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Albert l'Ours

Albert Ier de Brandebourg,  dit l'Ours, comte d'Ascanie et de Ballenstädt, fut nommé margrave de Brandebourg en 1133, par l'empereur Lothaire Il, et fut le fondateur de cet Etat. Il est né en 1106, et est mort à Ballenstädt le 13 novembre 1170. On l'appelait l'Ours à cause de son courage, l'ours étant le roi des forêts du Nord, et des chroniques postérieures le surnomment le Beau : l'historien doit deviner la reste.

Il était fils d'Otton le Riche, comte de Ballenstädt, et de Eilika, fille du duc Magnus de Saxe, de la maison de Billung. A peine son père avait-il rendu le dernier soupir (9 février 1123), qu'il se jeta dans la guerre qui venait de se rallumer entre la Saxe et l'empereur; avec l'aide du duc Lothaire, le chef des révoltés, il conquit et garda la marche de Lusace (1124),, sur laquelle il se croyait des droits du chef de sa trisaïeule. La mort d'Henri V (1125), et l'avènement de Lothaire à l'Empire secondèrent la fortune naissante du jeune margrave, auquel Lothaire donna l'investiture de la Lusace, en même temps qu'Henri de Stade son beau-frère recevait celle de la marche du Nord. Albert accompagna l'empereur dans sa campagne contre Sobislaw, duc de Bohème, et fut fait prisonnier à la bataille de Kulm (18 février 1126). 

Après la réconciliation de l'empereur et du duc, il fut rendu à la liberté. L'empereur préoccupé de trouver des alliés contre les Hohenstaufen et au besoin contre les Saxons, ayant donné en mariage sa fille unique Gertrude à Henri le Fier, duc de Bavière, Albert, cousin-germain d'Henri, vit de mauvais oeil cette alliance. Henri de Stade, margrave du Nord, étant mort, l'empereur donna, suivant l'usage, l'investiture de la marche au plus proche parent du défunt, Udo de Freckleben. Aussitôt Albert, qui convoitait cet héritage, fit une guerre acharnée à Udo qui tomba sous les coups des gens de son ennemi, dans le voisinage d'Aschersleben (15 mars 1130). Pour punir Albert, Lothaire lui enleva la marche de Lusace (mai 1131). Albert craignit sans doute d'engager une lutte inégale, car, loin de se révolter, il accompagna l'empereur en Italie dans l'expédition où périt Conrad de Plötzkau,margrave du Nord. Il succéda à celui-ci et reçut l'investiture aux Pâques de 1134, dans la diète de Halberstadt.

A l'avènement d'Albert, la marche du Nord s'étendait sur la rive gauche de l'Elbe, depuis l'embouchure de l'Obre jusqu'à celle de l'Aland; la partie de la province actuelle de la Saxe prussienne, qui portera plus tard le nom de Vieille-Marche, correspond assez exactement à l'ancienne marche du Nord. Elle était tout entière en terre saxonne et portait quelquefois le nom de marche de Saxe. La Milde, la Biese, l'Aland, la divisaient en deux parties presque égales : la partie orientale était formée par le pagus de Belinesheim et comprise dans le diocèse de Halberstadt; la partie occidentale était formée par le pages d'Osterwolde et relevait du diocèse de Verden. Dans la première, il y avait les forteresses de Tangermünde, Arnebourg, Werben; dans la seconde, le lieu le plus important était Salzwedel. Les deux années qui suivent son investiture, Albert reste presque constamment auprès de l'empereur. A Goslar, en 1130, il reçoit une nouvelle qui le rappelle à son poste. Les Wendes venaient de passer l'Elbe et de ravager la Marche. II accourut, réunit ses vassaux et soumit le pays de Havelberg. 

En même temps, il concluait avec Pribislaw, prince de Brandebourg, une convention qui préparait une acquisition importante. Au milieu de ses sujets païens, adorateurs de Triglav, le dieu à trois têtes, Pribislaw et sa femme Petrussa étaient chrétiens et tous deux s'efforçaient d'amener à leur cult « l'âme idolâtre de leur peuple ». Depuis longtemps Pribislaw était en relations avec Albert, dont il avait tenu le fils Otton sur les fonts baptismaux; il avait même donné, en cadeau de baptême à son filleul, la Zanche. Comme il n'a vait pas d'enfant et qu'il craignait que le ressentiment des Hevelliens ne fit disparaître son oeuvre, il la mit, sous la protection du margrave qu'il reconnut pour son héri tier. La nouvelle de la mort de Lothaire (3 décembre 1137) rappela l'attention d'Albert sur les affaires de l'empire. Henri le Fier, duc de Bavière, avait reçu le duché de Saxe et se trouvait en possession des insignes impériaux. Tandis que les princes de l'Allemagne du Sud élisaient Conrad III de Hohenstaufen (7 mars 1138), Albert empêchait à main armée les princes saxons de se réunir à Quedlinbourg. Conrad, voulant profiter de ses premiers avantages, somma. Henri d'abdiquer une de ses couronnes ducales et, sur son refus, donna le duché de Saxe au margrave Albert.

Albert dut disputer ses possessions à Henri; une suspension d'armes fut conclue à Kreuzbourg et une diète convoquée à Worms, mais la mort subite d'Henri à Quedlinbourg (20 octobre 1139) laissa le champ libre à son adversaire, Enfin, en mai 1142, se réunit à Francfort une grande diète qui termina le différend. Henri le Lion, fils de Henri le Fier, dut renoncer à la Bavière mais garda la Saxe. Albert fut réintégré dans la marche du Nord.

 En 1147, il y eut une nouvelle diète à Francfort, où Bernard de Clairvaux prêcha la croisade. Albert et les autres princes répondirent à ces exhortations qu'ils n'avaient pas besoin d'aller chercher les infidèles au-delà des mers et qu'ils avaient à leur portée une croisade à faire. L'apôtre reconnut qu'ils avaient raison et prêcha la croisade contre les Slaves. Albert conduisit une des deux armées qui partirent de Brême et de Magdebourg au mois d'août 1147, mais l'expédition fut sans gloire, les Wendes s'étant retirés dans des forteresses et des marais. En 1130, mourut Pribislaw. Aussitôt, Albert occupa Brandebourg et organisa sa conquête. Le territoire acquis par Albert, comme héritage de Pribislaw, était le Havelland, entre la Havel et le Rhin, son affluent qui l'entoure comme une île. A coté de Brandebourg, qui en était la ville principale, Pritzerbe, Nauen, Rathenow, Plaue, Spandow étaient déjà connus au XIIe siècle.

La dernière ville, qui fut fortifiée par Albert, était à la frontière orientale du Havelland, qui s'arrêtait par conséquent à quelques kilomètres de Berlin. Au Havelland il faut ajouter la Zanche qui correspond au cercle actuel du même nom dans la province de Brandebourg. Enfin, la terre de Priegnitz, ou pays de Havelberg, avait été peu à peu conquise par Albert; l'Elbe la séparait de la marche et elle était comprise entre ce fleuve, l'Elbe et la Dosse; Ravelberg, Wittstock, Putlitz en étaient les lieux principaux. Au commencement de l'année 1162, Albert suivit l'empereur en Italie et assista vraisemblablement à la destruction de Milan. Il se trouvait aussi près de Frédéric lorsque celui-ci conféra sur le schisme avec Louis VII de France, dans la ville de Saint-Jean-de-Losne. En 1164, il s'associa à Henri le Lion dans sa campagne contre les Obotrites, mais cette union ne fut pas de longue durée. Dès 1165 il entra dans la coalition dont l'âme était Renaud de Dassel, archevêque de Cologne et chancelier de l'empire. Pour ramener la paix, Frédéric dut revenir d'Italie au commencement de 1109; elle fut conclue à Bamberg, mais tout à l'avantage d'Henri le Lion; toutefois la fatigue universelle la fit accepter par tous.

Le 13 novembre 1170 Albert l'Ours mourut; son corps fut enseveli à Ballenstädt dans l'église de Saint-Pancrace, bâtie par lui. Sa femme Sophie était probablement de la maison de Winzenbourg. De ses sept fils, Otton l'aîné reçut la Marche et fut la souche des margraves de la maison ascanienne. La légende associe le nom d'Albert à celui de Frédéric et d'Henri comme l'atteste le dicton « Henri le Lion, Albert l'Ours, Frédéric la Barbe Rouge, étaient capables de convertir le monde ». L'histoire ne prouve pas que la conversion du monde ait été leur principal souci; du moins Albert appela des colons, fonda des villes, releva des évêchés et ce rôle de colonisateur laisse de meilleurs souvenirs que celui de conquérant. (Ristelhuber).

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Dictionnaire biographique
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