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Les
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| Heine (Heinrich),
écrivain né à Dusseldorf En 1815, il fut placé dans un comptoir de commerce à Francfort; il y resta quinze jours, dit-il, et il passa, en tout, deux mois dans la ville. D'après une version plus probable, son premier apprentissage dura deux ans, et ce fut le mécontentement de son patron qui le fit retourner à Dusseldorf. Son oncle, Salomon Heine, l'emmena, en 1817, à Hambourg, et le mit à la tête d'une maison de commission, dont la raison sociale fut Harry Heine et Cie, et qu'il liquida au commencement de 1819. La liquidation faite, Heinrich Heine resta encore six mois à Hambourg, abusant des plaisirs qu'offrait la riche ville commerçante, et dont il a donné une peinture dans les Mémoires de Schnabelewopski. En même temps, il écrivait des poésies dans le goût le plus fantastique du romantisme allemand, et dans un style qu'il ne prenait pas encore la peine de châtier; il a toujours eu le travail difficile. Il a laissé croire qu'il devait épouser une cousine qu'il appelle tantôt Berthe, tantôt Ottilie, et qui rompit son engagement pour faire un mariage chrétien : peut-être n'y a-t-il là qu'un thème poétique, qu'il a développé dans quelques poésies et dans ses deux ouvrages dramatiques. Dans sa famille, on fut persuadé désormais qu'il n'était bon ni pour le commerce ni pour la banque, et l'on décida qu'il commencerait à Bonn ses études de droit, dont l'oncle Salomon promit de faire les frais. Il montra peu de goût pour le droit, mais il suivit les cours littéraires de Simrock et de Guillaume de Schlegel. Au mois d'octobre suivant, il se rendit à Goettingen. A peine arrivé, il écrivait à un de ses amis : Je m'ennuie terriblement ici. Ton empesé, patenté, dédaigneux. Chacun ici doit vivre comme un trépané. Seulement, on y peut bien piocher, et c'est aussi ce qui m'y a fait venir.Il oublia bientôt ce qui l'avait fait venir. Beneke, à la Faculté littéraire, faisait un cours sur l'ancienne poésie germanique, et il avait neuf auditeurs : Heinrich Reine fut l'un des neuf, mais il laissa là le droit. Dès le mois de janvier, il reçut son congé sous la forme du consilium abeundi, « pour avoir transgressé les règlements sur le duel », et la ville de Goettingen lui laissa un souvenir peu agréable, qu'il a consigné dans les premières pages des Reisebilder. Il alla, au mois d'avril, à Berlin Quant aux études juridiques, elles se bornaient à une lecture distraite de Montesquieu et de Gibbon, et aux conversations du poète avec son savant ami Moser, l'une des figures les plus intéressantes de sa correspondance. L'oncle Salomon manifestait du mécontentement, et Heinrich Heine alla rejoindre sa famille (mai 1823), d'abord à Lunebourg, ensuite à Hambourg, enfin à Cuxhaven, où il prit les bains de mer, pour se débarrasser des maux de tête qui commençaient à le tourmenter et qui devinrent de plus en plus opiniâtres : ce fut l'origine d'un de ses plus beaux recueils lyriques, Nordsee, compris dans le Buch der Lieder. Au mois de janvier 1824, il retourna à Goettingen, bien décidé à en finir avec le droit; et il indique, dans une lettre à Moser, ce qui cette fois stimulait son zèle : Il faut que mon dîner me soit servi sur un des plateaux de la balance de ThémisLe 20 juillet 1825, il prit son grade de docteur. Il espérait s'ouvrir l'accès des fonctions publiques, ou même entrer plus tard dans la diplomatie; mais sa religion était un obstacle insurmontable. Les juifs, dans les États prussiens, étaient encore, à cette époque, exclus de l'administration, de la magistrature, de l'enseignement. Aussi, quelques semaines auparavant (28 juin), dans la petite église de Heiligenstadt, aux environs de Goettingen, Heinrich Heine avait passé au protestantisme Le premier volume de cet ouvrage parut
à Hambourg, en 1826, le second l'année suivante, le troisième
en 1830, le quatrième, sous le titre, de Nachtraege, en 1831;
le tout en 4 vol. et en cinquième édition refondue en 1854.
C'est une oeuvre unique dans la littérature allemande, et qui ne
se classe dans aucun genre; un récit de voyage, puisque l'auteur
observe et décrit les pays qu'il traverse; une confession Le succès des Reisebildereut une influence décisive sur la vie de Heinrich Heine, et changea pour le moment tous ses projets. Il ne parla plus de se faire avocat, professeur ou diplomate; il crut pouvoir se contenter désormais d'être un écrivain. Les deux premiers volumes étaient faits principalement avec les souvenirs qu'il avait gardés de sa jeunesse, de ses années d'études, de ses promenades aux environs de Goettingen, de sa vie à Hambourg et au bord de la mer. Les poésies qui y étaient contenues, réunies avec d'autres qui avaient paru ailleurs, formèrent le Buch der Lieder (Hambourg, 1827), qu'il considérait lui-même comme son plus beau titre de gloire, et qui est devenu en effet, par la simplicité concise et pittoresque du style, un des livres les plus populaires de la littérature allemande. En 1827, il commença ses voyages
lointains, qui formèrent peu à peu les deux derniers volumes
des Reisebilder. Il alla d'abord à Londres Il se rendit, au mois de juin 1831, à
Paris En Allemagne Après que la Diète fédérale l'eut atteint dans ses intérêts, il eut recours à la « grande aumône que le peuple français distribuait aux étrangers que leur zèle pour la Révolution avait compromis dans leur patrie »; le ministère Guizot lui fit une pension de 4000 F, qui lui fut plus tard continuée par l'Empire. Il fit encore, en 1843 et 1844, deux voyages en Allemagne. dont les résultats furent les poèmes Atta Troll et Deutschland ein Wintermoerchen. Le dernier, une amère satire contre l'Allemagne, passa à la censure à Hambourg, mais fut interdit en Prusse; un mandat d'arrêt fut même lancé contre l'auteur, qui résolut dès lors de finir ses jours dans l'exil. Le banquier Salomon Heine mourut le 23 décembre 1844, lui laissant une somme de 10 000 F; le poète réclama la continuation de la pension que son oncle lui avait servie jusque-là, et qui se montait à 4800 F, et il menaça d'abord d'un procès le légataire universel Charles Heine, fils et successeur de Salomon. La négociation traîna jusqu'en 1847, et ce fut Charles qui céda; il éleva même la pension à 5000 F, et il promit de la continuer à la femme du poète, Mathilde, née Mirat, si elle lui survivait. Heinrich Heine s'engagea, de son côté, à ne rien publier contre sa famille. Au moment où cet arrangement fut
conclu , sa santé s'affaiblit à vue d'oeil, et l'on pouvait
prévoir sa fin prochaine. Il avait eu, au mois de janvier 1845,
sa première attaque de paralysie ; un séjour aux eaux de
Barèges ne lui procura aucune amélioration. Il avait habité
,jusque-là le faubourg Montmartre, à Paris; il alla passer
l'été de 1848 à Passy (64, Grand-Rue) pour fuir le
tumulte de la ville. Au mois d'octobre, il prit au haut de la rue d'Amsterdam
(n° 50) un appartement au fond d'une cour, tranquille, mais obscur,
où il resta six ans, ne quittant guère son fauteuil. En 1854,
il s'établit aux Champs-Elysées Je n'ai jamais fumé, je n'aime pas la bière, et c'est en France que j'ai mangé ma première choucroute. En littérature, j'ai tenté de tout : j'ai fait des poèmes lyriques, épiques et dramatiques; j'ai écrit sur les arts, sur la philosophie, sur la théologie, sur la politique Dieu me le pardonne! Depuis douze ans, je suis discuté en Allemagne; on me loue ou on me blâme, mais toujours avec passion. On m'aime, on me déteste, on m'apothéose, on m'injurie.Il faut dire qu'il en usait avec ses ennemis comme ses ennemis en usaient avec lui, et même qu'il leur donnait l'exemple; il a décoché à quelques-uns d'entre eux des traits qui resteront attachés à leur chair. Mais la meilleure partie de ses oeuvres est élevée au-dessus des polémiques du jour. Il est l'un des rares écrivains allemands qui aient eu un style en prose, et, dans la poésie lyrique, il prend naturellement sa place à côté d'Uhland et à la suite de Goethe. (A. Bossert). |
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© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.