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Desmoulins

Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins est un journaliste et homme politique français, né à Guise (Aisne) le 2 mars 1760, mort à Paris le 5 avril 1794. Fils aîné d'un lieutenant général civil et criminel au bailliage de Guise, il obtint par la protection de son cousin, M. Veifville des Essarts, une bourse au collège Louis-le-Grand, où il fut le camarade de Maximilien Robespierre. Il en sortit en 1784, passionné pour l'Antiquité romaine (il lisait sans cesse le livre de Vertot) et déjà républicain. Puis il fit son droit et fut reçu, en 1785, avocat au parlement de Paris : mais, affecté d'un léger bégaiement, il ne pouvait réussir dans la carrière du barreau. Lors du mouvement d'opinion qui précéda la réunion des Etats généraux, il publia une brochure, la Philosophie au peuple français (1788), qu'on ne connaît que par une analyse de l'introduction historique au Moniteur; puis une Ode aux Etats généraux, qui passa inaperçue. Le 12 juillet 1789, au moment de l'effervescence causée par le renvoi de Necker, il était au Palais-Royal
« Je gémissais, dit-il, au milieu d'un groupe, sur notre Iâcheté à tous, lorsque trois jeunes gens passent, se tenant par la main et criant aux armes. Je me joins à eux; on voit mon zèle, on m'entoure, on me presse de monter sur une table :  dans la minute, j'ai autour de moi six mille personnes. » 
Son discours fut brûlant. 
« Aux armes, cria-t-il, aux armes! Prenons tous des cocardes vertes, couleur de l'espérance. »
Il prit un ruban vert et l'attacha à son chapeau le premier. Tous ses auditeurs prirent aussitôt des feuilles vertes pour cocardes, et c'est ainsi que Camille Desmoulins lança le mouvement qui devait aboutir à la prise de la Bastille. Le 17 ou 18 juillet, il publia le pamphlet la France libre, daté de l'an premier de la liberté, et composé au mois de juin, où il proclamait le droit de la nation et, devançant ses contemporains, demandait implicitement la République. Cet écrit, dont le succès fut prodigieux, fut suivi bientôt du Discours de la Lanterne aux Parisiens, qui valut à son autour le surnom de procureur général de la Lanterne. Le 28 novembre 1789, il fit paraître le premier numéro de son célèbre journal, les Révolutions de France et de Brabant, qui, à partir du numéro 73, prit le titre de Révolutions de France et des royaumes qui, demandant une Assemblée nationale et arborant la cocarde, mériteront une place dans ces fastes de la liberté. Le 86e et dernier numéro parut à la fin de juillet 1791, après l'affaire du Champ de Mars (La Révolution en 1791), époque où Camille Desmoulins dut, comme il le dit, envoyer sa démission de journaliste à La Fayette.
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Desmoulins.
Camille Desmoulins (1760-1794).
Peinture du musée de Versailles.

Les Révolutions ne sont pas un journal de nouvelles; c'est une suite d'éloquents pamphlets où une verve érudite, mais vivante, exprime les vicissitudes de l'opinion révolutionnaire. C'est un des monuments les plus remarquables de la littérature politique en France. Cette feuille excita plus encore la colère des partisans de l'Ancien régime que l'admiration des patriotes, et Camille Desmoulins devint la cible des pamphlétaires royalistes. Ami de Danton et de Robespierre, membre influent du club des Cordeliers, il est au premier rang parmi les soldats d'avant-garde de la Révolution de 1789 à 1792. Des poursuites contre lui furent commencées après l'affaire du Champ de Mars, puis abandonnées. Au mois d'avril 1792, il fonda, avec Fréron, le journal la Tribune des patriotes, qui n'eut que quatre numéros, puis publia contre Brissot un violent et injuste libelle, Jean-Pierre Brissot démasqué.

Dans la journée du 10 août, il paya de sa personne, haranguant et guidant les faubouriens, et devint, avec Fabre d'Eglantine, un des deux secrétaires de Danton au ministère de la justice. Député de Paris à la Convention nationale, il y siégea à la Montagne, mais sans jouer un rôle important. Sa versatilité, qui venait de son extrême et crédule bonne foi, lui avait ôté toute l'autorité morale qui aurait pu pallier à la tribune son insuffisance oratoire. Il avait successivement suivi les guides illustres de la Révolution, tant qu'il les avait crus sincères, depuis Mirabeau jusqu'à Robespierre, et avait paru ainsi tourner à tous les vents, lui qui se vantait d'être un des dix républicains qui existaient à Paris avant le 14 juillet. On ne le prenait pas au sérieux. Il fut très maladroit lors du débat sur la motion de Buzot d'expulser tous les Bourbons y compris la famille d'Orléans (15 décembre 1792), et fit rire en s'écriant : « Si ce décret passe, la France est perdue! » Dans le procès de Louis XVI, il parla et vota avec la dernière rigueur. Sa défaveur commença le jour où il prit la défense de son ami le général Dillon, accusé de trahison (10 juillet 1793). Lors de l'épuration des jacobins (24 brumaire an II), il ne fut admis que grâce à l'appui dédaigneux que lui prêta Robespierre. 

Son principal pamphlet, pendant la période conventionnelle, fut le Fragment de l'histoire de la Révolution, où il calomnia et perdit les girondins (il regretta ensuite, mais trop tard, les effets meurtriers de ce pamphlet). Lors de la lutte du comité de Salut public contre les hébertistes, il publia le journal le Vieux Cordelier (six numéros, du 5 au 30 décembre 1793; après la mort de l'auteur, on en a imprimé un numéro 7 et des fragments d'un numéro 8). Ce journal, dirigé d'abord contre les hébertistes, avec l'encouragement secret de Robespierre, exprima ensuite, au service de la politique de Danton et des Indulgents, d'éloquents et immortels appels à la clémence. Robespierre se tourna contre Camille Desmoulins, tout en feignant de le défendre encore. Le 31 mars 1794, il fut arrêté. Le tribunal révolutionnaire le condamna avec Danton et les dantonistes et il fut exécuté avec eux.

La femme de Camille, l'aimable et spirituelle Lucile Duplessis, âgée de 23 ans, impliquée dans une prétendue conspiration des prisons, fut condamnée à mort et exécutée le 13 avril 1794. Camille Desmoulins laissait un fils, Horace, qui mourut à Jacmel (Haïti), le 29 juin 1825. (F.-A. Aulard).
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Extrait du Vieux Cordelier

« Qu'on désespère de m'intimider par les terreurs et les bruits de mon arrestation, qu'on sème autour de moi. Nous savons que des scélérats méditent un 31 mai contre les hommes les plus énergiques de la Montagne!... Ô mes collègues! Je vous dirai, comme Brutus à Cicéron : Nous craignons trop la mort, et l'exil, et la pauvreté, nimium timemus mortem, et exilium, et paupertatem. Cette vie mérite-t-elle donc qu'un représentant la prolonge aux dépens de l'honneur? Il n'est aucun de nous qui ne soit parvenu au sommet de la montagne de la vie; il ne nous reste plus qu'à la descendre à travers mille précipices inévitables, même pour l'homme le plus obscur. Cette descente ne nous ouvrira aucuns paysages, aucuns sites qui ne soient offerts à Salomon qui disait : 

« J'ai trouvé que les morts sont plus heureux que les vivants, et que le plus heureux est celui qui n'est jamais né. »
Eh quoi! lorsque tous les jours douze cent mille Français affrontent les redoutes hérissées des batteries les plus meurtrières, et volent de victoires en victoires, nous, députés à la Convention, nous qui ne pouvons jamais tomber comme le soldat, dans l'obscurité de la nuit, fusillé dans les ténèbres, et sans témoins de sa valeur; nous, dont la mort soufferte pour la liberté ne peut être que glorieuse, solennelle et reçue en présence de la nation entière, de l'Europe et de la postérité, serions-nous plus lâches que nos soldats ? craindrions-nous de nous exposer à regarder Bouchotte en face? n'oserions-nous pas braver la grande colère du père Duchêne, pour remporter aussi la victoire que le peuple attend de nous, la victoire sur les ultra-révolutionnaires comme sur les contre-révolutionnaires; la victoire sur tous les intrigants, sur tous les fripons, sur tous les ambitieux, sur tous les ennemis du bien public?

Occupons-nous, mes collègues, non pas à défendre notre vie comme des malades, mais à défendre la liberté et les principes comme des républicains. Et quand même, ce qui est impossible, la calomnie et le crime pourraient avoir sur la vertu un moment de triomphe, croit-on que, même sur l'échafaud, soutenu de ce sentiment intime que j'ai aimé avec passion ma patrie et la république, couronné de l'estime et des regrets de tous les républicains, je voulusse changer mon supplice contre la fortune de ce misérable Hébert, qui, dans sa feuille, pousse au désespoir et à la révolte vingt classes de citoyens; qui, pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies, a besoin de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin, et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine? Qu'est-ce donc que l'échafaud pour un patriote, sinon le piédestal de Sidney et de Jean de Witt? qu'est-ce, dans un moment de guerre où j'ai eu mes deux frères hachés pour la liberté, qu'est-ce que la guillotine, sinon un coup de sabre, et le plus glorieux de tous, pour un député victime de son courage et de son républicanisme? »
 

(Desmoulins, Nivose an II, ou janvier 1794.).

 
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Dictionnaire biographique
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