15 août 1330), et le fit enfermer dans une prison honnête, où il était traité en ami et gardé en ennemi.

Mais, vers le même temps, Jean s'aliénait les cardinaux italiens, en nommant un trop grand nombre de cardinaux français; et d'autre part, son autorité spirituelle se trouva périlleusement atteinte, à l'occasion de sermons prononcés par lui sur la Vision béatifique (Avent, 1331). La doctrine qui lui était attribuée fut déférée par le roi de France à la faculté de Paris, qui la condamna (2 janvier 1333), mais dans des termes qui tendaient à dégager la responsabilité du pape. Le roi lui communiqua cette sentence, en le pressant d'y souscrire. On dit même qu'il le menaça de le faire ardre, s'il ne se révoquait. La réponse du pape fut hautaine. Néanmoins, la veille de sa mort, il accomplit la satisfaction demandée; il assembla ses cardinaux, et fit lire une bulle, mise en grosse, où il disait : 

« Nous confessons et nous croyons que les âmes séparées des corps et purifiées, sont au ciel dans le paradis, avec Jésus-Christ et en la compagnie des anges, et qu'elles voient Dieu et l'essence divine, clairement et face à face, autant que le comporte l'état d'une âme séparée. Que si nous avons prêché, dit ou écrit quelque chose de contraire, nous le révoquons expressément. » 
Quand il mourut, la résistance de Louis de Bavière continuait, et l'interdit jeté sur l'Allemagne n'était pas levé. 

Jean développa avec une habileté, une audace et un succès merveilleux la fiscalité apostolique; il en tira de telles sommes qu'il laissa un trésor de 25 millions de florins. Pour la part qu'il prit à la promulgation officielle du recueil des Clémentines et l'attribution de son nom à une collection d'Extravagantes. Léon XIII a ordonné la publication des registres des papes d'Avignon, d'après les archives du Vatican. Les bulles de Jean XXII y forment 70 volumes manuscrits. (E.-H. V.).

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Dictionnaire biographique
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