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Salvien
(Salviansus), écrivain ecclésiastique, né sans
doute dans les environs de Trèves. Il vécut au Ve
siècle. Après avoir reçu la meilleure éducation,
comme son livre en fait foi, il épousa la fille de païens,
convertit sa femme et ses beaux-parents; et, quoiqu'il eût une fille
de son mariage, entra dans la vie religieuse : sa femme l'imita. Il se
réfugia dans le Midi, vraisemblablement pour fuir les invasions,
et fut prêtre à Marseille. Il mourut vers la fin du siècle.
De ses deux ouvrages : Adversus Avaritiam et De Gubernatione
Dei, tous deux dédiés à l'évêque
Salonius, nous n'avons plus que le second, un des livres les plus remarquables
du Ve siècle. Salvien lui-même
l'avait divisé en huit livres : le septième et le huitième
sont incomplets.
C'est un ouvrage à thèse
et une oeuvre morale. Salvien nous dit en effet
qu'il écrit, non pour plaire à ses contemporains, mais pour
les corriger; il se propose donc un but analogue à celui que visé
Paul
Orose, mais la thèse est différente. Les habitants de
l'empire romain qui, pour employer l'expression de Salvien « est
mort ou va mourir », se plaignent que la Providence
les punisse au moment où ils sont devenus chrétiens .
Salvien veut montrer que le châtiment est mérité (patimur
quod meremur). Si les Romains sont vaincus, c'est que les Barbares
valent mieux qu'eux.
Les moeurs de tous les Romains, laïques
ou ecclésiastiques, sont corrompues, idée qui entraîne
un tableau satirique de la société romaine. L'organisation
sociale ne vaut rien avec son esclavage et son oppression des faibles.
Les barbares, eux, sont païens et hérétiques. Mais païens,
ils ont l'excuse de ne pas connaître la vérité,
et, cependant, ils valent bien les Romains. S'ils sont ariens ,
c'est que cette doctrine hérétique est la seule qu'ils connaissent;
néanmoins, ils ont des vertus : l'amour de leur patrie, la haine
du jeu, la chasteté.
L'ouvrage est donc intéressant en
ce qu'il nous fait connaître la société romaine
au Ve siècle et les sentiments qu'inspirent
les Barbares. Toutefois, il faut prendre garde aux exagérations
de Salvien qui, pour les hyperboles, ne doit rien à Juvénal,
sous l'influence de son caractère et de la thèse à
prouver. La langue est assez pure pour l'époque, quoique déjà
voisine du français par quelques tournures. (Henri
Bornecque). |
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