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Les amas stellaires


Aperçu
Les amas stellaires sont une concentrations d'étoiles liées par la gravitation. Ces objets peuvent rassembler de quelques dizaines à plusieurs millions d'étoiles. Ces collections stellaires possèdent trois caractéristiques essentielles, qui sont aussi extrêmement précieuses pour les astronomes :
1 - Les étoiles d'un amas ont sensiblement le même âge, puisqu'elles sont issues d'un même processus de formation stellaire qui est un phénomène bref au regard de la durée de vie d'un amas.

2 - L'origine commune de toutes ces étoiles leur garantit par ailleurs une composition chimique initiale identique.

3 - Et, enfin, la dimension d'un amas, comparée avec sa distance au Système solaire est suffisamment petite pour qu'on puisse estimer toutes ses étoiles sont à approximativement la même distance de nous, et comparer directement leur éclat.

Ces trois points font que les différences observées entre les étoiles d'un amas ne sont fonctions, pour l'essentiel, que d'un seul paramètre : la masse initiale, qui détermine seule le rythme auquel l'étoile va vieillir et se distinguer ou pas de ses soeurs.

L'outil privilégié pour l'étude des amas stellaires et le diagramme HR (sous ses différentes variantes). La distribution des points représentatifs de chaque étoile de l'amas selon sa température, sa couleur, ou son type spectral et sa magnitude ou sa luminosité permettent de déduire des informations sur son état d'évolution : la présence plus ou moins importante d'étoiles massives dénote un amas jeune; Mais la partie gauche de la séquence principale se dépeuple progressivement, en même temps que la branche des géantes accueille de nouveaux membres. La position du "point de rebroussement" de la séquence principale est donc un bon moyen de connaître l'âge de l'amas. Il est également possible de déduire la distance d'un amas de la comparaison de son diagramme HR avec un diagramme théorique.


Mise en ordre
Les deux grands types d'amas

A partir de leur aspect, aussi bien que par les types de diagramme HR qui leur correspondent, on peut distinguer deux types d'amas stellaires :

Les amas ouverts.
Les amas ouverts sont des groupes relativement peu denses, comptant généralement de quelques dizaines à quelques milliers d'étoiles, réparties sur des volumes de l'ordre de quelques dizaines d'années-lumière de diamètre. Ces amas se trouvent presque exclusivement dans le disque des galaxies spirales, là où se concentre le gaz nécessaire à la formation stellaire, et leur composition chimique est généralement riche en éléments lourds (on dit qu'ils sont métalliques), héritée du gaz interstellaire enrichi par plusieurs générations d'étoiles précédentes. Tutes les étoiles d'un amas ouvert sont nées presque simultanément, ce qui en fait des laboratoires précieux pour étudier l'évolution stellaire à âge fixe mais à masses différentes. 

Leur population est en général jeune, allant de quelques millions à quelques centaines de millions d'années, bien que certains amas ouverts âgés atteignent plusieurs milliards d'années. Les étoiles y sont faiblement liées entre elles par la gravitation; les perturbations gravitationnelles dues au passage près d'autres nuages de gaz, à la rotation différentielle de la galaxie ou aux rencontres avec d'autres objets finissent par disperser progressivement les étoiles, si bien qu'un amas ouvert se dissout typiquement en quelques centaines de millions d'années. 

Le Soleil lui-même est probablement né au sein d'un amas ouvert aujourd'hui complètement dispersé. 
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M 7
(Scorpion).

Quintuplet
(Centre galactique, Sgr)
Les amas globulaires.
Les amas globulaires sont d'une nature radicalement différente. Il s'agit de regroupements beaucoup plus massifs et beaucoup plus denses, contenant typiquement de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions d'étoiles, concentrées dans une sphère de quelques dizaines à une centaine d'années-lumière de diamètre, d'où leur forme caractéristique en boule très resserrée, presque saturée d'étoiles en son centre. 

Cette forte densité s'explique par une cohésion gravitationnelle bien plus importante que celle des amas ouverts, ce qui leur permet de rester liés sur des durées extrêmement longues. Les amas globulaires comptent en effet parmi les objets les plus vieux de l'univers observable : leur âge dépasse souvent dix milliards d'années, ce qui en fait des fossiles datant des premières phases de formation des galaxies. Leurs étoiles sont en conséquence pauvres en éléments lourds, car formées à une époque où le milieu interstellaire n'avait pas encore été enrichi par de nombreuses générations stellaires antérieures.

Contrairement aux amas ouverts, les amas globulaires ne se trouvent pas dans le disque galactique mais forment un halo sphérique autour du centre des galaxies, suivant des orbites très excentriques qui les amènent parfois loin au-dessus ou au-dessous du plan galactique. Notre Voie lactée en compte environ 150 à 200 connus, parmi lesquels Oméga du Centaure (visible à l'oeil nu dans l'hémisphère sud) et M13, dans la constellation d'Hercule, comptent parmi les plus célèbres.
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M 79.
L'amas globulaire Messier 79 (constellation du Lièvre)
Source : NOAO, crédit : AURA/NOAO/NSF (KPNO 0.9-meter telescope).

Rouages
L'évolution des amas

Les amas stellaires subissent au cours du temps des processus évolutifs qui sont de deux types. Le premier traduit directement l'évolution des étoiles qui composent l'amas. Chaque étoile, prise individuellement, vieillit et cela induit un vieillissement global de l'amas, qui peut être défini à partir de son diagramme HR. Le second type d'évolution relève pour sa part de la dynamique de l'amas. Diversement perturbé, tout amas perd ses étoiles au cours du temps. Il s'évapore, d'une certaine façon, et est voué, à terme, à voir toutes ses étoiles se disperser dans la galaxie. 

Les différents stades des étoiles sur le diagramme HR de NGC 1866.
Le vieillissement stellaire.
Rien ne peut mieux faire voir l'effet de l'évolution stellaire sur la morphologie des diagrammes HR des amas que l'arbre de Sandage, publié en 1955, et qui superpose les diagrammes de plusieurs amas ouverts et d'un amas globulaire. Sa lecture en est très simple : plus un amas est jeune, plus sa séquence principale est développée vers le haut et la gauche de son diagramme. On peut ainsi constater que l'amas le plus jeune de l'échantillon considéré est NGC 2362, dont l'âge est estimé à 1 million d'années (ou moins). Celui est suivi de l'amas double h et c Persei (Persée), qui possède déjà des géantes rouges (en haut à droite), puis des Pléiades (Taureau), de M 41 (Grand Chien), de M 11 (Ecu de Sobieski), etc.

M 3 est le seul amas globulaire mentionné, mais tous ont à peu près les mêmes caractéristiques. Et c'est d'ailleurs, la disparition de la partie supérieure de la séquence principale dans les diagrammes des amas globulaires qui a permis de conclure à leur très grand âge (ils contiennent les étoiles les plus vieilles de l'univers actuellement connues).


L'arbre de Sandage.
Source : A. Sandage, The evolution of the stars (ASP, 1955)
et The color-magnitude diagrams of galactic and globular clusters
and ther interpretation as age groups (Vatican Observatory, 1958).

On constate également que certains amas ouverts, à l'instar de M 67 figuré ici, peuvent posséder un diagramme HR qui se distingue nettement de celui des amas globulaires, mais, qui révèle également un très grand âge. Pour expliquer leur survie au phénomène d'évaporation qui affecte tous les amas, on est conduit à supposer que ces vétérans étaient énormes à l'origine. Quant à la différence de forme du diagramme (géantes rouges moins brillantes, ainsi qu'absence de RR Lyrae dans la branche horizontale), elle provient de ce que la constitution chimique initiale des étoiles des amas ouverts (population I) est beaucoup plus riche en métaux (éléments lourds issus de la nucléosynthèse stellaire) que celle des étoiles des amas globulaires (population II). Tous les amas ouverts qui possèdent déjà des géantes rouges (à l'exception du très jeune amas double de Persée) les placent au-dessous de celles des amas globulaires.

NGC 7243 sur le gril


Source : Jilinski, Frilov et al., 2002.

Diagramme CM de l'amas ouvert NGC 7243 (Lézard)., comparé à plusieurs isochrones possibles. le meilleur accord avec ces courbes théoriques montre que l'amas doit avoir entre 200 et 300 millions d'années (NB : la ZAMS correspond à "l'âge zéro", c'est à dire au moment où démarre l'allumage nucléaire des étoiles).

L'évolution dynamique.
Au cours de son histoire, un amas peut subir quantité de perturbations d'origine gravitationnelle. Pour commencer, les orbites que suivent ses étoiles autour du centre de gravité de l'amas peuvent être modifiées du fait de l'attraction occasionnées par les étoiles voisines. Un mécanisme peut, a priori, rendre toutes les orbites instables sur de longues périodes, mais qui va d'abord affecter les étoiles les moins massives, et plus spécialement celles qui se trouvent à la périphérie de l'amas, et qui sont les moins liées. Il s'ensuivra que nombre de ces étoiles verront leur orbite non seulement perturbée, mais affectée au point qu'elles pourront quitter l'amas définitivement. Une expulsion qui en fera des étoiles de champ, c'est-à-dire des étoiles isolées, oublieuses de l'amas dont elles proviennent (c'est probablement ce qui s'est produit aussi pour notre Soleil).

Pour un amas la perte d'une de ses étoiles conduit, pour des raisons de conservation mécaniques à sa contraction. Devenant de taille moindre, et donc de densité supérieure, il devient le siège de perturbations internes accrues. Résultat : l'amas trouve aussi des raisons accrues de perdre de nouvelles étoiles, et le processus d'évaporation de l'amas ne peut alors que s'accélérer au fil du temps, jusqu'à sa disparition complète et à la dispersion de toutes ses étoiles dans la galaxie.

S'il n'avait que causes internes, le processus d'évaporation des amas serait plus lent que ce qui est constaté. En réalité, une autre cause, d'origine externe, intervient aussi et amplifie le phénomène. Il s'agit de l'attraction gravitationnelle des autres objets présents dans la galaxie, autant individuellement lors de passages rapprochés avec les nuages moléculaires géants accumulés dans les bras galactiques, que globalement (effets de marées particulièrement sensibles lors des passages "à grande vitesse" à proximité du centre galactique).

Du fait des familles de trajectoires différentes suivies par les amas ouverts et les amas globulaires, les perturbations externes interviennent en des occasions différentes. La première cause de dispersion des amas ouverts, circulant dans le disque galactique, est ainsi leur traversée des bras spiraux des galaxies semblables à la nôtre. Pour les amas globulaires, en revanche, qui évoluent le plus clair de leur temps dans le halo galactique, c'est leur traversée périodique du disque galactique (et le rapprochement avec le centre de galactique) qui est le facteur principal de leur évaporation.

Toutes ces perturbations expliquent aussi la forme plus ou moins allongée des amas, aussi bien ouverts (les Pléiades, pas exemple) que globulaires (M 19, M 62...), parfois constatée, ainsi que (au moins en grande partie) la disparition précoce de la composante gazeuse si typique des jeunes amas stellaires.

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