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Sainte-Beuve

Charles Augustin de Sainte-Beuve est un écrivain et critique né à Boulogne-sur-Mer le 23 décembre 1804, mort à Paris le 13 octobre 1869. Sa famille était originaire de Mareuil en Picardie. Sa mère était veuve depuis deux mois et demi quand il vint au monde : il attribuait à ce deuil maternel sa disposition mélancolique. De son père, il prétendait tenir ses goûts de lettré. Il fit ses études à Boulogne-sur-Mer, à la pension Blériot, et vint en 1818 les terminer à Paris, à la pension Landry, suivant les cours du collège Charlemagne et du collège Bourbon. Il eut pour maître de philosophie-Damiron, un disciple de Victor Cousin : mais ce fut l'idéologie avec Destutt de Tracy et Daunou, et ce furent les sciences physiques et naturelles avec Lamarck, et avec Magendie, Blainville et Robiquet dont il allait suivre les cours à l'Athénée de la rue de Valois, qui lui donnèrent sa première philosophie, conforme à l'orientation naturelle de son esprit. En 1823, il suivit les cours de l'École de médecine, qui l'affermirent dans le goût de la philosophie expérimentale, et qui l'habituèrent à ne jamais isoler l'esprit du corps et des organes: de là cette physiologie qui se mêle toujours dans sa psychologie et sa critique. 
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Sainte-Beuve.

En 1821, son ancien professeur de rhétorique, Dubois, le fit entrer au Gloire : il y signait des initiales S. B. Il y publia en janvier 1827 un article sur les Odes de Victor Hugo (éd. de 1816) : ce fut le point de départ de leur étroite liaison, dont l'oeuvre de Victor Hugo (cf. Feuilles d'Automne, 27 et 28, A mes amis S. B. et L. B.) porte plus d'un témoignage. Libéral et classique d'éducation, Sainte-Beuve fut initié au romantisme par V. Hugo, qui, dit-il, lui ouvrit des jours sur l'art et lui révéla les secrets du métier. Un sujet mis au concours par l'Académie française lui donna occasion d'écrire son tableau de la poésie au XVIe siècle, ouvrage tout plein de la pensée du présent, où il s'efforçait, en réhabilitant Ronsard, de donner au romantisme ce qui lui manquait, une tradition, et de faire apparaître la révolution littéraire comme un retour à l'art du XVIe siècle. Il publia en 1829 un petit volume in-16, intitulé Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme. A travers les exagérations de sentiment et de couleur que lui imposait le parti pris romantique, sous l'étalage des misères pathologiques et morales de son héros phtisique et ennuyé, un goût original de réalité bourgeoise et humble se faisait jour dans ce recueil : paysages de banlieue, scènes de faubourg, détails vulgaires et domestiques, sentiments sans grandeur et comme rapetissés à la mesure de la vie. Les Pensées de Joseph Delorme ne valaient pas moins que ses vers : le critique s'y révélait, dans une apologie adroite et vigoureuse du romantisme, qu'il s'efforçait de rattacher à André Chénier comme à un précurseur. En 1830 paraissent les Consolations, toutes pleines d'un catholicisme romantique que Victor Hugo lui a inspiré : il répudie le rationalistes, veut s'élever « au seuil du sanctuaire éternel » sur « des ailes d'ange », et déclare qu'il « accepte Dieu et toutes ses conséquences ».Toute cette religiosité était plaquée sur sa véritable nature, et ne devait pas tarder à s'écailler.

Cependant son universelle curiosité lui faisait visiter les mondes les plus divers. Il traversa ou plutôt côtoya le saint-simonisme. Il connut le Père Enfantin, et assista plus d'une fois aux séances de la rue Taitbout. Il disait plus tard qu'il lui avait semblé «-observer uns religion sous cloche », qu'il avait pris là l'idée de la façon dont une religion se fonde. D'Enfantin il passa à Lamennais : il en fut séduit, et il le séduisit au point que Lamennais voulut l'emmener à Rome en 1831. ll fut en relations en même temps avec l'abbé Gerbet, Hippolyte de La Morvonnais, Lacordaire, qui lui fournira des notes sur le séminaire de Saint-Sulpice pour les dernières pages du roman de volupté. 

Cependant il était resté au Globe, journal libéral et philosophe : il y fit des articles politiques assez vifs et avancés pour le temps. Il se brouilla pourtant avec Dubois, un peu après 1830, et eut même avec lui un duel qui resta fameux. Il collabora aussi avec Armand Carrel, au National. Vers 1835, il prit nettement conscience de l'impossibilité où il était de croire : 

« J'ai le sentiment de ces choses, écrivait-il, mais je n'ai pas ces choses mêmes». 
Ses liaisons avec les catholiques se dénouèrent peu à peu; et sa rupture avec V. Hugo le détacha des romantiques. Il avait aimé Mme V. Hugo que son mari délaissait : s'est-il vanté d'un bonheur qu'il n'eut pas? ou trahit-il réellement son ami? Toujours est-il que leur, amitié, froissée dès 1831, finit tristement en 1834.

Le roman de Volupté parut en 1834 : Sainte-Beuve s'y racontait, il analysait cette curiosité aiguë qui le portait dans tous les mondes et à travers tous les sentiments; sans se fixer nulle part, et pour tout connaître. Le dénouement, emprunté de la vie de Lacordaire, est factice Amaury n'est pas fait pour la prêtrise, il est fait pour la critique. C'est la voie où Sainte-Beuve va entrer. Il assiste curieusement, en ami officieux et comme en confesseur, aux convulsions de la passion chez George Sand et Musset; il conseille et contemple George Sand dans les multiples expériences où son tempérament ingrat et fougueux l'entraîne. Il renonce à être créateur en art : son dernier recueil de vers, Pensées d'août, qui parait en 1837, teinté encore d'émotion religieuse, ne contient plus guère de confidences lyriques; ce sont des études analytiques, des imitations de poètes étrangers, des causeries lettrées et critiques, où se révèle surtout l'âme d'un curieux. A partir de ce moment, l'histoire et la critique vont absorber Sainte-Beuve.

Déjà Volupté le montrait préoccupé du jansénisme. En 1837, il va faire à Lausanne un cours sur Port-Royal, et, se livrant pour attirer, à son ordinaire, il donne un instant au monde protestant l'espérance de le gagner. Quelque guéri qu'il fût au fond de la religion, son imagination en gardait encore l'empreinte; il avait le goût des émotions religieuses, il s'y attardait et s'en imprégnait encore volontiers : le premier volume de Port-Royal imprimé en 1840 s'en ressent. Aussi Sainte-Beuve donne-t-il cette année 1840, en un article sur La Rochefoucauld, qu'il publia alors, comme marquant sa rupture avec le christianisme, et son retour à la philosophie expérimentale et positive.

Jusque-là il vivait dans un hôtel garni du passage du Commerce, l'hôtel de Rouen, où il occupait deux chambres pour 25 F par mois. En 1840, Cousin le nomma bibliothécaire à la Mazarine, et il alla loger dans les dépendances de l'Institut. En 1844, il entra à l'Académie française, en remplacement de Casimir Delavigne : il fut reçu par Victor Hugo; tout se passa décemment et froidement. Sainte-Beuve fréquentait chez Mme Récamier, où il connut Chateaubriand; il allait aussi chez Mme de Broglie, chez Mme de Boigne. Il était surtout lié avec Molé, chez qui il allait souvent passer l'été à la campagne. La nièce de Molé, Mme d'Arbouville, lui inspira un assez vif amour, qui se changea après en une fidèle amitié (cf. le Clou d'or). Malgré ses relations dans le monde orléaniste, il n'avait point d'attachement pour la dynastie d'Orléans : l'indifférence de Louis-Philippe aux lettres, et à sa personne, l'avait piqué assez profondément. Et il voyait clairement les fautes et les insuffisances du régime. Il vit sans regret, et, quoi qu'on ait dit, sans peur, la Révolution de 1848. 
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A la rime
Rime, qui donnes leurs sons
Aux chansons,
Rime, l'unique harmonie
Du vers, qui, sans tes accents
Frémissants, Serait muet au génie;

Rime, écho qui prends la voix
Du hautbois
Ou l'éclat de la trompette;
Dernier adieu d'un ami
Qu'à demi
L'autre ami de loin répète;

Rime, tranchant aviron,
Éperon
Qui fends la vague écumante; 
Frein d'or, aiguillon d'acier
Du coursier
A la crinière fumante;

Agrafe, autour des seins nus
De Vénus,
Pressant l'écharpe divine
Ou serrant le baudrier
Du guerrier

Contre sa forte poitrine;
Col étroit, par où saillit
Et jaillit
La source au ciel élancée, 
Qui, brisant l'éclat vermeil
Du soleil,
Tombe en gerbe nuancée;

Anneau pur de diamant
Ou d'aimant
Qui, jour et nuit, dans l'enceinte Suspends la lampe ou, le soir,
L'encensoir
Aux mains de la vierge sainte;

Clef qui, loin de l'oeil mortel,
Sur l'autel
Ouvres l'arche du miracle 
Ou tiens le vase embaumé
Renfermé
Au cèdre du tabernacle;

Ou plutôt, fée au léger
Voltiger,
Habile, agile coursière, 
Qui mènes le char des vers
Dans les airs
Par deux sillons de lumière;

O Rime! qui que tu sois,
Je reçois
Ton joug; et longtemps rebelle, 
Corrigé, je te promets
Désormais
Une oreille plus fidèle.

Mais aussi devant mes pas
Ne fuis pas;
Quand la Muse me dévore,
Donne, donne par égard
Un regard
Au poète qui t'implore!

Dans un vers tout défleuri,
Qu'a flétri
L'aspect d'une règle austère, 
Ne laisse point murmurer,
Soupirer,
La syllabe solitaire.
 

(Ch. de Sainte-Beuve).

Un dégoût qu'il eut lui fit donner sa démission de bibliothécaire; un journal avait publié son nom dans une liste de gens ayant eu part aux fonds secrets sous la royauté déchue, et il ne trouva pas que le ministère l'eût assez vite et assez chaudement défendu contre cette ridicule accusation. Il quitta donc son emploi, et s'en alla en octobre 1848 professer à Liège : du cours qu'il y fit, en 1848-49, sortira le livre sur Chateaubriand et son groupe littéraire (1860), étude aiguë et pénétrante, où il y a peut-être peu de sympathie et quelque malignité, mais aussi peu de disposition à se laisser duper, à admirer des apparences, et à prendre des sentiments pour des raisons, étude enfin très solide et fouillée, abondante en documents nouveaux, en révélations et, si l'on veut, en indiscrétions qui font connaître l'homme et comprendre l'oeuvre.

Février 1848 ne l'avait guère inquiété; juin 1848 lui fit horreur; il prit peur, non pour lui mais pour la civilisation, pour les lettres, pour la société, pour, toutes les choses délicates que ce voluptueux de corps et d'esprit aimait, et dont il ne pouvait se passer. Mais il avait quarante-quatre ans : le goût de la paix, de l'ordre à tout prix, le désir d'une place sûre où il pût vieillir sans souci, firent de lui dès la première heure un partisan du prince Louis-Napoléon. Entre le coup d'État et la proclamation de l'Empire, il écrivit cet article des Regrets (23 août 1852), qui fit scandale : il y sommait un peu cavalièrement ses anciens amis orléanistes de se rallier au régime nouveau, garant de l'ordre, sauveur de la société, conservateur de la propriété. Le bonapartisme de Sainte-Beuve le mit en assez mauvais renom parmi la jeunesse libérale. Lorsqu'il fut nommé professeur de poésie latine au Collège de France, des manifestations hostiles troublèrent sa leçon d'ouverture (9 mars 1855) : la seconde séance fut plus orageuse encore, et Sainte-Beuve ne remonta jamais dans sa chaire. Il imprima le cours sur Virgile qu'il avait préparé et qu'il ne fit pas. Pour le consoler de cette disgrâce, on le nomma professeur de littérature française à l'École normale, où il passa quatre années paisibles (1857-61). Enfin, en avril 1865, après avoir beaucoup attendu et beaucoup désiré, il fut nommé sénateur de l'Empire. 

Depuis 1849, ses Lundis étaient la principale affaire de sa vie. Sous la Restauration il avait écrit au Globe et dans la Revue de Paris; sous Louis-Philippe, au National, et surtout à la Revue des Deux Mondes. En 1849, à son retour de Liège, il accepta de faire paraître chaque lundi une étude littéraire dans le Constitutionnel : il commença le 1er octobre 1849. Il passa au Moniteur en décembre 1852, retourna en 1861 au Constitutionel, qu'il quitta encore une fois pour le Moniteur. Cependant il se détachait de l'Empire. Il lui aurait passé le despotisme politique, la suppression des libertés parlementaires; il ne put supporter le despotisme intellectuel, les atteintes à la liberté de penser et d'écrire, les concessions au parti clérical et à l'Église. II devenait lui-même de plus en plus hostile à la religion, que la science lui paraissait ruiner; il se pénétrait de plus en plus de cette idée que la valeur de la pensée humaine est peut-être moins dans la certitude de résultats que dans la sincérité de la recherche; il faisait passer la méthode avant la doctrine, et repoussait comme une absurde tyrannie l'autorité qui impose à l'esprit une vérité qu'il n'a pas librement créée.

Il se fit au Sénat le protecteur de la libre pensée : cela n'alla pas sans orages. Un jour (le 29 mars 1867), il y défendait Renan qu'on y flétrissait comme fauteur d'athéisme. Un autre jour, il y combattait une pétition de cent deux citoyens de Saint-Etienne, qui voulaient chasser des bibliothèques populaires Voltaire, Rousseau, Proudhon, Renan, Sand, Balzac, Lanfrey, et jusqu'à Jean Raynaud. Le 7 mai 1865, sous prétexte de défendre une loi sur la presse assez rigoureuse, il exposait son idéal de liberté illimitée. Le 19 mai, il combattait la pétition Giraud en faveur de la liberté de l'enseignement supérieur : il y voyait une duperie, un piège, qui livrerait l'enseignement supérieur au clergé toujours privilégié. Cette attitude donna à Sainte-Beuve une grande popularité parmi la jeunesse. Des députations lui furent envoyées à sa petite maison de la rue Montparnasse les étudiants en médecine l'acclamèrent. L'École normale lui adressa une lettre collective, pour laquelle un des élèves, Lallier, fut exclu.

Même au temps de sa ferveur bonapartiste, Sainte-Beuve n'avait guère approché l'empereur. La société de l'impératrice lui fut toujours fermée. Il n'allait pas à Compiègne. De la famille impériale il ne connut guère intimement que le prince Napoléon, libéral, démocrate et libre penseur, et sa soeur la princesse Mathilde, intelligente, lettrée et artiste. Il allait assez souvent visiter la princesse à Saint-Gratien; il était en correspondance assez suivie avec elle. Il recevait quelquefois le prince Napoléon chez lui : un dîner qu'il lui donna le vendredi saint de 1868, et où il fit servir de la viande, fit scandale : on voulut y voir une attaque insultante à la religion. Peu après éclata la rupture de Sainte-Beuve avec l'Empire. Le Journal officiel fut fondé en 1868 : on offrit à Sainte-Beuve d'y écrire. Il préféra rester au Moniteur, espérant y être plus libre, puisque le journal perdait tout caractère officiel. Il arriva que dans ce Moniteur redevenu indépendant, son premier article fut censuré par le directeur qui voulut y faire une coupure. Sainte-Beuve refusa et porta sa prose au Temps, journal d'opposition. On l'accusa de trahir l'Empire, et la princesse Mathilde même se brouilla avec lui.

Il vivait rue Montparnasse dans une maison qu'il avait achetée, travaillant durement, esclave de ses Lundis dont la préparation occupait toute sa semaine. Il avait des secrétaires, Octave Lacroix, puis (de 1855 à 1859) Jules Levallois, puis Pons, puis (de 1861 à 1869) Jules Troubat, qui faisaient des recherches aux bibliothèques, écrivaient sous sa dictée et copiaient les articles. Il garda jusqu'à la fin le goût des femmes ou des filles : les moeurs sont le côté faible de Sainte-Beuve. Il partageait ses heures de loisir entre les distractions sensuelles dont il ne savait pas se passer, et quelques amis qu'il avait choisis parmi les plus grands et plus libres esprits du temps. Il avait fondé avec Gavarni un dîner de quinzaine, qui avait lieu le lundi chez le restaurateur Magny, rue Contrescarpe-Dauphine; les habitués étaient Théophile Gautier, Paul de Saint-Victor, les deux frères Goncourt, Nefftzer, Schérer, Taine, Robin, Berthelot, Flaubert. George Sand y venait, lorsqu'elle était à Paris. Il mourut de la pierre le 13 octobre 1869 : il se fit enterrer civilement, ce qui fit alors scandale. Un seul mot, selon sa volonté, fut dit sur sa tombe : « Adieu ». 

Voici la liste des écrits de Sainte-Beuve, dont une partie n'a été recueillie ou publiée qu'après sa mort : Tableau historique et critique de la poésie française au XVIe siècle (1828; réédité avec une préface nouvelle en 1842). L'Académie avait proposé en 1826 pour le prix d'éloquence le sujet suivant : Discours sur l'histoire de la langue et de la littérature française depuis le commencement du XVIe siècle, jusqu'en 1610; une partie de l'étude parut dans le Globe (à partir du 7 juillet 1827); Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829); Consolations, poésies, dédiées à Victor Hugo (1830); Volupté, roman (1834); Pensées d'août, poésies (1837). En 1840, Sainte-Beuve réunit ses Poésies complètes. Port-Royal (1840-48, 5 vol. in-8, 3e éd., revue et complétée, 1866; 5e éd., 7 vol. in-16, avec table, 1888-91); Portraits de femmes (1814); Portraits littéraires (1844, 3 vol. in-12). Ces deux recueils sont une distribution remaniée des cinq volumes de Critiques et portraits littéraires qui avaient paru de 1832 à 1839. Portraits contemporains (1846).

En 1831, dit Sainte-Beuve, et pendant près de dix-sept ans, je fais ma critique de la Revue des Deux Mondes... les Portraits littéraires, pour la plupart, et les Portraits contemporains en sont sortis, Causeries du lundi (1854-62, 15 vol. Une Table a été dressée en 1881 par Pierret). Etude sur Virgile (1837) Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire (1860, 2 vol. in-8); Nouveaux Lundis (1863-72,13 vol. in-12); Notice sur M. Littré (1863); trois discours au Sénat : A propos des bibliothèques populaires (1867); De la Loi sur la presse (1868), De la Liberté de l'enseignement (1868); le Comte de Clermont et sa cour (1868); le Général Jomini (1869); Mme Desbordes-Volmore (1870); M. de Talleyrand (1870); P.-J. Proudhon, sa vie et se correspondance (1872). Cette biographie intime, très pénétrante, documentée surtout par les lettres de Proudhon, avait paru dans la Revue contemporaine en 1860. Souvenirs et Indiscrétions (1872); Lettres à la Princesse (1873); Premiers Lundis (1875, 3 vol. in-18). Ce sont des articles de la jeunesse de Sainte-Beuve, auxquels ce titre de Lundis a été inexactement donné. Chroniques parisiennes (1876); les Cahiers de Sainte-Beuve (1876); Correspondance (1877-78, 2 vol. in-18), et Nouvelle Correspondance (1880); le Clou d'or, nouvelle suivie de lettres à Mme d'Arbouville, et de l'esquisse d'une autre nouvelle, la Pendule (1880); Lettres au professeur Gaullieur, publiées par Eug. Ritter (1895; extrait du Bulletin de l'Institut national de Genève).

Sainte-Beuve a tenté successivement la poésie, le roman et la critique. Il s'est rendu compte lui-même qu'il n'avait pas réussi auprès du public dans la poésie et dans le roman, et il en a souffert. Ce dédain du public, en effet, n'allait pas sans injustice. Il y avait dans Joseph Delorme un talent véritable; et au milieu des outrances truculentes, de l'exotisme enluminé de l'art romantique, le réalisme familier et bourgeois de Sainte-Beuve avait une originalité assez hardie. Mais Volupté surtout méritait un meilleur accueil : c'est une oeuvre supérieure. Toute la puissance d'analyse, la pénétration psychologique, que Sainte-Beuve éparpillera dans ses 30 ou 40 volumes de critique, s'y concentre sur un cas curieux et vrai, qui est son cas. La forme est originale et fait contraste encore avec les procédés usités en ce temps-là; c'est un art contourné, entortillé, mais étonnamment souple, fin et nuancé tout en reflets et en demi-teintes, en notes assoupies et voilées : l'oeuvre est lente, peu animée, mais vraiment riche, suggestive et neuve.

Cependant la vocation de Sainte-Beuve était la critique, et c'est là qu'il a donné sa mesure. Dans la première moitié de sa carrière, il a mêlé la polémique à la critique, il a défendu un certain idéal d'art et de goût. Dans la seconde, à partir de 1849, il a entendu la critique en historien, ne se proposant plus que de connaître et de faire connaître. Et dans sa période polémique, deux directions se laissent aisément constater. Il a noté lui-même que ses premières campagnes de 1828 et 1829 ont été romantiques. Même jusqu'en 1835, avec un refroidissement sensible vers la fin, il fait de la critique romantique : il essaie de tirer au clair, de filtrer les idées de l'école, de mettre du jugement et de la raison dans les théories, de rattacher les novateurs à une tradition : avec beaucoup de louanges, il donne des conseils. Il essaie d'amener ses amis à prendre une conscience nette de leur oeuvre, du bon et du mauvais, du possible et de l'impossible. Il tâche de diriger en encensant. Puis, après 1835 et jusqu'en 1849, il parut surtout occupé de liquider le romantisme, d'en éliminer les extravagances et d'en arrêter les avortements; il cherchait à réconcilier romantisme et classicisme et montrait des tendances au fond conservatrices. Quoiqu'il eût déjà comparé la critique à une rivière qui réfléchit tout indifféremment, il concevait encore qu'il lui appartient de diriger la littérature, d'aider les jeunes talents à triompher des obstacles, à se garder des défauts, de les servir et de les avertir; il n'avait pas de système, haïssait les formules, mais il suivait encore une certaine direction, et y poussait les autres. Enfin, à partir de 1849, dans toute la suite des Lundis, il ne chercha plus qu'à comprendre et à expliquer. Il ne prétend plus à être directeur, mais témoin. Il a renoncé à imposer à la littérature ses tendances personnelles il ne travaille plus à déterminer, mais seulement à constater le mouvement littéraire. Il devient purement historien.
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La méthode naturelle en littérature

« La littérature, la production littéraire, n'est point pour moi distincte ou du moins séparable du reste de l'homme et de l'organisation; je puis goûter une oeuvre, mais il m'est difficile de la juger indépendamment de la connaissance de l'homme même; et je dirais volontiers : tel arbre, tel fruit. L'étude littéraire me mène ainsi tout naturellement à l'étude morale.

Avec les Anciens, on n'a pas les moyens suffisants d'obser vation. Revenir à l'homme, l'oeuvre à la main, est impossible dans la plupart des cas avec les véritables Anciens, avec ceux dont nous n'avons la statue qu'à demi brisée. On est donc réduit à commenter l'oeuvre, à l'admirer, à rêver l'auteur et le poète à travers. On peut refaire ainsi des figures de poètes ou de philosophes, des bustes de Platon, de Sophocle ou de Virgile, avec un sentiment d'idéal élevé, c'est tout ce que permet l'état des connaissances incomplètes, la disette des sources et le manque de moyens d'information et de retour. Un grand fleuve, et non guéable dans la plupart des cas, nous sépare des grands hommes de l'antiquité. Saluons-les d'un rivage à l'autre.

Avec les modernes, c'est tout différent, et la critique, qui règle sa méthode sur les moyens, a ici d'autres devoirs. Connaître et bien connaître un homme de plus, surtout si cet homme est un individu marquant et célèbre, c'est une grande chose et qui ne saurait être à dédaigner.

L'observation morale des caractères en est encore au détail, aux éléments, à la description des individus et tout au plus de quelques espèces : Théophraste et La Bruyère ne vont pas au delà. Un jour viendra, que je crois avoir entrevu dans le cours de mes observations, un jour où la science sera constituée, où les grandes familles d'esprits et leurs principales divisions seront déterminées et connues. Alors, le principal caractère d'un esprit étant donné, on pourra en déduire plusieurs autres. Pour l'homme, sans doute, on ne pourra jamais faire exactement comme pour les animaux ou pour les plantes; l'homme moral est plus complexe : il a ce qu'on appelle liberté et qui, dans tous les cas, suppose une grande mobilité de combinaisons possibles. Quoi qu'il en soit, on arrivera avec le temps, j'imagine, à constituer plus largement la science du moraliste. Elle en est aujourd'hui au point où la botanique en était avant Jussieu et l'anatomie comparée avant Cuvier, à l'état pour ainsi dire anecdotique. Nous faisons pour notre compte de simples monographies, nous amassons des observations de détail; mais j'entrevois des liens, des rapports, et un esprit plus étendu, plus lumineux et resté fin dans le détail, pourra découvrir un jour les grandes divisions naturelles qui répondent aux familles d'esprits.

Mais même, quand la science des esprits serait organisée comme on peut de loin le concevoir, elle serait toujours si délicate et si mobile qu'elle n'existerait que pour ceux qui ont une vocation naturelle et un talent d'observer : ce serait toujours un art qui demanderait un artiste habile, comme la médecine exige le tact médical dans celui qui l'exerce, comme la philosophie devrait exiger le tact philosophique chez ceux qui se prétendent philosophes, comme la poésie ne veut être touchée que par un poète.

Je suppose donc quelqu'un qui ait ce genre de talent et de facilité pour entendre les groupes, les familles littéraires (puisqu'il s'agit dans ce moment de littérature); qui les distingue presque à première vue, qui en saisisse l'esprit et la vie, dont ce soit véritablement la vocation; quelqu'un de propre à être un bon naturaliste dans ce champ si vaste des esprits.

S'agit-il d'étudier un homme supérieur ou simplement distingué par ses productions, un écrivain dont on a lu les ouvrages et qui vaille la peine d'un examen approfondi? Comment s'y prendre, si l'on veut ne rien omettre d'important et d'essentiel à son sujet, si l'on veut sortir des jugements de l'ancienne rhétorique, être le moins dupe possible des phrases, des mots, des beaux sentiments convenus et atteindre au vrai comme dans une étude naturelle?

Il est très utile d'abord de commencer par le commencement et, quand on en a les moyens, de prendre l'écrivain supérieur ou distingué dans son pays natal, dans sa race. Si l'on connaissait bien la race physiologiquement, les ascendants et ancêtres, on aurait un grand jour sur la qualité secrète et essentielle des esprits; mais le plus souvent cette racine profonde reste obscure et se dérobe. Dans les cas où elle ne se dérobe pas tout entière, on gagne beaucoup à l'observer.

On reconnaît, on retrouve à coup sûr l'homme supérieur, au moins en partie, dans ses parents, dans sa mère surtout, cette parente la plus directe et la plus certaine, dans ses sueurs aussi, dans ses frères, dans ses enfants mêmes. Il s'y rencontre des linéaments essentiels qui sont souvent masqués, pour être trop condensés ou trop joints ensemble, dans le grand individu; le fond se retrouve, chez les autres de son sang, plus à nu et à l'état simple; la nature toute seule a fait les frais de l'analyse.

Quand on s'est bien édifié, autant qu'on le peut, sur les origines, sur la parenté immédiate et prochaine d'un écrivain éminent, un point essentiel est à déterminer, après le chapitre de ses études et de son éducation : c'est le premier milieu, le premier groupe d'amis et de contemporains dans lequel il s'est trouvé au moment où son talent a éclaté, a pris corps et est devenu adulte. Le talent, en effet, en demeure marqué, et, quoi qu'il fasse ensuite, il s'en ressent toujours.

Il n'importe pas seulement de bien saisir un talent au moment du coup d'essai et du premier éclat, quand il apparaît tout formé et plus qu'adolescent, quand il se fait adulte; il est un
second temps non moins décisif à noter, si l'on veut l'embrasser dans son ensemble : c'est le moment où il se gâte, où il se corrompt, où il déchoit, où il dévie.

S'il est juste de juger un talent par ses amis et ses clients naturels, il n'est pas moins légitime de le juger et le contre-juger (car c'est bien une contre-épreuve en effet), par les ennemis qu'il s'attire sans le vouloir, par ses contraires et ses antipathiques, par ceux qui ne le peuvent instinctivement souffrir.

Rien ne sert mieux à marquer les limites d'un talent, à circonscrire sa sphère et son domaine, que de savoir les points justes où la révolte contre lui commence. Cela même, dans le détail, devient piquant à observer : on se déteste quelquefois toute sa vie dans les Lettres sans s'être jamais vus. L'antagonisme des familles d'esprits achève ainsi de se dessiner. »
 

(Sainte-Beuve).

Il s'était déjà essayé dans ce rôle par ses deux grands travaux sur Port-Royal et sur Chateaubriand. Port-Royal est le chef-d'oeuvre de Sainte-Beuve et l'une des plus grandes et fortes oeuvres du siècle. Une curiosité et une patience infatigables, pour ramasser tous les documents imprimés ou inédits, une attention minutieuse, une sagacité pénétrante pour les étudier, les contrôler, Leur faire rendre tout ce qu'ils contiennent de vérité; une défiance aiguë des documents qui peuvent tromper, et de lui-même qui peut se tromper, si bien qu'il n'a jamais assez de preuves et d'évidence, et qu'une perpétuelle inquiétude de ne pas tenir le vrai le tourmente; une recherche de la note précise, de la nuance exacte, qui lui fait multiplier les atténuations, les correctifs, les contre-poids, jusqu'à simuler l'inconsistance et le tortillement; un désir profond, loyal, infini de la vérité, qui l'élève à une haute impartialité, donnent à l'histoire de Port-Royal une solidité que les découvertes d'un demi-siècle et des rectifications de détail n'ont pas entamée. Sainte-Beuve étudie avec une clairvoyance psychologique égale à son érudition le phénomène du jansénisme; il suit la modification de la doctrine dans la diversité des âmes individuelles, analyse tous ses effets sur les tempéraments où elle pénètre, et toutes les couleurs qu'elle y prend : chacune des figures qu'il dessine a sa physionomie, et l'air janséniste se retrouve dans toutes. Jamais historien n'était entré avec cette profondeur dans la vie morale des hommes; jamais une plus riche galerie de portraits et de biographies psychologiques n'avait été réunie.

Il y a sans doute un peu de surabondance; le domaine du jansénisme n'est pas très vigoureusement délimité, et le peintre saisit un peu trop volontiers l'occasion d'arrêter devant lui, sous prétexte de jansénisme, toutes les figures intéressantes du temps. Il y a, dans l'exécution, les qualités et la manière de Volupté, le pointillé, les reprises, les hachures, la perpétuelle brisure des lignes, un entassement de détails et de petits traits qui enlèvent la perception des contours, une oscillation du oui au non qui dérobe parfois la vue de la direction principale : mais ici encore, la souplesse, la finesse, l'agilité, l'expression qui travaille à tout dire, à embrasser la complexité et l'instabilité de la vie, et qui, somme toute, y arrive.

L'essai sur Chateaubriand a choqué bien des gens, précisément par les mêmes qualités. Sainte-Beuve n'a pas voulu recevoir l'image de Chateaubriand que Chateaubriand avait préparée pour la postérité; mais en disant tout ce qu'il avait découvert, et qui pouvait diminuer le grand homme, il a publié sans hésitation ce qui l'honorait, comme cette lettre à Fontanes d'où ressort la sincérité du Génie du christianisme. Il a peut-être un peu de joie à constater les faiblesses et les torts de Chateaubriand. C'est le petit côté de Sainte-Beuve : ses échecs de poète et de romancier lui ont laissé de l'aigreur au coeur, et un peu de désir inconscient de trouver de petits hommes dans les très grands génies. Cette malignité, cette « jalousie », si l'on veut employer ce mot, il l'a eue à l'égard de Vigny comme de Chateaubriand. Il avait la dent mauvaise, on le voit par ses notes intimes. Il n'a pas rendu une pleine justice, ni de coeur joyeux, à Hugo, à Lamartine, à Balzac. Cependant il faut reconnaître que son goût, au fond classique et latin, devait lui grossir certains défauts de ces écrivains de génie et lui voiler quelques-unes de leurs beautés. Et il faut reconnaître que ses aigreurs et sa malveillance ont pu lui faire enregistrer le mal avec un plaisir trop évident, mais ne l'ont pas mené à le supposer à la légère ni à chercher moins patiemment la vérité.

Ce goût à dénoncer les faiblesses et les revers du génie, et une pointe de zèle excessif pour l'Empire entre 1852 et 1860, mettent quelques endroits fâcheux dans les Lundis. Au reste, il n'y a presque qu'à admirer. ll poursuit obstinément le vrai, n'admettant pas qu'on puisse le dissimuler, le voiler, pour quelque raison que ce soit : respect filial ou attachement de famille, passion politique, amitié personnelle. Quand il ne peut pas dire la vérité, il se tait : ainsi sur l'Histoire de César de Napoléon III. Il publie tout ce qu'il a, jusqu'à se faire taxer d'indiscrétion; il maintient son droit critique, en face de la comtesse de Fontanes, des d'Argenson et des de Broglie. Il n'admet pas de scrupule littéraire, qui oblige à idéaliser les peintures (lettre à Bersot du 9 mai 1863) : «Si j'avais une devise, écrit-il (Corresp., II, 41), ce serait le vrai, le vrai seul : et que le beau et le bien s'en tirent ensuite comme ils peuvent ». il rejetait toute doctrine, toute formule d'art, toute idée générale, esthétique, philosophique ou morale, qui peuvent imposer un parti pris et fausser l'observation. Aussi la forme des Lundis le mit-elle à l'aise il put prendre les individus pour objet d'étude, et les regarder au microscope sans autre souci que de voir l'individu.
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Le don de spiritualité

« Ce don consiste à retrouver Dieu et son intention vivante partout, jusque dans les moindres détails et les plus petits mouvements, à ne perdre jamais du doigt un certain ressort qui conduit. Tout prend alors un sens, un enchaînement particulier, une vibration infiniment subtile qui avertit, un commencement de nouvelle lumière. La trame invisible, qui est la base spirituelle de la création et des causes secondes, qui se continue à travers tous les événements et les fait jouer en elle comme un simple épanouissement de sa surface, ou, si l'on veut, comme des franges pendantes, cette trame profonde devient sensible en plusieurs endroits, et toujours certaine là même où elle se dérobe. Il y a désormais deux lumières, et la terrestre, celle des sages selon les intérêts humains et des savants dans les sciences secondes, n'est que pareille à une lanterne de nos rues quand les étoiles sont levées, que les vers luisants émaillent la terre et que la lune du firmament admire en paix celle des flots. Dans cette disposition intérieure de spiritualité, la vigilance est perpétuelle; pas un point ne reste indifférent autour de nous pour le but divin; tout grain de sable reluit. Un pas qu'on fait, une pierre qu'on ôte, le verre qu'on range hors du chemin de peur qu'il ne blesse les enfants et ceux qui vont pieds nus, tout devient significatif et source d'édification, tout est mystère et lumière dans un mélange délicieux. Que sait-on? - Dieu le sait, c'est là, en chaque résultat, le doute fécond, l'idée rassurante qui survit. »
 

(Sainte-Beuve, extrait de Volupté, XXI).

Chaque article se suffisait à lui-même; dans chaque article, une figure était dessinée. D'un article à l'autre, aucun lien n'apparaissait. Sainte-Beuve se donnait pour tâche de faire l'histoire naturelle des esprits, et il collectionnait des échantillons curieux de types intellectuels et moraux, sans tenter de généralisations. ll faisait, comme a dit Taine, un herbier. Cette préoccupation donne à Sainte-Beuve une place à part dans l'évolution de la critique : tandis que Villemain, avant lui, s'efforçait de rattacher, un peu librement, la littérature à la société, dont elle est l'expression, tandis que Taine, après lui, avec vigueur, déterminait l'oeuvre littéraire par le milieu, tandis qu'on s'attachait autour de lui à suivre dans la littérature les grands courants d'idées et de civilisation, il s'appliquait, lui, à relier l'oeuvre à l'individu, à trouver dans un tempérament, une éducation, une biographie, les origines et les causes des caractères littéraires. En un mot, tandis que la critique se faisait philosophique, il la faisait psychologique et physiologique. Cela le conduisit même souvent hors de la littérature : si dans l'oeuvre littéraire ce qui était intéressant, c'était le tempérament individuel dont elle était l'indice, pourquoi s'en tenir aux écrits littéraires? pourquoi ne pas faire la même recherche sur toute sorte d'écrits ? Et ainsi Sainte-Beuve n'opérait plus seulement sur des romans et des poèmes, mais sur des récits de voyages, sur des mémoires, sur des lettres. Aux écrivains il ajoutait des femmes du monde, des savants, des généraux. Il ne s'inquiétait plus de la manifestation littéraire : il était tout à l'observation des esprits : il était purement historien, biographe, psychologue. C'était la vie qu'il cherchait, non plus l'art. En somme, Sainte-Beuve a fourni l'une des trois grandes méthodes qui doivent concourir à l'étude et à l'explication des oeuvres littéraires : les deux autres, en tout cas en attendant le XXe siècle, ont été définies par Taine et par Brunetière. (Gustave Lanson).



En bibliothèque - Pour la biographie : les Poésies, Volupté; les Pensées (fin du t. III des Portraits Littéraires), les Notes et Pensées (Lundis, t. XI), les Notes et Remarques (Lundis, t. XV); le Clou d'or, les Souvenirs et Indiscrétions, les Cahiers, la Correspondance, la Nouvelle Correspondance et les Lettres à ta princesse; et en outre : A.-J. Pons, Sainte-Beuve et ses inconnues, 1879. - L. Nicolardot, la Confession de Sainte Beuve (oeuvre de malignité sans critique), 1882. - Jules Troubat, Souvenirs du dernier secrétaire de Sainte-Beuve. 1890. - Victor Hugo, Correspondance, 1896, t. 1; - G. Sand, Lettres à Sainte-Beuve, 1897. Sur l'écrivain et le critique: G. Planche, Portraits littéraires, 1819, t.1; Nouv. Portr. litt., 1851, t. I. - J. Levalois, Sainte-Beuve, 1872. - D'Haussonville, Sainte-Beuve, sa vie et ses oeuvres, 1875. - F. Brunetière, l'Evolution des genres, 1890; l'Evolution de la poésie lyrique, 1895. - Morand, les Jeunes Années de Sainte-Beuve,1895. - E. Faguet, Politiques et Moralistes, 3e série, 1900.

En librairie - Sainte-Beuve, Le Clou d'or / Madame de Pontivy, / Christel / La pendule, Ombres, 2000. - Portraits de Femmes, Gallimard (Folio), 1999. - Portrait de Léopardi, Allia, 1998. - Portraits littéraires, Robert Laffont (Bouquins), 1993. - Pour la critique, Gallimard, 1992. - Moyen âge et Renaissance, Hermann, 1992. - La Vie des lettres - Le siècle de Versailles, Hermann, 1992. - La Vie des lettres - Les Lumières et les salons, Hermann, 1992. - La Vie des lettres - Le siècle du progrès, Hermann, 1992. - Mes poisons, José Corti, 1988. - Volupté, Imprimerie nationale (2 vol.), 1984.

- Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, Gallimard, 1987. - José Cabanis, Pour Sainte-Beuve, Gallimard, 1987.

Michel Brix, Sainte-Beuve ou la liberté critique, La chasse au Snark, 2002. - Wolf Lepenies, Sainte-Beuve, au seuil de la modernité, Gallimard, 2002. - Michel Crépu, Sainte-Beuve, Perrin, 2001. - Marie-Catherine Huet-Brichard, La poésie de Sainte-Beuve, un imaginaire de l'échec, Presses universitaires de Clermont-Ferrand, 1999. - Roxana Verona et Gérard Antoine, Les "salons" de sainte-Beuve, le critique et ses muses, Honoré Champion, 1999. - Nicole Casanova, Sainte-Beuve, de Victor Hugo à Jean Racine, Mercure de France, 1995. - Fernande Bartfeld, Sainte-Beuve et Alfred de Vigny, Lettres modernes Minard, 1970.

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Dictionnaire biographique
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