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Rutebeuf ou Rustebeuf. - Trouvère du XIIIe siècle, né sans doute à Paris ou aux environs et mort à Paris vers 1280 ou même 1290. On manque de renseignements sur sa vie. Clerc marié, il avait pour principal protecteur le comte de Poitiers. A l'exemple des poètes de son temps, il mena une existence errante et misérable. Les premières de ses poésies doivent dater de 1255. Certaines ont dû être faites sur commande. Il a excellé dans des genres très divers et il est l'auteur à la fois de pièces lyriques, de poèmes allégoriques, de poèmes dramatiques, de fabliaux et de pièces satiriques. On a remarqué qu'il n'a composé aucune chanson d'amour. Dans ses satires, il s'attaque à tous les abus et fait connaître ainsi la société du XIIIe siècle; représentant de l'esprit laïque, il défend avec la vigueur d'un pamphlétaire l'Université de Paris contre les frères mendiants.

Dans sa célèbre Dispute du croisé et du décroisé, il a, partisan des croisades, exprimé toutes les idées qu'on peut faire valoir comme argument pour ou contre. Sa courte poésie des Ribauds de Grève a été appelée la « chanson des gueux » du XIIIe siècle. Les prières qu'il a composées font preuve, d'autre part, d'une grande délicatesse. Il a laissé, comme poèmes allégoriques, Renard le Bestourné et la Voie de Paradis; comme oeuvres dramatiques, le Dit de l'herberie, extravagant boniment de charlatan de foire, en vers et en prose, et le Miracle de Théophile, drame assez faible. En tant que conteur, il a composé deux longs poèmes où il raconte les vies de sainte Marie l'Égyptienne et de sainte Elisabeth de Hongrie, mais il est surtout l'auteur de fabliaux remarquables dont le sujet est parfois emprunté à des aventures contemporaines, ainsi : la Vengeance de Charlot et Frère Denyse. Sa poésie est à moitié populaire de forme. On peut voir, dans Rutebeuf, le plus remarquable des trouvères et qui est en même temps bohème et poète, le véritable ancêtre de Villon; avec l'originalité, il a la verve, la clarté; il abuse seulement des jeux de mots. (M. Barroux).



En bibliothèque - Les pièces qu'on a de lui sont au nombre de cinquante-six. Il était oublié depuis des siècles lorsqu'en 1839 A. Jubinal a publié ses oeuvres complètes (Paris, 2 vol. in-8) qu'il a réimprimées avec quelques modifications en 1874-75 (Paris, 3 vol: in-8). Une édition meilleure a paru depuis; elle est due à A. Kressner (Wolfenbüttel, 1885, in-8). Voir aussi les pièces de Rutebeuf insérées par A. de Montaiglon et G. Raynaud dans leur Recueil genéral des fabliaux (t. III. Paris, 1878, in-8.).

P. Pâris, Hist. litt. de la Fr.,1812, t. X,X, pp. 719783.- L. Petit de Julleville, les Mystères, t. 1, pp. 107114 et t. II, pp. 223-23, Paris, 1880, 2 vol. in-8. - C. Lenient, la Satire en France au moyen âge; Paris, 3e édit.. 1883, pp. 52-66, in-12. - P.-H. Tjaden, Untersuchungen über die Poetik Rutebeufs...;Marbour, 1385, in-8.- E.Schumacher, Zur Syntax Rustebuef; Kiel,1888, in-8. - L. Jordan, Melrik und Sprache Rutebeufs; Wolfenbüttel (Gœttingue), 1888, in-8. - L. Clédat, Rutebeuf; Paris 1891, in-8. -  J. Bédier, les Fabliaux; Paris, 1893, pp.366-74. - H. Strohmayer, dans Romania, 1891, pp. 601-606 (le Miracle de Théophile).

En librairie - Rutebeuf, Oeuvres complètes, Le Livre de Poche, 2001. - Oeuvres poétiques, Gallimard, 1990, 2 vol.  - Le miracle de Théophile, Flammarion, 1993. - Poèmes de l'infortune, Gallimard, 1986.

Jeannine Guichardet, Errances et parcours parisiens, de Rutebeuf à Crevel, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1995. - Jean Dufournet et Roger Dragonetti, Du Roman de Renart à Rutebeuf, Honoré Champion.


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