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Compagni
(Dino), célèbre écrivain né à Florence
au milieu du XIIIe siècle, mort
le 26 février 1324. Des documents authentiques la montrent inscrit
en 1280 sur les registres de l'art de la soie de Florence; en 1284, il
faisait partie du conseil du podestà; en 1289 et 1304, il fut un
des prieurs et en 1293, il remplit les fonctions importantes de gonfalonnier
de justice. On a conservé de lui cinq sonnets
et une chanson, sans intérêt,
et un poème allégorique intitulé l'Intelligenza,
en trois cent neuf strophes de neuf vers, où l'imitation de la poésie
française en langue d'oc et en langue d'oïl
est très sensible. Francesco Trucchi, qui a le premier, en 1846,
fait connaître en partie l'Intelligenza, considérée
alors comme une oeuvre anonyme, en a singulièrement exagéré
l'intérêt et la valeur; d'autre part, bien qu'un seul manuscrit
attribue le poème à Dino Compagni, il n'y a pas de raisons
pour révoquer en doute cette attribution, Mais ce n'est pas comme
poète, c'est comme chroniqueur que Dino Compagni est surtout célèbre.
Longtemps inconnue des historiens, mentionnée
pour la première fois par Ubaldini en 1640, publiée seulement
en 1726 par Muratori, dans le t. IX des Rerum
italicarum
Scriptores, la Cronica delle
cose occorrerati nei tempi suoi de Compagni a fait, depuis qu'elle
a vu le jour, un grand bruit dans le monde. On a mis Compagni au même
rang comme prosateur que Dante comme poète;
on l'a comparé à Salluste, à
Thucydide;
puis peu à peu des doutes sont nés sur la valeur historique
et même sur l'authenticité de la chronique publiée
sous son nom. En 1818, Pietro Fanfani qualifia hardiment de document apocryphe
la chronique de Dino Compagni, chaudement défendue par Karl Hillebrand
dans un important ouvrage, en 1862. Depuis lors, le nombre des articles,
des brochures ou même des livres suscités parla «question
de Dino Compagni » en Italie, en Allemagne, voire en France, est
considérable. L'authenticité a été attaquée
par Scheffer-Boichorst, Grion, Boehmer, Hartwig, défendue par Gino
Capponi, Roberti, Del Lungo, tandis que Hegel et Wüstenfeld prenaient
une position intermédiaire et pensaient que le récit original
de Dino Compagni avait du subir, avant de nous parvenir, beaucoup d'interpolations
et de falsifications.
Le meilleur résultat de ces polémiques,
où les injures personnelles n'ont pas manqué, c'est l'édition
monumentale entreprise et menée à bien par Del Lungo : Dino
Compagni e la sua Cronica (Florence, 1879-1880, 2 vol. en trois tomes),
édition qui a fait tomber bien des préventions contre l'authenticité.
La chronique raconte l'histoire de Florence depuis 1280 jusqu'à
1312, mais le nœud du récit, c'est la lutte des factions des Noirs
et des Blancs en 1300 et 1301, luttes où, comme on sait, se trouve
mêlé le nom de Dante et qui empruntent
à cela même un intérêt extraordinaire. Compagni
appartient comme Dante à la faction des Blancs, mais il est moins
ardent à la lutte, plus souple, et il réussit à rester
à Florence, en vivant dans la retraite, tandis que l'immortel poète
meurt dans l'exil. On peut expliquer par la prudence inquiète de
Compagni et des siens le fait, surprenant au premier abord, que sa chronique
soit restée si longtemps inconnue. Non seulement l'auteur, qui parle
presque toujours à la première personne et se met constamment
en scène, a exagéré la part prise par lui à
des événements mémorables, à propos desquels
les autres historiens ne prononcent même pas son nom, mais son récit
fourmille d'erreurs de détail : il n'y a pas de quoi, assurément,
nous faire admettre le caractère apocryphe de la chronique en présence
des raisons entassées par Del Lungo en faveur de l'authenticité,
et l'on songe, pour se rassurer, aux nombreuses inexactitudes de Froissart.
Mais il est difficile de ne pas croire, avec Hegel, à des interpolations
et à des remaniements auxquels Dino Compagni est complètement
étranger. En tout cas, ces remaniements ne sauraient être
du XVIe siècle, comme on l'a dit
: on a trouvé par la suite dans la bibliothèque de lord Ashburnham
un manuscrit du XVe siècle qui contient le texte publié jusqu'ici
d'après des manuscrits du XVIe.
(A. Thomas). |
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