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Cromwell, de Victor Hugo

Cromwell est un drame en cinq actes et en vers, de Victor Hugo, publié en décembre 1927. - La scène se passe à Whitehall, en l'année 1657. Olivier Cromwell, ce républicain austère, inflexible, est devenu maître des destinées de l'Angleterre. Cependant, il n'est pas satisfait. Ayant le pouvoir et tous les privilèges de la royauté, il veut en porter les insignes. La Cité de Londres a déposé le sceptre à ses pieds, et le Parlement, la couronne : il touche à son rêve; mais il découvre autour de lui des conjurés qui n'attendent, pour lever leur poignard, que d'avoir à frapper un roi. Alors, il rejette au loin la couronne, et, affermi par cet acte apparent de fidélité à la république, il peut encore rêver la royauté et se dire :
Quand donc serai-je roi? 
Ce sont les derniers mots du drame.

Cette pièce n'a jamais été jouée : elle ne pouvait pas l'être. Ce n'est pas, à proprement parler, une action dramatique. C'est un tableau historique extrêmement développé, où s'agitent un grand nombre, de personnages. L'évocation de la société d'alors est, puissante et complète : cavaliers, puritains, poêles, soldats, personnages nobles ou ridicules se mêlent sur la scène; mais c'est en vue du pittoresque plutôt que de l'intrigue. 

Les personnages n'ont pas la vérité psychologique de leur caractère tel que l'histoire nous le fait connaître. Victor Hugo travestit la personne de Cromwell, lorsque, de cette figure puissante, austère, il fait un être guindé, grotesque, pour aboutir, comme dans tous ses drames, à une antithèse de caractère. On pourrait encore reprocher à Victor Hugo d'avoir rapetissé les puritains. Ces hommes un peu raides, lugubres même à force d'austérité, mais grands et purs en définitive, ne méritaient pas qu'on ne fit d'eux que des théologiens pédants, des bouffons, même des hypocrites. Milton lui-même n'a qu'un rôle mesquin. Le style est, en revanche, d'un lyrisme sonore et brillant.

La préface de Cromwell.
Le drame de Cromwell était précédé d'une longue préface, qui fut considérée comme le manifeste de l'école romantique (La littérature française au XIXe siècle). L'auteur y développait ses idées sur l'art dramatique. Victor Hugo distingue trois âges dans l'histoire de l'humanité : les temps primitifs, les temps antiques, les temps modernes, auxquels correspondent trois formes de poésie : le lyrisme, l'épopée et le drame. Le christianisme donna naissance au genre le plus vrai : le drame, qui, comme la vie, réunit les contraires : le corps et l'âme, le beau et le laid, le grotesque et le sublime. Rien n'est donc plus faux, aux yeux du poète, que la distinction des genres qui a triomphé dans la tragédie classique. Il se moque aussi de la règle des trois unités : la seule unité qu'il veuille conserver, c'est celle d'action. L'auteur s'attache, en terminant, à démontrer la nécessité d'écrire le drame en vers. Le vers exclut le commun et le trivial : il donne à la pensée plus de relief. En somme, le poète doit imiter la nature, et, pourvu qu'il ait du génie, toutes les libertés lui sont permises.
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Le drame

« Le drame est la poésie complète. L'ode et l'épopée ne le contiennent qu'en germe; il les contient l'un et l'autre en déveveloppement; il les résume et les enserre toutes deux. Certes, celui qui a dit : les Français n'ont pas la tête épique, a dit une chose juste et fine; si même il eût dit les modernes, le mot spirituel eût été un mot profond. Il est incontestable cependant qu'il y a surtout du génie épique dans cette prodigieuse Athalie, si haute et si simplement sublime que le siècle royal ne l'a pu comprendre. Il est certain encore que la série des drames chroniques de Shakespeare présente un grand aspect d'épopée. Mais c'est surtout la poésie lyrique qui sied au drame; elle ne le gêne jamais, se plie à tous ses caprices, se joue sous toutes ses formes, tantôt sublime dans Ariel, tantôt grotesque dans Caliban. Notre époque, dramatique avant tout, est par cela même éminemment lyrique. C'est qu'il y a plus d'un rapport entre le commencement et la fin; le coucher du soleil a quelques traits de son lever; le vieillard redevient enfant. Mais cette dernière enfance ne ressemble pas à la première; elle est aussi triste que l'autre était joyeuse. Il en est de même de la poésie lyrique. Éblouissante, rêveuse à l'aurore des peuples, elle reparaît sombre et pensive à leur déclin. La Bible s'ouvre riante avec la Genèse et se ferme sur la menaçante Apocalypse. L'ode moderne est toujours inspirée, mais n'est plus ignorante. Elle médite plus qu'elle ne contemple; sa rêverie est mélancolique. On voit, à ses enfantements, que cette muse s'est accouplée au drame.

Pour rendre sensibles par une image les idées que nous venons d'aventurer, nous comparerions la poésie lyrique primitive à un lac paisible qui reflète les nuages et les étoiles du ciel; l'épopée est le fleuve qui en découle et court, en refléchissant ses rives, forêts, campagnes et cités, se jeter dans l'océan du drame. Enfin, comme le lac, le drame réfléchit le ciel; comme le fleuve, il réfléchit ses rives; mais seul il a des abîmes et des tempêtes. »
 

(V. Hugo, extrait de la préface de Cromwell).

On ne peut guère, aujourd'hui, voir dans la Préface de Cromwell le véritable art poétique des romantiques : c'est une oeuvre de circonstance, qui, d'ailleurs, ne concerne que le drame. Les erreurs d'histoire littéraire y sont nombreuses et graves. Les contradictions y abondent : la plus fameuse est celle qui existe entre ces deux assertions du poète : « Tout ce qui est dans la nature est dans l'art » et « Le domaine de l'art et celui de la nature sont parfaitement distincts  . Il y a peu d'ordre, moins de raisonnements probants que de brillantes métaphores, et l'on a souvent critiqué l'excès d'individualisme qu'il y aurait à vouloir soustraire le génie à toute règle et à toute critique. (NLI).

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