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Adam Jean, chevalier
de Krusenstern est un navigateur né à Haggud en Estonie ,
le 8 novembre 1770. Il servit d'abord sur un bâtiment de guerre anglais,
en 1793, et fut en 1798 et 1799, sur des bâtiments marchands également
anglais, les voyages de Indes et de la Chine. Le commerce avec l'extrême
Asie devint l'objet de ses méditations, et il écrivit un
mémoire sur les avantages d'une navigation russe d'Amérique
en Chine, et sur l'extension qui devait en résulter pour le commerce
des pelleteries exercé par la compagnie russo-américaine.
Ce mémoire, négligé par les ministres de l'empereur
Paul Ier, fut accueilli de l'empereur Alexandre;
et , sous les auspices de l'amiral Mordwinow et du chancelier comte Romanzow.
Krusenstern, nommé capitaine de
la marine Impériale, fut chargé de commander une expédition
scientifique et commerciale, avec la mission d'explorer les côtes
de l'Amérique russe et les régions septentrionales de l'Asie.
Un envoyé du tsar, M. de Résanoff, accompagnant l'expédition,
devait, s'il était possible, renouer des relations avec l'empire
japonais .
L'escadre partit de Cronstadt
le 7 août 1803. Elle était composée de deux bâtiments,
la Nadiejeda (l'Espérance) et la
Néva. Des
savants, dont le nom a acquis depuis une certaine illustration, Tilesius
et Langsdorff, naturalistes, et Horner, astronome, étaient adjoints
à l'état-major. Quelques Japonais, naufragés en 1796
sur les îles Aléoutiennes avaient
été confiés au commandant, pour être ramenés
dans leur pays.
Krusenstern franchit le cap Horn, visita
les Marquises et les lles de Washington, ou Nouvelles-Marquises; il découvrit
sur la côte occidentale de Noukahiva un excellent port, auquel il
donna le nom de Tchitehagow. Aux îles Sandwich, il se sépara
de la Néva, commandée par Lissianskoï; la mission
de cet officier était d'explorer la côte nord-ouest d'Amérique.
Krusenstern fit voile pour le Kamtchatka; il y arriva le 14 juillet 1801,
et en partit le 8 septembre. Il chercha vainement, ainsi que l'avaient
fait les précédents navigateurs, les îles placées
sur plusieurs cartes à l'est du Japon, ces îles d'or et d'argent
rendues si fameuses par les récits espagnols. Le 7 octobre, les
bâtiments russes étaient en vue de Nagasaki.
L'accueil des Japonais ne fut point favorable.
L'ambassadeur et ses nationaux furent tenus prisonniers à bord durant
tout leur séjour. La poudre et les armes furent consignées
à terre. Une flottille de trente-deux jonques cernait le navire,
et lui interdisait tout rapport avec les habitants. Les Hollandais parurent
n'être pas étrangers au maintien de cet isolement sévère
et à ces dispositions hostiles. La permission accordée à
Laxman, en 1792, pour l'envoi ultérieur d'un navire de commerce,
fut tenue pour non avenue. La lettre de l'empereur de Russie avait été
transmise à Yedo : et après un séjour ou captivité
de plusieurs mois, le 4 avril, Résanoff reçut une réponse
négative et péremptoire du souverain japonais. On invita
Résanoff à s'éloigner au plus tôt pour ne plus
revenir, et les Russes furent avertis d'avoir à remettre à
l'avenir tous les Japonais naufragés aux Hollandais, qui les renverraient
par la voie de Batavia. Ainsi l'ambassade échoua complètement.
Le 18 avril 1803, Krusenstern quitta le
Japon. Il voulait faire route entre la Corée
et le Japon, et continuer sur la côte nord-ouest de l'île de
Nipon, la principale de cet empire, les recherches laissées incomplètes
par La Pérouse, à cause des mauvais
temps. Mais il éprouva les mêmes obstacles, et fut obligé
de se rendre directement au détroit de Sangar. Il côtoya le
rivage ouest d'Yesso, et franchit le détroit de la Pérouse.
Enfin il reconnut et explora l'île de Tchoka (ou Sakhaline)
et les Kouriles méridionales.
Krusenstern contribua grandement à
étendre la géographie nautique et physique de ces régions,
pour ainsi dire inconnues. Il enrichit également d'observations
et de notions nombreuses et d'une grande valeur l'histoire naturelle, l'ethnographie
et la linguistique. Le comte Résanoff quitta le navire de Krusenstern
au port de St-Pierre et St-Paul, dans le Kamtchatka, et s'y signala par
sa conduite inhumaine à l'égard d'une colonie japonaise.
Krusenstern, après de nouvelles et importantes explorations dans
la région des Kouriles et au nord de la Tartarie ,
vers l'embouchure du fleuve Amour, revint à St-Pierre et St-Paul
le 29 août, et le 30 novembre à Macao, où la Néva
le rejoignit le 3 décembre. Les pelleteries apportées par
ce dernier navire furent vendues à Canton pour un prix considérable.
On quitta la Chine, le 9 février 1800, et le 19 août on était
à Cronstadt. Pendant la durée rte l'expédition, c'est-à-dire
trois ans et douze jours, Krusenstern n'avait pas perdu un seul homme.
Ce rare bonheur était dû non moins à sa sollicitude
paternelle envers ses marins qu'à son éminente capacité.
Krusenstern mourut le 12 août 1840, dans son domaine d'Ass en Estonie.
(L. P-s.)
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En
bibliothèque - Krusenstern
publia la relation de son voyage sous le titre de Voyage autour du monde
dans les années, 1803-6, St-Pélersbourg, 1810-12, 4 vol.
et atlas de 104 cartes (en allemand). Cet ouvrage fut bientôt traduit
dans la plupart des langues de l'Europe. On doit rattacher à ce
récit celui de Lissianskoï : Description d'un voyage autour
du monde, St-Pétersbourg, 1810.13, 2 vol. in-8° (en russe),
traduit en allemand par Pansner, celui de Langsdorff : Observations
sur un voyage autour du monde dans les années 1803-7, Francfort,
1812, 2 vol. in-8° avec planches, et l'ouvrage de Tilesius : Fruits
pour l'histoire naturelle de la première circumnavigation impériale
russe accomplie sous le commandement de Krusenstern, St-Pétersbourg
et Leipzig, 1813, in-8° (en allemand).
Krusenztern
lui-même publia d'autres ouvrages qui complètent l'exposé
de ses travaux; ce sont : Recueil des mots provenant des idiomes de
certains peuples de l'Asie orientale et de la côte nord-ouest de
l'Amérique, St-Pétersbourg, 1813, in-4° (en allemand);
Mémoires
pour l'ethnographie du Grand Océan, Leipzig, 1819 (en allemand);
Atlas
de l'Océan Pacifique St-Pétersbourg,
1824-27, 2 vol.;
Recueil
des mémoires hydrographiques pour servir d'analyse et d'explication
à l'Atlas de l'Océan pacifique,
St-Pétersbourg,
1824-27.2 vol.; et les suppléments, ou
Recueil des mémoires
hydrographiques, St-Pétersbourg, 1835. Enfin, il publia de nombreux
opuscules ou articles dans plusieurs recueils allemands, cités dans
le Conversations lexicon (t. 9, 10e édit.). |
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