 |
La Violette,
ou Gérard de Nevers, le plus agréable et le plus parfait
des romans de chevalerie. En voici le sujet :
Le roi Louis tenant une cour plénière
au Pont-de-l'Arche, Gérard comte de Nevers ,
y chante la beauté et la fidélité de sa dame; Liziart,
comte de Forest, fait le pari de séduire la belle Euriante, et le
défi est accepté. Liziart se rend à Nevers, reçoit
l'hospitalité chez le père d'Euriante, et fait sa déclaration
: ses soupirs, son éloquence, son désespoir ne produisent
aucun effet. Mais, à l'aide d'une vieille qui ne pense qu'à
mal, il peut apercevoir Euriante au bain; il lui voit sur le corps un signe,
une violette, et retourne à la cour, où il déclare
ce qu'il a vu, comme preuve de son succès. Euriante est déclarée
infidèle, malgré son innocence, et le comté de Nevers,
enjeu du pari, devient la propriété de Liziart. Gérard
emmène Euriante dans une forêt
: il va lui trancher la tête, quand arrive un énorme serpent;
il l'attaque et le tue, puis il abandonne Euriante. Cependant il veut revoir
son ancien domaine; là il entend une, conversation de Liziart et
de la vieille, et reconnaît l'innocence d'Euriante : il se met aussitôt
à sa recherche. Il délivre une châtelaine, la belle
Aigline, des persécutions du cruel Galerant, s'éloigne sans
vouloir l'épouser, fait une maladie à Châlons, puis
arrive à Cologne. Le lendemain, la ville est assaillie par les Saxons;
Gérard y fait tant de prouesses, que les infidèles sont repoussés.
Sa vaillance, sa courtoisie, sa bonne mine, lui gagnent tous les coeurs;
il plaît à Aiglantine, fille du duc de Cologne, laquelle lui
fait boire un philtre au moyen duquel il oublie Euriante. Pendant ce temps,
celle-ci est accablée d'infortunes : une alouette lui enlève
l'anneau qu'elle avait reçu de Gérard; elle repousse l'amour
d'un chevalier nommé Méliatir, qui tue près d'elle,
en croyant la frapper pendant la nuit, une autre femme, et qui l'accuse
ensuite d'avoir commis ce crime. Gérard est sur le point d'épouser
Aiglantine : mais, dans une partie de chasse, son épervier lui apporte
une alouette qui avait au cou un anneau; il reconnaît l'anneau d'Euriante,
et, sans revoir Aiglantine, il s'éloigne de Cologne pour chercher
son amie. Il délivre en route une belle dame, et la rend à
son époux. Puis il tue en combat singulier le géant Brudigolans.
Enfin, il rencontre une compagnie de chevaliers qu'il accompagne à
Miès, et, ayant appris l'histoire d'Euriante, déclare qu'il
sera son champion contre quiconque osera l'accuser d'avoir commis le meurtre:
Méliatir, obligé d'accepter le combat, est vaincu, et confesse
son crime. Enfin, après avoir remporté le prix dans un tournoi
à Montargis contre le comte de Forest, Gérard se présente
devant le roi, accuse Liziart de mensonge et de trahison envers Euriante,
et le défie en combat singulier : le roi ordonne que cette querelle
soit vidée le jour de la Pentecôte ,
en présence de toute la cour. Liziart vaincu avoue son crime; le
roi le fait attacher à la queue d'un cheval, puis pendre à
un arbre; la vieille est bouillie dans une chaudière, et Gérard
épouse Euriante.
Chevalier joutant.
Ce poème, en vers de huit syllabes,
fut composé par Gibert ou Gyrbert de Montreuil,
au commencement du XIIIe siècle.
II est dédié à Marie, comtesse de Ponthieu, fille
de Guillaume III, beau-frère de Philippe-Auguste.
L'action, ingénieusement conçue, s'expose clairement, se
noue et se dénoue avec facilité, et emprunte une grâce
toujours nouvelle du récit, qui n'est jamais interrompu par des
lieux communs amoureux ou théologiques. On y trouve d'admirables
tableaux d'histoire et de genre, des descriptions de combats, de tournois,
de repas, de costumes, d'armes, et, en général, des peintures
de moeurs à la manière d'Homère.
Le sujet de ce roman n'est point historique: aucun comte de Nevers ne s'est
appelé Gérard, et il n'a jamais existé un comte de
Forez du nom de Liziart. Quant au roi Louis dont il est question ici. Paulin
Paris y a vu Louis le Débonnaire;
Francisque Michel plutôt Louis VIII,
et a fondé cette assertion sur ce que le roi tient sa cour plénière
à Pont-de-l'Arche, qui ne fut pas réuni à la couronne
avant 1204. Cette observation ne nous paraît pas avoir une grande
valeur dans un poème qui est tout d'imagination, et qui nous reporte
aux guerres contre les Saxons, au siège de Cologne, avec un autre
dénouement, mais avec les mêmes détails et les mêmes
noms que dans le poème de Witikind. La traduction en prose (XVe
siècle) de ce roman place l'action sous le règne de Louis
le Gros.
Les imitations du roman de la Violette
sont fort nombreuses. Il existe un roman en prose Dou roi Flore et de
la biele Jehane, dont le sujet est au fond le même, et dont le
style paraît être des premières années du XIIIe
siècle; peut-être a-t-il précédé le poème
de Gibert de Montreuil. Un autre roman en vers du XIIIe
siècle est intitulé le Comte de Poitiers : l'action
se passe sous le règne de Pépin; elle est la même que
dans le roman de la Violette. Enfin nous trouvons encore une imitation
du même sujet dans un manuscrit du XIVe
siècle ainsi intitulé : Cy commence.j. miracle de Nostre-Dame,
coment Ostes, roy d'Espaigne, perdi sa terre pour gagier contre Bérengier,
qui le tray et Il fist faux entendre de sa femme, en la bonté de
laquelle Ostes se fioit, et depuis le destruit Ostes en champ de bataille.
Boccace,
dans la 2e journée du Décaméron ,
et Shakespeare, dans Cymbeline, ont
aussi imité le roman de la Violette. Ce roman fut traduit
en prose au XVe siècle par un anonyme
: il existe deux éditions anciennes de cette traduction, l'une de
1520, l'autre de 1526. Le roman en prose a été traduit en
allemand par Mme Helmina de Chézy, Leipzig,
1804. Ce sujet fut représenté sur la scène française
en 1810, au Cirque Olympique. Mme de Chézy écrivit en vers
allemands un grand opéra en trois actes, intitulé Euryanthe,
dont la musique fut, faite par Weber (Vienne, 1823); son poème ne
rappelle en aucune manière l'aventure de la Violette : aussi
Castil-Blaze le refit-il complètement, quand il traduisit l'oeuvre
de Weber pour l'Académie royale de Musique (Paris, 1831). Déjà,
en 1828, le théâtre de l'Opéra-Comique avait donné
une pièce en trois actes, intitulée la Violette, paroles
de Planard, musique de Carafa; mais ce n'était qu'une, imitation
éloignée et assez ridicule du poème original. (H.
D.).
 |
En
bibliothèque - Le roman
de la Violette a été publié par Francisque Michel,
Paris, 1834; celui Dou roi Flore et de la biele Jehane, 1859; le
Comte de Poitiers; 1831. |
|
|