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Tenson,
pièce de poésie en dialogue,
particulière à la poésie provençale, et dans
laquelle ordinairement deux interlocuteurs défendaient tour à
tour, par strophes de même mesure, et en rimes semblables, leur opinion
contradictoire sur diverses questions d'amour, de chevalerie, de morale,
etc. Tenson veut dire débat, et vient du latin contentio,
qui subsiste tout entier dans contencio, nom par lequel les troubadours
désignent quelquefois ce genre de poésie. Le dialogue des
tensons était généralement partagé en couplets
pairs suivis de deux envois, afin que chaque contendant eût un avantage
égal dans l'attaque et dans la réplique. Ce dialogue était
quelquefois divisé par distiques, et même vers par vers. La
question qui faisait la matière de la tenson demeurait souvent indécise,
et chaque interlocuteur, après avoir fait briller la finesse ou
la subtilité de son esprit, s'en tenait à son opinion. II
arrivait aussi parfois que le sujet proposé était soumis,
après la discussion, au jugement d'arbitres choisis par les deux
poètes.
La tenson était quelquefois une
satire dialoguée entre deux personnages, qui se faisaient mutuellement
des reproches hardis et injurieux, et dont chacun attaquait et combattait
l'autre dans des couplets ordinairement improvisés, toujours sur
une même mesure et sur les mêmes rimes. Parfois aussi elle
contenait des plaintes réciproques de deux amants, ou celles que
l'un deux seulement adressait à l'autre. La plus célèbre
tenson de ce genre est celle entre Raimbaud d'Orange et la comtesse de
Die, qui offre quelque ressemblance avec la pièce d'Horace
'Donec gratus eram tibi.
II est probable que des tensons étaient
composées quelquefois par un seul et même poète, qui
se servait alors de cette forme pour louer plus adroitement sa dame, ou
le seigneur dont il était protégé. C'est ainsi qu'il
y a des tensons allégoriques entre un amant et un oiseau, ou même
avec un être moral personnifié. Mais ces sortes de pièces
étaient aussi l'ouvrage de troubadours différents. Plusieurs
tensons contiennent des injures, des accusations, des reproches, qui ne
peuvent avoir été dictés que par la haine ou une franchise
grossière. Les textes du temps indiquent quelquefois les auteurs
qui ont travaillé concurremment à ces sortes d'ouvrages.
Par allusion à la forme dialoguée
des tensons et à la manière dont le sujet était souvent
proposé, on les nomma aussi partimen (division), du verbe
partir (séparer), souvent employé dans le sens de diviser
une question proposée. Le titre de partimen s'appliqua particulièrement
aux tensons qui avaient pour objet la discussion d'une question d'amour.
On les nomma aussi jocx partitz, ou simplement partia : les
trouvères en firent jeu-parti, empruntant aux troubadours le nom
et la chose.
Les troubadours les plus connus pour leurs
tensons sont Guillaume de Mur et Guiraut Riquier, Raimbaud
de Vaqueiras et Albert de Malespina, Geoffroy et Raynaud de Pons, Hugues
de Saint-Cyr et le Dauphin d'Auvergne ,
Gaucelm Faydit, Savaric de Mauléon, etc. (E. B.). |
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