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Théognis,
poète gnomique,
élégiaque grec, d'origine dorienne.
Originaire de Mégare,
il vécut, selon Suidas et saint Jérôme,
au milieu de la deuxième moitié du VIe
siècle av. J.-C (59e olympiade,
540-500?), peut-être jusqu'au temps de la seconde guerre médique.
Appartenant au groupe oligarchique, qui s'intitulait
lui-même le clair des bons, des honnêtes gens, tandis qu'il
qualifiait les plébéiens de gens de rie. Théognis
vit le parti des aristocrates dominer d'abord, puis céder la place
à la démocratie triomphante. Alors, victime de ses convictions,
dépossédé de son patrimoine et de ses honneurs, il
souffrit la ruine et l'exil, traînant sa misère en divers
pays, à Sparte, en Sicile, en Eubée .
Il mourut peut-être à Thèbes .
C'était un écrivain né
pour la lutte, de tempérament morose. De bonne heure aigri, désabusé,
il compose une oeuvre de colère au sein de continuelles discordes
civiles: de là, les violences et l'amertume de sa muse exaspérée,
humiliée par la défaite. Comme Hésiode,
il affecte volontiers le ton didactique,
- ou tout au moins parénétique (Suidas),
âpre et raisonneur, - en ces sortes d'épîtres
où, lui-même étant déjà sans doute sur
le retour de l'âge, il adresse, sous forme de sentences, ses conseils
à de jeunes amis nommés Simonide, Onomacritos, Cléariste,
Démoclès, Démonax, Timagoras,
et notamment (près de 300 vers) à Kyrnos, fils de Polypaos,
un de ses parents peut-être.
De ces préceptes moraux on fit bientôt,
à Athènes, des extraits populaires, des Chrestomathies
ad usum scolarum (on sait que les Anciens fondaient l'éducation
des adolescents sur la lecture des poètes) : il subsiste aujourd'hui,
sous le nom de Théognis, environ 1400 vers; mais plusieurs sont
très douteux. Le recueil est imprégné de l'antique
sagesse hellénique : justice, comprenant en soi toutes les vertus,
amour de la vérité, piété envers le ciel (Révère
et crains les dieux...), respect des père et mère, modération,
modestie, douceur, etc.
L'auteur est, en général,
pessimiste, plein de morgue hautaine, chagrin sans être absolument
découragé : on a de lui de beaux vers sur l'Espérance,
«
la seule bonne divinité qui soit parmi les humains[...]. Tant qu'un
mortel vit et contemple la lumière du soleil, qu'en adorant les
dieux il compte sur l'Espérance! »
Théognis ignore la sérénité
d'un Solon; il ne sent pas l'harmonie suprême
des choses. Pour ce misanthrope malchanceux, la vie est un fardeau pesant.
A ses yeux, la plèbe imbécile, engeance inférieure,
odieuse, que la fortune même ne peut relever, ne mérite que
haine et mépris. L'aristocratie, elle, est cupide. L'argent est
le grand corrupteur. La pauvreté, source de détresse physique
et morale, brise aussi l'indépendance de l'humain et le réduit
à la triste servilité. Les voies de Zeus
sont incompréhensibles; il lui reproche (car il se montre satirique
jusque dans l'hymne religieux) de mettre sur
le même niveau les méchants et les bons. Dans certains passages,
avec une triviale éloquence il invoque la mort, dont l'idée
le hante. Ailleurs, il exprime son désir inassouvi de représailles.
Par accès seulement, le poète atrabilaire connaît des
inspirations plus suaves et paisibles : ainsi que tout fils de la Grèce,
il vante les douceurs du printemps de la vie, la joie des festins où
règne la causerie spirituelle. Néanmoins, il faut avouer
que le caractère de ses vers est surtout politique, et que c'est
l'indignation qui les lui a le plus souvent dictés.
Sa langue, d'une précision brève,
apte à formuler des maximes, est forte et passionnée, mordante
et savoureuse; sa pensée, judicieuse et nette, parfois fine et profonde,
s'enferme en des distiques exacts, réguliers, où s'exhalent
sa haine vigoureuse, sa rancunière mélancolie. Il ne manque
ni de coloris, ni de verve. Vaniteux, au surplus, il a conscience de son
talent d'artiste et se flatte de passer à la postérité,
d'assurer à Kyrnos un renom immortel (v. 237-952,) :
«
Partout où l'art des chants, dans les siècles à venir,
sera honoré, tu vivras. »
(V. Glachant).
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