 |
Caballero
(Fernan), pseudonyme d'une célèbre romancière née
à Morges (Suisse) le 25 décembre 1796, morte à Séville
le 7 avril 1877. Son vrai nom était Cecilia Boehl de Faber,
et elle eut pour père J.-N. Boehl (ou Böhl) de Faber, négociant
allemand établi à Cadix
et devenu membre de l'Académie espagnole
en raison de ses Importants travaux littéraires. A l'âge de
neuf ans, elle alla avec ses parents à Hambourg, où elle
passa huit années et acquit une instruction très brillante.
Revenue à Cadix, elle épousa en 1816 un jeune capitaine d'infanterie,
D. Antonio Planells de Bardaxi. Depuis lors, sa longue existence ne fut
pour ainsi dire qu'un drame continuel. Son mari, qui n'avait sollicité
sa main que par suite d'une gageure, et qu'elle dut suivre à Porto-Rico,
aux Antilles, la rendit malheureuse par ses brutalités; mais il
périt dans un combat dès l'année suivante, et la jeune
veuve retourna auprès de ses parents.
D'une beauté
remarquable, d'une rare distinction et d'un esprit séduisant, elle
fut de nouveau recherchée en mariage. Après bien des hésitations,
elle consentit à s'unir (1822) à un jeune officier de la
garde royale, très riche et appartenant à la haute aristocratie,
à D. Francisco Ruiz del Arco, marquis de Arco-Hermoso, avec lequel
elle alla habiter Séville, où leur palais devint le centre
intellectuel d'une société d'élite. Ayant perdu son
mari en 1835, elle fut précipitée du sommet de l'opulence
dans une situation modeste, et alla rejoindre ses parents à Puerto-Santa-Maria.
Cédant aux voeux de sa vieille mère, elle se décida
encore à affronter pour la troisième fois les chances du
mariage, en épousant (1837) D. Antonio Arrom de Ayala, plus jeune
qu'elle, peu fortuné, mais d'un caractère élevé.
Celui-ci, après avoir perdu son avoir et celui de sa femme dans
de malheureuses entreprises, obtint une place de consul en Australie, et
y fonda une maison de commerce. A force d'énergie, il y gagna une
fortune; mais ayant confié la plus grande partie de ses capitaux
à un négociant qui abusa de sa confiance, il se donna la
mort dans un des parcs de Londres (1854).
C'est pendant la
longue absence de son dernier mari que Doña Cecilia, comme on l'appelait,
retirée à la campagne auprès de Huelva, se laissa
aller à sa passion pour la littérature, passion qui couvait
en elle depuis longtemps. Elle avait déjà écrit en
allemand, à l'époque la plus heureuse de sa vie, une scène
de moeurs populaires de l'Andalousie ,
sous le titre de Sola, qui fut publiée par son père
à Hambourg, en 1834, sans nom d'auteur. Maintenant elle débuta
du coup par un véritable roman, qui est resté son chef-d'œuvre,
et qu'elle avait composé en français avant de le rédiger
en espagnol. Elle prit pour héroïne la fille d'un pêcheur,
surnommée la Gaviota (la Mouette), créature
fantasque et perverse, qui devient ensuite une cantatrice célèbre,
et finit misérablement son existence comme épouse d'un barbier
de village.
L'apparition de cette
charmante oeuvre littéraire dans le journal El Heraldo, de
Madrid
(1849), sous le pseudonyme mystérieux de Fernan Caballero (nom d'un
petit village de la Manche), excita dans toute l'Espagne un enthousiasme
indicible et les critiques en ont proclamé l'auteur un Walter
Scott espagnol. Elle publia ensuite en peu d'années tous ses
romans les plus importants : la Familia Alvareda, Lagrimas, Clemencia,
Elia o la España treinta años ha, et plusieurs nouvelles
qui la rendirent célèbre et extrêmement populaire.
Après la mort de son dernier mari, elle ne quitta plus la plume,
cherchant de l'atténuation à sa douleur dans un travail continu.
Nous devons à cette circonstance une longue série de petites
études de moeurs, tirés, comme ses romans, presque exclusivement
de la vie du peuple andalou, qui fut l'objet de toutes ses affections et
qu'elle sut peindre avec sincérité et un charme attachant.
On ignora pendant longtemps sa personnalité, et le mystère
dont elle s'entourait fut toujours respecté de ses compatriotes
qui se plaisaient à l'appeler "notre Fernan".
En réalité
elle fut la créatrice du roman de moeurs en Espagne, et à
ce titre elle gardera une place importante dans l'histoire de la littérature.
On la présenta à tort, à cause de sa foi ardente et
de son dévouement aux principes monarchiques, comme ayant servi
au gouvernement d'instrument stipendié pour la propagation de l'obscurantisme
et des idées rétrogrades. Son âge et son caractère
se prêtaient mal au rôle d'un apôtre officiel; elle vécut
dans une retraite profonde, loin du bruit des agitations politiques, et,
quoique pauvre, la seule faveur qu'elle ait accepté de la reine
Isabelle fut un petit appartement à l'Alcazar de Séville,
qu'elle occupa de 1857 jusqu'à la révolution de 1868.
Son
portrait, à l'âge de soixante ans, peint par F. Madrazo, se
trouve au palais San-Telmo, à Séville. |
Fernan Caballero est
une écrivaine éminemment réaliste. Elle déclare
elle-même avoir toujours emprunté les sujets de ces récits
à des événements réels et n'avoir fait que
poetizar
la realidad sin alterarla. Elle a peint le peuple de l'Andalousie
tel qu'il était alors dans ses coutumes, dans sa façon de
penser, dans ses préjugés mêmes, de sorte que ses oeuvres
constituent des documents pour l'histoire des anciennes moeurs de l'Espagne.
Si l'on y ajoute ce qui est propre à l'auteur : un grand talent
descriptif, la fraîcheur des sentiments, la vivacité du dialogue,
l'étude pénétrante des caractères, la simplicité
de la trame, jointe à l'intensité des situations dramatiques,
le désir d'émouvoir plutôt que de frapper l'esprit,
enfin une langue harmonieuse et colorée, en s'expliquera les succès
que ses productions littéraires ont obtenus dans le monde entier,
même en dehors des sphères qui se trouvaient avec l'auteur
en communion d'idées politiques et religieuses. Ce qui augmente
encore leur intérêt, ce sont des citations continuelles des
proverbes, dictons et poésies populaires, dont elle publia même
des recueils entiers. (G. Pawlowski).
 |
En
bibliothèque - Ses ouvrages
ont eu de nombreuses éditions; la plus intéressante est celle
de Madrid, Mellado, 1855-1867, 18 vol., dont chacun est précédé
d'une introduction due à la plume d'un des plus éminents
écrivains de l'Espagne. Nous signalerons encore celle de Brockhaus
(Leipzig, 1860-1882, 11 vol. in-8). La plupart ont été traduits
en toutes les langues de l'Europe. Parmi les traductions françaises,
nous signalerons : Nouvelles andalouses, trad. par Germond de Lavigne
(Paris, 1859); la Gaviota, trad. tronquée (Bruxelles, 1860),
et complète (Paris, 1882, 2 vol. in-42); la Famille Alvareda
(Paris, 1860 et 1862); Lagrimas (Paris, 1861 et 1863); Clemencia
(Paris, 1873); Un jeune libéral et un Légitimiste
(Paris, 1863); un Eté à Bornos (Paris, 1865); Deux
Nouvelles posthumes (Paris, 1882). |
|